Paul Valéry

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Paul Valéry

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Activités Écrivain
Poète
Philosophe
Naissance 30 octobre 1871
Sète, Drapeau de la France France
Décès 20 juillet 1945 (à 73 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Langue d'écriture français
Mouvement Le symbolisme

Ambroise Paul Toussaint Jules Valéry est un écrivain, poète et philosophe français, né à Sète (Hérault) le 30 octobre 1871 et mort à Paris le 20 juillet 1945.

Parcours[modifier | modifier le code]

Né d'un père d'origine corse et d'une mère génoise, Paul Valéry entame ses études à Sète (alors orthographiée Cette) chez les dominicains, puis au collège de Sète et enfin au lycée de Montpellier. Il commence en 1889 des études de droit. Cette même année, il publie ses premiers vers dans la Revue maritime de Marseille. Sa poésie de cette époque s'inscrit dans la mouvance symboliste. En 1890, sa rencontre avec Pierre Louÿs sera déterminante pour l'orientation de sa vie de poète. Ce dernier lui présentera André Gide et l'introduira dans le cercle étroit de Stéphane Mallarmé. Paul Valéry lui restera fidèle jusqu'à sa mort solitaire.

Nuit de Gênes[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 4 au 5 octobre 1892, il connaît à Gênes ce qu'il décrit comme une grave crise existentielle. Il sort résolu à "répudier les idoles" de la littérature, de l'amour, de l'imprécision, pour consacrer l'essentiel de son existence à ce qu'il nomme "la vie de l'esprit". En témoignent les Cahiers dans lesquels il s'astreint à noter toutes ses réflexions au petit matin. « Après quoi », ajoute-t-il en manière de boutade, « ayant consacré ces heures à la vie de l'esprit, je me sens le droit d'être bête le reste de la journée ».

La poésie n'est pas pour autant exclue de sa vie, car justement, selon Valéry, « tout poème n'ayant pas la précision exacte de la prose ne vaut rien ». Tout au plus a-t-il vis-à-vis d'elle la même distance que Malherbe affirmant sérieusement qu'« un bon poète n'est pas plus utile à l'État qu'un bon joueur de quilles ».

Quoi qu'il en soit, Paul Valéry indique à plusieurs reprises qu'il considère cette nuit passée à Gênes comme sa véritable origine, le début de sa vie mentale.

En 1894, il s'installe à Paris, où il commence à travailler comme rédacteur au ministère de la Guerre, et où il se lie avec Paul Léautaud. Il reste distant de l'écriture poétique pour se consacrer à la connaissance de soi et du monde. Depuis 1900 jusqu'en 1922, secrétaire particulier d'Édouard Lebey, administrateur de l'agence Havas, il s'affaire chaque matin aux petites heures à la rédaction de ses Cahiers, journal intellectuel et psychologique dont l'essentiel n'est publié qu'après sa mort.

En 1900, il épouse Jeannie Gobillard, cousine germaine de Julie Manet (fille de Berthe Morisot et d'Eugène Manet, frère d'Edouard Manet), cette dernière épousant ce même jour Ernest Rouart. Le double mariage est célébré en l'église Saint-Honoré d'Eylau, dans le quartier de Passy, à Paris. Le couple Valéry est logé dans l'immeuble construit par les parents de Julie Manet, dans la rue de Villejust (aujourd'hui, rue Paul-Valéry) dont a hérité la jeune fille, alors qu'elle n'avait pas dix-huit ans (1895). Le couple Valéry-Gobillard aura trois enfants et demeurera lié au couple Rouart-Manet (qui aura trois fils), au point que les deux familles partageront aussi leurs vacances dans la propriété « Le Mesnil », achetée par Berthe Morisot et Eugène Manet sur les bords de Seine, en aval de Meulan, peu avant la mort d'Eugène en 1893. Julie, unique héritière après le décès de Berthe Morisot en 1895, laissera les portes du Mesnil ouvertes au couple Valéry-Gobillard jusqu'à ce que la mort les sépare[1].

Paul Valéry se rend régulièrement Rue de Rome aux « mardis » de Stéphane Mallarmé, rencontres littéraires qui ont lieu au domicile du poète dont il sera l'un des fidèles disciples.

