Georg Baselitz

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Georg Baselitz
Georg Baselitz by Erling Mandelmann.jpg

Georg Baselitz par Erling Mandelmann

Naissance

Deutschbaselitz, Kamenz, Saxe Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Nom de naissance
Hans-Georg Kern
Nationalité
Activité
Maître
Hann Trier
Lieux de travail
Mouvement
Influencé par
Distinctions
Georg Baselitz photographié par Lothar Wolleh, Mülheim, 1971

Georg Baselitz, né Hans-Georg Kern le à Deutschbaselitz[1] aujourd'hui quartier deKamenz en Saxe, est un peintre, sculpteur, graveur et enseignant allemand.

Né en Saxe pendant la période nazie, il passe son adolescence dans la zone occupée par l'Union Soviétique, puis il vient vivre et étudier en Allemagne de l'Ouest. Sa carrière prend son élan au milieu des années 1960, quand il devient une des figures de l'esprit de Berlin-Ouest, et du néo-expressionnisme allemand.

Sa peinture figurative est caractérisée par la présentation des tableaux "haut-en-bas", dessinée et peinte à grands coups de brosse, avec des couleurs franches. Sa sculpture le plus souvent sur bois est pratiquée à la tronçonneuse. Par sa violence expressive, l'art de Baselitz évoque le primitivisme et l'expressionnisme berlinois des années 1920.

Il est aujourd'hui professeur émérite à l'université des arts de Berlin.

Biographie[modifier | modifier le code]

Georg Baselitz est né le sous le nom de Hans-Georg Kern à Deutschbaselitz (Saxe), sous le troisième Reich dans ce qui deviendra par la suite l'Allemagne de l'Est ou RDA à partir de 1949. Son père est instituteur et la famille vit dans les locaux de l'école ; dans la bibliothèque attenante, Baselitz découvre des albums de dessins du XIXe siècle, qui constituent son premier contact avec l’art. Il travaille comme assistant avec le photographe de nature Helmut Drechsler pour d’occasionnelles « photographies ornithologiques ».

En 1950, la famille déménage dans la ville de Kamenz. Baselitz va en cours au lycée local, dont la salle de réunion est décorée par une reproduction de la peinture Wermsdorfer Wald (1859), de Louis-Ferdinand von Rayski. Il lit les écrits de Jakob Böhme. Vers 15 ans, il peint des portraits, des sujets religieux, des natures mortes et des paysages, dont certains avec un style futuriste.

Formation artistique[modifier | modifier le code]

En 1955, à 17 ans il tente de s'inscrire à l'académie des Beaux Arts de Dresde,sans succès. En 1956, il passe l'examen d'entrée de la Forstschule de Taranth pour y être garde-forestier, et est simultanément admis à la Hochschule für bildende und angewandte Kunst (école des arts plastiques et des arts appliqués) de Berlin-Weisnesee Berlin-Est. Il y étudie la peinture avec les professeurs Walter Womacka et Herbert Behrens-Hangler. Parmi ses amis, on trouve Peter Graf et Ralf Winkler (connu plus tard sous le nom de A. R. Penck). Après deux semestres, il est expulsé pour « immaturité socio-politique »[1]. En 1957, il est admis à la Hochschule der Künste (école des beaux-arts)de Charlottenburg de Berlin-Ouest et poursuit ses études dans la classe de Hann Trier. Il s'immerge dans les théories d’Ernst-Wilhelm Nay, Wassily Kandinsky et Kasimir Malevitch. Il se lie d'amitié avec Eugen Schönebeck et Benjamin Katz. En 1958, Baselitz s'installe à Berlin-Ouest, fuyant Berlin-Est. Là il rencontre sa future femme, Elke Kretzchmar. Il réalise les premières œuvres empreintes de son style distinctif, dont les portraits imaginaires Oncle Bernard. Il commence à travailler la série Tête de Rayski. Il visite l'exposition de Nouvelle Peinture américaine au musée d'Art moderne, qui est exposée à la Hochschule der Künste de Berlin où il découvre la peinture de Pollock, de Kooning et Guston. En 1959, en auto-stop il va à Amsterdam, où il admire le Bœuf écorché de Chaim Soutine et le grand verre de Duchamp au Stedelijk Museum. Il s'arrête à Cassel sur le chemin du retour pour assister à la Documenta 2. Au retour, il quitte l'atelier de l'école et commence à travailler chez lui pour mieux se concentrer.

