Lucien Rebatet

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Lucien Rebatet

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Lucien Rebatet en séance de dédicace des Décombres, 1942.

Autres noms François Vinneuil
Activités écrivain, journaliste, critique de cinéma, critique musical
Naissance 15 novembre 1903
Moras-en-Valloire
Décès 24 août 1972 (à 68 ans)
Moras-en-Valloire
Langue d'écriture français
Genres roman, essai, pamphlet

Œuvres principales

Lucien Romain Rebatet (15 novembre 1903, Moras-en-Valloire, Drôme24 août 1972, id.) est un écrivain, journaliste et critique musical et cinématographique français. Ayant débuté à l'Action française, il rejoint ensuite Je suis partout qui se réclame du fascisme ; en 1942, sous l'Occupation, il publie Les Décombres, féroce pamphlet antisémite et collaborationniste. Condamné à mort à la Libération, puis gracié, il reste en prison jusqu'en 1952. Il abandonne alors la polémique, se consacrant à sa carrière d'écrivain en publiant son œuvre majeure, Les Deux Étendards, en 1951.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

1929-1940 : la naissance d'une vocation fasciste[modifier | modifier le code]

Fils de Pierre Rebatet, notaire, et de Jeanne Tampucci (petite-fille du poète Hippolyte Tampucci), il fréquente le collège mariste Sainte-Marie de Saint-Chamond (Loire). Après avoir abandonné des études de droit à l'université de Lyon, puis de lettres à la Sorbonne, il entre comme critique musical au journal nationaliste et monarchiste L'Action française en avril 1929, malgré un profond mépris pour le camp de la « Réaction », où il écrit sous le pseudonyme de François Vinteuil, puis de François Vinneuil. Le 30 avril 1932, il devient journaliste à Je suis partout, où son style et ses convictions vont s'affirmer. Il épouse Veronique Popovici, le 14 septembre 1933, à Galatz, en Roumanie.

Il signe des articles comme « Le Cinéma par ceux qui le font », « Les Étrangers en France. L'invasion », « Les Émigrés politiques en France ». Il accueille avec enthousiasme la parution du pamphlet ouvertement antisémite de Céline, Bagatelles pour un massacre. Rebatet se révèle en effet un antisémite virulent. Outre les juifs, il attaque avec férocité le communisme, la démocratie, l'Église et, après des enquêtes en Allemagne et en Italie, se proclame fasciste.

1940–1944 : l'apologie de la Collaboration[modifier | modifier le code]

Mobilisé en janvier 1940, Lucien Rebatet est libéré le 15 juillet 1940 et rejoint Vichy où il travaille à la radio. De retour à Paris, après un passage au journal Le Cri du peuple de Jacques Doriot, il revient à Je suis partout. Il signe « Les Tribus du cinéma et du théâtre » et « Le Bolchévisme contre la civilisation ».

En 1942, il publie Les Décombres, où il désigne les Juifs, les politiques et les militaires comme responsables de la débâcle de 1940 — sans pour autant épargner les autorités de Vichy. Il y explique que la seule issue pour la France est de s'engager à fond dans la Collaboration avec l'Allemagne nazie. Ce pamphlet est tiré à quelque 65 000 exemplaires sous l'Occupation, et le livre est désigné comme « livre de l'année » par Radio Paris. Comme tous les collaborationnistes désireux que la France entrât en guerre aux côtés de l'Allemagne, il se déchaîne notamment contre Maurras qui répliqua en évoquant « un gros crachat de 664 pages produit d’un cacographe maniaque, nabot impulsif et malsain[1],[2]. » Rebatet avait dédicacé à Marcel Déat un exemplaire de son ouvrage Gott strafe Maurras c'est-à-dire Dieu punisse Maurras[3].

Son dernier article, publié le 28 juillet 1944, s'intitule « Fidélité au national-socialisme ». Rebatet fuit en l'Allemagne. On le retrouve à l'automne en compagnie de Louis-Ferdinand Céline, exilé comme tant d'autres collaborateurs à Sigmaringen (où d'anciens membres du gouvernement de Vichy créent un gouvernement en exil qui tiendra jusqu'en avril 1945).

