Juliusz Słowacki

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Juliusz Słowacki
Juliusz Słowacki 1.PNG
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 39 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
Formation
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Père
Euzebiusz Słowacki (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Œuvres réputées
Kordian (d), Balladyna (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
signature de Juliusz Słowacki

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Juliusz Słowacki by Tytus Byczkowski.PNG
Blason du clan Leliwa.

Juliusz de Leliwa-Słowacki, né le 4 septembre 1809 à Kremenets (Empire russe) et mort le 3 avril 1849 à Paris[1], est un poète romantique polonais.

Avec Adam Mickiewicz, Cyprian Kamil Norwid et Zygmunt Krasiński, il est considéré comme un des plus grands poètes polonais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse en Pologne[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille polonaise des territoires annexés par la Russie à la fin du XVIIIe siècle lors des partages de la Pologne, il est le fils d'Eusèbe Slowacki, professeur de littérature polonaise à l'université de Wilno.

Il fait lui-même ses études à Wilno.

Quand éclate l'insurrection de 1830-1831 du royaume de Pologne contre Nicolas Ier, le gouvernement provisoire lui confie une mission diplomatique à Londres ; après la défaite (prise de Varsovie en septembre 1831), il s'installe à Paris, comme nombre de ses compatriotes, et restera exilé jusqu'à sa mort.

Pérégrinations[modifier | modifier le code]

Le départ de la maison familiale est le début d'une série de pérégrinations que Slowacki lui-même décrit en détail dans une correspondance suivie avec sa mère, correspondance qui commence encore à Varsovie en 1830 et s'achève un mois avant la mort du poète. En voici les principales étapes.

Paris (1831-1832)[modifier | modifier le code]

Le premier séjour à Paris est relativement bref et marqué notamment par la rencontre de Slowacki avec son aîné et rival, Adam Mickiewicz. Il publie également ses deux premiers volumes de poésie (Poezje).

Genève (1833-1835)[modifier | modifier le code]

Slowacki quitte Paris pour Genève juste après Noël 1832. Il s'installe dans la pension de Madame Pattey aux Pâquis. La période suisse est riche d'un point de vue créatif (drames Kordian et première version de Balladyna, poèmes lyriques tels que Séparation, En Suisse). Elle s'accompagne aussi de quelques turbulences sentimentales, principalement du fait d'Eglantine Pattey, la fille de la tenancière de la pension. Les biographes s'accordent en général à dire que les sentiments d'Eglantine envers le poète ne furent pas réciproques mais qu'il la considérait comme une amie et un soutien.[2] Slowacki fait aussi connaissance à Genève de Maria Wodzinska, future fiancée de Frédéric Chopin, dont il dira plus tard dans ses lettres qu'elle a été amoureuse de lui. Il semblerait que c'est pour fuir ces turbulences que Slowacki décide de passer l'été 1835 à Veytaux, puis de quitter la Suisse pour l'ltalie en février 1836.

L'Italie et le voyage en Orient (1836-1838)[modifier | modifier le code]

Slowacki arrive d'abord à Rome (vers le 22 février 1836), où il rejoint sa demi-sœur Hersylia qui voyage avec son mari Teofil Januszewski. Il y fait surtout la connaissance et se lie d'amitié avec Zygmunt Krasinski, un autre poète romantique majeur, et le troisième (avec Mickiewicz et Slowacki lui-même) "barde national" polonais.

En juin 1836, Slowacki quitte Rome pour Naples et, fin août, il entreprend un voyage romantique en Orient. Il s'arrête notamment en Grèce et à Alexandrie et atteint son objectif, Jérusalem début 1837. Il passe la nuit du 14 au 15 janvier au Saint-Sépulcre. Ce voyage inspire un long poème, Podróz do ziemi świętej z Neapolu (Voyage en Terre Sainte, 1866), dont le fragment le plus célèbre est Le tombeau d'Agamemnon. Après Jérusalem, Slowacki séjourne pendant une quarantaine de jours au monastère de Saint-Antoine de Padoue à Ghazir[3] au Liban. Il y écrit Anhelli, un poème au ton biblique et prophétique.

De retour en Italie en juin 1837, Slowacki s'installe à Florence, où il fréquente notamment le salon de Charlotte Bonaparte (connue également sous le titre de princesse de Survlliers) avec qui il se lie d'amitié. L'arrestation de la mère du poète à Wilno et de nouvelles complications sentimentales précipitent son départ de Florence pour Paris, où il arrive en décembre 1838.

