Charles-Ferdinand Ramuz

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Charles-Ferdinand Ramuz
écrivain suisse

Activités écrivain, poète
Naissance
Lausanne
Décès (à 68 ans)
Pully
Langue d'écriture Français
Genres Roman, poésie

Charles-Ferdinand Ramuz, né à Lausanne le et mort à Pully le 23 mai 1947, est un écrivain et poète suisse[1] dont l'œuvre comprend des romans, des essais et des poèmes où figurent au premier plan les espoirs et les désirs de l'Homme[2]. Ramuz puisa dans d'autres formes d'art (peinture, cinéma[2]) pour contribuer à la redéfinition du roman.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Ramuz effectue toutes ses études dans le Canton de Vaud. Il obtient son baccalauréat en 1895 et entreprend une licence en lettres classiques, qu'il obtient en 1901, à la Cité, qui rassemblait sous son toit l'université de Lausanne et le gymnase classique. Immédiatement après, il enseigne au collège d'Aubonne, localité située dans une région viticole de son canton. En 1902, il se rend à Paris afin de préparer, à la Sorbonne, une thèse de doctorat (sur Maurice de Guérin) qu'il abandonne bien vite pour se consacrer à l'écriture.

Années parisiennes[modifier | modifier le code]

Durant plus de dix ans, Ramuz partage alors son temps entre la Suisse romande et Paris où il est introduit dans le salon d'Édouard Rod. C'est par l'intermédiaire de ce dernier que l'écrivain parvient à publier son premier roman, Aline (1905), à Paris, aux éditions Perrin. Il avait précédemment publié chez Eggimann, à Genève, un recueil de poésie à compte d'auteur intitulé Le Petit Village (1903). Durant ses années « parisiennes », Ramuz a publié cinq romans, chez différents éditeurs de la capitale (Perrin, Fayard, Ollendorff). Peu après la naissance de sa fille, et quelques semaines à peine avant le début de la Première Guerre mondiale, il décide de rentrer en Suisse, où il reste jusqu'à sa mort.

Paris offre l'occasion à Ramuz de fréquenter de nombreux écrivains et artistes, suisses ou français : il partage un temps un logement avec Charles-Albert Cingria, rencontre le peintre René Auberjonois avec qui il se lie d'amitié ; il y retrouve Henry Spiess et Adrien Bovy, et il y fait également la connaissance des frères Tharaud et d'André Gide.

Temps des Cahiers vaudois[modifier | modifier le code]

À son retour en Suisse, il devient le fer de lance des Cahiers vaudois que viennent de fonder à Lausanne ses amis Edmond Gilliard et Paul Budry sur le modèle des Cahiers de la quinzaine de Charles Péguy. Ramuz en signe le manifeste, Raison d'être (1914), et y publie de nombreux volumes, dont Adieu à beaucoup de personnages et autres morceaux (1914), Les Signes parmi nous (1919) et le texte de l'Histoire du soldat dont Igor Stravinski a composé la musique et qui n'a connu jusqu'alors qu'une seule représentation, à Lausanne, en 1918. Le contexte de l'immédiat après-guerre, le renchérissement, auront raison des Cahiers vaudois, et Ramuz, qui y publie alors tous ses livres, se retrouve sans structure éditoriale.

Grasset[modifier | modifier le code]

Après une période difficile, aussi bien sur le plan financier que sur le plan artistique, qui voit notamment Ramuz « fabriquer » ses livres lui-même, comme il le dit, il signe en 1924 un contrat aux éditions Grasset, où il est en contact avec l'écrivain Henry Poulaille. Il publie alors la plupart de ses livres en deux temps, à Lausanne d'abord, chez Mermod, éditeur et mécène, puis à Paris, chez Grasset. C'est alors le temps de la consécration. Si ses livres ne sont pas à proprement parler des succès de librairie, il obtient la reconnaissance de ses pairs, mais son style fait polémique. En effet, il n'hésite pas à malmener la syntaxe pour trouver une langue expressive, qu'il oppose à la langue morte des grammairiens. On lui reproche de « mal écrire », et de mal écrire « exprès ». La polémique est engagée. Partisans et détracteurs de l'écrivain s'expriment notamment dans un ouvrage collectif dirigé par Henry Poulaille et portant le titre explicite de : Pour ou contre C. F. Ramuz (1926). L'écrivain réagit à son tour en publiant en 1929 son fameux plaidoyer intitulé Lettre à Bernard Grasset. Courtisé par Jean Paulhan qui souhaite le voir intégrer la maison Gallimard, Ramuz reste fidèle à Grasset, mais donne toutefois quelques textes à la Nouvelle Revue française. La Deuxième Guerre mondiale coupe un peu plus Ramuz de Paris, et à la fin de la guerre, l'écrivain, souffrant, ne parvient pas à revenir sur le devant de la scène, notamment occupé par une nouvelle génération d'écrivains issus de la Résistance.