La poésie[modifier | modifier le code]

En 1917, sous l'influence de Gide notamment, il revient à la poésie avec La Jeune Parque, publiée chez Gallimard. Il brise un 'long silence' avec ce poème de 500 vers auquel il a consacré quelque quatre années. Initialement, il devait écrire - à la demande de son éditeur Gallimard et de son ami André Gide - une préface poétique d'une trentaine de lignes pour accompagner une réédition de ses premiers poèmes. Mais il fut dépassé par le projet initial et écrivit alors ce que d'aucuns considèrent comme son chef-d'œuvre : le monologue intérieur d'une jeune femme en proie à un combat entre le corps et l'esprit, écrit dans un formalisme digne de son maître Mallarmé.

Un autre grand poème suit quelques années plus tard : Le Cimetière marin (1920), puis un recueil, Charmes (1922). Toujours influencé par Stéphane Mallarmé, Paul Valéry privilégia toujours dans sa poésie la maîtrise formelle sur le sens et l'inspiration : « Mes vers ont le sens qu'on leur prête ». En particulier dans le tercet de la page 96 :

Cette main, sur mes traits qu'elle rêve effleurer
Distraitement docile à quelque fin profonde,
Attend de ma faiblesse une larme qui fonde

existe une controverse sur le fait que le verbe utilisé soit fondre ou fonder.

Après la Première Guerre mondiale, Paul Valéry devient une sorte de « poète officiel », immensément célèbre — peu dupe, il s'en amuse — et comblé d'honneurs. En 1924, il devient président du Pen Club français, puis est élu membre de l'Académie française l'année suivante. Dans le discours de réception qu'il prononce le 23 juin 1927, Paul Valéry fait l’éloge d'Anatole France, son prédécesseur, sans prononcer son nom une seule fois[2]. En effet il ne pardonnait pas à Anatole France de s'être autrefois opposé à la publication de poèmes de Mallarmé.

En 1931, il est promu au grade de commandeur de la Légion d'honneur ; en 1932, il entre au conseil des musées nationaux ; en 1933, il est nommé administrateur du Centre universitaire méditerranéen de Nice ; en 1936, il est nommé président de la Commission de synthèse de la coopération culturelle pour l'exposition universelle ; en 1937, on crée pour lui la chaire de poétique au Collège de France ; en 1938, il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur ; en 1939, enfin, il devient président d'honneur de la SACEM. Il fut par ailleurs membre du Comité d'honneur de l'Association du Foyer de l’Abbaye de Royaumont.

Son œuvre véritable, pendant ce temps, continue toujours dans l'ombre. La profondeur des réflexions qu'il a émises dans des ouvrages exigeants (Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, La Soirée avec monsieur Teste), ses réflexions sur le devenir de la civilisation (Regards sur le monde actuel) et sa vive curiosité intellectuelle en ont fait un interlocuteur de Raymond Poincaré, Louis de Broglie, Henri Bergson et Albert Einstein.

Occupation allemande[modifier | modifier le code]

La tombe de Paul Valéry au cimetière marin de Sète.

Sous l'Occupation, Paul Valéry, refusant de collaborer, prononce en sa qualité de secrétaire de l'Académie française l'éloge funèbre du « juif Henri Bergson ». Cette prise de position lui vaut de perdre ce poste, comme celui d’administrateur du Centre universitaire de Nice (Centre universitaire méditerranéen). Il meurt le 20 juillet 1945, quelques semaines après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après des funérailles nationales à la demande de Charles de Gaulle, il est inhumé à Sète, au cimetière marin qu'il avait célébré dans son poème :

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes…

Engagement associatif[modifier | modifier le code]

Paul Valéry a également été président de l'Union française pour le sauvetage de l'enfance de 1941 à 1945.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Signature autographe.

Les essais de Valéry traduisent ses inquiétudes sur la pérennité de la civilisation (« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles »), l'avenir des « droits de l'esprit », le rôle de la littérature dans la formation, et la rétroaction du progrès sur l'homme.

Sa série « Variété » (I, II, III, IV, V) se compose d'un autre type d'écrits : ceux qui lui ont été commandés et qu'il n'eût sans doute, de son aveu, jamais écrits de lui-même. Ils n'en témoignent pas moins d'une profondeur d'analyse impressionnante que l'on retrouve aussi dans la série de courts essais sur divers sujets d'actualité du XXe siècle publiée sous le titre : Regards sur le monde actuel (Voir par exemple « Notre destin et les lettres »).

Sa correspondance avec André Gide a été plusieurs fois publiée à la NRF, la dernière édition à ce jour (2013) datant de 2009. On y découvre tant un Gide impressionné par la puissance intellectuelle de Valéry, que des aspects humains peu connus du second (dont un flirt "poussé"), et surtout un témoignage sur la façon dont ces deux écrivains assistaient inquiets à la montée des périls des années 1930.

On retrouve dans ses Cahiers des passages de Tel quel ainsi que des indications probablement destinées à faciliter leur regroupement en un seul ouvrage ou en des ouvrages ultérieurs : Nombres plus subtils, Robinson, etc.

Il a aussi publié L'Idée fixe.

Paul Valéry est également connu comme traducteur en vers (Les Bucoliques de Virgile) et apprécié pour ses préfaces critiques ("Lucien Leuwen" de Stendhal, "Les Chimères" de Nerval).

Philosophie[modifier | modifier le code]

La portée philosophique et épistémologique de l'œuvre de Valéry est souvent méconnue, peut-être en raison de la publication tardive de ses cahiers. Pourtant Valéry est l'un des penseurs éminents du constructivisme[3].

Le rapport que Valéry entretient avec la philosophie est singulier. Dans ses Cahiers il écrit : « Je lis mal et avec ennui les philosophes, qui sont trop longs et dont la langue m'est antipathique. » (T1 p. 197) En effet, s'il s'inspire librement de Descartes en ce qui concerne une certaine méthode du « penser », il est en revanche très critique sur le discours philosophique lui-même. Pour Valéry, le philosophe est plus un habile sophiste, manieur de concepts, qu'un artisan au service du Savoir comme l'est le scientifique.

En revanche, son désir de comprendre le monde dans sa généralité et jusqu'au processus de la pensée lui-même — caractéristique du philosophe — oriente fortement son travail, ce qui se manifeste en particulier dans :

  • La Crise de l’esprit (Variété I) (« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles »)
  • Petite Lettre sur les mythes (Variété II)
  • La Politique de l’esprit, Le bilan de l'intelligence (Variété III) (« Nous entrons dans l'avenir à reculons »)
  • Discours de réception à l’Académie française
  • Discours de l’histoire (Variété IV)
  • Discours aux chirurgiens, L’Homme et la coquille (Variété V)
  • Notre destin et les lettres (Regards sur le monde actuel)

et tout au long de ses Cahiers.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Introduction à la méthode de Léonard de Vinci (1895)
  • La Soirée avec monsieur Teste (1896)
  • Essai d'une conquête méthodique (1897)
  • La Jeune Parque (1917)
  • La Crise de l’esprit (1919)
  • Le Cimetière marin (1920)
  • Album de vers anciens (1920)
  • Charmes (1922)
  • Eupalinos ou l'Architecte (1923)
  • L'Âme et la danse (1923)
  • Variété I (1924)
  • Propos sur l'intelligence (1925)
  • Monsieur Teste (1926)
  • Variété II (1930)
  • Regards sur le monde actuel (1931)
  • Amphion (1931)
  • Pièces sur l'art (1931)
  • L'idée fixe ou Deux Hommes à la mer (1932)
  • Discours en l'honneur de Goethe (1932)
  • Sémiramis (1934)
  • Notion générale de l’art (1935) en ligne
  • Variété III (1936)
  • Degas, danse, dessin (1938)
  • Discours aux chirurgiens (1938)
  • Variété IV (1938)
  • Mauvaises pensées et autres (1942)
  • Tel quel (1941, puis 1943) (Cahier B 1910; Moralités; Littérature et Choses tues)
  • Dialogue de l'arbre (1943)
  • Variété V (1944)

Posthumes :

  • Mon Faust (1946)
  • L'Ange (1947)
  • Histoires brisées (1950)
  • Lettres à quelques uns (1952) Correspondance de Paul Valéry s'étageant tout au long de sa vie.
  • Vues (1948)
  • Œuvres I (1957)
  • Les Principes d'anarchie pure et appliquée (1984)
  • Corona et Coronilla (2008)
  • La totalité des Cahiers est consultable en fac-similé à la bibliothèque du Centre Georges-Pompidou de Paris. Réédition, Gallimard, 2009.
  • Lettres à Jean Voilier. Choix de lettres 1937-1945 (2014)

