Anticléricalisme

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« L'action cléricale sur notre malheureuse planète », illustration du journal La Calotte (Asmodée, 1908).

L'anticléricalisme est une idéologie qui refuse ou se montre très critique envers toute forme de présence ou d'ingérence du clergé, dans l'organisation de la vie publique. D'après Françoise Marcard[1], l'anticléricalisme s'oppose au cléricalisme. « Sachant qu'il y a présomption de cléricalisme chaque fois que le fait religieux transgresse les frontières du terrain dit temporel »,

L'anticléricalisme insiste sur la nécessaire séparation du religieux et du profane, réclame l'indépendance absolue de l'État à l'égard des Églises et postule la liberté de conscience individuelle. Autour de ce noyau dur de convictions, l'anticléricalisme évolue en relation étroite avec le cléricalisme qu'il combat et d'une façon plus large avec la religion[2].

Les anticléricaux sont parfois qualifiés de « bouffeurs de curés » dans le jargon politique français ou wallon. Parmi leurs slogans les plus célèbres, on peut citer « à bas la calotte ». Certaines de leurs pratiques peuvent tourner au défi symbolique comme le « Banquet du vendredi saint » qu'ils organisent (et qui se déroule encore aujourd'hui) dans plusieurs villes de France en commémoration de celui qui se tint - à Paris, rue Mazet, chez Magny - le 10 avril 1868, pour soutenir des personnes à l'époque poursuivies par l'Église devant les tribunaux[3]

Origine de l'anticléricalisme[modifier | modifier le code]

L'épithète « anticlérical » apparait dans la langue politique dans les années 1860. Le mot fait partie de la langue des journaux et des livres et se trouve utilisé lors de la campagne électorale de 1863[4].

Ce n'est pas une nouveauté absolue, l'attitude est beaucoup plus ancienne que le mot.

À cette époque, les anticléricaux réagissent contre la montée de l'ultramontanisme, contre la souveraineté temporelle du pape sur Rome, contre les interventions épiscopales, contre les pressions au soutien de Pie IX, contre le syllabus. Originaire d'Europe, et plus précisément de France, l'anticléricalisme s'oppose d'abord au catholicisme : D'une certaine manière il en procède par réaction et par filiation.

Toutefois, l'Église Catholique n'est pas la seule cible des anticléricaux :

  • En Israël, les mouvements juifs les plus orthodoxes sont l'objet de critiques.
  • Dans les pays arabes, à l'occasion des différents « Printemps », des prises de distance sont opérées pour dénoncer l'emprise des pratiques les plus intégristes.
  • En Iran, le sentiment anticlérical de certains (quoique fortement réprimé) s'exprime contre la mainmise du clergé chiite sur l'État et la vie publique.

D'autre part, l'anticléricalisme - agissant souvent par réaction - peut être alimenté par l'actualité. Ainsi, les réactions récentes :

  • au scandale des prêtres pédophiles qui ont peut-être suscité des généralisations anticléricales vis-à-vis de la hiérarchie et du clergé catholique,
  • à certaines prises de paroles de responsables religieux en matière de morale (à propos de l'emploi du préservatif, de la licéité de l'avortement, de la procréation assistée ou de l'emploi des embryons humains notamment).

Thèmes principaux de l'anticléricalisme[modifier | modifier le code]

Selon Françoise Marcard[5], trois thèmes majeurs alimentent la réflexion anticléricale dans la France de la fin du XIXe siècle :

L'Église n'est pas une société comme les autres[modifier | modifier le code]

« Elle constitue un monde séparé. L'anticléricalisme vulgaire ne manque pas de tourner en dérision chaque singularité comme la soutane, la tonsure ou le célibat. Plus le particularisme est accusé, plus l'anticléricalisme est prononcé : Les ordres religieux suscitent davantage l'animosité que le clergé séculier car ils ne partagent pas la vie des paroissiens comme les prêtres.(…) La législation particulière des biens immobiliers de l'église est récusée du fait qu'ils sont inaliénables et échappent aux droits de mutation.»

