Jacques Julliard

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Jacques Julliard

Description de l'image  Jacques Julliard - Janvier 2012.jpg.
Biographie
Naissance (81 ans)
Brénod, Ain
Nationalité Drapeau : France Français
Vie universitaire
Formation École normale supérieure
Titres Directeur d'études à l'EHESS
Approche disciplinaire histoire du syndicalisme français

Principaux travaux

  • Clemenceau briseur de grèves. Draveil-Villeneuve-Saint-Georges (1965)
  • Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d'action directe
  • La IVe République (1947-1958) (1968)
  • Les gauches françaises. 1762-2012 : Histoire, politique et imaginaire (2012)
Jacques Julliard
Naissance (81 ans)
Brénod, Ain
Nationalité Française
Profession Journaliste
Éditorial
Autres activités Historien, essayiste
Récompenses Prix Montaigne de Bordeaux
Médias
Média principal Presse écrite
Pays Drapeau de la France France
Presse écrite Marianne
Fonction Éditorialiste
Autres médias Le Nouvel Observateur

Jacques Julliard, né le [1],[2] à Brénod, est un journaliste et essayiste français, historien de formation et ancien responsable syndical. Il est, depuis 2010 environ, éditorialiste de l'hebdomadaire Marianne, après 32 ans passés au Nouvel Observateur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et études supérieures[modifier | modifier le code]

Il est né le à Brénod, une commune du Haut Bugey dont son père et son grand-père avaient été maires. Dans cette famille de notables locaux enrichis par le commerce de vin, il baigne dans un milieu républicain de tradition radicale, voire anticléricale. Mais il suit quand même le catéchisme sous l’influence d’une mère catholique, pratiquante mais critique à l’égard de l’Église.

Élève au collège de Nantua, il entre en khâgne au lycée du Parc à Lyon en 1950. Deux proches de Mounier le marquent alors parmi ses professeurs. D’abord, Jean Lacroix, collaborateur d’Esprit et philosophe personnaliste ne cachant pas son intérêt pour Proudhon. Ensuite, l’aumônier de la khâgne, Lucien Fraisse, qui enseigne un mélange de christologie et de réflexion sur l’insertion politique de la religion. Mais les lectures de Marx, Proudhon, Pascal, Kant et Jules Lagneau restent prépondérantes chez un esprit qui se définit alors comme « catho-proudhonien[3] ». Politiquement neutraliste, anticommuniste mais ni pacifiste, ni antiaméricain, il fonde un club de réflexion qui, s’inscrivant dans la mouvance de l’Observateur (1950), lui permet de faire la connaissance de Gilles Martinet.

En 1954, il intègra l’École normale supérieure de la rue d’Ulm comme germaniste. Mis en contact avec la revue Esprit par le biais de Jean Lacroix, il en intègre l’année suivante les instances et notamment son groupe politique, où il croise Pierre Viansson-Ponté, Olivier Chevrillon, Claude Bourdet ou Michel Crozier.

En 1958, il obtient son agrégation d'histoire.

Engagement syndical et anticolonialiste[modifier | modifier le code]

Il y contracta des positions anticolonialistes et est éveillé à la question de l’impérialisme et du « totalitarisme » soviétiques. Mais s’il est « compagnon de route » de divers mouvements catholiques de gauche, il reste opposé au rôle que peut jouer l’Église dans la société politique. Il préfère s’investir dans le syndicalisme étudiant à l’UNEF où, à la suite d’un voyage en Algérie (1955), il succède à Robert Chapuis au poste de vice-président aux affaires d’outre-mer.

En 1956, il quitta l’UNEF pour présider la conférence nationale étudiante pour la solution du problème algérien. C'est ainsi qu’il entra en contact avec Paul Vignaux qui le fit entrer au SGEN et participer au groupe Reconstruction. Ce dernier fut, avec Esprit et l’UNEF, le troisième principal lieu de sociabilité où s’effectue sa formation intellectuelle et politique. Il y fit par exemple la connaissance d’Edmond Maire, Eugène Descamps, Albert Détraz, Gilles Declercq ou encore de Pierre Mendès France.

Il fut alors envoyé en en Algérie où il servit comme officier d’action psychologique auprès des populations civiles. De retour à Paris en , il fut nommé professeur de lycée à Chartres.

L’année suivante, il fut nommé secrétaire du S.G.E.N. pour le second degré.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Il entra au CNRS comme attaché de recherches et débute un double cursus (universitaire/syndicaliste) qui ne bride pas ses activités intellectuelles en 1962.

Sur le plan universitaire, il est accueilli dans le groupe constitué autour d’Ernest Labrousse et celui de la revue Le Mouvement Social qui comprend, entre autres, Annie Kriegel, Madeleine Rebérioux, Jacques Ozouf et Jean Maitron. Il se lança dans une thèse sur Fernand Pelloutier et le syndicalisme révolutionnaire.

L’année 1965 le voit se détacher de la recherche fondamentale pour aller enseigner une année à l’Institut d'études politiques de Bordeaux. L’année suivante, il quitte le CNRS pour enseigner à la fois à l’Institut d'études politiques de Paris comme maître de conférence, et à la Sorbonne comme assistant d’histoire contemporaine.

En , il fonde avec Jacques Ozouf le département histoire de l'Université de Vincennes. Promu maître-assistant membre du noyau cooptant chargé de recruter les enseignants, il fait venir son ami Michel Winock. Mais cette année 1968 le voit aussi commencer à enseigner au centre de formation des journalistes (CFJ) et publier Naissance et mort de la Quatrième République (Calmann-Lévy), son second livre après Clemenceau, briseur de grèves (Julliard, 1965) qui traite notamment de la grève sanglante de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges de 1908.

En 1976, il présenta sa candidature à l'EHESS. Élu directeur d’études en 1978, il réduisit à moins collaborer à la revue Esprit même s’il resta membre du comité de rédaction installé avec la nouvelle formule en 1977.

Il est l'un des initiateurs de la pétition Liberté pour l'histoire.

Membre de la direction de la C.F.D.T.[modifier | modifier le code]

Sur le plan syndical, il devient semi-permanent et milite auprès de Paul Vignaux pour la déconfessionnalisation de la CFTC. Enfin, sur le plan intellectuel, il s’investit à la revue Esprit avec par exemple un article sur « La morale en question » (no 310, octobre 1962) et des chroniques sur le mouvement syndical, la crise de l’UNEF ou l’évolution du Parti communiste. C'est d’ailleurs par Esprit qu’il côtoie le Club Jean Moulin sans y adhérer de crainte d’être mal vu à la CFTC.

Il participa activement, en 1967, aux débats internes à la CFDT sur ses rapports avec les partis politiques, défendant ardemment une stratégie autonome.

En Mai 68, il participa, comme représentant de la CFDT à la Sorbonne, aux événements et aux discussions, y apparaissant comme un élément modéré de la contestation.

Mais son soutien à cette dernière provoque sa rupture avec Paul Vignaux et sa démission, quelques mois plus tard, du bureau national du SGEN. Il apparaît pourtant comme un modéré.

Les années 1977-1978 le voient se détacher de ses activités syndicales et éditoriales au profit des sphères universitaires et journalistiques. Il quitta ses fonctions confédérales à la CFDT au congrès de 1976.

En 1967, il cessa de donner des cours au CFJ et intégra le bureau confédéral de la CFDT comme représentant du SGEN.

Soulignant l’impasse politique du « gauchisme » comme du PSU, il soutient et participe aux processus des Assises du socialisme jusqu’à son adhésion au PS en 1974. Il salue d’ailleurs les ouvrages de Michel Rocard (Questions à l’État socialiste, 1973), Robert Chapuis (Les Chrétiens et le socialisme, 1976) et Patrick Viveret (Attention Illich, 1976), amis politiques avec qui, au sein de la revue Faire, il s’attache à la modernisation idéologique du parti à partir de 1975.

Il intervint aussi épisodiquement sur l’Université et sur la CFDT, soutenant la démarche de sa direction lors des Assises du socialisme ou du congrès de 1979.

Carrière journalistique et éditoriale[modifier | modifier le code]

Jacques Julliard au forum Libération de Grenoble, en janvier 2012.

En 1966, il intégra Le Seuil (grâce à Jean-Marie Domenach), comme directeur de la collection « Politique ».

Par ailleurs, il maintint une collaboration active à la revue Esprit, en particulier à travers des chroniques de politique intérieure. C'est d’ailleurs par ces dernières qu’il est remarqué par André Gorz et présenté par ce dernier à Jean Daniel pour collaborer au Nouvel Observateur. Dès sa première entrevue avec le directeur de la rédaction apparaît une profonde connivence intellectuelle qui débouche tout de suite sur une proposition de collaboration au journal.

En effet, s’il avait déjà publié une critique en 1967, sa collaboration s’amorce en pour prendre un rythme plus soutenu en 1973. À partir de , il remplaça Jacques Ozouf pour l’analyse des sondages politiques mais reste extérieur au service politique, ses interventions prenant surtout la forme de tribunes et d’articles de fond sur la situation politique. Il joue aussi un rôle de premier plan dans les débats intellectuels qu’abrite le journal. Ainsi, il lance le débat sur la nouvelle philosophie () et sur « Le tiers-monde et la gauche » (), participe à celui sur la révolution iranienne (), le boycott des jeux olympiques de Moscou () et conclut celui sur L’Idéologie française de Bernard-Henri Lévy ().

Passant parfois aux pages littéraires comme critique d’essais, il s’attache à faire connaître Arendt, Sorel, Proudhon, Péguy ou encore Gramsci. En dehors de livres d’histoire, il salue aussi les ouvrages d’« amis » – personnels ou du journal – comme Pierre Vidal-Naquet (La Tribune dans la République, 1972), Maurice Clavel (Les Paroissiens de Patente, 1974), Roger Priouret (Les Français mystifiés, 1974), ou André Gorz (Adieux au prolétariat, 1980). Mais en , il n’hésite pas à critiquer avec force L’Idéologie Française de Bernard-Henri Lévy et à s’en prendre au rôle de « directeur de conscience » joué par Jean Daniel. Enfin, il lui arrive de faire des interviews d’historiens (Le Roy Ladurie, Ferro) ou de Mendès-France ().

En revanche, il s’investit au Nouvel Observateur où il est nommé éditorialiste en en compagnie d’André Gorz, Roger Priouret et Claude Roy. Il n’en reste pas moins peu présent au journal.

À la fin de 1982, il crée la revue politique et culturelle Intervention, proche de Michel Rocard et de la « Deuxième gauche ». En 1983, à la suite de la constitution de la Société d'études soréliennes, naissent les Cahiers Georges Sorel qu'il dirige. En 1989, cette revue modifie son titre et devient Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle.

Il a été Producteur sur France Culture, émission Le grand débat, réunissant chaque semaine plusieurs personnalités venant débattre, en public, de thèmes divers de l'actualité. Ces émissions ont figuré parmi les grandes heures de la chaîne, d'octobre 1984 à juin 1989, et Jacques Julliard était assisté de Jacques Rouchouse.

Il est nommé membre du Comité pour la réforme des collectivités locales en .

Le , il annonce son départ du Nouvel Observateur pour l'hebdomadaire Marianne, où il intervient comme éditorialiste, à partir du 1er décembre, se déclarant en profond désaccord avec les thèses défendues par l'hebdomadaire[4],[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Clemenceau briseur de grèves. Draveil-Villeneuve-Saint-Georges, 1965 (rééd. 2004)
  • Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d'action directe, Seuil, « Points», 1971
  • La IVe République (1947-1958), Calmann-Lévy, 1968 (rééd. Le livre de poche, 1988)
  • La CFDT aujourd'hui, Seuil, « Essais », 1975 (avec Edmond Maire)
  • « Le Monde » de Beuve-Méry, ou le métier d'Alceste, Seuil, « Essais », 1979 (avec Jean-Noël Jeanneney)
  • La faute à Rousseau, Seuil, 1985
  • La République du centre, Hachette, « Pluriel », 1989 (avec François Furet et Pierre Rosanvallon)
  • Le génie de la liberté,Seuil, Paris, 1990, (ISBN 2-02-012078-X)
  • Chroniques du septième jour, Seuil, « Essais », 1991
  • La droite et la gauche, Robert Laffont, 1995
  • La mort du roi, essai d'ethnographie politique comparée (en dirige la rédaction), Gallimard, 1996
  • La faute aux élites, Gallimard, 1997
  • Pour la Bosnie, Seuil, « Essais », 1998
  • L'année des dupes, Seuil, « Journal de la fin du siècle », 1998
  • L'année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998
  • La pensée unique : le vrai procès, ouvrage collectif (avec Jean Foyer, Michel Godet, Claude Imbert, Philippe Tesson, Jean-Pierre Thiollet, Thierry Wolton), Economica/Jean-Marc Chardon et Denis Lensel Ed., 1998
  • Ce fascisme qui vient, Seuil, « Essais », 1999
  • Dictionnaire des intellectuels français (dir.), Seuil, 2002 (avec Michel Winock)
  • Le choix de Pascal, Desclée de Brouwer, 2003 (entretiens avec Benoît Chantre)
  • Rupture dans la civilisation : le révélateur irakien, Gallimard, 2003
  • Que sont les grands hommes devenus ? Essai sur la démocratie charismatique, Saint-Simon, 2004
  • Le Malheur français, Flammarion, « Café Voltaire », 2005
  • La Reine du monde. Essai sur la démocratie d'opinion, Flammarion,‎ 2008
  • L'argent, Dieu et le Diable. Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne, Flammarion,‎ 2008
  • Que sont les grands hommes devenus ? : Essai sur la démocratie charismatique, Éditions Perrin, coll. « Tempus » (ISBN 978-2262033415)
  • Les gauches françaises. 1762-2012 : Histoire, politique et imaginaire, Flammarion,‎ 2012
- Prix Jean-Zay 2012[6]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la fiche biographique de Jacques Julliard sur le site de l'UJJEF-Communication et Entreprise.
  2. Voir la notice d'autorité de la BNF.
  3. Jacques Julliard, Le Choix de Pascal, Paris, Desclée de Brouwer, 2003, p. 35.
  4. Jacques Julliard quitte «le Nouvel Obs» pour «Marianne», Libération.fr, 17 novembre 2010.
  5. Jacques Julliard arrive à Marianne, Marianne 2, 17 novembre 2010.
  6. Gilles Anquetil, Laurent Joffrin et François Armanet, « La guerre des gauches ne date pas d'hier », sur nouvelobs.com,‎ 5 décembre 2012 (consulté le 5 décembre 2012)

Liens externes[modifier | modifier le code]