Paul Déroulède

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Paul Déroulède
Paul Déroulède(supplément illustré du Petit Journal, 3 novembre 1895)
Paul Déroulède
(supplément illustré du Petit Journal, 3 novembre 1895)
Fonctions
Parlementaire français
Député
1889 – 1901
Gouvernement IIIe République
Groupe politique Ligue des patriotes
Biographie
Date de naissance 2 septembre 1846 à Paris
Date de décès 31 janvier 1914 (à 67 ans) à Nice
Résidence Charente

Paul Déroulède est un poète, auteur dramatique, romancier et militant nationaliste français, né à Paris le 2 septembre 1846 et mort sur le mont Boron à Nice le 31 janvier 1914 (à 67 ans). Son nationalisme intransigeant et son revanchisme en font un acteur important de la droite nationaliste française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Fils d'un avoué à la Cour d'appel de Paris et neveu par sa mère d'Émile Augier, il est l'arrière petit-fils de Pigault-Lebrun. Il suivit ses études aux lycées Louis-le-Grand, Bonaparte et de Versailles, puis à la Faculté de droit de Paris où il obtient sa licence.

Guerre de 1870[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la Guerre de 1870, c'est un versificateur (admirant beaucoup Le Cid) qui fréquente les milieux littéraires républicains. La déclaration de guerre lui fait abandonner son pacifisme. Il rejoint son unité lors de la guerre franco-prussienne de 1870 où il montre un certain courage (assaut de Montbéliard). Il est fait prisonnier à Bazeilles, s'évade et rejoint les tirailleurs algériens. Cité à l’ordre du jour et décoré en février 1871, il participe à la répression de la Commune de Paris lors de la Semaine sanglante de mai. À la suite d'une chute de cheval, il doit renoncer à la carrière militaire en 1874.

Carrière littéraire et politique[modifier | modifier le code]

Paul Déroulède tenant la bride du cheval du général Roget, durant sa tentative de coup d'État.
(Le Petit Journal, 12 mars 1899.)

Désormais, par son œuvre littéraire et son action politique, il incarne la France de la « revanche » en réclamant le retour de l'Alsace et de la Lorraine. Il écrit les Chants du soldat (1872), vendus à plus de 100 000 exemplaires, dont le fameux Clairon, qui lui vaut la gloire et reste longtemps au programme scolaire. À l'instigation de Gambetta, Déroulède, dont la devise est « Qui vive ? France ! », crée la Ligue des patriotes en 1882. Cette passion pour la « revanche » sur l'Allemagne lui vaut de devenir également l'un des chefs du parti anticolonial. Pour lui, la conquête coloniale puiserait l'énergie dont la France a besoin pour la future guerre contre l'Allemagne. De même, il estime que jamais les colonies ne pourraient offrir une compensation à la perte de l'Alsace-Lorraine et c'est dans ce sens qu'il répond au colonialiste Jules Ferry : « J'ai perdu deux sœurs, et vous m'offrez vingt nègres[1] ». Adepte du général Boulanger (« celui qui nous délivrera des chinoiseries parlementaires et des bavards impuissants »), il est porté par sa notoriété à l'Assemblée nationale en 1889. Le 27 janvier 1889 il tente en vain de persuader le général Boulanger de marcher sur l'Élysée. Le Gouvernement dissout alors la Ligue des Patriotes, et après la fuite de Boulanger, Déroulède reste député de la Charente de 1889 à 1893 et de 1898 à 1901.

Anticolonialiste au nom de la revanche (cela « disperse les énergies françaises »), défendant le catholicisme avec parfois des accents antisémites (repos dominical, refus de la séparation[2]), il attaque vivement Clemenceau lors de l'affaire de Panama.