L'Église constitue une menace[modifier | modifier le code]

Contre l'État : « C'est le gallicanisme des légistes et parlementaires contre le pouvoir monarchique ou contre le peuple souverain »
Contre la Nation : « Le Saint-Siège réside en dehors des frontières du pays. Les Jésuites et d'autres Ordres dépendent de Supérieurs étrangers»
Contre l'Individu et la Famille : « Du fait de la direction et du contrôle des croyances et des conduites (rôle du confessionnal et influence sur la Jeunesse). On trouve également le thème de la captation des héritages dans une société essentiellement foncière »

Les Clercs n'observent pas toujours les préceptes qu'ils énoncent[modifier | modifier le code]

Sincérité ? Désintéressement ? Chasteté ? Les invocations de l'Autorité, de la mortification, du renoncement sont particulièrement dénoncés au nom de la liberté individuelle : « Chacun est libre de se conduire comme il le veut et au cœur de ce procès se trouve bien évidemment la question de l'école et de son projet ».

Une réponse couramment apportée, entre autres par Voltaire, est que tous les médecins n'ont pas fait que sauver des vies[6] et que cela ne constitue pas en soi un argument contre la médecine elle-même.

Position de Victor Hugo[modifier | modifier le code]

Tout en confirmant son attachement à la liberté religieuse, Victor Hugo fustige le 15 janvier 1850 à l'Assemblée toute interférence entre Église et pouvoir politique, et la présente comme une imposture :

«  Cessez de mêler l'Église à vos affaires, à vos stratégies, à vos combinaisons, à vos doctrines, à vos ambitions. Ne l'appelez pas votre mère pour en faire votre servante. Surtout ne l'identifiez pas avec vous ; voyez le mal que vous lui faites. M. l'évêque de Langres vous l'a signalé. Voyez comme elle dépérit depuis qu'elle vous a ! Vous vous faites si peu aimer que vous finiriez par la faire haïr. En vérité, je vous le dis, elle se passera fort bien de vous ; laissez-la en repos ; dès que vous n'y serez plus, on y viendra. Laissez-la cette vénérable Église, cette vénérable mère, dans sa solitude, dans son abnégation, dans son humilité, tout cela compose sa grandeur, sa solitude lui attirera la foule ; c'est son abnégation qui est sa puissance ; c'est son humilité qui est sa majesté.
Vous parlez de l'enseignement religieux ? L'enseignement religieux véritable, l'enseignement religieux suprême, celui devant lequel il faut se prosterner, celui qu'il ne faut pas troubler, le voici… C'est la sœur de charité au chevet du mourant; c'est le frère de la Merci rachetant l'esclave ; c'est Vincent de Paul ramassant l'enfant trouvé ; c'est l’évêque de Marseille au milieu des pestiférés ; c'est l'archevêque de Paris affrontant avec un sourire sublime le faubourg Saint-Antoine révolté, levant son crucifix au-dessus de la guerre civile et s'inquiétant peu de recevoir la mort, pourvu qu'il apporte la paix. Voilà le véritable enseignement religieux[7] ».

Typologie de l'anticléricalisme[modifier | modifier le code]

L'anticléricalisme n'est pas l'apanage d'une seule famille politique[8]. On peut distinguer 5 familles :

  1. L'anticléricalisme libéral, rationaliste, tolérant et généralement déiste.
  2. L'anticléricalisme de tradition gallicane et d'inspiration janséniste.
  3. L'anticléricalisme du radicalisme qui souhaite la séparation entre les Églises et l'État.
  4. L'anticléricalisme socialiste ou communiste, athée, pour qui la religion est une idéologie illusoire.
  5. L'anticléricalisme anarchiste et libertaire.

Au sein des divers mouvements se réclamant de l'anticléricalisme par doctrine ou par tradition (Libres penseurs, anarchistes[Lesquels ?], les communistes et les francs-maçons du Grand Orient de France[réf. nécessaire]), les positions apparemment unanimes face au cléricalisme masquent souvent des divergences de position : Ainsi les républicains français sont divisés, ce qui explique le maintien du Concordat plus de vingt ans après la naissance de l'école laïque, grâce aux anticléricaux concordataires désireux de maintenir un contrôle sur l'Église[2] (Rapport de Paul Bert de 1883 sur le maintien du budget des Cultes). Alors que d'autres souhaitent une église nationale libérée de Rome et sous la tutelle de l'État. Ne reste finalement qu'une minorité de partisans de la séparation, divisée elle-même entre certains soucieux de distinguer temporel et spirituel et d'autres se revendiquant d'un athéisme plus combattif, œuvrant pour la disparition des églises.

