Tess (film)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Tess.
Tess
Description de cette image, également commentée ci-après
Calligraphie du titre, créé par l'affichiste René Ferracci

Réalisation Roman Polanski
Scénario Gérard Brach
John Brownjohn
Roman Polanski
d'après l'œuvre de :
Thomas Hardy
Acteurs principaux
Sociétés de production Renn Productions
Burrill Productions
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre Drame
Romance
Durée 186 min
Sortie 1979

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Tess est un film franco-britannique de Roman Polanski, sorti en 1979. C'est une des adaptations du roman Tess d'Urberville de Thomas Hardy.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Dans le Dorset rural de la période victorienne, le pasteur Tringham, un historien local, déclare à un paysan de la région, John Durbeyfield, qu'il a découvert lors de ses recherches que les Durbeyfields descendaient des D'Urberville, une famille de haut lignage qui datait de l'époque de Guillaume le Conquérant. Cette famille avait perdu par la suite ses terres et sa fortune.

Obnubilé par l'idée d'obtenir de l'argent grâce à cette noblesse perdue, Durbeyfield envoie sa fille Tess rencontrer une famille D'Urberville, qui habite un joli manoir proche. Alec D'Urberville, charmé par la beauté de sa « délicieuse cousine », accepte de l'employer pour s'occuper des poules de sa mère. Alec tombe bientôt amoureux de Tess, tente de la séduire et finit par la violer. Découvrant qu'elle est enceinte, Tess retourne chez ses parents où elle donne naissance à un bébé qui meurt peu de temps après. Quand Tess va voir le pasteur pour lui demander d'être présent pour l'enterrement du bébé, le pasteur refuse, car Durbeyfield avait refusé qu'il baptise ce bébé, né hors mariage. Le pasteur, bien qu'il comprenne sa situation, ne veut pas, pour ne pas choquer ses fidèles, assister à l'enterrement d'un bébé non baptisé. Tess, bouleversée par tant de froideur, jure au pasteur qu'elle ne se rendra plus à l'église et se résout, seule, une nuit, à enterrer son bébé dans un champ avec une petite croix de fortune.

Plus tard, Tess trouve un emploi dans une ferme laitière où elle rencontre son véritable amour : un fils de pasteur nommé Angel Clare qui apprend à devenir fermier. Ce dernier, croyant que Tess est une paysanne complètement innocente, tombe également amoureux d'elle. Il lui propose de l'épouser, mais elle se refuse dans un premier temps, car elle veut lui parler d'abord de son passé, mais ne parvient pas à le faire par crainte de sa réaction. Elle décide de lui écrire une lettre qu'elle glisse sous sa porte et attend sa réaction. Quand Angel sort le lendemain matin, il lui déclare à quel point il est bien avec elle sans faire allusion à la lettre. Quelques jours plus tard, elle découvre que la lettre qu'elle avait glissée sous la porte s'est retrouvée sous le tapis. Angel n'a donc jamais eu connaissance du contenu de la lettre. Trop heureuse de son bonheur avec lui et étant certaine que c'est l'homme de sa vie, elle ne lui en parle plus jusqu'à la nuit de noces. Lors de cette nuit, Tess lui confie enfin son terrible secret, qu'elle a déjà eu un amant qui a abusé d'elle et un bébé qui est mort peu après. Accablé, Angel quitte Tess et part pour le Brésil.

Pendant son absence, Tess, qui effectue des travaux pénibles dans les champs pour subvenir à ses besoins, rencontre de nouveau Alec D'Urberville, qui a pris connaissance de sa triste condition, mais elle refuse son aide car il est la cause de tous ses malheurs et dit du mal de son mari, ce qui la met hors d'elle. Cependant, après la mort de son père, sa famille, dans la misère, se voit chassée de sa propre maison. Tess se résout donc à renouer avec Alec et devient sa maîtresse.

Quelques années plus tard, Angel Clare revient en Angleterre, malade et pris par le remords d'avoir abandonné sa femme et de n'avoir jamais répondu à ses lettres. Il se met à sa recherche et la retrouve grâce à la mère de Tess, dans une maison au bord de la mer où elle a emménagé avec Alec. Quand il arrive, Tess lui dit de partir, car il est trop tard et il lui a fait trop de mal par son silence. Mais après son départ, elle remonte dans la chambre en pleurs. Survient Alec qui s'avère n'être plus l'homme qui, jadis, se voulait attentionné, mais devenu méprisant et lui parlant sans égard. Elle le poignarde et va retrouver Angel à la gare où elle lui avoue son meurtre et lui confie qu'elle risque d'être pendue, mais semble résignée. Angel lui propose de fuir à l'étranger. Au cours de leur fuite, ils se réfugient dans une maison qu'ils pensent inhabitée et consomment leur mariage dans une chambre. Obligés de fuir à l'arrivée de la propriétaire, ils se retrouvent à Stonehenge où ils passent la nuit. Lorsque Tess se réveille et voit les gendarmes, elle déclare à Angel qu'elle se sent prête. Résignés, Tess et Angel s'en vont entre deux gendarmes. L'on apprend grâce à un carton que Tess D'Urberville a été pendue à Wintoncester, ancienne capitale de Wessex (Winchester est rebaptisé Wintoncester dans le roman de Hardy, Tess of the d'Urbervilles (1891).