L'affirmation du peintre[modifier | modifier le code]

En 1961, il prend le pseudonyme Georg Baselitz en souvenir de sa ville natale alors en Allemagne de l'Est. Premier voyage à Paris où il découvre la peinture d'Eugène Leroy à la galerie Claude Bernard. Baselitz s'intéresse également aux travaux de Hans Prinzhorn sur l'art des malades mentaux. Baselitz et Schönebeck exposent leurs travaux dans une maison abandonnée et rédigent leur manifeste : Premier Pandémonium en livret d'accompagnement. Ils sont tous deux admis dans la classe de doctorat de Hann Trier.En 1962, le Deuxième manifeste Pandémonium est rédigé. Baselitz se marie avec Elke Krtezchmar. Naissance de son premier fils, Daniel, (qui se fait appeler aujourd'hui "Daniel Blau"). Début de l'amitié avec Michael Werner. Il finit ses études à l'Akademie.

En 1963 a lieu la première exposition personnelle de Baselitz à la galerie Werner & Katz, à Berlin, qui donne lieu à un scandale pour atteintes à l'ordre public, deux des œuvres, Die Großer Nacht im Eimer (Grande Nuit sous la Pluie), et Nackter Mann (L'Homme nu) sont saisies par un huissier. Le procès qui s'ensuit se poursuivra jusqu'en 1965, où les peintures lui sont restituées. Un nouveau manifeste est rédigé sous la forme d'une lettre adressée à « Cher M. W ! ». La série « P.D.-Füße » (« Pieds de P.D. ») est terminée. La peinture de Baselitz présente alors de manière volontairement grossière de jeunes hommes habillés de vétêments militaires, en morceaux ou en haillons, des images oniriques de guerre, de pieds et de mains déchiquetés, de sexe, de masturbation. En 1964, série des « Idoles ». Il passe le printemps à Schloß Wolfsburg et y réalise ses premières gravures à l'eau-forte. Il expose Obéron au premier " Orthodoxer Salon" de Michael Werner. Début de son amitié avec Johannes Gachnang. À l'automne, Michael Werner expose ses eaux-fortes. En 1965, il obtient une bourse d'études de six mois pour la Villa Romana de Florence. Il y étudie le dessin maniériste. À Florence, il réalise la série : les Tierstück (Bouts d'animaux). Première exposition à la galerie Friedrich & Dahlem de Munich. À son retour, il travaille et ce jusqu'en 1966 sur la série des Héros, qui inclut une composition de grand format, Die großen Freunde (Les Grands Amis). La peinture de cette époque est comme déchiquetée, morcelée, recollée et assemblée en désordre.

En 1966, son second fils, Anton, naît. Il déménage à Osthofen près de Worms. Avec ses premières gravures sur bois, il réalise une série de peintures vertes aux motifs ruraux, les Frakturbilder (Images fracturées), qu'il poursuivra jusqu'en 1969. En 1967, il peint B für Larry (B pour Larry).

Retourner la peinture tête en bas[modifier | modifier le code]

En 1969, il prend "Wermsdorfer Wald" de Louis-Ferdinand von Rayski pour modèle, et il en répète le motif tête en bas. Ce retournement du tableau, un portrait figuratif par exemple mis à l'envers du sens de lecture devient le signe de sa peinture, son identité. Sa peinture sera toujours présentée ainsi dorénavant.

Dans les années suivantes, il expose régulièrement à la galerie Heiner Friedrich. La plupart de ses travaux sont alors des paysages, dont le thème est mis en abyme. Au musée des Arts de Bâle, Dieter Koepplin expose la première rétrospective de ses travaux graphiques et de ses dessins. À la Galeriehaus de la Lindenstraße de Cologne, Franz Dahlem expose ses peintures « inversées ». En 1971, il déménage à Forst. Il utilise l'école du vieux village comme atelier, commence à peindre des oiseaux. Pour le foyer de la Clinique Neurologique de Berlin Ouest, il réalise le triptyque Dans la Forêt près de Pontaubert - Seurat. Exposition à la galerie Tobiès & Silex de Cologne.

