Dandy

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Dandys parisiens des années 1830

Un dandy est un homme se voulant élégant et raffiné, se réclamant du dandysme, courant de mode et de société venant de l'Angleterre de la fin du XVIIIe siècle, mais aussi d'une affectation de l'esprit et de l'impertinence.

Sommaire

[modifier] Étymologie et évolution du sens

L'origine du mot est obscure. Le terme d'excentricité, défini comme une manière d'être, notamment dans l'habillement et l'apparence, qui rompt totalement avec la règle du commun des hommes, a commencé à s'appliquer au comportement humain dans les années 1770 ; parallèlement, le mot dandy apparaît vers la fin du XVIIIe siècle, se distinguant de l'excentricité car il « joue avec la règle » mais la respecte encore[1] : dans les années précédant la Révolution américaine, le premier couplet et refrain de la chanson Yankee Doodle tourne en dérision la pauvreté et les manières vulgaires des colons américains, suggérant qu'un américain moyen possédant un simple poney et un vêtement orné pouvait être qualifié de « dandy » par rapport à ses compatriotes, suggérant aussi qu'un beau cheval et des vêtements à galons d'or permettaient de distinguer le macaroni anglais (appelé en France l’« élégant » ou le « merveilleux »).

Selon Daniel Salvatore Schiffer, biographe d'Oscar Wilde qui fut le premier à théoriser sur le dandysme, le mot dandy date d'environ 1780 : dans une ballade écossaise anonyme est mentionné un jeune homme efféminé surnommé Andrew (diminutif Andy), « coq du village » raillé par la population notamment lorsqu'il se dandine derrière une jeune fille (« Andy is dandeling »). Dandy serait donc un mot-valise formé à partir du verbe « dandle » et d'« Andy », désignant dans la région frontalière entre l'Angleterre et l'Écosse (Border ballad) de jeunes gens qui fréquentaient l'église ou la foire annuelle dans une tenue excentrique[2].

Il s'agit d'un mot à la mode à Londres pendant les guerres napoléoniennes à propos d'élégants dont le représentant type est George Brummell puis en France qui connaît une vague d'anglomanie sous la Restauration, comme en atteste l'apparition de mots liés à la mode : fashion, snob, smart, select. Dans le slang de l'époque, un « dandy » se différencie d'un « Fop (en) » par une robe plus raffinée et sobre. Au XIXe siècle, il prédomine chez le romantique français voulant être « reconnu » dans la société (Stendhal, Eugène Sue voire Baudelaire, poètes de la Jeune-France)[3]. Alors qu'il devient nettement péjoratif chez Littré qui le définit comme un « homme recherché dans sa toilette et exagérant les modes jusqu'au ridicule »[4], certains écrivains comme Baudelaire, Barbey d'Aurevilly ou Villiers de l'Isle Adam privilégient son sens esthétique et spirituel à celui de l'élégance vestimentaire, bien que ce dernier sens reste courant à toute époque.

Au XXIe siècle, le mot dandy est un adjectif badin, souvent sarcastique pour signifier « beau ». Lorsqu'il est utilisé sous la forme d'un substantif, il se réfère à un homme à l'apparence soignée et bien habillé, plus souvent à un homme narcissique.

[modifier] Description

Cultivant l'élégance, la finesse et l'originalité, le style « dandy » s'attache principalement au langage et à la tenue vestimentaire.

La définition d'un dandy pourrait être « homme à l'allure précieuse, originale et recherchée, et au langage choisi ». Mais le dandysme n'est pas une esthétique fixée : il peut être protéiforme, et le dandysme d'un George Brummell, souvent considéré comme originel, est très différent du dandysme d'un Oscar Wilde.

Le dandysme constitue aussi une métaphysique, un rapport particulier à la question de l'être et du paraître, ainsi qu'à la modernité. De nombreux auteurs, la plupart du temps eux-mêmes des dandys, se sont interrogés sur son sens. Ainsi, dans un contexte de décadence, Baudelaire identifie le dandysme comme le « dernier acte d'héroïsme » possible, recherche de distinction et de noblesse, d'une aristeia de l'apparence :

« Le Dandy doit aspirer à être sublime sans interruption, il doit vivre et dormir devant un miroir »

— Baudelaire, Mon cœur mis à nu

Identifié, souvent à tort, comme une simple frivolité, le dandysme, au contraire, se pense par ses pratiquants, surtout au XIXe siècle, comme une ascèse et une discipline extrêmement rigide et exigeante. Ainsi, toujours selon Baudelaire : « Le mot dandy implique une quintessence de caractère et une intelligence subtile de tout le mécanisme moral de ce monde[5]. »

Le dandysme constitue un jeu permanent sur l'être et le paraître qui explique que l'on ne distingue pas véritablement les dandys de chair de ceux de papier.

Dans les romans de La Comédie humaine, Honoré de Balzac a présenté toute la gamme des dandies dont les représentants les plus caractéristiques sont Henri de Marsay : « [...] le jeune comte entra vigoureusement dans le sentier périlleux et coûteux du dandysme. Il eut cinq chevaux, il fut modéré : de Marsay en avait quatorze[6]. » ou Maxime de Trailles : « Monsieur de Trailles, la fleur du dandysme de ce temps là, jouissait d'une immense réputation[7]. »

Dans la vie réelle, Balzac avait une grande admiration pour le « dandy-lion » Charles Lautour-Mézeray, journaliste et mondain[8], qui lui a servi de modèle pour le personnage d'Émile Blondet[9]. Il a en outre donné de nombreuses interprétations sur la notion de dandysme dans des articles parus dans La Mode et dans son Traité de la vie élégante, 1830.

Le dandy le plus connu était George Brummell, dit le « beau Brummell ». C'était un courtisan qui fréquentait la cour d'Angleterre. Ses héritiers sont notamment Barbey d'Aurevilly, Oscar Wilde, Robert de Montesquiou, Paul Bourget ou Baudelaire en France.

Le dandysme suppose un caractère personnel très altier, élégant, raffiné, voire arrogant, et il est une idée très répandue d'estimer que le dandysme perdure de nos jours par cette forme. Mais il s'agit là plus de l’« esprit dandy » que de dandysme véritable, le mouvement comprenant en sa définition même son caractère autodestructeur.

Souvent assimilé au snobisme, le dandysme en est pourtant différent puisque le snob et le dandy hiérarchisent de façon inverse la personne et le groupe[10].

[modifier] Citations

« Le dandysme est un soleil couchant; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas! la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l’orgueil humain et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux myrmidons. »

— Charles Baudelaire[11]

« Aucun crime n'est vulgaire, mais la vulgarité est un crime. La vulgarité, c'est ce que font les autres. »

— Oscar Wilde

[modifier] Notes et références

  1. Alain Montandon, L'Honnête homme et le dandy, Gunter Narr Verlag, 1993, p. 170 
  2. Franck Ferrand, « Oscar Wilde » dans Au cœur de l'histoire, 30 novembre 2011
  3. Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, éd.Le Robert, 1998, p. 992
  4. Emile Littré, Dictionnaire de la langue française, Hachette, 1889, tome 2, p. 851
  5. Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne
  6. Le Cabinet des Antiques, Furne, vol.7, p.172
  7. Gobseck, édition du Furne, vol.2, p.394
  8. André Maurois, Prométhée ou la vie de Balzac, Hachette, 1965, p.90,191,533
  9. Anne-Marie Meininger et Pierre Citron, Index des personnages fictifs de la Comédie humaine, t. XII, Paris, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1981 (ISBN 2070108775), p. 1186 
  10. Frédéric Rouvillois, Histoire du snobisme, 2008
  11. Charles Baudelaire, « Le Dandy », Le Peintre de la vie moderne, 1863

[modifier] Bibliographie

[modifier] Annexes

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[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes


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