L'expression de l'Anticléricalisme[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

En France, et notamment depuis la Révolution française, l'anticléricalisme a toujours été présent dans le but d'empêcher le clergé catholique de retrouver son influence sur la population.

  • Dès avant la Révolution, on se moque des moines, des prêtres, des frères et des sœurs dans la littérature française, souvent par grivoiserie. François Rabelais fait dire à Gargantua que les moines « molestent tout leur voisinage à force de trinqueballer leurs cloches ». Voltaire, le déiste, affirmait plus sérieusement dans son dictionnaire philosophique que Jésus avait exclu l'autorité civile des prêtres.
  • Pendant la révolution, Stanislas-Marie Maillard, héros de la Bastille, conduit le massacre de 3 évêques, 120 prêtres, 50 religieux et quelques laïcs (Voir les Massacres de Septembre à la Prison de l'Abbaye, à la Prison des Carmes). La plupart des grands écrivains français nés après ces événements (Michelet, Hugo, etc) ont uni leur anticléricalisme avec une grande confiance en la République.
  • Sous la monarchie de Juillet, en réaction aux excès du « parti prêtre » sous la Restauration, des poussées anticléricales sont observées. Durant la révolution de 1830, les insurgés mettent à sac l'archevêché de Paris, la cathédrale Notre-Dame et plusieurs maisons de congrégations religieuses. L'archevêque de Paris, Mgr de Quélen – il est vrai très lié à Charles X – doit s'enfuir de Paris et se cacher quelque temps. En province, l'on s'en prend aux prêtres et aux croix de mission : « les processions, rapporte le duc de Broglie dans ses Souvenirs, sont poursuivies à coups de pierres, les croix de mission culbutées et traînées dans la boue, il ne fait pas trop bon à un évêque de sortir de sa cathédrale. » Des pamphlets orduriers circulent à l'encontre du clergé catholique, tandis que les théâtres de Paris donnent des pièces violemment anticléricales, qui mettent en scène des prêtres malhonnêtes, vicieux ou criminels. Le ministre de l'Intérieur, François Guizot, lui-même protestant nîmois, mande aux préfets de réprimer ces abus : « La liberté des cultes doit être entière et sa première condition, c'est qu'aucun culte ne soit insulté. » Mais avec le ministère Laffitte, le laissez-faire devient le mot d'ordre d'un gouvernement qui veut avant tout ne pas se couper de sa base révolutionnaire.
  • Après les émeutes des 14 et , au cours desquelles la foule dévaste l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, l'archevêché et plusieurs autres églises parisiennes, ainsi que des palais épiscopaux et des séminaires en province, le gouvernement, loin de réprimer ces désordres, sévit contre les prêtres, jugés « responsables de l'animosité qu'ils excitent ». Le roi Louis-Philippe lui-même considère que la haine des prêtres a été la cause principale de la Révolution, et ne voit pas d'un mauvais œil que le gouvernement satisfasse l'anticléricalisme populaire.[réf. nécessaire]
  • En 1877, Léon Gambetta qui veut rompre avec le régime de Mac Mahon du « sabre et du goupillon », lance dans un discours à la Chambre son célèbre « Le cléricalisme, voilà l'ennemi ! » De fait, l'anticléricalisme est très actif sous la Troisième République : loi dite "d'abonnement" en 1895 (complétée par la loi 1901 et le régime particulier des congrégations religieuses) qui vise à ruiner les Congrégations religieuses, Séparation des Églises et de l'État en 1905, époque où la hiérarchie catholique française condamne le régime républicain. L'anticléricalisme est le cheval de bataille des radicaux et du Grand Orient de France principale obédience de la franc-maçonnerie française, mais fut aussi partagé par les socialistes, les communistes et la droite non-conservatrice, celle des ligues, mouvements d'agitations souvent antisémites[réf. nécessaire]. Émile Combes mène une politique anticléricale : changement de nom des rues portant un nom de saint, fermeture de 2 500 écoles religieuses, promotion systématique des fonctionnaires anticléricaux et révocation des catholiques… Le 30 juillet 1904, il y a rupture diplomatique avec le Saint-Siège. Son ministre de la guerre, le général André, était également anticlérical. L'affaire des fiches dans laquelle il était impliqué provoqua d'ailleurs la démission d'Émile Combes.
  • Au lendemain du début de la Grande Guerre, le 2 août 1914, le gouvernement français fera passer un télégramme aux préfets demandant à ce que les congrégations catholiques soient de nouveaux tolérées[9]. Toutes les mises à l'écart du catholicisme sont révoquées : « Une ouverture appréciable est faite vers le monde catholique, qui n'est plus au ban de la République »[10]. Ce revirement paradoxal et « rarement signalé » atteindra son paroxysme en 1921 avec les célébrations nationales de Jeanne d'Arc, un an après sa canonisation[9].
  • Face au Bloc National, le Cartel des Gauches provoque une crise éphémère qui se résorbe très vite.
  • Prévert et le Groupe Octobre font de la dénonciation de l'Église un des axes de leurs interventions de rue dans les années 1930.
  • Actuellement, l'influence du clergé en France est plus faible comparée à celle de la plupart des autres pays du monde[11]. À la mort de Jean-Paul II, l'association Act Up-Paris s'est réjouie, le déclarant « responsable de la mort d'un million d'hommes » et adressant « un vœu désespéré à son successeur ». Aujourd'hui, Siné Hebdo et Charlie Hebdo restent anticléricaux, tout comme Le Canard enchaîné ou L'Humanité, ancien organe du Parti communiste français. Le Réseau Voltaire publie parfois des textes anticléricaux[réf. nécessaire].