1945-1972 : une vie d'écrivain[modifier | modifier le code]

À la suite d'un mandat d'arrêt lancé par le juge Zousmann, chargé de l'instruction, Lucien Rebatet est arrêté à Feldkirch le 8 mai 1945, il est jugé le 18 novembre 1946 en même temps que deux collaborateurs de Je suis partout, Claude Jeantet et Pierre-Antoine Cousteau : « la Justice ne souhaite pas seulement juger un homme. Elle a une ambition plus vaste : juger Je suis partout et, à travers lui la presse collaborationniste[4] ». Rebatet et Cousteau sont condamnés à mort, Jeantet aux travaux forcés. Tous trois sont frappés d'indignité nationale. La société « Je suis partout » est dissoute et ses biens sont confisqués.

Le 10 avril 1947, après l'élection de Vincent Auriol à la présidence de la République, la condamnation à mort de Lucien Rebatet et de Pierre-Antoine Cousteau est commuée en peine de travaux forcés à perpétuité, après cent quarante et un jours de chaînes. Sur le mur de sa cellule, Rebatet grave cette citation tirée du roman de Stendhal, Le Rouge et le Noir : « Je ne vois que la condamnation à mort qui distingue un homme. C'est la seule chose qui ne s'achète pas. » Il sera finalement gracié. Dans Dialogue de vaincus cosigné avec Pierre-Antoine Cousteau en 1950 à la prison de Clairvaux, il relate, dans un dialogue avec son codétenu qui prend la forme de confessions, le sens de leurs engagements, leurs désillusions et leurs visions de l'avenir[5].

Détenu à Clairvaux, il achève en prison un roman commencé à Sigmaringen : Les Deux Étendards, qui sera publié par Gallimard en 1951. Cette œuvre est considérée par les critiques comme un chef d'œuvre[6].

Libéré le 16 juillet 1952 et d'abord assigné à résidence, Lucien Rebatet revient à Paris en 1954. Un autre roman, Les Épis mûrs, est plutôt bien accueilli. Le roman suivant, Margot l'enragée, demeurera inédit, l'auteur en étant peu satisfait.

Il reprend alors son activité de journaliste. En 1958, on le retrouve à Rivarol. Lors de l'élection présidentielle de 1965, opposé à la candidature de Charles de Gaulle, Rebatet soutient au premier tour Jean-Louis Tixier-Vignancour, puis, au second, François Mitterrand. Ce choix, paradoxal en apparence, est d'abord dû à un antigaullisme demeuré intact, mais aussi à sa fidélité à l'idéal européen. Rebatet est désormais prêt à transiger avec la démocratie, seule capable selon lui d'unifier l'Europe après la défaite du fascisme. Il est ensuite rédacteur à Valeurs actuelles. Jusqu'au bout, il restera fidèle au fascisme, bien qu'il soutienne de moins en moins l'antisémitisme, en raison de la législation en vigueur — le décret-loi Marchandeau du 21 avril 1939, interdisant la provocation à la haine raciale, a été rétabli en 1944 —, mais aussi par une modification de son regard sur les juifs : s'il ne renie rien de ses attaques antisémites d'avant 1945, il ne peut s'empêcher de porter un regard empreint de sympathie pour la nouvelle nation israélienne, en guerre contre les Arabes. En 1967, Lucien Rebatet soutient la guerre israélienne contre les États arabes : « La cause d’Israël est là-bas celle de tous les Occidentaux. On m’eut bien étonné si l’on m’eut prophétisé en 1939 que je ferais un jour des vœux pour la victoire d’une armée sioniste. Mais, c’est la solution que je trouve raisonnable aujourd’hui[7]. » . En 1969, il affirme « savourer le paradoxe historique qui a conduit les juifs d'Israël à défendre toutes les valeurs patriotiques, morales, militaires qu'ils ont le plus violemment combattues durant un siècle dans leur pays d'adoption[8]. »

En 1969, il publie Une histoire de la musique, son œuvre la moins politique et régulièrement citée en référence[9], bien que les jugements portés tant sur les compositeurs que sur leurs œuvres soient souvent empreints de la subjectivité de leur auteur, et soient très tributaires des préjugés esthétiques en cours à l'époque (dithyrambes réservés à quelques « grands » — souvent germaniques — Bach, Mozart, Beethoven, Wagner, Richard Strauss, et mépris écrasant pour Maurice Ravel, certains scandinaves et slaves comme Sibelius, Grieg, Tchaïkovski et la tradition lyrique française (Auber, Gounod, Thomas, Reyer, Massenet, Saint-Saëns, Bruneau, Charpentier). Sans surprise, Rebatet a des jugements tranchés sur Mendelssohn, Meyerbeer, George Gershwin, Halévy, qui voit son chef-d'œuvre, La Juive, qualifié « de terrible mélodrame médiéval et raciste[10] ». Sur Rachmaninov, il écrit :

« Parce que les virtuoses y trouvent leur compte de prouesses mécaniques, ses quatre concertos pour piano et orchestre encombrent encore nos programmes. Démodés, creux, n’ayant même pas conservé leur brillant, ils sont pour notre temps le pendant de toute la friperie des Henri Herz, des Czerny, des Thalberg entre 1830 et 1850. Rachmaninov ne parvint jamais à un langage personnel pour nous dire ses chagrins qui étaient fort réels[11]. »

Lucien Rebatet était également critique de cinéma sous son pseudonyme de François Vinneuil[12].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Une contribution à l'histoire des Ballets russes, Paris, [éd. non indiqué], 1930 (Brochure extraite de L'Action française du 26 décembre 1930).
  • Le Bolchévisme contre la civilisation, Paris, Nouvelles études françaises, [1940] ; 1941.
  • [François Vinneuil], Les Tribus du cinéma et du théâtre Paris, Nouvelles éditions françaises, « Les Juifs en France », IV, 1941.
  • Les Décombres, Paris, Éditions Denoël, 1942 ; Asunción, La Reconquête, 2005 ; Paris, L'Homme libre, 2006.
  • Les Deux Étendards, roman, 2 vol., Paris, Gallimard, 1951 ; 1971 ; 1977 ; 1991 ; 2007.
  • Les Épis mûrs, roman, Paris, Gallimard, 1954. Réédition Le Dilettante, 2011.
  • « Préface » à Pierre-Antoine Cousteau, Mines de rien ou les Grandes mystifications du demi-siècle, illustrations de Ralph Soupault, Paris, Éditions Éthéel, 1955 ; Coulommiers, Déterna, 2004.
  • Marcel Aymé. L'« Épuration » et le délit d'opinion, suivi d'un article nécrologique de Pierre-Jean Vaillard, Liège, Éditions Dynamo, « Bimborions », 1968 ; 1969.
  • À Jean Paulhan, Liège, Éditions Dynamo, « Bimborions », 1968.
  • Une Histoire de la musique, Paris, Robert Laffont et Raymond Bourgine, 1969 ; 1979 ; 1995 ; 1998.
  • Les étrangers en France, Éditions de La Reconquête, 2009.
  • Les tribus du cinéma et du théâtre, Éditions de La Reconquête, 2009.
Posthumes
  • Les Mémoires d'un fasciste, 2 vol. (1. Les Décombres (version expurgée), 1938-1940 ; 2. 1941-1947), préface de Jean-Jacques Pauvert, Paris, éditions Pauvert, 1976.
  • 11 novembre 1918, armistice, avant-propos de Robert Poulet, Liège, Éditions Nationales, 1982.
  • « Lettre à Jean-André au sujet de l'“affaire Céline” », Van Bagaden, Céliniana, no 18, 1989 (Texte initialement paru le 1er septembre 1957 dans Dimanche-Matin).
  • Lettres de prison adressées à Roland Cailleux (1945-1952), édition établie, présentée et annotée par Remi Perrin, Paris, Le Dilettante, 1993.
  • avec Pierre-Antoine Cousteau, Dialogue de vaincus, prison de Clairvaux, janvier-décembre 1950, texte inédit présenté et annoté par Robert Belot, Paris, Berg international, « Histoire des idées », 1999.
  • « Préface » (posthume, éd.) à Pierre-Antoine Cousteau, En ce temps-là, édition établie par Arina et Marc Laudelout, Coulommiers, Déterna, 2004.
  • Quatre ans de cinéma (1940-1944), textes (parus dans Je suis partout) réunis, présentés et annotés par Philippe d'Hugues, avec la collaboration de Philippe Billé, Pascal Manuel Heu et Marc Laudelout, Grez-sur-Loing, Pardès, 2009.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Belot, « Les lecteurs des Décombres : un témoignage inédit du sentiment fasciste sous l'Occupation », Revue des guerres mondiales et des conflits contemporains, no 163, juillet 1991.
  • Robert Belot, Lucien Rebatet. Un itinéraire fasciste, éd. du Seuil, coll. « XXe siècle », 1994 (ouvrage issu d'une thèse de doctorat d'histoire, soutenue en 1990, de l'École des hautes études en sciences sociales sur Lucien Rebatet ou les chemins d'un fasciste. Essai de biographie politique, dirigée par Jacques Julliard.)
  • Robert Belot, Lucien Rebatet, ou l'antisémitisme comme événement littéraire, in Pierre-André Taguieff (dir.), Grégoire Kauffmann et Michaël Lenoire, L'Antisémitisme de plume (1940-1944) : la propagande antisémite en France sous l'Occupation. Études et Documents, Paris, Berg International, « Pensée politique et sciences », 1999. pp.  205-231.
  • Pierre-Marie Dioudonnat, « Je suis partout » (1930-1944). Les maurrassiens devant la tentation fasciste, éd. La Table ronde, 1973, rééd. 1987 ; Les 700 rédacteurs de « Je suis partout », éd. Sedopols, 1993.
  • Pascal Ifri, Le Dossier d'un chef-d'œuvre maudit : « Les Deux Étendards », Genève, L'âge d'homme, 2001.
  • Pascal Ifri, Rebatet, Puiseaux, Pardès, collection Qui suis-je?, 2004.
  • Pol Vandromme, Rebatet, Paris, Éditions universitaires, 1968. Réédition: Puiseaux, Pardès, 2002.
  • Etudes rebatiennes, vol. I, Paris, 2012.

