Michèle Morgan

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Michèle Morgan
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Michèle Morgan dans Le Quai des brumes (1938).

Nom de naissance Simone-Renée Roussel
Surnom Les plus beaux yeux du cinéma
Naissance
Neuilly-sur-Seine (Seine), France
Nationalité Drapeau de France Française
Décès (à 96 ans)
Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), France
Profession Actrice
Films notables Le Quai des brumes
La Symphonie pastorale
Les Orgueilleux
Les Grandes Manœuvres
Fortunat

Simone Roussel, dite Michèle Morgan, est une actrice française, née le à Neuilly-sur-Seine (Seine) et morte le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Dans sa filmographie, riche de plus de soixante-dix films des années 1930 aux années 1980, figurent de grands réalisateurs français et américains de ces cinq décennies, dont Marcel Carné, Marc Allégret, Jean Grémillon, Julien Duvivier, Michael Curtiz, Carol Reed, René Clément, Claude Autant-Lara, René Clair, André Cayatte, Jean Delannoy, Henri Decoin, Henri Verneuil, Michel Deville, Claude Chabrol ou Claude Lelouch, et des partenaires tels Raimu, Jean Gabin, Charles Boyer, Humphrey Bogart, Gérard Philipe, Bourvil, Michel Piccoli, Marcello Mastroianni ou Alain Delon.

Dans Le Quai des brumes de Marcel Carné, Jean Gabin adresse à Michèle Morgan l'une des répliques les plus célèbres du cinéma français : « T'as d'beaux yeux, tu sais. ».

Élue dix fois par le public « actrice française la plus populaire », elle est également la première actrice à recevoir le prix d'interprétation féminine au premier Festival de Cannes en 1946 pour son rôle de Gertrude dans le film La Symphonie pastorale (1945). Très primée à l'apogée de sa carrière dans les années 1950, elle reçoit en 1992 un César d'honneur, ainsi qu'un Lion d'or en 1996, en hommage à sa contribution au cinéma.

À partir des années 1970, elle se fait plus discrète à l'écran et consacre son temps à la peinture, passion qui remonte à sa rencontre avec le peintre franco-polonais Moïse Kisling aux États-Unis en 1943, qui fit alors son portrait[1]. On lui doit quelque sept cents dessins et peintures.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et débuts[modifier | modifier le code]

Simone-Renée Roussel est l'aînée des quatre enfants (avec Paul, Pierre et Hélène) de Louis Roussel, chef de service dans une maison d’exportation de parfum, et de Georgette Payot, mère au foyer[2]. Son père se trouve au chômage après la crise de 1929[3]. En 1933, il installe sa famille rue de la Barre à Dieppe, où il reprend le fonds de commerce d'une épicerie, mais fait faillite deux ans plus tard[4].

La petite Simone découvre la scène à l'occasion de spectacles du casino de Dieppe. En 1935, elle décide de « monter à Paris » avec son frère cadet, Paul, et s'installe chez ses grands-parents à Neuilly ; par l'intermédiaire d'agences de casting, elle obtient son premier rôle comme figurante dans Mam'zelle Mozart. Le réalisateur Yvan Noé lui conseille de se perfectionner en prenant des cours d’art dramatique. L'année suivante, elle s'inscrit au cours Simon. Elle adopte en 1937 le pseudonyme de Michèle Morgan[N 1].

Carrière[modifier | modifier le code]

En mars 1937, la scripte Jeanne Witta la recommande au réalisateur Marc Allégret qui prépare son film Gribouille[5]. Après un essai concluant, le milliardaire suisse Max Stoffel, producteur du film, insiste pour lui confier le premier rôle féminin. Elle signe son premier contrat pour un montant de 12 500 francs[6]. Le film est un succès. La RKO lui propose un contrat à Hollywood sur la base de 2 000 F par semaine[6]. À la fin de 1937, elle tourne Orage avec Charles Boyer, grande vedette de l'époque[7].