En Europe[modifier | modifier le code]

Belgique[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, des gouvernements de tendance libérale menèrent une politique délibérément anticléricale, en particulier le dernier cabinet de Frère-Orban, qui déclencha la première guerre scolaire.

Entre 1999 et 2007, les gouvernements menés par Guy Verhofstadt excluaient les partis chrétiens (CVP flamand et PSC francophone) après une présence continue dans les coalitions au pouvoir depuis 1958. Un des buts clairement affichés était de permettre des avancées dans divers domaines touchant à l'éthique et que ces deux partis bloquaient. Parmi les cibles recherchées, on peut citer la dépénalisation partielle et l'encadrement de l'euthanasie en 2002 et le mariage homosexuel en 2003.

Espagne[modifier | modifier le code]

Comme la France, l'Espagne n'est pas préservée de l'anticléricalisme pendant le Siècle des Lumières. Si certains historiens, à la fin du XIXe siècle, pointent l'absence de telles critiques ou leur caractère marginal pour expliquer l'échec de la Réforme en Espagne, force est de constater, au contraire, l'existence d'un profond mouvement hostile dans différentes couches de la société. Tant au sein du peuple que chez les lettrés humanistes et spirituels, l'homme d'Église faisait l'objet de satires, de critiques souvent mordantes, volontiers facétieuses, moqué comme il l'était pour vices, excès, ignorance ou immoralité, dés la première moitié du XVIe siècle.

Pendant la Semaine tragique de Espagne des nombreuses églises, couvents et écoles religieuses sont incendiées; on assiste même à la profanation de sépultures.

Pendant la guerre d'Espagne, les forces républicaines (principalement les anarchistes) ont manifesté un certain anticléricalisme. De nombreuses églises y furent également pillées ou même brulées. Cependant, dans un souci de protection du patrimoine, des commissions furent créées pour tenter des préserver les œuvres artistiques et architecturales, dont faisaient partie nombre de biens de l'Église. Pendant la guerre civile, des milliers de prêtres catholiques furent tués. Certain diocèses espagnols ont perdu le tiers de leur clergé. Goya est un célèbre peintre espagnol anticlérical.

