Henriette Caillaux

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Caillaux.

Henriette Caillaux

alt=Description de l'image Caillix 5332813205 482fc13b62 o.jpg.
Nom de naissance Henriette Raynouard
Naissance 5 décembre 1874
Rueil-Malmaison
Décès 29 janvier 1943 (à 68 ans)
Mamers
Profession Historienne d'art
Conjoint
Couverture du Petit Journal du 22 mars 1914 illustrant l'assassinat de Gaston Calmette par Henriette Caillaux.
« Tragique épilogue d'une querelle politique.
Mme Caillaux, femme du ministre des finances, tue à coups de revolver M. Gaston Calmette, directeur du Figaro. »

Henriette Caillaux, née Henriette Raynouard (« Rainouard » sur sa pierre tombale) (5 décembre 1874 à Rueil-Malmaison[1] - 29 janvier 1943 à Mamers), épouse de Joseph Caillaux, est connue pour avoir assassiné le 16 mars 1914 le journaliste Gaston Calmette, directeur du quotidien Le Figaro[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle épouse en 1894 l'écrivain Léo Claretie. Ils ont ensemble deux enfants. En 1907, elle commence une liaison avec Joseph Caillaux alors qu'ils sont tous les deux encore mariés. En 1908, elle divorce de Claretie et épouse Joseph Caillaux le 21 octobre 1911. Leurs biens communs sont alors estimés à une valeur d'environ 1,5 million de francs, ce qui en fait un couple de la bourgeoisie aisée[3].

L'affaire Caillaux[modifier | modifier le code]

Couverture du journal Excelsior du 25 mars 1914 : Henriette Caillaux au palais de Justice de Paris.
Page trois du journal Excelsior du 25 mars 1914 : Interrogatoire de Mme Caillaux.

Ayant entamé une relation amoureuse avec Joseph Caillaux alors qu'il était encore marié à Mme Dupré (née Berthe Gueydan), Henriette Caillaux l'épouse après leur divorce. Tandis que Caillaux exerce la fonction de ministre des Finances dans le gouvernement Doumergue, il subit une campagne de dénigrement dont Le Figaro, dirigé par Gaston Calmette, se fait un relais actif. Henriette Caillaux a compté pas moins de « 138 articles en 95 jours » sur son mari dans les colonnes du quotidien. Il s'agit alors de la plus longue campagne de presse jamais organisée contre un homme[4].

Dans un premier temps, ces attaques portent sur la politique, Calmette s'étant procuré des documents diplomatiques relatifs à l'affaire d'Agadir, les « verts d'Agadir » (couleur de ces télégrammes)[5]. Il faut l'intervention de Louis Barthou pour l'empêcher de les publier. Puis le journal remet en cause l'honnêteté de Caillaux, l'accusant d'avoir reçu de diverses sources des sommes pour financer ses campagnes électorales[6], et lui reproche des interventions auprès de la justice en faveur d'un escroc[7]. Calmette aurait également soudoyé la femme de chambre d'Henriette Caillaux pour qu'elle subtilise les lettres de Caillaux à son épouse[8].

Il publie dans son journal plusieurs de ces lettres, écrites avant le mariage des Caillaux[7], notamment le 13 mars, une lettre compromettante (connue sous le nom de Ton Joe) de Caillaux adressée le 15 juillet 1901 à Berthe et dans laquelle il se félicite d'avoir fait capoter un vote sur l'impôt sur le revenu en paraissant le défendre. Or, au début de 1914, le même Caillaux a fait adopter par la Chambre un projet d'impôt sur le revenu, repoussé par le Sénat, et c'est l'un de ses principaux thèmes de campagne de la gauche. Sa publication vise donc à décrédibiliser Caillaux, en pleine campagne électorale pour les élections législatives[9].

Dans l'après-midi du 16 mars 1914, Henriette Caillaux, décidée à défendre la réputation de son mari et la sienne mais épuisée nerveusement après une campagne de presse de trois mois, achète pour 55 francs chez l'armurier de la bourgeoisie Gastinne Renette un pistolet automatique Browning .32 qu'elle essaie dans un stand au sous-sol. Vers 17h15, elle se fait conduire dans la voiture de ministre de son mari, dont elle a fait retirer la cocarde ministérielle, à la direction du Figaro au 26 rue Drouot pour rencontrer Calmette[10]. Portant une jaquette de karakul assortie à sa robe de satin noir et une toque à aigrette, elle a les mains enfouies dans un manchon à fourrure, ce qui est surprenant pour la saison. L'huissier lui annonce que le directeur est absent, aussi attend-elle près d'une heure dans l'antichambre. À 18 heures, Calmette arrive avec l'écrivain Paul Bourget et accepte de la recevoir dans son bureau, par galanterie, alors qu'il n'est que de passage. Après quelques mots, elle retire de son manchon le revolver et tire à bout portant sur Calmette six balles ː deux se fichent dans la bibliothèque, une est arrêtée par le portefeuille de la victime, une autre érafle son thorax, mais deux autres font mouche dont une fatale qui perfore l'artère iliaque au niveau de l'intestin[11]. Transporté à la clinique du docteur Hartmann de Neuilly-sur-Seine, ce dernier meurt sur la table d'opération après que l'équipe médicale a hésité de longues heures avant de l'opérer. Henriette Caillaux se rend sans avoir tenté de fuir. Interrogée au commissariat du faubourg Montmartre, elle reconnaît les faits, expliquant qu'elle voulait lui donner une leçon et espérant qu'elle ne l'ait pas trop gravement blessé[12].