Paris II (1839-1849)[modifier | modifier le code]

Après son retour à Paris, Slowacki publie plusieurs œuvres majeures, en particulier Anhelli (1838) et Beniowski (1841) qui lui valent un succès auprès de la communauté polonaise. La suite est marquée par un mysticisme grandissant, partiellement dû à sa rencontre avec Andrzej Towianski en 1842, guide spirituel et fondateur du "Cercle de la Cause de Dieu". Cependant, Slowacki quitte rapidement le Cercle qu'il juge pro-russe, et développe sa propre philosophie mystique. Les poèmes caractéristiques de cette dernière période sont La Genèse par l'Esprit (Genezis z Ducha, 1844) et Le Roi-Esprit (Król-Duch, 1847), ainsi qu'un grand nombre de courts poèmes et fragments aux élans mystiques.

Mort[modifier | modifier le code]

Slowacki souffre de tuberculose et la maladie progresse rapidement entre l'été 1848 et le printemps 1849 comme l'attestent les courtes lettres à son médecin. Il meurt le 3 avril 1849 dans son appartement parisien rue de Ponthieu. Il est inhumé le 5 avril au cimetière de Montmartre, en présence d'une vingtaine de proches.

Le 14 juin 1927, ses restes ont été exhumés, puis transportés en Pologne, pour être inhumés le 28 juin dans la nécropole royale de la cathédrale de Wawel à Cracovie. Lors de la cérémonie, le maréchal Pilsudski le dit "l'égal des rois".

Entourage[modifier | modifier le code]

La rivalité de Słowacki avec Adam Mickiewicz est célèbre et domine la scène littéraire polonaise de la première moitié du 19ème siècle. Elle culmine avec leur "duel des improvisations" lors d'un dîner organisé en l'honneur de Mickiewicz par le libraire polonais Januszkiewicz à Noël 1840.

Słowacki reste tout au long de sa vie extrêmement attaché à sa mère, Salomée de Bécu, avec qui il entretient une correspondance très suivie.

Zygmunt Krasinski, rencontré pour la première fois à Rome, est un ami intime et un fervent admirateur de son œuvre.

On ne lui connaît pas de liaison féminine sérieuse, bien qu'il mentionne dans les lettres à sa mère quelques aventures. Plusieurs femmes en dehors de sa mère jouent cependant un rôle dans sa vie. Ludwika Sniadecka, son amour de jeunesse en Pologne lui inspira quelques-uns de ses premiers poèmes. Eglantine Pattey, amoureuse de Słowacki pendant la période genevoise, reste une amie avec qui il entretient une correspondance abondante. Pendant son deuxième séjour à Paris, Slowacki s'intéresse à Joanna Bobrowa, ancienne maîtresse de Krasinski, lui écrit plusieurs lettres et lui dédicace des poèmes.

Tombe de Jules Słowacki (cimetière de Montmartre, division 7).

Œuvre[modifier | modifier le code]

Drames[modifier | modifier le code]

  • Maria Stuart
  • Kordian (1834, joué en 1899)
  • Balladyna (1835, publié en 1839, joué en 1862)
  • Horsztyński(1835, publié en 1866)
  • Mazepa (1840, joué en hongrois en 1847, joué en polonais en 1851)
  • Lilla Weneda (1840, joué en 1863)
  • Fantazy (1841, publié en 1866, joué en 1867)
  • Sen srebny Salomei (« Le Rêve d'argent de Salomé », 1844, joué en 1900)
  • Książę Niezłomny (1844, joué en 1874)
  • Samuel Zborowski (1845, publié en 1903, joué en 1911)

Poésie[modifier | modifier le code]

  • W Szwajcarii (En Suisse, 1839)
  • Król-Duch (le Roi-Esprit, publié partiellement en 1847 et intégralement en 1925)
  • Podróz do ziemi świętej (Voyage en Terre Sainte, 1866)
  • Anhelli (1838)
  • Beniowski (1841)

Caractéristique générale[modifier | modifier le code]

