Phonographe

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Le phonographe est un appareil destiné à reproduire du son et des œuvres musicales par des procédés purement mécaniques. C'est le premier appareil de reproduction sonore destiné au public amateur.

Le procédé, né au XIXe siècle, fut progressivement remplacé au siècle suivant par l'électrophone ou le pick-up ou platine tourne-disques, conjointement au magnétophone, qui furent ensuite eux-mêmes éclipsés par les techniques de reproduction sonores permises par la numérisation.

Il est entièrement mécanique pour la rotation du disque comme pour la reproduction du son,

  • La rotation est assurée par un ressort que l'on remonte et tend au préalable de l'écoute d'un disque, en actionnant une manivelle de quelques tours, et la vitesse assurée par un régulateur (à l'analogue d'une clé de boite à musique)
  • L'écoute s'effectue par la tête de lecture, pesant de 100 à 200 grammes, constituée d'une membrane vibrant par l'intermédiaire d'une aiguille ou saphir sous l'impulsion des sinuosités du sillon, et amplifiée par un pavillon, entonnoir ou caisse de résonance.

Étymologiquement, le mot « phonographe » dérive du grec ancien : φωνή (phonè) : la voix ; γράφειν (graphein) : écrire.

Les phonographes, puis gramophones ne seront fabriqués que jusqu'à l'époque des 78 tours, et n'existeront plus pour les microsillons, s'écoutant électriquement et avec des têtes de lecture beaucoup plus légères.


Historique[1][modifier | modifier le code]

Précurseurs[modifier | modifier le code]

Les instruments de musique mécanique, tels que orgues de barbarie, limonaires, pianos mécaniques et boîtes à musique préfigurent de manière éloignée et sommaire le principe du phonographe, en étant les précurseurs, permettant jusqu'ici aux particuliers, de pouvoir écouter une œuvre directement chez eux sans devoir assister à un concert.

L'auteur Savinien Cyrano de Bergerac imagine dans Histoire comique des États et Empires de la Lune des boîtes parlantes que les séléniens utilisent à la place des livres.

L'Anglais Thomas Young imagine, pour étudier les phénomènes sonores, d'utiliser la pointe d'un stylet, rendu solidaire d'un corps capable de vibrer, en la faisant glisser sur la surface d'un cylindre tournant.

Fichier audio
Au Clair de la Lune (info)
Édouard-Léon Scott de Martinville a enregistré la séquence « Au clair de la lune » en 1860, dans ce qui semble être le plus ancien enregistrement d'une voix actuellement connu[2],[3].

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En 1857, le Français Édouard-Léon Scott de Martinville fixe un stylet sur une membrane élastique pour enregistrer la voix humaine : grâce à cette invention − baptisée le « phonautographe » — la toute première voix enregistrée le 9 avril 1860 serait la voix de l'inventeur chantant la comptine pour enfants Au clair de la lune. Cet appareil ne pouvait qu'enregistrer le son. Il ne pouvait pas le lire[4].

Le poète et inventeur Charles Cros, qui s'intéresse au sujet, trouve tout d'abord un autre moyen d'enregistrer les traces de la voix sur un support enduit de noir de fumée, mais ne savait comment les relire[5]. Cependant, l'écrivain Alphonse Allais, dans un de ses textes parus dans la revue Le Chat noir, affirme avoir assisté à une séance de restitution des sons enregistrés par un phonographe fabriqué par Charles Cros en la présence de l'inventeur son ami.

Tournant de l'année 1877[modifier | modifier le code]

L'année 1877 sera décisive pour l'émergence du procédé [6]. À Paris, Charles Cros utilise un stylet pour graver des sillons sur un cylindre rotatif et constate que « si l'on fait passer le stylet dans les sillons qu'il a creusés, la membrane à laquelle il est rattaché reproduit les paroles, chants et musiques » précédemment gravées. Baptisé le paléophone (du grec palaios, ancien, et phonè la voix) , le dispositif est décrit dans un mémoire qu'il adresse le 18 avril 1877 à l'Académie des sciences.

L'ingénieur américain Thomas Edison dépose le brevet du phonographe le après un essai public le [7].