Lors de l'affaire Dreyfus (1894 - 1906), Paul Déroulède, quoique défendant l'armée, croit Dreyfus innocent[3] ; d'ailleurs, malgré ses préjugés certains contre les Juifs, il a toujours refusé l'antisémitisme politique et n'a jamais rallié le slogan « À bas les juifs »[4]. Profitant des obsèques de Félix Faure en 1899, il entreprend le coup d'État que le général Boulanger avait refusé dix ans plus tôt. Il tente en effet de faire tourner bride au général Roget et à ses troupes pour prendre l’Élysée. Arrêté, jugé en haute cour, relâché et, finalement, banni (expulsé en Espagne), il bénéficie d'une amnistie en 1905. Il renonce à sa carrière politique après l'échec des élections de 1906 dans son département de la Charente. Il faut noter que parmi les transformations qu'il a demandées dans le domaine constitutionnel, beaucoup se sont retrouvées dans la constitution de la Ve République. Le personnage est complexe dans la limite où il a porté un jugement sévère sur ses poèmes et chansons, dont il savait bien la nature d’œuvres de propagande, donc vouées à l’éphémère. Il estimait cependant ce sacrifice nécessaire.

Paul Déroulède en 1913

En 1908, malgré l'insistance de Maurice Barrès, Paul Déroulède refuse de poser sa candidature à l'Académie française lors de la mort de François Coppée : « Ma place n'est pas parmi votre élite, elle est dans la foule. Je puis m'en tenir à l'écart, mais je dois toujours être prêt à reprendre contact avec elle… L'habit à palmes vertes et l'épée à poignée de nacre me transformeraient trop. »

Dès lors, Paul Déroulède se retire à Langély (commune de Gurat, Charente) où il entreprend la rédaction de ses Feuilles de route. Cependant, peu à peu, il se retrouve laissé de côté par les nouveaux nationalistes qui (comme l'écrivent les frères Tharaud) « pensent comme lui mais refusent d'admirer les moyens dont il s'est servi ».

Il meurt d'une crise d'urémie dans sa propriété du Mont Boron avec une bénédiction papale. Sa dépouille est ramenée à Paris, où le cortège funèbre suscite des manifestations de la Ligue des patriotes. Il est enterré dans le caveau familial à la Celle-Saint-Cloud[5].

« Je sais bien ce qu'on me reproche. On dit de moi : Déroulède c'est un exalté ou un simple. Je ne suis ni l'un, ni l'autre ; je ne suis ni fou ni sot. Si ma carrière peut sembler déraisonnable, la faute n'en est pas à moi, ou plutôt la faute en est au caractère d'une existence qui a toujours été en mouvement. Et rien ne donne si naturellement l'idée du désordre et de la complication que l'action au jour le jour. En réalité, rien n'est plus simple, plus logique, plus sage que ma vie. Oui, j'ai voulu la guerre, la revanche. Mais avant de l'entreprendre, j'ai voulu que nous fussions prêts. »

Duels[modifier | modifier le code]

Déroulède s’est battu deux fois dans des duels au pistolet :

  • contre Georges Clemenceau, car Déroulède l’avait accusé de corruption dans le scandale de Panama. Le duel a lieu le 23 décembre 1892 à Saint-Ouen devant 300 personnes[6] contenues par des gendarmes ; six balles échangées au commandement à 25 m, sans conséquence ;
  • contre Jean Jaurès à Hendaye le 4 décembre 1904 à propos de Jeanne d’Arc ; échange de deux balles, sans conséquence.

Citations[modifier | modifier le code]

Duel avec Georges Clemenceau.
(Le Petit Journal, 7 janvier 1893.)

Dans une page des Feuilles de route restée célèbre, Paul Déroulède évoque les débuts de sa conversion au nationalisme, qui le laissait jusqu'alors indifférent. La scène se déroule peu après la déclaration de guerre en 1870. Paul Déroulède se promène à la campagne avec une amie :

« Je me souviens qu'un vieux paysan, qui avait son fils sous les drapeaux, eut l'indiscrétion de troubler notre tête-à-tête pour me demander, avec anxiété, quand les troupes partiraient.

J'eus l'impudence de lui répondre : « Est-ce que je sais ! »

Le regard de mépris que me lança cet homme entra dans mes yeux comme un éclair [...] le reproche silencieux de ce père de soldat, dissipa ma torpeur et commença le réveil de ma conscience de Français.

Je sentis que je venais de manquer à la solidarité qui m'unissait, avant tout et malgré tout aux hommes de mon pays.

Pour la première fois, ma prétendue philosophie humanitaire m'apparut comme une apostasie et mon égoïsme amoureux comme une désertion.