Entretien[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Maurras, L'Action française, 11 septembre 1942.
  2. Stéphane Giocanti, Maurras – Le chaos et l'ordre, éd. Flammarion, 2006, p. 437.
  3. Stéphane Giocanti, Maurras – Le chaos et l'ordre, éd. Flammarion, 2006, p. 387.
  4. Robert Belot, Lucien Rebatet : un itinéraire fasciste, Le Seuil, 1994, p. 343
  5. Dialogue de vaincus, Berg International Éditeurs.
  6. Cf. par exemple George Steiner, cité sur le blog de Pierre Assouline, La République des livres (« Éblouissant Steiner », 3 juin 2005) : « Un article admiratif de Camus avait attiré mon attention sur Les Deux Étendards. Dès la première page, j’ai su que c’était une œuvre de génie et que la création de la jeune femme, Anne-Marie, est comparable à du Tolstoï. Un livre trop long et trop didactique mais avec des parties époustouflantes d’amour et d’humanité. Or Rebatet est aussi l’homme des Décombres, un vrai tueur, le dernier des salauds ».
  7. Michaël Bloch : "l'extrême-droite française face à la question israélienne", mémoire IEP Aix en Provence, p. 33
  8. Rivarol, 25 septembre 1969.
  9. « Retour de Rebatet en rayon », blog de Pierre Assouline, 28 mai 2007.
  10. Une Histoire de la musique, p. 396.
  11. Une Histoire de la musique, p. 616-617.
  12. Sur son activité de critique de cinéma sous l'Occupation, on lira la préface de François Truffaut au livre d'André Bazin, Le cinéma de l'Occupation et de la Résistance (10/18, 1975), et les préface (« Lucien Rebatet alias François Vinneuil », par Philippe d'Hugues) et postface (« Situation de François Vinneuil, chaînon manquant de la critique de cinéma en France », par Pascal Manuel Heu), au recueil d'articles publiés par Lucien Rebatet dans Je suis partout, Quatre ans de cinéma (1940-1944) (Pardès, 2009).