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Genèse du projet[modifier | modifier le code]

Polanski conçut le film en mémoire de sa femme, Sharon Tate, qui avait laissé un exemplaire du livre de Thomas Hardy sur son chevet avec une note lui disant que cela ferait un bon film, avant de partir accoucher à Los Angeles. Quelques mois plus tard, elle est assassinée avec l'enfant qu'elle porte et quatre amis, par des membres de la communauté appelée « La Famille » dirigée par Charles Manson[1]. Le film lui est dédié, avec la mention « To Sharon » au début du film[2].

Quand le cinéaste revint en France, il en parla au producteur Claude Berri, fan de Polanski et enthousiasmé du projet. Polanski avait trouvé dans l'œuvre de Thomas Hardy des thématiques intéressantes tel le destin bouleversé par des rencontres anodines (celle du pasteur Tringham au début[3]), l'amour et la cruauté des hommes.

Tournage[modifier | modifier le code]

Roman Polanski est à cette époque accusé de viol sur mineur aux États-Unis et est menacé d'extradition depuis l'Angleterre. Ainsi, bien que le film se déroule en Angleterre, il est tourné en France : principalement en Normandie, dans les paysages du cap de la Hague dans la Manche (au Manoir du Tourp, à Omonville-la-Rogue, Éculleville, Sainte-Croix-Hague, Le Vast, Bricquebec et Saint-Jacques-de-Néhou), à Hermanville sur mer dans le Calvados (villa du front de mer "Les Tamaris "), ainsi qu'en Bretagne, à Locronan (Finistère) et au Leslay (Côtes-d'Armor) pour ce qui est du manoir, le château de Beaumanoir[4], ainsi qu'au château d'Hardelot dans le Pas-de-Calais[5].

Le site mégalithique de Stonehenge est reconstitué à Morienval, village situé dans l'Oise[6].

Le tournage est également marqué par la mort du directeur de la photographie britannique Geoffrey Unsworth après trois semaines de tournage. Il est remplacé par le belge Ghislain Cloquet[2].

Tess est le premier film français à utiliser la technologie Dolby Stéréo, ce qui provoqua plusieurs difficultés pour le mixage sonore[7].

C'était le film le plus cher du cinéma français lors de sa sortie, avec 11 millions de dollars, soit plus de 50 millions de francs. Un budget dû au tournage très étalé : 40 lieux différents de tournages, certains exigeant une saison précise, ce qui explique les neuf mois nécessaires[8].

Montage[modifier | modifier le code]

Le montage de l'œuvre prit toute une année, plus que le tournage, déjà considéré comme ambitieux. Il fut assuré par Alastair McIntyre et Tom Priestley qui avaient déjà collaboré avec Polanski. Un conflit éclata entre Berri et Polanski, le producteur voulant amputer le film de 30 minutes pour faciliter son exploitation, Polanski refusait des coupes et avait beaucoup de mal à trouver un montage adéquat. Finalement, c'est Hervé de Luze qui finalisa le montage[9], même s'il n'est pas crédité. Le film fit 160 minutes pour son exploitation américaine.

Sortie[modifier | modifier le code]

Le film fit 2 millions d'entrées en France, ce qui était bien mais insuffisant, les recettes internationales et surtout américaines étant requises.

Le film ne sortit pas à la fin de l'année 1979 aux États-Unis, faute de distributeurs, qui craignaient sa longue durée. Une autre solution avait pourtant émergé : Francis Ford Coppola distribuerait et remonterait le film avec sa société American Zoetrope. Une nouvelle version du montage se basant sur ses recommandations est faite par Sam O'Steen. Les divergences sont nombreuses, le projet n'aboutit pas[9].

Contre toute attente, Columbia proposa de distribuer le film en Amérique, un an après sa sortie, fin 1980. La société connaissait la difficulté d'exploitation mais comptait sur le bouche à oreille lié aux récompenses du film, en le sortant à la fin de l'année, il devenait un sérieux prétendant pour les Oscars.

Roman Polanski, lessivé de la postproduction du film, faillit arrêter le cinéma[7], il ne tourna plus de films jusqu'à Pirates en 1986. Claude Berri dut hypothéquer plusieurs biens pour financer le film.

Restauration[modifier | modifier le code]

Le film est restauré en 2K et 4K. Il est projeté à Cannes Classics lors du Festival de Cannes 2012[10].

Réception[modifier | modifier le code]

Le film reçut un très bon accueil. C'est l'une des rares histoires d'amour traitées par le réalisateur (la seule selon lui[3]), et l'une de ses œuvres les plus acclamées[11],[12].

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]