La reconnaissance allemande[modifier | modifier le code]

En 1972, la Kunsthalle de Mannheim expose ses peintures et dessins. Les travaux de la période 1962-1972 sont exposés à la Kunstverein de Hambourg. Participation à la documenta 5 de Cassel. Il loue les locaux d'une usine à Musbach pour y installer son studio. Il exécute une série de peintures avec ses empreintes digitales. Les éditions de la galerie Heiner Friedrich commercialise ses sérigraphies sous la direction de Fried Jahn. Johannes Gachnang expose la série des portraits Amis de 1969 au Goethe Institut d'Amsterdam. En 1975, il effectue son premier voyage à New York et participe à la biennale de Sao Paulo. La même année il installe son atelier à Florence jusqu'en 1981. En 1977 et 1978, il enseigne à la Staatliche Akademie der Bildenden Künst de Karlsruhe. Jusqu'à la fin des années 1980, Baselitz peint essentiellement a tempera et sa peinture devient plus abstraite.

La reconnaissance internationale[modifier | modifier le code]

En 1977, il participe à la Dokumenta 6 avec Markus Lüpertz, ils décrochent leurs œuvres en protestation contre la présence de peintres d'Allemagne de l'Est. Le scandale qui s'en suit les rend célèbres. En 1980, il participe à la Biennale de Venise, puis à l'exposition "A New Spirit in Painting" à Londres à la Royal Academy. Il est alors reconnu comme une des figures de proue de la scène allemande avec Markus Lüpertz,... du néo-expressionisme allemand . Il apparaît dans les écrits de Achille Bonito Oliva comme une figure de la trans-avant-garde des années 1980.

Dans les années 1980, il enseigne la peinture à Berlin et les thèmes chrétiens deviennent déterminants dans sa production jusqu'à la fin de 1984. En 1985, il participe à la Biennale de Paris. La Bibliothèque Nationale de France organise sa première rétrospective de ses gravures. Cette année on compte pas moins de 17 expositions personnelles en galerie en Allemagne, Autriche, France, Hollande, Grande-Bretagne, États-Unis...

En 1987, il installe son atelier à Imperia en Italie. Il fait une lecture publique de "Rüstzeug des malers" (L'Attirail du peintre) à Amsterdam, à Londres et à Paris à l'école des Beaux Arts. Il y explique sa méthode, son travail par l'utilisation du hurlement, par la rhétorique du cri, il ne dit pas : " rouge" il hurle littéralement "rouge", il ne peint pas de manière décorative, sa peinture hurle la décoration, ce qu'il fait il le fait en "énorme". En 1989, il expose au Guggenheim

La réunification allemande[modifier | modifier le code]

En 1989, il présente deux béliers renversés sur l'étiquette du château Mouton Rothschild. Deux béliers en référence à l'évènement marquant de l'année 1989. Il y ajoute la phrase " drüben sein jetzt hier", l'autre côté est maintenant chez nous, en français[2].

En 1993 et 1994, il crée les décors de Punch et Judy de Harrison Birtwistle pour l'opéra d'Amsterdam. Il présente son manifeste Malen aus dem kopf, auf dem kopf oder aus dem topf.

Les rétrospectives[modifier | modifier le code]

Reconnu comme une des figures majeures de la peinture allemande et de la nouvelle Allemagne réunifiée avec Gerhard Richter, A. R. Penck, Markus Lüpertz ou Anselm Kiefer, Baselitz enchaîne les expositions retrospectives dans les musées internationaux.En 1996, il peint des portraits de famille et présente une grande rétrospective au Musée d'art moderne de la ville de Paris. En 2000, il réalise des peintures et estampes autour du thème de Marcel Duchamp. En 2007, il présente une grande rétrospective à la Royal Academy of Arts de Londres. En 2013-14, une rétrospective de son œuvre sculpté à lieu au Musée d'art moderne de la ville de Paris. En 2017, son "ouvrier pensant" Volk Ding Zero est placé à côté du plâtre original du "penseur" de Rodin, pour l'exposition du centenaire Rodin au Grand Palais de Paris.