La cruauté de ma réponse se révéla à moi dans toute sa vilénie. J'eusse voulu en demander pardon sur l'heure au vieillard, mais il nous avait brusquement tourné le dos, et nous étions de nouveau seuls sur la route [...] un grand pas était fait sur mon chemin de Damas. »

— Paul Déroulède, Feuilles de route, 1907

« Celui qui n’aime pas sa mère plus que les autres mères et sa patrie plus que les autres patries n’aime ni sa mère ni sa patrie. »

Principales publications[modifier | modifier le code]

Caricature
  • Chants du soldat (1872)
  • Nouveaux chants du soldat (1875)
  • Marches et sonneries (1881)
  • Le Livre de la Ligue des patriotes, extraits des articles et discours de Paul Déroulède (1887)
  • Histoire d'amour (1890)
  • Chants du paysan (1894)
  • Poésies militaires (1896)
  • Le Premier grenadier de France, La Tour d'Auvergne, étude biographique (1896)
  • Affaire de la place de la Nation, procès Paul Déroulède - Marcel Habert : cour d'assises de la Seine, 29 juin 1899. Discours de Paul Déroulède et de Marcel Habert aux jurés de la Seine (1899)
  • 1870, feuilles de route : des bois de Verrières à la forteresse de Breslau (1907), Société d'Édition et de Publications Librairie Félix Juven, Paris.
  • Pages françaises, précédées d'un essai par Jérôme et Jean Tharaud (1909)
Théâtre

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Caricature de Paul Déroulède en Don Quichotte, par Charles Léandre
(revue Le Rire, no 232, 15 avril 1899)
  • Jérome Tharaud et Jean Tharaud, La Vie et la mort de Paul Déroulède, 1925.
  • Marie Aynié, « Une justification du coup de force de Déroulède du 23 février 1899 », in Parlement[s], Revue d'histoire politique, no 12, 2009, p. 108-112, [lire en ligne].
  • Antoine de Baecque :
    • Paul Déroulède poète patriote : la souffrance, la gloire, l'école, 1870-1885, Paris, Institut d'études politiques de Paris, 1987.
    • « Le poète de la "Revanche" », in L'Histoire, no 152, mars 1992, dossier « Paul Déroulède, poète, patriote et putschiste », p. 38-40.
  • Bertrand Joly :
    • Paul Déroulède, thèse de doctorat, Paris IV, 1996, 4 vol.  dactylographiés.
    • Déroulède. L’inventeur du nationalisme, Paris, Perrin, 1998, 440 p., [compte rendu en ligne], [compte rendu en ligne], [compte rendu en ligne].
    • Dictionnaire biographique et géographique du nationalisme français (1880-1900), Paris, Honoré Champion, coll. « Dictionnaires & Références », 2005, 687 p.
    • « L'évolution de Paul Déroulède et de la Ligue des patriotes (1900-1913) », in Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, no 19, 2001, p. 109-117, [lire en ligne].
  • (en) Maurice Larkin, « "La République en danger" ? The Pretenders, the Army and Déroulède, 1898–1899 », in The English Historical Review, vol. 100, no 394, janvier 1985, p. 85-105.
  • Michel Winock :
    • Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 1990.
    • « La république de Paul Déroulède », in L'Histoire, no 152, mars 1992, dossier « Paul Déroulède, poète, patriote et putschiste », p. 40-46.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Paul Déroulède en compagnie de Jules Guérin et Marcel Habert

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Par pudeur, le mot "nègres" a été remplacé par la postérité par "domestiques". Jean Martin, L'Empire triomphant, 1871/1936, Éditions Denoël, Paris, 1990, p. 384.
  2. Face au député Camille Dreyfus, il déclare : « Je suis surpris qu'un débat semblable soit précisément ouvert devant nous, non pas par un des trente-six millions de catholiques mis en cause, mais bien par un des cinq cents ou six cents mille israélites. […] Je proteste quand je vois que l'on veut déchristianiser la France pour la judaïser ! ».
  3. Michel Leymarie, De la belle époque à la grande guerre, Livre de poche, p. 106.
  4. Bertrand Joly, Déroulède, l'inventeur du nationalisme.
  5. Les funérailles de Paul Déroulède : Le Petit Parisien du 4 février 1914 sur Gallica
  6. Sur 19e.org
  7. Archives nationales