Chemin de fer militaire

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Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Train (armée française).

Les chemins de fer militaires sont une application des trains et voies ferrées au monde militaire. Ils peuvent prendre plusieurs formes, qui dépendent des besoins et des époques.

De par l'importance stratégique des voies de circulation que sont les voies ferrées, tant par leur capacité de transport que par leur tracé en site propre, les chemins de fer ont, dès leur création, fait l'objet d'une attention particulière de la part des forces armées. Les chemins de fer sont donc des agencements stratégiques et tactiques de la plus haute importance. Ils peuvent être utilisés par exemple pour concentrer en quelques heures, sur un point menacé ou important de la frontière, des divisions ou masses nécessaires à réfréner l'avance ennemi. Elles sont des lignes d’approvisionnements des bases d’opérations, et, quand c’est possible, de la partie de la ligne d’opérations située entre la base et l’armée. Cela a fait dire au Kronprinz : « Le camion français a vaincu le chemin de fer allemand »[citation nécessaire], en référence à l'organisation logistique de la Voie Sacrée durant la bataille de Verdun.

Historique[modifier | modifier le code]

Les débuts du chemin de fer militaire[modifier | modifier le code]

Crimean Railway.jpg
Guerre de Crimée et campagnes du Risorgimento italien
Guerre de Sécession

Première guerre totale de l'ère moderne[1],[2] la Guerre de Sécession mit en lumière le rôle déterminant que l'économie de guerre et la technologie moderne seront appelées à jouer dans les conflits à venir - et plus particulièrement le chemin de fer dans les domaines de la logistique et du transport de troupes. Elle fut le premier conflit qui vit l'usage intensif du chemin de fer à des fins militaires, préfigurant le rôle clé qu'il sera appelé par la suite à jouer dans la Guerre franco-prussienne de 1870, la Guerre des Boers et surtout la Première Guerre mondiale[3].

Guerre franco-prussienne de 1870
Guerres coloniales

Les chemins de fer militaires avant 1914[modifier | modifier le code]

  • Révolte des Boxers

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Une locomotive du British War Department Light Railways.

Durant le premier conflit mondial, côté français le chemin de fer se voit imposer par l'armée un trafic considérable. La voie de 60 jouera un rôle important pour acheminer au plus près des fronts, les troupes ainsi que le matériel d'artillerie et ses munitions. Pendant cette période, l'extension maximale de la voie de 60 sera estimée à plus de 3 000 km.

Comme pour le matériel ferroviaire à voie normale, les corps expéditionnaires britanniques et américains arriveront avec leur propre matériel ferroviaire à voie de 60, de construction anglaise et américaine.

Pour le parc traction à voie de 60, la firme Baldwin construisit 495 locomotives à vapeur du type 230 T et 131 T avec une vingtaine de 030 T type saddle tank, ainsi que 600 locotracteurs à moteur essence. Pour sa part Alco produisit 100 locomotives à vapeur du type 131 T.

La construction d’une partie du matériel Péchot (locomotives et wagons), fut également sous-traité à la Baldwin Locomotive Works aux États-Unis.

L'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

  • Guerre civile russe et conflits en Europe orientale
  • Conflits en Chine

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Les transports[modifier | modifier le code]

Train transportant des blindés
Transport de matériel militaire en Russie.

Le chemin de fer a été utilisé dans son application courante de moyen de transport dès les années 1850. Il sert au transport des troupes et du matériel sans adaptation particulière, bien qu'il existe des wagons adaptés aux transport de blindés, gérés par les régiments du train. Certaines gares[Où ?] sont équipées d'un « quai militaire », destiné à charger le matériel militaire sur les wagons. La gare de Metz construite en 1905 par les autorités allemandes comprenaient des quais militaires en vue de l'offensive d'aout 1914 selon le Plan Schlieffen.

En France, l'organisation des transports ferroviaires en temps de guerre était sous la responsabilité conjointe du ministère des transports et du Ministère de la guerre qui mettait également ses moyens, dont le 5e régiment du génie, à la disposition du ministère des transports. Ces dispositions mise en place sous le Second Empire[4] tendaient à unifier les conditions de transports. En mai 1887, l’exploitation de la ligne Chartres - Orléans est confiée à un détachement permanent de sapeurs des chemins de fer pour parfaire l’instruction des cadres et sapeurs en matière d’exploitation de ligne et de traction[5].

Le chemin de fer représentait un moyen essentiel dans les plans de mobilisation de la défense nationale dans le cadre d'une armée de conscription. Le plan de mobilisation était, jusqu'en 1981, sous la responsabilité du Ministre des Transports[réf. souhaitée].

En France, les trains de permissionnaires ramenaient les conscrits chez eux lors des permissions et assuraient le retour aux casernes à la fin de celles-ci. Dans la nuit du 12 au 13 décembre 1917, un train de permissionnaires venant du front italien déraille à Saint-Michel-de-Maurienne en Savoie faisant entre 425 (bilan officiel) et 800 victimes selon les sources. La catastrophe ferroviaire de Saint-Michel-de-Maurienne fut l'une des plus grandes catastrophes ferroviaires de tous les temps[6],[7].

L'artillerie sur voie ferrée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : artillerie sur voie ferrée.
Un 12 inch Railway Howitzer Mk II en soutien des troupes australiennes dans le saillant d'Ypres en octobre 1917.