L'admiration pour Eugène Leroy[modifier | modifier le code]

Georg Baselitz, alors étudiant, a découvert par hasard l'œuvre d'Eugène Leroy en 1960 à Paris lors d'un voyage avec Michael Werner, œuvre qui le marque profondément. 42 ans plus tard apprenant que le peintre Français n'a plus de galerie, il prend en contrat Eugène Leroy en 1982 que Michael Werner présente dans des expositions préfacées par Baselitz. En 2013-2014, le Musée des Beaux arts de Tourcoing[3] : organise un hommage et l'histoire de leurs amitiés en réalisant une exposition à deux.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Adelaar, 1977, Georg Baselitz, musée Groninger.
Volk Ding Zero, à l'entrée du musée d'Art contemporain de Berlin

Baselitz déconstruit la matière pour en faire émerger la vie. L'association de pigments et du façonnage des matériaux, sélectionnés pour leur couleur, leur textures et leurs possibilités esthétiques, amène l'artiste à détourner, à perturber les formes et les volumes. Influencé par le primitivisme et l'art tribal notamment, Baselitz fait résonner l'expressionnisme allemand, auquel il se refuse d'appartenir, avec les arts premiers. "Je pense que la sculpture est un chemin plus direct que la peinture pour arriver au même résultat parce que la sculpture est plus primitive, plus brutale et moins réservée comme la peinture l'est parfois."[4]

Expositions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b in Coll "Baselitz, une seule passion la peinture Fondation de l'Hermitage", Bibliothèque des arts 2006 p. 168
  2. « Georg Baselitz », sur Château mouton Rothschild (consulté le 23 septembre 2014)
  3. in Coll « Baselitz Leroy. Le récit et la condensation ». MUba Eugène Leroy, Tourcoing 2013-2014
  4. « Baselitz sculpteur au Musée d'Art Moderne de Paris », sur www.lintermede.com (consulté le 16 juin 2015)
  5. Hélène Deaucourt, "Taillé dans le vif", le 18/01/2012, Présentation de l'exposition à lire sur L'Intermède

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Andrea Franzke, Baselitz, Cercle d'Art, Barcelone, 1988.
  • Coll, "Baselitz", Fondation de l'Hermitage, La bibliothèque des Arts, Lausanne, 2006.
  • Eric Darragon, "Baselitz, Charabia et basta " L'Arche, Paris, 1996
  • Georg Baselitz, Ce que tu n'es pas est un autoportrait, collection « L'art en écrit », éditions Jannink, Paris, 2002
  • Coll « Baselitz-Leroy. Le récit et la condensation ». MUba Eugène Leroy, Tourcoing 2013-2014
  • (en) Georg Baselitz. Paintings 1962-2001, ed. Detlev Gretenkort, essai de Michael Auping, Milano, 2002
  • (en) Georg Baselitz, Richard Shiff et Carla Schulz-Hoffmann, Georg Baselitz: A Retrospective (cat. exp.), ed. Sir Norman Rosenthal, Royal Academy of Art, Londres, 2007 (ISBN 978-1905711055)
  • (en) Frances Carey, « Georg Baselitz and German Printmaking », Print Quarterly, vol. 3, no 4, 1986
  • (de) Georg Baselitz. Bilder, die den Kopf verdrehen. Seemann, Leipzig, 2004 (ISBN 3-86502-089-5)
  • (de) Georg Baselitz. Retrospektive 1964–1991, ed. Siegfried Gohr. Hirmer, Munich, 1992 (ISBN 3-7774-5830-9)
  • (de) « Ich will es noch einmal schaffen » (entretien avec Georg Baselitz), Art magazin, vol. 3, 2006, p. 36-43
  • (de) Christian Malycha, Das Motiv ohne Inhalt. Malerei bei Georg Baselitz 1959-1969, Kerber, Bielefeld, 2008 (ISBN 978-3-86678-131-3)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :