Commission gouvernementale de Sigmaringen

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La Commission gouvernementale de Sigmaringen, appelée officiellement Délégation française, puis Commission gouvernementale française pour la défense des intérêts nationaux[1] (), était le gouvernement en exil de la France vichyste, logée dans une enclave française spécialement créée par Hitler en Allemagne nazie dans l'ancien château des Hohenzollern-Sigmaringen.

Activités[modifier | modifier le code]

Le château de Sigmaringen.

Le maréchal Pétain, emmené en Allemagne contre son gré[2], a décidé dès son départ de Vichy, le , de cesser ses fonctions, et donc de ne plus prendre de décision pour protester[3], se considérant avec ses ministres comme prisonniers. Une commission gouvernementale, dirigée par Fernand de Brinon[3], est alors proclamée, après négociations avec Hitler à Steinort, pour le remplacer et tenir une illusion de gouvernement (avec drapeaux, fanfares, radios, journaux et timbres) jusqu'en avril 1945. Pierre Laval, lui non plus, ne prend aucune part aux activités de la commission[3].

Jean Luchaire, commissaire à l'information, crée le 26 octobre le quotidien La France, destiné au lectorat des exilés, et qui paraît jusqu'au 13 mars 1945[4]. Cette publication est utilisée par la Commission comme journal officiel.

Joseph Darnand, peu à l'aise dans ce contexte, retourne vite sur le terrain, pour participer aux combats en Italie, durant lesquels il est capturé. Eugène Bridoux ne participe que rarement à la commission. Marcel Déat est le seul membre de la commission à revendiquer le titre de « ministre » : il publie différents décrets dans La France, divise son cabinet en plusieurs directions et revendique la responsabilité du sort des travailleurs du STO et des prisonniers français en Allemagne[5].

Jacques Doriot fonde, de son côté, un « Comité de libération française » le [6], peu avant de trouver la mort, mitraillé par un avion de nationalité inconnue, quelques semaines avant la fin du « gouvernement de Sigmaringen ».

Pétain, sa suite, et ses ministres, quoiqu'en « grève », logent dans le château de Sigmaringen. Tous les autres sont logés dans les deux hôtels de la ville, le Bären et le Löwen. Le Bären, qui existe encore aujourd'hui, accueille les journalistes peu connus ou les petits fonctionnaires ; l'acteur Robert Le Vigan et l'écrivain Lucien Rebatet y ont également dormi.

La Commission cesse d'exister avec l'avance des troupes alliées sur le sol allemand. Pétain quitte Sigmaringen le 20 avril ; le 22 avril au matin, la 1re division blindée française (divisée en trois groupes pour l'opération : le groupe de Rozoi, le groupe de Vallin et le groupe de Doré) reçoit l'ordre de prendre d'assaut la ville, appuyée par une compagnie de zouaves de l'ex-Armée d'Afrique, ainsi que par une batterie d'artillerie et une section du génie. Les troupes françaises, commandées par Charles Vallin, ne doivent affronter qu'une très faible résistance de la part des Allemands et de certains ex-miliciens. Par la suite, la 1re armée française fait sa jonction avec l'armée américaine à Ulm, ville de Bade-Wurtemberg située aux confluents du Danube. Pétain, réfugié en Suisse le 23 avril, demande ensuite à regagner la France. Il est finalement remis aux autorités françaises le 26 avril.

Fernand de Brinon est condamné à mort après la fin du conflit, de même que Jean Luchaire et Joseph Darnand. Eugène Bridoux et Marcel Déat meurent en exil.

Membres[modifier | modifier le code]

Exilés à Sigmaringen[modifier | modifier le code]

Quelques noms :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen 1944-1945, Éditions Complexe, 1999, 441 p. (ISBN 2870271387 et 978-2870271384), p. 120 [lire en ligne].
  2. « Philippe Pétain (1856-1951) », sur le site cheminsdememoire.gouv.fr.
  3. a, b et c Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, éd. Librairie Académique Perrin, Paris, 1962-1964 ; rééd. CAL, Paris, chap. « Pétain : sa carrière, son procès », p. 45.
    « Lorsque le 1er octobre 1944, le drapeau français, à son insu, est hissé sur le château à côté des armes des Hohenzollern, sa réaction sera double. D’une part, il adresse à l'ambassadeur Otto Abetz une lettre de protestation : « J'apprends que le pavillon français vient d’être hissé sur le château qui m’a été désigné comme résidence forcée, lequel jouirait au surplus, du privilège de l’extraterritorialité. Ces mesures donnent à ma présence ici une apparence de consentement qui est absolument contraire à mon sentiment et contre lequel je m’élève avec énergie [...] »
    D’autre part, il laisse la Maréchale prévenir l’amiral Bléhaut : celui-ci, avec des officiers, monte sur le toit, décroche le drapeau tricolore, qui sera dorénavant caché au fond d’un poêle. »
  4. Philippe Randa, Dictionnaire commenté de la collaboration française, Jean Picollec, 1997, p. 518.
  5. Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen 1944-1945, op. cit., p. 127.
  6. Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen 1944-1945, op. cit., p. 279.
  7. a, b, c, d et e Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, op. cit., p. 51-59.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Les Ténèbres. Terminus Sigmaringen (Die Finsternis, Allemagne, 2005), film documentaire de Thomas Tielsch d'après le roman de Céline, K-Films, 2006, 82' (DVD)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]