Repères chronologiques[modifier | modifier le code]

  • 1878 : naissance à Lausanne, le 24 septembre
  • 1895 : examen de maturité. Séjour de six mois à Karlsruhe
  • 1901 : obtient sa licence de lettres à l'université de Lausanne
  • 1903 : publication de son premier recueil de poèmes : Le Petit Village
  • 1903-1904 : précepteur à Weimar, chez le comte russe Maurice Prozor
  • 1904-1914 : partage son temps entre la Suisse romande et Paris
  • 1905 : publication de son premier roman : Aline
  • 1912: gagne le Prix Rambert pour Aimé Pache, peintre vaudois
  • 1913 : mariage avec Cécile Cellier, peintre
  • 1913 : naissance de sa fille unique, Marianne
  • 1914 : retour définitif en Suisse
  • 1914 : publication de Raison d'être, numéro inaugural des Cahiers vaudois
  • 1915 : se lie d'amitié avec Igor Stravinski par l'entremise d'Ernest Ansermet
  • 1918 : première représentation de l'Histoire du soldat, dont la musique est composée par Igor Stravinski
  • 1923: gagne le Prix Rambert pour Passage du poète
  • 1924 : entrée aux éditions Grasset, avec la réédition du roman La Guérison des maladies
  • 1925-1926 : publication du roman La Grande Peur dans la montagne
  • 1929 : pour répondre aux critiques puristes que soulève sa manière d'écrire, il rédige un important plaidoyer pro domo qui, sous le titre de « Lettre à Bernard Grasset », paraît dans la réédition du recueil Salutation paysanne et autres morceaux (1re éd. 1921)
  • 1929 : fonde à Lausanne, avec l'aide de Gustave Roud et d' Henry-Louis Mermod l'hebdomadaire Aujourd'hui
  • 1934 : publication du roman Derborence
  • 1937 : en Suisse, vaste polémique autour de la « Lettre » à la revue Esprit dans laquelle l'écrivain nie l'existence d'une « entité spirituelle suisse »
  • 1940-1941 : à l'initiative d'Henry-Louis Mermod, son éditeur lausannois, Ramuz reprend une à une toutes ses œuvres, les relit, les modifie, en vue de la publication de ses Œuvres complètes en 20 volumes. Trois volumes s'y ajouteront après sa mort
  • 1947 : mort de C.-F. Ramuz, le 23 mai, à Lausanne

Œuvres[modifier | modifier le code]

Accointé au début de sa carrière avec le mouvement régionaliste, qui fleurit alors aussi bien en France qu'en Suisse romande, Ramuz prend ses distances en 1914, avec la publication de Raison d'être. S'il continue à prendre ses sujets dans un monde paysan à bien des égards archaïque, et fidèle à son principe selon lequel on peut atteindre à l'universel par le biais de l'extrêmement particulier, il développe alors une langue expressive et novatrice, saluée notamment par Paul Claudel et Louis-Ferdinand Céline. Par ailleurs, 1914 marque aussi la fin des romans organisés autour d'un personnage, Ramuz leur préférant dorénavant des communautés. Son œuvre, travaillée par le souci constant d'atteindre au général par la description du particulier, essentiellement tragique, questionne les genres. Ramuz remet notamment en question le cadre traditionnel du roman en le rapprochant de la poésie, participe à la réémergence de l'essai dans l'entre-deux-guerres, et écrit aussi bien des nouvelles que des « morceaux » lyriques ou métapoétiques.

