Pierre Gaxotte

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Pierre Gaxotte (19 novembre 1895 à Revigny-sur-Ornain - 21 novembre 1982 à Paris) est un historien et journaliste français.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Élève à l'École normale supérieure en 1917, il est reçu premier à l'agrégation d'histoire en 1920. Il est introduit dans les milieux intellectuels par l'éditeur Arthème Fayard, qui lui confie la direction du journal Candide, puis celle de Je suis partout.

En novembre 1917, Arthème Fayard le recommande à Charles Maurras dont il devient le secrétaire de nuit. Il contribue dès lors régulièrement à L'Action française. Il conçoit pour Charles Maurras une immense admiration : « Maurras était en pleine force, insensible à la fatigue, aux incommodités, aux menaces, aux dangers. On était pris d'abord par son regard, où rayonnaient l'intelligence, l'autorité, l'énergie le courage, la bienveillance, une attention extrême et parfois la gaieté. Mais on était conquis aussi par sa jeunesse, son ardeur, son alacrité[1]. »

Gaxotte a écrit de nombreux ouvrages d'histoire qui ont marqué leur temps et qui ont connu plusieurs éditions (notamment ceux publiés avant la Seconde Guerre mondiale : La Révolution française (1928) ; Le Siècle de Louis XV (1933) et Frédéric II (1938). L'auteur y propose une vision critique de la Révolution française en même temps qu'il entreprend une réhabilitation de Louis XV, alors très décrié. Proposant une historiographie de type « contre-révolutionnaire » et monarchiste, les travaux de Gaxotte se situent dans le même courant que ceux de ses contemporains Jacques Bainville, Louis Bertrand et Frantz Funck-Brentano.

Le 18 mars 1933, il réagit dans le journal Je suis partout à l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler :

« Le Troisième Reich est une menace pour la France : soyons forts, prenons nos précautions, armons-nous. Mais n’injurions pas. Tous ces messieurs de la gauche prolongent sur le plan extérieur leurs haines de partisans. » Quelques années plus tard, il écrit à La Nation Belge (29 mars 1939) : « Entre le bolchevisme et le hitlérisme, il y a beaucoup moins de différences qu'entre le bolchevisme et la monarchie anglaise. La révolution allemande s'est accomplie dans un pays qui était en avance de plusieurs siècles sur la Russie des tsars. L'expérience de socialisation s'accomplit à un niveau supérieur, sur un peuple depuis longtemps dressé à une exacte discipline et qui a le fonctionnarisme dans le sang. Ce n'en est pas moins de la socialisation. Hitler est aussi antibourgeois et aussi anticapitaliste que Staline », et aussi « Puisqu'il s'agit toujours de tenir l'Allemagne en respect, de la mettre en garde contre elle même et contre le renouvellement de sa folie, le mieux serait de lui inspirer une crainte salutaire par la supériorité évidente des forces. » (id. 4 janvier 1937).

Parallèlement, Pierre Gaxotte poursuit jusqu'en 1939 une carrière de journaliste dans la presse d'extrême droite, écrivant par exemple dans Candide du 7 avril 1938, à propos de Léon Blum : « Il incarne tout ce qui nous révulse le sang et nous donne la chair de poule. Il est le mal, il est la mort. »

S'il n'est pas hostile à la sympathie que manifestent ses collègues de Je suis partout pour le fascisme[citation nécessaire], il s'en éloigne progressivement et il est remplacé à la rédaction en chef par Robert Brasillach en 1937 ; à partir de janvier 1939, il cesse de signer des éditoriaux pour ce journal.

Selon Claude Roy, qui l'écrit dans ses Mémoires Moi, Je, au cours de l'été 1940, il tente, en vain, de persuader Maurras de suspendre la parution du quotidien l'Action Française parce qu'il prévoit que les États-Unis entreront en guerre contre le Reich l'année suivante et qu'il ne faut pas lier le mouvement monarchique à l'Allemagne qui sera vaincue. François Bluche a écrit que « contrairement à certaines légendes, l'ancien secrétaire de Maurras ne fut ni collaborateur ni vichyssois. Il aimait à dire, sous l'occupation : Les Alliés gagneront et balaieront tout cela ». Et aussi, Thierry Maulnier (Le Figaro, novembre 1982) cite une anecdote révélatrice : Dans les premiers temps de l'Occupation, à quelqu'un disant dans une soirée : « Je suis le Maréchal aveuglément », Gaxotte aurait répondu : « Comment le faire autrement ? ».