Lors de son procès ouvert le 20 juillet 1914, Henriette Caillaux et son avocat, Fernand Labori, plaident le crime passionnel. Fait exceptionnel, le président de la République fait une déposition et nombre de membres de la haute société de l'époque doivent aussi s'exposer[13].

À une époque où le féminisme commençait tout juste à poser son empreinte sur la société française, la défense en la personne de Fernand Labori exploite habilement les stéréotypes encore bien ancrés. Il convainc le jury que le crime n'était pas le fait d'un acte mûrement préparé mais d'un réflexe féminin incontrôlé, transformant le crime prémédité en crime passionnel, et obtient ainsi l'acquittement le 28 juillet 1914 alors que l'avocat général Horteux a réclamé cinq ans de prison ferme.

Ce verdict fait l'objet de critiques, à l'époque, Joseph Caillaux ayant notamment usé de son entregent pour influer sur le verdict : un de ses amis Jean-Bienvenu Martin est nommé ministre de la Justice en juin 1914. Les archives de la Préfecture de Police exploitées[14] par l'historien Jean-Yves Le Naour révèlent que plusieurs jurés[15] et que le président des Assises avaient des opinions politiques proches du Parti radical, que la salle d'audience a été « faite » par un proche de Caillaux, le député Pascal Ceccaldi qui a payé des truands corses pour huer ou acclamer les témoins selon qu'ils sont à charge ou à décharge[16]. Des journalistes évoquent une collusion entre Caillaux et Boucard, le juge d'instruction, ou avec le procureur ayant été fait Commandeur de la Légion d'Honneur quelques jours avant le procès[17].

Historienne d'art[modifier | modifier le code]

Au début des années 1930, elle obtient le diplôme de l'École du Louvre en présentant une thèse sur la vie et l'œuvre de Jules Dalou. Cette thèse lui servit de base pour publier un ouvrage[18] de référence en 1935, dans lequel elle a établi un inventaire de l'œuvre de ce sculpteur.

Filmographie et bibliographie[modifier | modifier le code]

The Caillaux Case (1918)
  • L'affaire inspira en 1985 un téléfilm à la télévision française, L'Affaire Caillaux.
  • Elle a fait l'objet d'un ouvrage d'Edward Berenson, professeur d'histoire américain, The Trial of Madame Caillaux, University of California Press, 1993 (ISBN 978052007347X[à vérifier : isbn invalide]).
  • Henriette Caillaux est le thème du roman de Valentine Goby, Des corps en silence, Gallimard, 2009 (ISBN 978-2-07-012804-4)
  • Un documentaire réalisé par Ghislain Vidal sur l'affaire Caillaux dans le cadre de la série Les procès de l'Histoire a été diffusé sur les chaînes Cinaps TV et Toute l'Histoire en 2011 et 2012.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Acte de naissance nº 213, année 1874, état civil de Rueil
  2. Virginie Florentin, Le procès Caillaux 20 juillet 1914, CreateSpace Independent Publishing Platform,‎ 2014, 588 p. (ISBN 978-1500186609)
  3. (en) Edward Berenson, The Trial of Madame Caillaux, Univ of California Press,‎ 1992, p. 13
  4. Jean-Denis Bredin, Joseph Caillaux, Hachette Littérature,‎ 1985, p. 164
  5. Sarah Sissmann, Christophe Barbier, « Une épouse outragée », sur lexpress.fr,‎ 30 août 2004
  6. Jean Baptiste Duroselle, La France et les Français: 1900-1914, Université de Paris I : Panthéon-Sorbonne, vol. 2 de La France et les Français, Éditions Richelieu, 1972, 414 pages, p. 377.
  7. a et b Serge Berstein, Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle, vol. 1 : « 1900-1930 », Éditions Complexe, 1999, 573 pages, p. 59 (ISBN 287027758X).
  8. Jean-Claude Allain, Joseph Caillaux, Imprimerie nationale, 1978, 537 pages, p. 497 (ISBN 2110807156).
  9. Patrick Girard, Sexe, mensonges et politiques, Éditions Jean-Claude Gawsewitch,‎ 2011, p. 28-29
  10. Jean-Denis Bredin, Joseph Caillaux, Hachette Littérature,‎ 1985, p. 172
  11. Jean-Yves Le Naour, Meurtre au Figaro. Le procès Caillaux, Larousse,‎ 2007, p. 102
  12. Dominique Jamet, La Chute du président Caillaux, Pygmalion,‎ 2013, p. 24
  13. Jean-Yves Le Naour, Meurtre au Figaro : le procès Caillaux, Larousse,‎ 2007, 254 p.
  14. Jean-Yves Le Naour, Meurtre au Figaro – Le procès Caillaux, Larousse,‎ 2007, 288 p.
  15. Fernand Labori parvient à se procurer la cassette contenant la liste des membres du jury, pouvant ainsi récuser les jurés hostiles au parti radical. Pour expliquer que l'urne ait été descellée. L'huissier évoque une malencontreuse chute dans l'escalier pour expliquer cet « incident ».
  16. Lionel Dumarcet, L'Affaire Caillaux, Éditions De Vecchi, 1999, 142 pages, p. 88 (ISBN 2732829242).
  17. Jean-Claude Allain, op. cit., 1978, p. 430.
  18. Henriette Caillaux : Dalou (1838-1902) L'homme - L'œuvre, Préface de Paul Vitry, Librairie Delagrave, Paris, 1935.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Lien externe[modifier | modifier le code]