Jacques Bainville

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bainville.

Jacques Bainville

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Jacques Bainville (date incertaine entre 1900 et 1922).

Activités journaliste, chroniqueur de politique étrangère, historien
Naissance 9 février 1879
Vincennes (France)
Décès 9 février 1936 (à 57 ans)
Paris (France)
Langue d'écriture français
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur

Œuvres principales

Jacques Pierre Bainville, né le 9 février 1879 à Vincennes et mort le 9 février 1936 à Paris, est un journaliste, chroniqueur de politique étrangère, historien et académicien français. Jacques Bainville est un proche de Charles Maurras.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille attachée aux valeurs républicaines[1], Jacques Bainville étudia au lycée Henri-IV puis une année à la Faculté de droit de Paris[2]. Il commença son œuvre en 1900, à l'âge de 20 ans, avec Louis II de Bavière.

« En mars 1900, il rencontre Charles Maurras au Café de Flore qui le séduit autant par la qualité de sa critique littéraire que par la cohérence de sa doctrine, son empirisme et son absence de préjugé religieux. Convaincu de la supériorité du modèle politique allemand, Bainville est déjà gagné aux idées monarchistes. Il est l'un des premiers à répondre dans la Gazette de France à l'Enquête sur la monarchie. Avec Maurras, il collabore à la revue traditionaliste Minerva, fondée en 1902 par René-Marc Ferry, et enseigne les relations internationales à l'Institut d'Action française, tout en assurant nombre de chroniques dans le journal du mouvement : vie parlementaire, diplomatie, économie, bourse et même vie théâtrale, rien n'échappe à sa plume[3]. »

— Agnès Callu et Patricia Gillet, Lettres à Charles Maurras : amitiés politiques, lettres autographes : 1898-1952

Maurras le fait entrer comme journaliste à La Gazette de France puis à L'Action française où il tint la rubrique de politique étrangère. Bainville écrivit aussi pour La Liberté, Le Petit Parisien et La Nation belge. Il assura la direction du journal La Revue universelle.

Grande figure du monarchisme nationaliste et de l'Action française, il exalta la politique de la monarchie française (Histoire de France, 1924) et s'inquiéta de la faiblesse de la démocratie face à la puissance allemande (la Troisième République, 1935). Il est élu le 25 mars 1935 membre de l'Académie française, en même temps qu'André Bellessort et Claude Farrère. Il obtient vingt voix sur vingt-sept votants pour succéder à Raymond Poincaré au 34e fauteuil.

Dans un ouvrage remarqué, Les Conséquences politiques de la Paix[4], publié en 1920, Jacques Bainville est de ceux qui ont dénoncé le Traité de Versailles de 1919 et les compensations très importantes demandées à l'Allemagne. Il y estimait que ce traité humiliait l'Allemagne et la pousserait à la revanche dans un avenir proche et Bainville y annonce, 15 à 20 ans à l'avance, le processus de déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, à savoir l'annexion de l'Autriche par le Reich, la crise des Sudètes avec la Tchécoslovaquie et un pacte germano-soviétique contre la Pologne. Profondément anti-communiste, il écrivait : « il s'agit d'une paix trop douce pour ce qu'elle a de dur, et trop dure pour ce qu'elle a de doux ».

Plaque apposée au no 31 de la rue de Bellechasse, dans le 7e arrondissement de Paris, où mourut Jacques Bainville en 1936.

François Mauriac, louant les talents d'analyste de Bainville, écrira en 1956 : « D'une science conjecturale, Bainville a fait une science exacte[5]. »

Lors de ses funérailles, le 13 février 1936, le cortège funéraire a provoqué un embouteillage dû à la vitesse peu élevée à laquelle il avançait (la version des faits varie selon les sources). Malgré lui, Léon Blum, dans une voiture à cocarde, se trouva pris dans le cortège funéraire. Selon le témoignage a posteriori d'un camelot du roi, « le leader socialiste fut frappé par les Camelots du roi parce que sa voiture voulait fendre le cortège funéraire de l'historien royaliste. Le véhicule conduit par Georges Bonnet, ministre de l'Agriculture, eut l'imprudence de s'aventurer rue de l'Université, pleine d'une foule silencieuse[6]. » Des anciens Camelots, séparés officiellement de l'Action française[7], cassèrent la vitre arrière de la voiture de Blum, ce qui le blessa au cou et à la tempe d'où une profusion importante de sang[8]. L'intervention d'ouvriers travaillant sur un chantier voisin évita que le leader socialiste, légèrement blessé dans l'incident[9], ne fût lynché. En signe de protestation, une manifestation se déroula du Panthéon à la Bastille et fut marquée par quelques affrontements[10].

Il était Chevalier de la Légion d'honneur[11].

Postérité[modifier | modifier le code]

Il existe depuis 1977 un « Cercle Jacques Bainville » (CJB)[12], regroupant les étudiants de l'Action française à l'université d'Assas. Tombé progressivement en désuétude, le « Cercle Jacques Bainville » (CJB) a été reformé à la rentrée 2010, à l'instigation d'un groupe d'étudiants et de jeunes professionnels. Des conférences sont organisées avec des intervenants de renom[Qui ?], s'assignant comme finalité d'instruire leurs auditeurs sur les analyses de Bainville et comme horizon de dégager une méthode permettant d'éclairer les enjeux contemporains internationaux.

À l'occasion du 70e anniversaire de sa mort, une « Journée Jacques Bainville » eut lieu le samedi 25 février 2006 à Paris. Différentes conférences furent données :

  • celle de Christophe Dickès, docteur en histoire, journaliste à Canal Académie, radio des cinq Académies (Institut de France), intitulée « Jacques Bainville et l'Europe » ;
  • celle de Pierre Hillard, docteur en science politique, professeur d'histoire, spécialiste de l’Allemagne et des affaires européennes, auteur de Minorités et régionalismes dans l’Europe fédérale des régions et de La décomposition des nations européennes, intitulée « Jacques Bainville, un modèle pour comprendre l'avenir » ;
  • celle de Pierre Pujo, journaliste, directeur du journal Action française 2000, auteur de Un demi-siècle d'Action française et L'autre Résistance, l'Action française sous l'Occupation, intitulée « Jacques Bainville et l'Action française ».

Des artères ont été nommées en son honneur dans quelques villes de France comme Paris (place Jacques-Bainville dans le 7e arrondissement), Marseille (avenue Jacques-Bainville dans le 9e arrondissement), Marigny (rue Jacques-Bainville), Vincennes et Tourcoing (allée Jacques-Bainville).

Un buste de lui a été exécuté par le statuaire Philippe Besnard[13].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Comment est née la révolution russe [détail des éditions]
Filiations [détail des éditions]
Histoire de France [détail des éditions] [lire en ligne]
Nouveau Dialogue dans le salon d'Aliénor [détail des éditions]
Polioute [détail des éditions] [lire en ligne]
Le Critique mort jeune [détail des éditions] [(extrait) lire en ligne]
Au seuil du siècle [détail des éditions]
Jaco et Lori [détail des éditions]
Le Vieil Utopiste [détail des éditions]
Couleurs du temps [détail des éditions]
La Tasse de Saxe [détail des éditions] [lire en ligne]
Une saison chez Thespis [détail des éditions]
Maximes et Réflexions [détail des éditions]
Les Sept Portes de Thèbes [détail des éditions]
Les Dictateurs [détail des éditions] [lire en ligne]

Autres textes[modifier | modifier le code]

  • Herbert Van Leisen, « Préface », dans Mirabeau ou la révolution royale, B. Grasset,‎ 1926
  • Xavier de Courville, « Préface », dans Jomini ou le devin de Napoléon, Plon,‎ 1935

Œuvres posthumes[modifier | modifier le code]

La Fortune de la France [détail des éditions]
La Russie et la barrière de l'Est [détail des éditions] [lire en ligne]
Chroniques [détail des éditions]
L'Allemagne : tome I [détail des éditions]
La France : tome II [détail des éditions]
Journal : 1927-1935 [détail des éditions]

Œuvres traduites[modifier | modifier le code]