Son œuvre comprend vingt-deux romans, parmi lesquels La Grande Peur dans la montagne (1925/1926), La Beauté sur la terre (1927) et Derborence (1934), plusieurs recueils de proses brèves (notamment Adieu à beaucoup de personnages et autres morceaux (1914), Salutation paysanne et autres morceaux (1921) et Nouvelles (1946)), des essais (on retiendra notamment, outre les manifestes esthétiques que sont Raison d'être (1914) et la « Lettre à Bernard Grasset » (1929), ses trois essais politiques : Taille de l'homme (1932), Question (1935) et Besoin de grandeur (1937)), de la poésie, des textes autobiographiques (Paris, notes d'un vaudois (1937) et Découverte du monde (1939)), un important journal, ainsi que l'inclassable Histoire du soldat (1920).

De nombreuses rééditions, partielles ou complètes, des œuvres de Ramuz ont été publiées. Parmi elles, notons la réédition de 24 titres par les Éditions Plaisir de Lire à Lausanne et la publication, en 2005, des romans de Ramuz en deux volumes par La Pléiade. Cette même année, les éditions Slatkine, à Genève, entreprennent une publication critique des Œuvres complètes de l'écrivain. L'ensemble devrait comprendre une trentaine de volumes.

Rapport à la langue française[modifier | modifier le code]

Dans sa Lettre à Bernard Grasset de 1929, Ramuz précise son rapport avec la Suisse romande : « Mon pays a toujours parlé français, et, si on veut, ce n’est que « son » français, mais il le parle de plein droit [...] parce c’est sa langue maternelle, qu’il n’a pas besoin de l’apprendre, qu’il le tire d’une chair vivante dans chacun de ceux qui y naissent à chaque heure, chaque jour. [...] Mais en même temps, étant séparé de la France politique par une frontière, il s’est trouvé demeurer étranger à un certain français commun qui s’y était constitué au cours du temps. Et mon pays a eu deux langues: une qu’il lui fallait apprendre, l’autre dont il se servait par droit de naissance; il a continué à parler sa langue en même temps qu’il s’efforçait d’écrire ce qu’on appelle chez nous, à l’école, le « bon français », et ce qui est en effet le bon français pour elle, comme une marchandise dont elle a le monopole. ». Ramuz écarte l’idée que son pays soit une province de France et dit le sens de son œuvre en français : « Je me rappelle l’inquiétude qui s’était emparée de moi en voyant combien ce fameux « bon français », qui était notre langue écrite, était incapable de nous exprimer et de m’exprimer. Je voyais partout autour de moi que, parce qu’il était pour nous une langue apprise (et en définitive une langue morte), il y avait en lui comme un principe d’interruption, qui faisait que l’impression, au lieu de se transmettre telle quelle fidèlement jusqu’à sa forme extérieure, allait se déperdant en route, comme par manque de courant, finissant par se nier elle-même [...] Je me souviens que je m’étais dit timidement : peut-être qu’on pourrait essayer de ne plus traduire. L’homme qui s’exprime vraiment ne traduit pas. Il laisse le mouvement se faire en lui jusqu’à son terme, laissant ce même mouvement grouper les mots à sa façon. L’homme qui parle n’a pas le temps de traduire [...] Nous avions deux langues: une qui passait pour « la bonne », mais dont nous nous servions mal parce qu’elle n’était pas à nous, l’autre qui était soi-disant pleine de fautes, mais dont nous nous servions bien parce qu’elle était à nous. Or, l’émotion que je ressens, je la dois aux choses d’ici... « Si j’écrivais ce langage parlé, si j’écrivais notre langage... » C’est ce que j’ai essayé de faire... » (Lettre à Bernard Grasset (citée dans sa version préoriginale parue en 1928 sous le titre Lettre à un éditeur ) in Six Cahiers, no 2, Lausanne, novembre 1928).