Italie[modifier | modifier le code]

L'anticléricalisme en Italie est fortement lié avec l'absolutisme dont ont fait preuve les États pontificaux jusqu'en 1870. De nombreux hommes politiques italiens, qui ont joué un rôle dans l'unification de l'Italie, et donc dans l'annexion des États pontificaux par le Royaume d'Italie, à l'image de Cavour, étaient connus comme hostiles au pouvoir temporel de l'Église.

L'hostilité entre le Saint-Siège et le Royaume d'Italie atteint son paroxysme lors du pontificat de Pie XI sous le régime fasciste de Benito Mussolini, et la signature des accords du Latran n'a rien fait pour la diminuer.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'anticléricalisme en Italie était incarné par le parti socialiste et surtout par le parti communiste, en opposition au parti chrétien-démocrate, fervent soutien du Vatican.

La révision des accords du Latran par le premier ministre italien Bettino Craxi durant les années 1980, retira à la religion catholique le statut de religion d'État, mais conserva à l'Église catholique un certain nombre de privilèges, notamment comme la loi « otto per mille »[réf. nécessaire] ou l'enseignement de la religion à l'école.

L'Église Catholique a récemment pris des positions plus fermes vis-à-vis de la politique italienne, en particulier au travers des interventions du cardinal Camillo Ruini, qui fait souvent entendre sa voix sur divers sujets, commentant le débat politique et rappelant la ligne officielle de l'Église. Cet « interventionnisme » est par ailleurs croissant depuis l'élection du pape Benoît XVI.[réf. nécessaire] L'anticléricalisme, n'entre cependant pas dans les positions officielles de la plupart des partis politiques italiens (à l'exception des radicaux italiens, qui s'identifient comme « laïques »), ceux-ci considérant comme un handicap électoral de s'opposer publiquement à l'Église: depuis que les démocrates chrétiens ne forment plus un parti uni, le vote « catholique » oscille entre gauche et droite, et est généralement décisif pour la victoire à une élection.

Pologne[modifier | modifier le code]

Comme dans tous les pays sous régime communiste, la politique en vigueur vis-à-vis de la religion durant la période soviétique était l'anticléricalisme dur. Cette politique ne trouva pas d'écho dans la population, l'Église Catholique devenant ainsi l'un des principaux centres d'opposition au régime communiste. Ironiquement, c'est ce qui a précipité la chute du communisme en Pologne, le pouvoir de l'Église sur la vie politique s'accroissant avec le temps. Certains prêtres (Henryk Jankowski (pl), Tadeusz Rydzyk) gagnèrent beaucoup d'influence sur la vie politique, même si leur vision n'était pas forcément celle de l'Église, mais plutôt celle de certains partis (Ligue des familles polonaises) ou d'une certaine radio (Radio Maryja). Ceci a donné lieu à la mise en place d'une opposition basée sur une philosophie anticléricale (qui reprend le terme péjoratif de moherowe berety (pl) (Bérets de Mohair) pour désigner les auditrices ultra-catholiques de radio Maryja).

Portugal[modifier | modifier le code]

Comme l'Espagne, le Portugal a connu des vagues d'anticléricalisme. Au XVIIIe siècle, la Compagnie de Jésus fut chassée. En 1834 sous Dom Pedro : les monastères, couvents, ainsi que de nombreuses écoles primaires furent fermées. En 1910, la chute de la monarchie par la révolution républicaine initia une nouvelle vague d'anticléricalisme. De nombreux biens de l'Église furent spoliés par l'État, et il fut interdit à l'Église de posséder des biens. Le port de signes religieux et l'instruction religieuse furent abolis, ainsi que les serments et les impôts religieux. Des artistes portugais comme Gil Vicente ou Eça de Queiroz furent notoirement anticléricaux.

Dans le Monde[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

Le Québec connaît des poussées d'anticléricalisme depuis le début des années 1960. La Révolution tranquille se caractérise essentiellement par une ouverture au socialisme et un refus du modèle social de l'Église et du clergé. Quelques écrivains québécois issus de l'Institut canadien avaient exprimé de l'anticléricalisme à la fin du XIXe siècle (Arthur Buies, Louis-Antoine Dessaulles).