L'ingénieur allemand Émile Berliner dépose en 1887 le brevet d'un procédé qui remplace l'enregistrement vertical sur cylindre rotatif par l'enregistrement vertical sur disque rotatif. Il inclut ce nouveau dispositif dans le procédé, et baptise le nouvel appareil qui en résulte le gramophone.

Description[modifier | modifier le code]

Phonographe d'Edison, 1877 (Musée des sciences de Madrid).
Phonographe Pathé et ses cylindres.

Son dispositif est mécanique, il permet d'enregistrer des sons grâce à un stylet composé d'une aiguille interchangeable fixée sur un diaphragme de mica. Ce stylet grave les sonorités sur un cylindre d'étain (de cire par la suite, ce qui améliora la qualité de l'enregistrement).

Dès que l'enregistrement est terminé, la gravure peut être lue par le stylet. L'aiguille, faisant vibrer le diaphragme, transforme le sillon gravé en sons. Afin de permettre la diffusion de ces premiers enregistrements, un mécanisme de recopie sur cylindre de bakélite est mis au point : la qualité est meilleure et surtout le cylindre ne craint plus ni les déformations ni la chaleur. C'est ce type de cylindre que l'on peut observer sur la photo ci-contre.

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Rotation du cylindre ou du plateau[modifier | modifier le code]

Le moteur entraînant le cylindre ou le plateau est constitué d'un ressort semblable en plus grande dimension à celui d'une horloge, pendule ou montre, d'un jouet mécanique ou d'une boîte à musique, formé par un long ruban d'acier enroulé en force dans un boitier cylindrique. L'opérateur actionne une manivelle durant les quelques tours nécessaires, jusqu'à une certaine résistance correspondant à l'enroulement complet maximal. La mise en rotation ou l'arrêt s'effectuent en basculant un levier muni d'un ergot caoutchouté qui maintient ou libère le plateau par friction.

Le plateau étant libre, la lame du ressort se "détend" progressivement à l'intérieur du cylindre moteur lié au plateau, lui assurant sa rotation. La vitesse est régulée par un système à double masselotte en forme de coquille, semblable aux système de compteurs de vitesse des voitures : Plus la vitesse est importante, plus les masselottes s'écartent par force centrifuge (principe du régulateur à boules). Pour contrôler cette vitesse, et même la choisir ou l'ajuster à 78, voire 80 ou 90 tours par minute, un levier actionnant une butée circulaire, limite plus ou moins l'écartement de ces masselottes, assurant sa régulation de manière constante durant tout le disque quelle que soit la détente plus ou moins importante du ressort.

Il arrivait fréquemment qu'en cas de remontage insuffisant, le ressort n'ait plus suffisamment de force pour entraîner l'ensemble plateau + inertie du poids de la tête, et qu'après un ralentissement progressif, le disque s'arrête en cours d'audition.

Il était même recommandé avant toute inutilisation prolongée, de ne pas laisser le ressort sous tension en le laissant se détendre complètement afin de le laisser au repos, en terminant de faire tourner le plateau à vide jusqu'à l'arrêt.

Lecture et pointe[modifier | modifier le code]

La tête de lecture est constituée d'un cylindre plat muni d'un orifice porte-aiguille, où l'on introduit l'aiguille que l'on fixe par une vis moletée. Cette aiguille devient solidaire de part et d'autre d'une membrane circulaire métallique ou en mica appelée diaphragme, amplifiant les oscillations de l'aiguille sous l'effet des sinuosités modulaires du sillon, correspondant aux fréquences acoustiques de l'enregistrement. (Le principe sera d'ailleurs identique pour les pick-up et platines tourne-disques, excepté que l'oscillation de la pointe sera directement amplifiée électriquement).

La membrane du diaphragme étant relativement petite (correspondant à la taille d'un "twitter"), celle-ci ne restituait à la base que des sons aigus. L'amplification était assurée par un pavillon, genre de grand cornet en entonnoir, analogue à celui d'une trompette ou porte-voix, permettant de relativement mieux restituer les médiums-basses et la résonance notamment, la restitution des basses "profondes" restant toutefois beaucoup plus limitée qu'avec l'amplification électrique d'un pick-up. Par la suite sur les mallettes transportables, cette amplification était effectuée directement dans le boitier, et pour les phonographes de salon, dans un meuble ou buffet.