  • (en) Italy and the war [« La guerre et l'Italie »] (trad. Bernard Miall), Hodder and Stoughton,‎ 1916
  • (en) Two histories face to face, France versus Germany [« Histoire de deux peuples : la France et l'Empire allemand »], Nouvelle Librairie nationale,‎ 1919 (lire en ligne) — ASIN : B00086X8SC
  • (en) Napoleon [« Napoléon »] (trad. Hamish Miles), Little, Brown, and company,‎ 1933 — Réédition, Simon Publications Inc., 2002, (ISBN 978-1-931541-79-4)
  • (en) The French Republic 1870-1935 [« La troisième République : 1870-1935 »], Cape,‎ 1936 — ASIN : B000L5ZF68
  • (en) Dictators [« Les dictateurs »] (trad. J. Lewis May), London, Jonathan,‎ 1937 (lire en ligne) — Réédition, Cape Kennikat Press, 1967
  • (en) History of France [« Histoire de France »], D. Appleton-Century,‎ 1939 — ASIN : B00089JCE8
  • (de) Frankreichs Kriegsziel [« Les Conséquences politiques de la paix »], Hamburg, Hanseatische Verlagsanstalt,‎ 1939 — Réédition, Struckum Verl. für Ganzheitl., 1989, (ISBN 978-3-922314-87-5)
  • (pl) Dzieje Francji [« Histoire de France »] (trad. T. Stryjenski), Wydawnictwo J. Przeworskiego,‎ 1946
  • (es) La tercera República Francesa [« La troisième République »], Doncel,‎ 1975 (ISBN 978-84-325-0522-5)
  • (es) Napoleón [« Napoléon »] (trad. Ralph Waldo Emerson), Porrúa,‎ 1994 (ISBN 978-968-452-756-0)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Réponse au discours de réception de Jacques Bainville à l'Académie française
  2. Olivier Dard et Michel Grunewald, Jacques Bainville Profils et réceptions : Études réunies par Olivier Dard et Michel Grunewald, vol. 57, Peter Lang,‎ 2010, 276 p. (ISBN 978-3034303644, lire en ligne), p. 17
  3. Agnès Callu et Patricia Gillet, Lettres à Charles Maurras : amitiés politiques, lettres autographes : 1898-1952, Presses Univ. Septentrion,‎ 2008, p. 29
  4. "Les conséquences politiques de la Paix" Ouvrage de Jacques Bainville
  5. Revue des deux Mondes, janvier/février 1956, p. 497.
  6. Bernard Morlino, Emmanuel Berl. Les tribulations d'un pacifiste, Paris, La Manufacture, 1990, p. 192, qui renvoie à Pierre Monnier, A l'ombre des grandes têtes molles, La Table Ronde, 1987, pp. 128-130.
  7. Eugen Weber, op. cit., p. 402
  8. Cédric Gruat, 1936 : l’agression filmée de Léon Blum
  9. Eugen Weber, L'Action française, Fayard, coll. « Grandes études historiques », 1985, p. 401. Voir les références dans l'article Action française
  10. Dominique Borne & Henri Dubief, La crise des années 30 (1929-1938), Éditions du Seuil, collection « Points histoire », 1989, p. 138.
  11. « Notice no LH/95/80 », base Léonore, ministère français de la Culture
  12. Site du Cercle
  13. L'Atelier, Bulletin de l'association Le temps d'Albert Besnard, no 4 - 2008, ISSN 1956-2462