Œuvre[modifier | modifier le code]

Posthumes[modifier | modifier le code]

  • 1947 : Carnet de C.-F. Ramuz. Phrases notées au hasard des lectures, Lausanne, Mermod.
  • 1948 : Les grands moments du XXe siècle français, Lausanne, Mermod.
  • 1949 : Fin de vie, Lausanne, Paris, Bruxelles, Milan, New York, La Guilde du livre.
  • 1949 : Journal. Dernières pages 1942-1947, Lausanne, Mermod.
  • 1951 : L'Exemple de Cézanne, suivi de Pages sur Cézanne, Lausanne, Mermod.
  • 1951 : Chant de Pâques, Lausanne, La Guilde du livre.
  • 1951 : Le Village brûlé, Lausanne, La Guilde du livre.
  • 1956 : Lettres 1900-1918, Lausanne, La Guilde du livre, éditions Clairefontaine.
  • 1959 : Lettres 1919-1947, Étoy, Vaud; Paris; Lausanne, Les Chantres, Grasset, La Guilde du livre.
  • 1967 : C.-F. Ramuz, ses amis et son temps, Lausanne, Paris, Bibliothèque des Arts, 1967-1970.
  • 1975 : La Vie meilleure / Les Âmes dans le glacier, Lausanne, Ed. Couleurs Eugène Cordey.
  • 1982 : Nouvelles, croquis, morceaux, Genève, Slatkine, 1982-1983. 3 vol.
  • 1984 : Aujourd'hui : revue littéraire dirigée par C.-F. Ramuz et Gustave Roud, Genève, Slatkine.
  • 1984 : Critiques d'art, Genève, Slatkine.
  • 1986 : À propos de tout, Genève, Slatkine.
  • 1987 : Critiques littéraires, Genève, Slatkine.
  • 1989 : Correspondance Ansermet / Ramuz (1906-1941), Genève, Georg ; Paris, Eshel.
  • 1990 : Montée au Grand Saint-Bernard, Rezé, éd. Séquences.
  • 1992 : Le Gros Poisson du lac, (texte de 1914), Rezé, éd. Séquences.
  • 1999 : Notes du Louvre 1902-1903, Cossonay-Ville, Editions Plaisir de Lire.

Films tirés de ses œuvres[modifier | modifier le code]

Interprétations[modifier | modifier le code]

Honneurs[modifier | modifier le code]

Portrait de Ramuz, au recto du billet de 200 francs de la huitième série de billets de banque de la Banque nationale suisse
  • 1912 : prix Rambert pour Aimé Pache, peintre vaudois, Paris ; Lausanne: Arthème Fayard ; Payot & Cie.
  • 1923 : prix Rambert pour Passage du poète, Cour p/Lausanne ; Genève: L'Acacia ; éditions du Siècle / Georg & Cie.
  • Il est représenté sur le billet de 200 francs de la Banque nationale suisse.
  • De nombreux lieux portent son nom, par exemple : une rue à Pully, un collège à Lausanne, la nouvelle médiathèque de la ville d'Évian.

Famille[modifier | modifier le code]

  • son père (10 février 1847 - 15 février 1910), marchand de marchandises coloniales puis marchand de vin
  • sa mère (23 mars 1852 - 21 juin 1925)
  • sa femme Cécile Cellier (1872-1956), artiste peintre originaire de Neuchâtel
  • sa fille Marianne (1913-2012)
  • sa sœur Berthe Buchet, née Ramuz
  • ses deux frères morts en bas âge, de qui vient son double prénom : Charles Isaac Emmanuel (13 juillet 1874 - 14 mai 1876) et Ferdinand Louis (27 octobre 1875 - 18 juin 1878)

Iconographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice biographique sur le site de la Banque nationale suisse
  2. a et b http://www.snb.ch/fr/iabout/cash/current/design/id/cash_current_design_200
  3. Le 27 juin 1925, début de la publication, dans La Revue hebdomadaire ; elle se poursuivra jusqu’au 1er août. Mi-janvier 1926 : parution en volume chez Grasset. [1]
  4. Il s'agit de textes de chansons et de contes traduits antérieurement par Ramuz pour Stravinski, à partir de 1913, et déjà édités à l'époque, en particulier par Henn à Genève et Chester à Londres.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Association[modifier | modifier le code]

Les Amis de Ramuz, Université François-Rabelais est une association publie chaque année sur papier un bulletin de plusieurs dizaines de pages (ISSN 0293-0773), et d'autre part édite ou réédite des textes de l'auteur ou des études qui lui sont consacrées (en particulier Ramuz chez Rey-Millet, par Stéphane Rochette (ISBN 2-9511682-5-X).