Léon-Paul Fargue

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Léon-Paul Fargue

Activités poète
Naissance 3 mars 1876
Paris, Drapeau de la France France
Décès 24 novembre 1947 (à 71 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Langue d'écriture française
Mouvement Symbolisme
Genres poésie

Léon-Paul Fargue, né le 3 mars 1876 à Paris 1er, ville où il est mort le 24 novembre 1947 dans le 6e arrondissement[1], est un poète et écrivain français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils naturel d'un ingénieur issu de l'École centrale et d'une modeste couturière, Fargue ne fut reconnu par son père que très tardivement. Cette circonstance influa notablement sur son existence, et pourrait être à l'origine de sa mélancolie chronique et de sa sensibilité exacerbée.

Après des études secondaires brillantes au lycée Rollin, où il a des professeurs prestigieux, parmi lesquels Mallarmé, Émile Faguet et Valentin Parisot, il entre au même moment qu'Alfred Jarry en khâgne au lycée Henri-IV, où il suit les cours de Bergson. Il déçoit les attentes de sa famille, qui le voulait normalien, pour choisir l'oisiveté : sensible à la peinture et au piano, il est passionné par la poésie.

Il s'introduit rapidement dans les salons littéraires, notamment, grâce à Henri de Régnier, aux « mardis » de Mallarmé, où il rencontre l'élite intellectuelle et artistique du début du siècle, Paul Valéry, Marcel Schwob, Paul Claudel, Claude Debussy, André Gide. Il est membre de la Société des Apaches et se lie d'amitié avec Maurice Ravel, qui met plus tard en musique son poème Rêves (1929).

Il fonde en 1924, avec Larbaud et Valéry, la revue Commerce.

Après quelques poèmes publiés en 1894, il donne Tancrède en 1895 (incipit : « Il était plusieurs fois un jeune homme si beau que les femmes voulaient expressément qu'il écrivît. »), puis Poèmes en 1912 et Pour la musique en 1914.

De gauche à droite : Léon-Paul Fargue avec Maurice Ravel, Georges Auric et Paul Morand en 1927.
Plaque commémorative sur le dernier domicile parisien de Léon-Paul Fargue, au no 1 de la place qui porte désormais son nom.

Fargue s'exprime le plus souvent en vers libres, voire en prose, dans un langage plein de tendresse et de tristesse, sur des sujets simples, parfois cocasses (on l'a parfois comparé au photographe Robert Doisneau), plus rarement absolument onirique (voir Vulturne en 1928 cependant). Parisien amoureux de sa ville (D'après Paris, 1932 ; Le Piéton de Paris, 1939), il écrit aussi la solitude oppressante et noyée de nuit et d'alcool (Haute solitude, 1941). Il est également un chroniqueur étincelant de la société parisienne (Refuges, Déjeuners de soleil, 1942, ou encore La Lanterne magique 1944).

Il est frappé d'hémiplégie en 1943, lors d’un déjeuner avec Pablo Picasso. Cloué par la paralysie au 1, boulevard du Montparnasse, domicile de la femme peintre Chériane (1900-1990) qu’il avait épousé en 1935, il garde cependant jusqu'à la fin une activité littéraire intense en ce lieu. Il y meurt le 24 novembre 1947. Le carrefour au pied de l’immeuble porte, depuis un arrêté du 26 juin 1957, le nom de place Léon-Paul-Fargue.

Il était devenu membre de l'Académie Mallarmé en 1937. En revanche, il fut, en 1946, un candidat malheureux à l'Académie française.

Poème[modifier | modifier le code]

Nocturne
Un long bras timbré d'or glisse du haut des arbres
Et commence à descendre et tinte dans les branches.
Les feuilles et les fleurs se pressent et s'entendent.
J'ai vu l'orvet glisser dans la douceur du soir.
Diane sur l'étang se penche et met son masque.
Un soulier de satin court dans la clairière
Comme un rappel de ciel qui rejoint l'horizon.
Les barques de la nuit sont prêtes à partir.
D'autres viendront s'asseoir sur la chaise de fer.
D'autres verront cela quand je ne serai plus.
La lumière oubliera ceux qui l'ont tant aimée.
Nul appel ne viendra rallumer nos visages.
Nul sanglot ne fera retentir notre amour.
Nos fenêtres seront éteintes.
Un couple d'étrangers longera la rue grise.
Les voix,
D'autres voix chanteront, d'autres yeux pleureront
Dans une maison neuve.
Tout sera consommé, tout sera pardonné,
La peine sera fraîche et la forêt nouvelle,
Et peut-être qu'un jour, pour de nouveaux amis,
Dieu tiendra ce bonheur qu'il nous avait promis.