Dans son œuvre de jeunesse, Slowacki aborde des thèmes romantiques classiques, inspirés notamment de Lord Byron (par ex Lambro), orientalistes et intimistes (L'heure des pensées, Séparation, En Suisse). Le thème patriotique ou indépendentiste (la Pologne est alors occupée par la Russie, l'Empire Austro-hongrois et la Prusse) est central dans son œuvre, mais le traitement de Slowacki diffère de celui de Mickiewicz. Slowacki insiste sur la lutte armée, au prix, si nécessaire, d'un sacrifice individuel. Kordian, qui est la réponse de Slowacki aux Aïeux de Mickiewicz,met en scène un protagoniste qui projette de commettre un attentat contre le frère du tsar. Dans Le tombeau d'Agamemnon, le poète exprime sa colère contre le "peuple triste d'ilotes" en opposant ses compatriotes humiliés aux Spartiates héroïques de Leonidas. Dans son manifeste Mon Testament, Slowacki préconise que, s'il le faut, ses héritiers "aillent mourir les uns après les autres, comme des pierres lancées par Dieu contre un rampart". Enfin, la dernière partie de son œuvre est marquée par le développement d'une philosophie mystique personnelle.

Le style de Slowacki est caractérisée par l'évocation de couleurs vives comme le rouge, le doré et l'argenté, et de lumières irisées et diaphanes[4]. Cela tend à rendre ses images éthérées et abstraites, au contraire de Mickiewicz, qui tend vers les évocations concrètes et picturales. Slowacki manie des formes poétiques variées, y compris le poème en prose (en particulier dans les œuvres mystiques). Une de ses créations originales est le "poème digressif" (Voyage en Terre Sainte, et surtout Beniowski) structure narrative en vers entremêlée d'anecdotes personnelles et de de réflexions autour de thèmes fondamentaux. Dans son œuvre dramatique, Slowacki s'inspire de Shakespeare (en particulier dans Balladyna).

Réception[modifier | modifier le code]

La réception des contemporains a été généralement mitigée, ce dont Slowacki souffrit beaucoup de son vivant. Le commentaire de Mickiewicz qui comparait la poésie de Slowacki à une "église belle, mais dans laquelle Dieu n'est pas", est un jugement que nombre de ses contemporains semblaient partager.

Il a surtout été apprécié après sa mort pour sa virtuosité dans la langue et sa façon lyrique et philosophique d’approcher la réalité. Son œuvre combine le romantisme de l'Europe du Nord avec la tradition classique du Sud. Il fut adulé en particulier par la génération symboliste qui voyait en lui le plus grand des romantiques[4]. Il inspira aussi certains poètes polonais de l'entre deux guerres, comme le classicisant Jan Lechon. Pendant la deuxième guerre mondiale, l'expression "Des pierres contre un rampart" fut reprise comme titre d'un livre clandestin sur la résistance.

Pour la génération d'après-guerre il apparaît comme un véritable prophète national grâce à son poème « Le Pape Slave » (1848). Dans l'enseignement de la littérature polonaise il est classé comme l'un des trois "bardes nationaux" du romantisme avec Mickiewicz et Krasinski, et sa poésie reste très populaire en Pologne. La critique moderne a de Slowacki une approche plus pondérée et insiste sur une certaine inégalité de son œuvre[4].

Ses œuvres dramatiques mirent du temps à atteindre les planches des théâtres, en partie à cause de la censure qui empêchait leur représentation dans le Pologne occupée par les puissances étrangères, mais aussi du fait de la difficulté intrinsèque à les mettre en scène. Comme pour la poésie, c'est encore la génération symboliste qui s'empara des drames de Slowacki, avec la création de Kordian en 1899. Depuis, ses pièces ont été régulièrement jouées en Pologne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il est inhumé au cimetière de Montmartre (7e division).
  2. (pl) Jan Zielinski, Slowacki Szataniol, Varsovie, WAB, (ISBN 978-83-7414-579-4), p. 186-188
  3. « Untitled », sur mouka.chez-alice.fr (consulté le 14 novembre 2016)
  4. a, b et c Czeslaw Milosz, Histoire de la littérature polonaise, Fayard (ISBN 2-213-01724-7), p. 334

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Wenceslas Godlewski, « Note préliminaire sur la vie, l’œuvre et l’art de Jules Słowacki », Revue des sciences humaines, Faculté des lettres de l'université de Lille, fascicule spécial, n° 102, avril–juin 1961.
  • Georges d'Ostoya, Un romantique polonais : Julius Slowacki, essai, [S. l.], 1927.
  • Jean Bourilly, La jeunesse de Jules Slowacki (1809-1833) - la vie et les œuvres, 1961.

Liens externes[modifier | modifier le code]