Plus le volume du pavillon ou de la caisse de résonance était grand, meilleures étaient l'amplification et les basses, le bois constituant par ailleurs un excellent matériau pour une bonne amplification acoustique. La réduction du volume était souvent obtenue par une "sourdine" fermant des volets.

L'aiguille devait être régulièrement changée après 1 à 4 écoutes de morceaux et faces, car elle s'usait en s'émoussant au cours des utilisations par frottement sur le disque, amenant en cas de non remplacement à une distorsion progressive des aiguës, risquant également une usure du disque prématurée.

Des petites boites contenant une centaine d'aiguilles en acier, étaient vendues chez tous les disquaires, possédant selon leur forme épaisseur et taille, divers niveaux de puissance allant de "pianissimo" à "forte". Jugées meilleures en sonorité, les aiguilles en bois résistant existèrent aussi. On pouvait les retailler facilement soi-même, celles-ci s'usant beaucoup plus vite à chaque écoute.

Lors des premiers cylindres puis galettes, la marque Pathé choisit d'opter au départ et jusqu'aux années 1925 environ, pour des disques "saphirs", dont la modulation était gravée en profondeur, et utilisait pour cela une pointe diamant possédant à son extrémité une petite boule en tungstène très résistante. Mais estimée comme usant davantage les disques, les autres marques adoptèrent dès le départ la gravure longitudinale, en utilisant une aiguille.

Certains phonographes, en préambule du casque, étaient équipés de plusieurs tuyaux en caoutchouc partant de la caisse de résonance, que l'on plaçait sur chaque oreille.

Dans le but de faire danser les foules dans les salles ou lieux publics, une fausse stéréo avait été créée sur quelques modèles, possédant 2 têtes avec un décalage d'une demi-spirale de sillon, et 2 pavillons séparés correspondants, créant également ainsi un léger écho.

Des phonographes "jouets" de taille plus petite, utilisant des galettes de taille réduite furent aussi créés pour les enfants.

Évolution[modifier | modifier le code]

Le graphophone, similaire au phonographe, permet d'enregistrer les textes destinés à être dactylographiés. Il dispose à cet effet d'une tête réversible et d'un cornet en guise de micro. Pour effacer le message, on rabote la surface du cylindre constitué de cire.

Les premiers cylindres tournaient à la vitesse de 160, puis 120 tours par minute, et étaient remontés par une grande clé.

Lors de l'exposition universelle de Paris en 1900, la société Pathé reçoit un grand prix pour son phonographe « le Gaulois ». Le corps de ce dernier est en fonte. Le son est enregistré sur des rouleaux de cire. Le phonographe dispose d'une tête d'écriture et d'une tête de lecture. Il a un pavillon en cristal. Particularité de ce modèle : il pourra être vendu à crédit ; ce qui favorise la démocratisation de ces machines.

Les phonographes plus récents, prenant alors l'appellation de "gramophones", mais conservant populairement le nom "phonographes" ou "phonos"[8], voient la disparition du cylindre au profit du disque sous forme de galette. La cire fragile sera remplacée par de la bakélite noire, sur des disques de taille allant de 15 à 40 cm, 30 cm en majorité.

Les gramophones (voir parallèlement l'article "Gramophone", dont ce qui suit aurait logiquement dû être incorporé, mais restant sur cet article, car constituant une suite logique concernant l'évolution des appareils de reproduction mécanique, et suite à l'appellation populaire persistante de "Phonographe"), sont une évolution marquante du phonographe, au point de devenir l'appellation du procédé générique. La différence entre ces deux types d'appareils se fait surtout par le support d'enregistrement : cylindre pour les phonographes, disque pour les gramophones qui tournent au départ à la cadence de 90 à 100 tours par minute.

Les phonographes, puis gramophones dits « à pavillon » permettent un volume sonore plus important (sur les phonographes à cylindre, on collait souvent son oreille au pavillon pour bien entendre). On trouve ces phonographes dans les habitations, mais aussi les lieux publics comme les cafés.