Poèmes, NRF, Paris, 1912.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Vous faites le ménage de l'univers avec les ustensiles du raisonnement. Bon. Vous arrivez à une saleté bien rangée. »
  • « Le génie est une question de muqueuses. L'art est une question de virgules. »

Iconographie[modifier | modifier le code]

Une médaille à l'effigie de Léon-Paul Fargue a été réalisée par le graveur Raymond Corbin en 1947, quelques jours avant la mort du poète. Un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 1104).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Poèmes (Premier cahier). Nancy, Royer, 1907.
  • Tancrède. Saint-Pourçain-sur-Soule, 1911.
  • Poëmes. Paris, NRF-Marcel Rivière & Cie, [1912].
  • Pour la musique. Paris, NRF, 1914.
  • Poëmes, suivis de Pour la musique. Paris, NRF, 1919.
  • Banalité. Paris, NRF, 1928.
Banalité. Paris, NRF, [1930], photographies de Roger Parry
  • Vulturne. Paris, NRF, 1928.
  • Suite familière. Paris, Émile-Paul, 1928.
Suite familière. Paris, NRF, 1929.
  • Sur un piano bord, NRF, [1928].
  • Épaisseurs. Paris, NRF, 1928.
  • Sous la lampe. Paris, NRF, 1929.
  • Espaces. Paris, NRF, 1929.
  • Ludions. Paris, J.-O. Fourcade, 1930.
  • D'après Paris. Paris, Librairie de France, 1931.
D'après Paris. Paris, NRF, 1932.
  • Haute solitude. Paris, Émile-Paul, [1941].
  • Pour la musique, Tancrède, suivi de Ludions. Paris, Gallimard, [1943].
  • Poésies. Paris, Gallimard, 1963. Préface de Saint-John Perse.

Chroniques, essais[modifier | modifier le code]

  • Le Piéton de Paris. Paris, Gallimard, [1939].
  • Déjeuners de soleil. Gallimard, 1942.
  • Refuges. Paris, Émile-Paul, [1942].
  • Lanterne magique. Marseille, Robert Laffont, [1944].
  • Composite (avec André Beucler). Paris, O.C.I.A., 1944.
  • Méandres. Genève, Milieu du monde, 1946.
  • Poisons. Paris, Daragnès, 1946.
  • Portraits de famille. Paris, Janin, 1947.
  • Hernando de Bengoechea ou l'âme d'un poète. Paris, Amiot-Dumont, 1948.
  • Etc…. Genève, Milieu du monde, 1949.
  • Maurice Ravel. Paris, Domat, 1949.
  • Les XX arrondissements de Paris. Lausanne, Vineta, 1951, rééd. Fata Morgana, 2011.
  • Dîners de lune. Gallimard, 1952.
  • Pour la peinture. Gallimard, 1955.
  • Les grandes heures du Louvre. Paris, Les deux Sirènes, 1948.

Correspondance[modifier | modifier le code]

  • Valery Larbaud et Léon-Paul Fargue, Correspondance 1910-1946 (éd. Th. Alajouanine). Gallimard, 1971.
  • André Beucler et Léon-Paul Fargue, Correspondance 1927-1945 (éd. Bruno Curatolo), Presses universitaires de Paris Ouest, 2014.

Références critiques[modifier | modifier le code]

  • « Hommage à Léon-Paul Fargue », Les Feuilles libres, no 45-46, juin 1927
  • André Beucler, Dimanche avec Léon-Paul Fargue, Paris, Le Point du Jour, 1947
  • André Beucler, Vingt ans avec Léon-Paul Fargue, Genève, Milieu du monde, 1952
  • Jean-Claude Walter, Léon-Paul Fargue ou l'homme en proie à la ville, Paris, Gallimard, 1973
  • Henri Thomas, À la rencontre de Léon-Paul Fargue, Montpellier, Fata Morgana, 1992
  • Jean-Paul Goujon, Léon-Paul Fargue, poète et piéton de Paris, Gallimard, « Biographies », 1997
  • Barbara Pascarel, Léon-Paul Fargue, Paris/Rome, Memini, « Bibliographie des écrivains français », 2000
  • Léon-Paul Fargue poète et chroniqueur (dir. Pierre Loubier et Barbara Pascarel), RITM, hors série, Université Paris X-Nanterre, 2001
  • Fargue… variations, textes réunis par Pierre Loubier, Revue des Sciences Humaines, no 274, 2/2004

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de l’état civil de Paris en ligne, acte de naissance no 1/319/1876, acte du 04/03/1876 précisant né la veille ; avec mention marginale du décès.

Liens externes[modifier | modifier le code]