Le Devoir, qui est devenu le journal de la gauche québécoise, publie régulièrement des textes d'opinions écrits par des professeurs de philosophie anticléricaux.

Mexique[modifier | modifier le code]

Au Mexique, à la suite de la révolution de 1860, le président Benito Juárez, soutenu par les États-Unis, fait passer un décret nationalisant les biens ecclésiastiques, séparant l'Église de l'État, et supprimant les ordres religieux. Il est le symbole de l'anticléricalisme mexicain. À la suite de la révolution de 1910, la nouvelle constitution mexicaine de 1917 comporte des articles qui vont encore plus loin:

  • l'article 3 impose la sécularisation de l'éducation, et interdit toute intervention de l'Église à l'école primaire.
  • l'article 5 rend hors-la-loi les ordres monastiques
  • l'article 24 interdit toute célébration publique du culte en dehors des églises.
  • l'article 27 impose des restrictions au droit de propriété des organisations religieuses.
  • Enfin, l'article 130 porte atteinte aux droits civiques des membres du clergé : les prêtres n'ont pas le droit de porter leurs habits religieux, perdent le droit de vote, et se voient interdire tout commentaire sur les affaires publiques dans les organes de presse.

Ces lois entrainent de la résistance, et menent finalement à la Guerre des Cristeros (1926-1929).

De plus, la suppression de l'Église entraine la fermeture de la plupart des églises, et le mariage forcé de prêtres. La répression est particulièrement sévère dans l'État de Tabasco, sous la mandature du gouverneur athée Tomás Garrido Canabal.

Russie[modifier | modifier le code]

Couverture anticléricale du journal soviétique Bezbožnik, en 1929, montrant des ouvriers qui se débarrassent de Jésus.

En Russie, plusieurs milliers de prêtres furent tués par balles ou par travaux forcés pendant le gouvernement de Staline. L'anticléricalisme a été mis entre parenthèses durant la Seconde Guerre mondiale afin de s'assurer du soutien de l'ensemble de la population. Il a cependant repris à la fin de la guerre.

Au Viêt Nam et en Chine[modifier | modifier le code]

Au Viêt Nam, comme en Chine, on considère les prêtres comme un opium pour le peuple et les autorités s'en méfient.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Marcard, in La France entre 1870 et 1918 A. Colin 2005
  2. a et b Françoise Marcard, op. cit.
  3. à Lens de la fédération nationale de la Libre pensée
  4. Françoise Marcard, « La France entre 1870 et 1918 », A. Colin Paris 2005
  5. Professeur d'histoire contemporaine en Khâgne au Lycée Montaigne de Bordeaux, in La France de 1870 à 1918, Armand Colin Paris 2005
  6. Ce sera encore plus vrai au XXe siècle avec le docteur Petiot, le docteur Mengele
  7. http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/victor_hugo/discours_fichiers/seance_15janvier1850.asp
  8. La France de 1870 à 1918, Françoise Marcard, Armand Colin Paris 2005
  9. a et b Jean-Jacques Becker, Stéphane Audoin-Rouzeau, La France, la Nation, la Guerre : 1850-1920, Paris : SEDES, 2012, p. 272
  10. Jean-Marie Mayeur, La vie politique…, cité dans « Jean-Jacques Becker, Stéphane Audoin-Rouzeau, La France, la Nation, la Guerre : 1850-1920, Paris : SEDES, 2012, p. 272 »
  11. Enquête Pew Research Center du 17/09/2008 : http://pewglobal.org/reports/pdf/262.pdf, pages 15, 18 et 23

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Rémond, L'Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Paris, Fayard, 1976.
  • Guillaume Doizy et Jean-Bernard Lalaux, A bas la calotte : La caricature anticléricale et la Séparation des Églises et de l'État, Éditions Alternatives, Paris, septembre 2005. 155 pages. 23x28 cm. (ISBN 2-86227-459-3). (270 caricatures anticléricales de la Belle Époque)