En 1938 elle tourne avec Jean Gabin dans Le Quai des brumes que réalise Marcel Carné. Son regard, d'un bleu limpide, un peu énigmatique et lointain, parfois comparé à celui de Greta Garbo, inspire à Jacques Prévert l'une des répliques les plus célèbres du cinéma dans ce film où le personnage, incarné par Jean Gabin, lui murmure : « T'as d'beaux yeux, tu sais.[8] » Le titre de ses mémoires, publiés en 1977, y fait également référence : Avec ces yeux-là. En 1999, son compagnon Gérard Oury, élu à l'Académie des beaux-arts l'année précédente, demande au graveur et sculpteur Pierre-Yves Trémois de graver cette même phrase sur son épée d'académicien[9].

Le , la guerre éclate, Jean Gabin est mobilisé à Cherbourg dans la marine nationale. Il obtient une permission exceptionnelle pour terminer le film Remorques qu'ils tournent ensemble. Ils partent tous les deux pour Hollywood.

Aux côtés d'Alan Curtis dans Rencontre à Londres (1943).

Après avoir rompu avec Gabin, elle épouse aux États-Unis William Marshall, dont elle a un fils, Mike Marshall (1944-2005). Pendant la guerre, Michèle Morgan tourne cinq films aux États-Unis, tous assez décevants[10]. En 1942, elle tourne un bout d'essai pour le rôle principal de Soupçons, le film que prépare Alfred Hitchcock ; elle n'est pas retenue à cause de son anglais insuffisant[10]. Pressentie pour Casablanca, qui révèlera la comédienne Ingrid Bergman, elle est convoquée et auditionnée mais, son agent ayant réclamé un cachet beaucoup trop élevé, le rôle lui échappe[11]. Elle reçoit en compensation celui de Passage pour Marseille. Elle reconnaîtra par la suite avoir commis plusieurs erreurs durant sa carrière : elle refuse ainsi le rôle principal de Johnny Belinda[12], qui vaut à Jane Wyman l'Oscar de la meilleure actrice, et celui de La Nuit de Michelangelo Antonioni. De même, par peur de la scène, elle renonce à participer à la création de Thé et Sympathie, qui connaît ensuite le succès avec Ingrid Bergman.

À son retour en France, elle reçoit en revanche le premier prix d'interprétation féminine de l'histoire du Festival de Cannes en 1946 pour le rôle de Gertrude dans La Symphonie pastorale de Jean Delannoy.

Michèle Morgan dans L'Évadée (1946).

En 1948, elle divorce de William Marshall, puis épouse le 6 février 1950 l'acteur Henri Vidal ; ils tourneront plusieurs films ensemble. En 1955, elle forme un couple avec Gérard Philipe dans Les Grandes Manœuvres de René Clair. Elle est alors au sommet de sa célébrité. En 1957, elle tourne Retour de manivelle, film qui marque un tournant dans sa carrière[13] : incarnant jusqu'ici principalement des héroïnes fragiles, elle y joue une femme fatale de série noire, ce qui lui vaut ce jugement :

« On est étonné de voir comment ses yeux peuvent devenir durs, sa bouche méprisante et sa voix cruelle[14]. »

Après la mort d'Henri Vidal en 1959, elle devient la compagne du cinéaste Gérard Oury, rencontré sur le tournage du film Le Miroir à deux faces d'André Cayatte l'année précédente. Ils resteront ensemble jusqu'au décès de Gérard Oury en 2006.

Ignorée par les cinéastes de la Nouvelle Vague qui jugent les acteurs d'avant-guerre trop chers mais aussi trop intimidants[15] (seul Claude Chabrol fait appel à elle en 1962 dans Landru), elle joue dans des films noirs dans les années 1960. Elle doit à Michel Deville une belle occasion de rappeler sa sensualité en interprétant une comtesse rouée dans Benjamin ou les Mémoires d'un puceau en 1967. Michèle Morgan suspend sa carrière, enregistre des poèmes et se consacre essentiellement à la peinture (gouaches, collages, huiles), dont la passion correspond à sa rencontre avec le peintre franco-polonais Moïse Kisling qui avait réalisé son portrait en 1943 à Los Angeles[16], et à la haute couture. Elle réapparaît épisodiquement pour la télévision, le cinéma ou le théâtre. Elle préside le jury du Festival de Cannes 1971.