Françoise Giroud raconte qu'il fut le seul des disciples de Maurras à refuser en 1940 la collaboration franco-allemande. Replié à Clermont-Ferrand pendant l'Occupation, il continua à diriger un Candide aussi agressif que possible jusqu'au jour où la verve frondeuse de ses billets provoqua l'indignation des censeurs de Vichy. On le somma de changer de ton ou d'abandonner. Il abandonna et ne dirigea plus que Ric et Rac, journal étonnant pour lequel la guerre n'existait pas. Gaxotte dut ensuite fuir les agents de la Gestapo qui le cherchèrent à Clermont-Ferrand et se réfugier à Varennes-sur-Allier avec Mitty-Goldin, juif, ancien directeur du célèbre music-hall ABC et Jean Barreyre. Il fut (Gilbert Comte, Le Monde, 23 novembre 1982) l'un des rares maurrassiens de « l'époque héroïque » à échapper par son absence de compromission à l'épuration. Après la Libération, il abandonne son militantisme politique et devient éditorialiste au Figaro. Dès lors, il se consacre essentiellement à la rédaction de travaux historiques — mais lance aussi sa propre revue d'inspiration maurrassienne, La Nation française. Il est élu à l'Académie française le 29 janvier 1953, le même jour que Fernand Gregh et le duc de Lévis-Mirepoix.

Ami de Christian Dior, d'Henri Sauguet, de Max Jacob, d'Alain Daniélou, de Jean Cocteau, de Georges Dumézil (à qui il avait dédié La Révolution française), de Thierry Maulnier, de Jean Mistler, de Colette et de Mathieu Galley, passionné de musique et de ballets, il était membre de l'Académie du disque français, fondée par Colette en 1951.

Il reçut à l'Académie française en 1973 l'écrivain Julien Green, et prononça l'éloge funèbre de François Mauriac en 1970.

En 1979, il fait partie du comité d'honneur de la Nouvelle École, liée à la Nouvelle Droite. Décédé le 21 novembre 1982, il est inhumé à Revigny-sur-Ornain.

À l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de son décès, il fut créé un Prix Pierre Gaxotte. La première édition fut remise à Revigny-sur-Ornain et récompensa l'historien Christian Bouyer et son Gaston d'Orléans (Pygmalion). L'année suivante le prix émigra à Metz et devint le Prix Pierre Gaxotte de la Biographie et le Prix Pierre Gaxotte de l'Essai historique. Les lauréats 2008 furent Michel de Decker avec Napoléon III ou l'empire des sens (Belfond) et Henry Bogdan avec Histoire de la Bavière (Perrin). En 2009, les lauréats furent Didier Le Fur avec Henri II (Tallandier) et Jean-Paul Gourévitch avec Le Rêve méditerranéen, D'Ulysse à Nicolas Sarkozy (L'Œuvre). Depuis sa fondation le prix est présidé par Roger Maudhuy. Le musicologue Philippe Beaussant, qui à l'Académie française occupe le fauteuil qui fut celui de Gaxotte, en est le président d'honneur.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Révolution française, Paris, Fayard, 1928.
  • Le Siècle de Louis XV, Paris, Fayard, 1933.
  • Frédéric II, Paris, Fayard, 1938.
  • La France en face de l'Allemagne, articles, formules et reflexions, 1940.
  • La France de Louis XIV, Paris, Hachette, 1946.
  • Histoire des Français, Paris, Flammarion, 1951.
  • Thèmes et variations, Paris, Fayard, 1957. Réédité sous le titre Aujourd’hui en 1965.
  • Histoire de France, Paris, Hachette, 1960.
  • Histoire de l'Allemagne, Paris, Flammarion, 1963.
  • L'Académie française, Paris, Hachette, 1965.
  • Frédéric II, roi de Prusse, Paris, A. Michel, 1967.
  • Paris au XVIIIe siècle, Paris, Arthaud, 1968.
  • Mon village et moi, Paris, Flammarion, 1968.
  • Le nouvel ingénu, Paris, Fayard, 1972.
  • Louis XIV, Paris, Flammarion, 1974.
  • Les autres et moi, Paris, Flammarion, 1975.
  • Le blasphème du professeur Piton, Paris, Fayard, 1977.
  • Le purgatoire, Paris, Fayard, 1982.
  • La marquise et moi, Monaco, éd. Du Rocher, 1986.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Gaxotte, Les autres et moi, éd. Flammarion, 1975, p. 42.


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