À partir des années 1910, le support disque tourne à 90 à 100 tours par minute, en commençant souvent au centre par l'annonce du titre et de l'interprète, puis 80 tours par minute, et au cours des années 1920, la vitesse précise de 78 tours par minute est adoptée, sous le nom de "disque 78 tours".

À la fin des années 1920, le phonographe portable ou « phonographe mallette » fait son apparition. On l'appelait "gramophone pique-nique", que l’essor de l’automobile et des sorties familiales le dimanche a grandement aidé. Il comporte souvent un compartiment pour y ranger plusieurs disques ainsi qu'un réceptacle pour les aiguilles de remplacement. C'est le couvercle de la valise qui fait office de pavillon. Il existe de nombreuses variétés d'aiguilles suivant le son que l'on veut obtenir. Il existe par exemple des aiguilles en bois. L'amélioration de la qualité sonore est due à l'abandon progressif de la membrane mica pour des membranes plus complexes.

Lors de l'apparition du pick-up et des amplificateurs à lampes et TSF, de meilleure sonorité concernant notamment la restitution des fréquences basses profondes manquantes sur un phonographe ou gramophone, les gramophones à mallette continuèrent parallèlement d'être tout de même vendus, leur avantage étant d'être légers, pratiques, et de pouvoir être transportés partout de manière autonome. Les électrophones, portables eux aussi, les supplantèrent lors de l'arrivée des microsillons, ceux-ci devant systématiquement être écoutés électriquement, pouvant par ailleurs continuer de diffuser les 78 tours.

Musées - Expositions[modifier | modifier le code]

De nombreux musées du phonographe, souvent étendus aux gramophones, pick-up, postes à lampes, voire magnétophones, juke-box, et même télévisions et tous appareils de reproduction du son, existent dans toute la France, parfois même associés aux musées des musiques mécaniques, ainsi qu'aux festivals correspondants, tels que ceux de Beaumont, Vichy ou Dijon (orgues de Barbarie, pianos mécaniques, boîtes à musique, etc.)

Ils sont souvent issus de collectionneurs ayant conservé et/ou restauré minutieusement chacun de ces appareils[9].

C'est le cas par exemple du Musée de la Radio, situé à Radio France, ainsi que le "Phono Museum", récemment installé 53 boulevard Rochechouart à Paris[10] [11].

Le site "phonorama" est dédié aux passionnés des phonographes et gramophones et à leurs inventeurs[12].

La vente ou l'achat des phonographes ou gramophones s'effectue très souvent chez les brocanteurs, antiquaires, salles de ventes aux enchères, ou auprès de spécialistes[8]

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.hervedavid.fr/francais/phono/Hurm%20livre.htm
  2. « Libération, « Au clair de la lune », le plus vieil enregistrement du monde », sur www.Libération.fr,‎ (consulté le 21 janvier 2015)
  3. (en) « Édouard-Léon Scott de Martinville's Phonautograms », sur www.firstsounds.org (consulté le 27 janvier 2015)
  4. Press Release:. Enregistrement disponible sur le site de firstsouds.org
  5. Une revue musicale britannique, pour un de ses numéros de 1er avril, joignit un CD se prétendant « la restitution des enregistrements historiques de Charles Cros, effectuée par l'IRCAM de Paris ». La revue fut épuisée en quelques jours. Elle publia toutefois un démenti dans son numéro suivant.[réf. nécessaire]
  6. Dictionnaire des Inventions, Berger Levrault Edit, Paris 1982
  7. Neil Baldwin, Edison: Inventing the Century, University of Chicago Press, 28 avril 2001
  8. a et b http://gfol1.portable-gramophone.com/download/conseils_a_ceux_qui_veulent_un_gramophone_ws57238643.pdf.
  9. http://lci.tf1.fr/jt-13h/videos/2014/collectionneurs-passionnes-4-5-les-phonographes-des-annees-8494724.html
  10. http://www.phonogalerie.com/lang-francais/
  11. http://www.hello-paris.fr/article-musee-des-phonographes-98097031.html
  12. http://www.phonorama.fr/

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Lesueur, Histoire du disque et de l'enregistrement sonore, Éditions Carnot, 2004
  • Ludovic Tournès, Musique ! Du phonographe au MP3, 1877-2011, Autrement, 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]