Michèle Morgan à la 20e cérémonie des Césars, le 25 février 1995.

En 1975, Claude Lelouch la fait revenir à l'écran dans Le Chat et la Souris. Elle annonce son retrait du cinéma après ce film[17]. Michèle Morgan joue, en 1986 la série Le Tiroir secret dans laquelle elle est accompagnée de son fils Mike Marshall et de sa belle-fille Tonie Marshall. Marraine du Festival de Cannes 1996 et Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à Venise, elle joue en 1997, dans le téléfilm Des gens si bien élevés, dont le scénario est écrit par Danièle Thompson, fille de Gérard Oury[15].

Après avoir été élue dix fois par le public « actrice française la plus populaire »[18], elle annonce la fin de sa carrière en janvier 2001[19].

Michèle Morgan meurt le 20 décembre 2016 dans sa demeure de Neuilly-sur-Seine[8] : « Dans sa 97e année, les plus beaux yeux du cinéma se sont fermés définitivement ce matin, mardi 20 décembre », annonce sa famille[15].

Après des obsèques le 23 décembre à l’église Saint-Pierre de Neuilly-sur-Seine, elle est inhumée au cimetière du Montparnasse (5e division), dans le carré juif, dans le caveau familial où se trouvent son compagnon, le cinéaste Gérard Oury[20], et la mère de celui-ci, Marcelle Oury. La comédienne étant catholique, le grand-rabbin a accordé une dérogation[21].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Années 1930[modifier | modifier le code]

Aux côtés de Jean Gabin dans Le Quai des brumes (1938).

Années 1940[modifier | modifier le code]

Années 1950[modifier | modifier le code]

Les Vendanges (1957).

Années 1960[modifier | modifier le code]

Années 1970 à 1990[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Michèle Morgan avec Gérard Oury au festival de Cannes 2001.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Hommage[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]

  • En 1944, Michèle Morgan fait construire sur les collines d'Hollywood, au 10 050 Cielo Drive, une maison et une piscine dans une belle propriété. Vingt-cinq ans plus tard, la propriété appartient à Roman Polanski et sa jeune femme, l'actrice Sharon Tate, enceinte de leur premier bébé. Le , la maison est envahie par « la famille Manson », qui tue atrocement Sharon Tate et les autres invités présents[29].
  • Connue depuis ses débuts pour son élégance et sa classe (sur lesquelles elle capitalisera toute sa vie), Michèle Morgan se dit consternée vers la fin des années 1970 par les cravates qui sont disponibles à l'époque sur le marché. Elle réagit en créant sa propre ligne, les « Cravates Michèle Morgan »[30]. Fabriquées avec des soies choisies, comportant une grande recherche dans les motifs et la luminosité des couleurs, ces cravates tranchent assurément sur le reste de ce qui existe à l'époque. Mais il s'agit là d'un métier à part entière et les cravates Michèle Morgan n'auront qu'une existence éphémère. Ce qui n'empêche pas quelques collectionneurs emballés de les chercher aujourd'hui dans tous les vide-greniers organisés dans la capitale.[réf. souhaitée]
  • Michèle Morgan compte parmi ses ancêtres des médecins et hommes politiques de Briançon, dont Guillaume Laurent Ferrus, député des Hautes-Alpes[réf. nécessaire]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Mes yeux ont vu, U.G.E., coll. « Voici », 1965, 182 p.
  • Avec ces yeux-là (avec Marcelle Routier), Robert Laffont, 1977, 329 p.
  • Le fil bleu. Le roman de ma famille, Plon, 1993.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Son prénom est inspiré par un garçon du cours Simon dont elle est amoureuse et qui lui confie : « Je rêve d’avoir une Michèle dans ma vie. » Son nom lui est inspiré par la banque américaine Morgan devant laquelle elle rêve d'une carrière à Hollywood. Cf. Jean-Louis Beaucarnot, Frédéric Dumoulin, Dictionnaire étonnant des célébrités, First Éditions, , p. 178.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Michèle Morgan », Valérie Collet, Valeurs actuelles.com, 24 mars 2009.
  2. Qui est qui en France, vol. 28, J. Lafitte, , p. 1240.
  3. Philippe Durant, Bénédicte Grammont, Les Séductrices du cinéma, Favre, , p. 64.
  4. « Michèle Morgan », sur VSD
  5. Christian Gilles, L'Avant guerre 1937-1939, L'Harmattan, , p. 65.
  6. a et b Henry-Jean Servat, Les Trois Glorieuses : Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Micheline Presle, Pygmalion, , p. 53.
  7. Henry-Jean Servat, Les Trois Glorieuses : Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Micheline Presle, Pygmalion, , p. 54.
  8. a et b « La comédienne Michèle Morgan s'est éteinte à l'âge de 96 ans », RTS Info, Radio télévision suisse,‎ (lire en ligne) :