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Gallimard, coll. "Pléiade"
    • Cahiers, t. I : 1552 p. ; t. II : 1776 p.
    • Œuvres, t. I : Poésies, 1872 p. ; t. II : Monsieur Teste, Dialogues..., 1728 p.
  • La NRF a publié la correspondance d'André Gide et Paul Valéry. On y découvre un Gide intimidé par Valéry, très différent de celui révélé par sa correspondance avec Roger Martin du Gard (également chez cet éditeur). Valéry se retrouve en partie à jouer ce rôle où Gide semble vouloir le cantonner, mais ses lettres montrent un côté humain que son œuvre en prose ne laisse pas paraître tandis que sa poésie le masque sous les métaphores.

Études sur Paul Valéry[modifier | modifier le code]

  • Alain Badiou, « La danse comme métaphore de la pensée », in Petit manuel d'inesthétique, Seuil, 1998.
  • Sylvie Ballestra-Puech, Lecture de la Jeune Parque, Klincksieck, 1993.
  • Philippe Baudry, Valéry trouveur: métaphysique et littérature, Kindle, 2010; CreateSpace, 2011. Valéry Finder: Metaphysics and Literature, Kindle, 2011; CreateSpace, 2011.
  • Denis Bertholet, Paul Valéry, 1871-1945, Plon, 1995. (biographie)
  • Serge Bourjea, Paul Valéry, Le sujet de l'écriture, L'Harmattan, 2000.
  • Jacques Bouveresse, « La philosophie d'un anti-philosophe : Paul Valéry », in Essais IV. Pourquoi pas des philosophes ?, Agone, 2004.
  • Emil Cioran, Valéry face à ses idoles, L'Herne, Essais Et Philosophie, 2007.
  • Jacques Derrida, « Qual Quelle. Les sources de Valéry », 1971, repris dans Marges – de la philosophie, Minuit, 1972.
  • Marcel Doisy, Paul Valéry. Intelligence et Poésie, Les Univers de la Littérature IV, Paris, Le Cercle du Livre/ Édition Paul Mourousy, 1952.
  • Jacques Ducol, La philosophie matérialiste de Paul Valéry, L'Harmattan, Ouverture philosophique, 2005.
  • Michel Jarrety, Paul Valéry, Fayard, 2008. (biographie)
  • Aimé Lafont, Paul Valéry, l'homme et l'oeuvre, Jean Vigneau, 1943
  • Frédéric Lefèvre, Entretiens avec Paul Valéry, Le Livre, Chamontin et chez Flammarion, 1926.
  • François-Bernard Michel, Prenez garde à l'amour. Les Muses et les femmes de Paul Valéry, Grasset, 2003 (biographie)
  • Jean-Louis Le Moigne, Les épistémologies constructivistes, PUF, coll. Que sais-je ?, 1995.
  • Octave Nadal, La Jeune Parque, manuscrit, présentation, étude critique, Le Club du Meilleur Livre, 1957.
  • Suzanne Nash, Paul Valéry's Album de Vers Anciens - A Past Transfigured, Princeton University Press, 1983.
  • Benoît Peeters, Valéry. Tenter de vivre, Flammarion, 2014.
  • Michel Philippon, Paul Valéry, une Poétique en poèmes, Presses Universitaires de Bordeaux, 1993
  • Michel Philippon, Un Souvenir d'enfance de Paul Valéry, Éditions InterUniversitaires, 1996
  • Michel Philippon, Le vocabulaire de Paul Valéry, Ellipses, 2007.
  • Fabien Vasseur commente La Jeune Parque, Poésies, Foliothèque, Gallimard, 2006.
  • Pierre Vidal-Naquet, «Au pire de toi-même. Essai sur la méthode de Paul Valéry», in Sigila no 12, 2003.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Journal de Julie Manet, éditions Scala.
  2. Paul VALÉRY
  3. Jean-Louis Le Moigne, Les épistémologies constructivistes, 1995, PUF, « Que sais-je ? ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]