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Rousseaux, Littérature du XXe siècle, t. 1 : 16e mille,‎ 1938 (lire en ligne), « Trois inscriptions pour une stèle à Jacques Bainville », p. 122-140
  • Lazare de Gérin-Ricard, L'Histoire de France de Jacques Bainville, Malfère,‎ 1939
  • (de) Joachim Wieder, Jacques Bainville. Nationalismus und Klassisismus in Frankreich, Wrocław, Priebatschs,‎ 1939
  • Charles Maurras, Poésie et vérité, Wrocław, Lardanchet,‎ 1944 (lire en ligne), « Entre Bainville et Baudelaire », p. 136-152
  • (en) Edward R. Tannenbaum, « Jacques Bainville », The Journal of Modern History, vol. 22, no 4,‎ décembre 1950, p. 340-345
  • (en) Hilah F. Thomas, The Thought of Jacques Bainville on Germany: A Study in the Loyalties of Integral Nationalism, Smith College, Northampton, Mass.,‎ 1962
  • (en) Lyle E. Linville, Jacques Bainville: His political life and thought in the era of the great war, Kent State University,‎ 1971, 410 p.
  • (en) Naomi R. Schwiesow, France in Europe: the political writings of Jacques Bainville, Johns Hopkins University,‎ 1975, 394 p.
  • William R. Keylor, « Clio et le roi : Jacques Bainville et la doctrine historique de l'Action Française », Études Maurrassiennes, vol. 3,‎ 1974, p. 97-106
  • (en) William R. Keylor, Jacques Bainville and the Renaissance of Royalist History in Twentieth-Century France, Louisiana State University Press,‎ 1979 (ISBN 0807104655)
  • Jean Montador, Jacques Bainville, historien de l'avenir, Éditions France-Empire,‎ 1984
  • Igor Mitrofanoff, Pour connaître Jacques Bainville, Édition Royaliste,‎ 1989 — (Mémoire de maîtrise)
  • Bernard Cazes, « Jacques Bainville. Les conséquences politiques de la paix », Politique étrangère, vol. 60, no 3,‎ 1995, p. 805-806 (lire en ligne)
  • Christophe Dickès, Jacques Bainville, l'Europe d'entre-deux-guerres, 1919-1936, Godefroy de Bouillon,‎ 1996 (ISBN 2841910148)
  • Eric Morain, La Tradition chez Jacques Bainville, Université Panthéon-Assas,‎ 1998 — (Mémoire de DEA)
  • Charles Saint-Prot, « Jacques Bainville, l'intelligence de l'histoire », Une certaine idée, vol. 60, no 9 « Particulier, particularismes »,‎ 2000
  • Dominique Decherf, Bainville, l'intelligence de l'histoire, Bartillat,‎ 2000 (ISBN 2-84100-239-X)
  • Guillaume Bourgeade, « Jacques Bainville ou l'intelligence des causes secondes », Revue des deux Mondes,‎ 2002
  • Patrice Gueniffey, « Jacques Bainville historien », dans Jacques Bainville, Napoléon, Gallimard, coll. « Tel »,‎ 2005, p. I-LXIX — (Préface)
  • Christophe Dickès, Jacques Bainville, Les lois de la politique étrangère, Bernard Giovanangeli,‎ avril 2008
    Thèse de doctorat soutenue à l'université Paris IV-Sorbonne en janvier 2004 sous le titre Jacques Bainville et les relations internationales 1908-1936.
  • Olivier Dard (dir.) et Michel Grunewald (dir.), Jacques Bainville. Profils et réceptions, Peter Lang, coll. « Convergences » (no 57),‎ 2010 (présentation en ligne)
    Actes du colloque organisé les 13 et 14 mai 2009 à l'Université Paul Verlaine de Metz.
  • Guillaume Bourgeade, « Les Idées historiques de M. Jacques Bainville », Études sur les doctrines de l'Action française, Paris, no 3,‎ 1929
  • Aristide Leucate, « Les Conséquences politiques de la paix », dans Pierre Pujo (dir.), Le Trésor de l'Action française, Paris-Lausanne, Éditions L'Âge d'Homme,‎ 2006 (ISBN 2-8251-3712-X)
  • Matthieu Boisdron, « Jacques Bainville et la Roumanie d’entre-deux-guerres : regards croisés », dans Olivier Dard (dir.) et Michel Grunewald (dir.), Jacques Bainville. Profils et réceptions, Peter Lang, coll. « Convergences » (no 57),‎ 2010 (lire en ligne), p. 189-208
  • Christophe Dickès, Bainville, la monarchie des Lettres, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 2011
    Anthologie des grands textes de Bainville : Histoire de Trois générations, Histoire de deux peuples, Les conséquences politiques de la paix. Des récits de voyages, un choix de correspondances mais aussi une centaine d'article de presse tirés de La Revue universelle, La Liberté, L'Action française, Candide, Le Capital. Introductions et notes de C. Dickès.

Liens externes[modifier | modifier le code]