    « La comédienne Michèle Morgan, l'une des plus grandes actrices françaises du XXe siècle, connue des cinéphiles comme « les plus beaux yeux » du cinéma français, est décédée mardi à l'âge de 96 ans, a annoncé sa famille. »

  9. Site personnel de Pierre-Yves Trémois.
  10. a et b Jean-Charles Tacchella, Roger Thérond, Les Années éblouissantes : Le cinéma qu'on aime (1945-1952), Filipacchi, , p. 74.
  11. Henry-Jean Servat, Les Trois Glorieuses : Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Micheline Presle, Pygmalion, , p. 104.
  12. Henry-Jean Servat, Les Trois Glorieuses : Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Micheline Presle, Pygmalion, , p. 98.
  13. Henry-Jean Servat, Les Trois Glorieuses : Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Micheline Presle, Pygmalion, , p. 231.
  14. Robert Chazal, Paris-Presse, 19 septembre 1957.
  15. a, b et c Philippe d'Hugues, « L'actrice Michèle Morgan s'est éteinte à l'âge de 96 ans », sur lefigaro.fr, .
  16. Bernard Gourbin, L'esprit des années 60, Editions Cheminements, , p. 19.
  17. Henry-Jean Servat, Les Trois Glorieuses : Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Micheline Presle, Pygmalion, , p. 186.
  18. « Michèle Morgan est morte : décès de la comédienne du Quai des brumes », sur huffingtonpost.fr,
  19. « L'actrice Michèle Morgan est décédée », sur ledauphine.com, .
  20. Né Max-Gérard Houry Tannenbaum.
  21. Pierre Vavasseur, « Michèle Morgan inhumée près de Gérard Oury », sur leparisien.fr, .
  22. a et b Sous le pseudonyme de Simone Morgan.
  23. Les films suivants sous le pseudonyme de Michèle Morgan.
  24. Bernard Gibaud, Clément Michel (1914-1990). La passion de la solidarité, Association pour l'étude de l'histoire de la sécurité sociale, , p. 81.
  25. Site du festival de Cannes.
  26. Site de l'académie des Césars.
  27. Site de Venise et de la Mostra.
  28. site officiel[1]
  29. Jean-Pierre Bouyxou, « Été 1969 : Sharon Tate, le bal des vampires », sur Paris Match, (consulté le 20 décembre 2016)
  30. (en) « Michèle Morgan Biography », IMDb (consulté le 30 juillet 2016).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Bouniq-Mercier, Michèle Morgan, Colona, 1983.
  • Christian Dureau, Michèle Morgan. Les yeux du souvenir, Carpentier, 2010, 110 p.
  • Henry-Jean Servat, Les trois glorieuses : Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Micheline Presle, Pygmalion, 2010, 270 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]