Artillerie lourde[modifier | modifier le code]

L'artillerie sur voie ferrée a été créée afin d'utiliser des canons de gros calibre à une époque où les solutions sur route ne permettent pas de transporter des masses importantes. Les canons sur rail permettaient de tirer des calibres importants. L'artillerie lourde sur voie ferrée a majoritairement été employée en 1914-1918 et 1939-1945.

Les premiers locotracteurs diésel ont été mis au point pour cette application[réf. souhaitée], car produisant bien moins de fumée que les locomotives à vapeur et donc plus discret à l'approche du front. En France, les Forges et Aciéries de St Chamond ont ainsi produit deux séries : des locomotives à deux bogies moteur, type BB, et des locotracteurs à deux essieux, tous deux basés sur le système Crochat.

Artillerie anti--aérienne[modifier | modifier le code]

Les trains blindés[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Train blindé.

Les trains blindés sont conçus pour assurer des fonctions de commandement, soutien et protection sur des voies ferrées en zone de conflit. Armés le plus souvent, ils peuvent être incorporés aux trains classiques ou bien l'ensemble du train peut-être lui-même blindé et devenir une arme à part entière, contrôlant la voie et ses alentours et assurant sa sécurité, ou se comportant comme une pièce d'artillerie mobile[8].

Certains trains blindés complets peuvent transporter des troupes et des blindés, destinés à combattre ou poursuivre les assaillants[9], ou des wagons transportant le matériel destiné à réparer un éventuel sabotage de la voie.

Chemins de fer de campagne[modifier | modifier le code]

Wagon du système modulaire Péchot
Chemin de fer militaire allemand à voie de 60 de l'Argonne, vers 1915

Étudiés en Europe à partir de 1870, les chemins de fer de campagne ont été conçus pour la logistique des armées en temps de guerre, aussi bien sur le terrain que dans les places fortes, à une époque où les camions n'existent pas encore.

Ces trains à voie étroite, entièrement modulaires, furent prévus pour porter du matériel, des passagers ou de l'armement ; certains portant même des canons sur voie ferrée (voir L'artillerie sur voie ferrée). La voie est découpée en coupons transportables et son installation peut se faire plus rapidement qu'une ligne classique, afin de réagir aux conséquences des actions d'une campagne militaire.

En France[modifier | modifier le code]

En France fut étudié le système Péchot à voie de 60 centimètres d'écartement. La ligne Maginot fut également équipée en voie de 60 à partir de sa construction en 1920, notamment grâce à des tracteurs électriques.

Autres chemins de fer de campagne[modifier | modifier le code]

Plusieurs systèmes similaires furent étudiés par l'armée Allemande, à voie de 60, 70 et 75 centimètres d'écartement, et employés sur tous les fronts, et par les États-Unis, avec les wagons Pershing à voie de 60.

Génie ferroviaire[modifier | modifier le code]

Le génie militaire est parfois consacré au domaine ferroviaire. Il s'agit alors de remettre en état ou exploiter les capacités de transport d'une ligne de chemin de fer sur une zone de conflits ou en cas de catastrophe majeure. Le génie ferroviaire n'a rien à voir avec les régiments du train, qui désignent la logistique militaire.

En France, le génie ferroviaire dépendait principalement du 5e régiment du génie. Dissout le 10 juin 2010, ses missions ont été reprises par le 19e régiment du génie stationné à Besançon.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) The US Civil War, the First Modern War
  2. « La guerre de Sécession est l'exemple le plus achevé du nouveau type de guerre moderne - au sens industriel du terme -, même si elle a eu un faible impact de ce côté-ci de l'Atlantique, les militaires européens l'ayant disqualifiée en raison de son caractère spécifique de "guerre civile". » Brian Holden Reid, L'âge industriel. Guerre de Crimée, guerre de Sécession, unité allemande : 1854-1871 - note de l'éditeur.
  3. Keir Alexander Lieber, p. 46 et suivantes
  4. Décrets impériaux de 1856 et suivantes
  5. Les chemins de fer et l'armee après 1870, Cercle Généalogique des Cheminots, 2008
  6. Article souvenir du Dauphiné libéré (1900-1930)
  7. [PDF] Document de Mémorial-GenWeb
  8. P. Malmassari, Les trains blindés…
  9. Voir la séquence de l'attaque du train blindé dans le film de René Clément, La Bataille du rail (1946)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alfred-Auguste, Baron Ernouf, Histoire des chemins de fer français pendant la guerre franco-prussienne, Paris, Librairie générale - Dépôt central des éditeurs,‎ 1874, 454 p. (lire en ligne)
  • Denis Bishop et Keith Davis, Railways and War before 1918 - série Mechanised Warfare in Color, The Macmillan Company N.Y., Blandford Press Ltd, Londres 1972.
  • Paul Malmassari, Les trains blindés français 1826 - 1962 : De la révolution industrielle à la décolonisation, 14-18 Editions,‎ 2010 (1re éd. 1994), 270 p. (ISBN 978-2-916385-38-9 et 978-2902171606, présentation en ligne)
  • Connaissance du Rail no 159 (juin 1994) : Débarquement du 6 juin 1944 : le rôle du rail.
  • (en) Keir Alexander Lieber, War and the engineers: the primacy of politics over technology, Ithaca, Cornell University Press, coll. « Cornell studies in security affairs »,‎ 2005, relié (ISBN 978-0-8014-4383-1, LCCN 2005016065, lire en ligne)
  • Guy François, Eisenbahnartillerie : Histoire de l'artillerie lourde sur voie ferrée allemande des origines à 1945, Paris, Histoire et Fortifications (Editions),‎ 2006, 96 p. (ISBN 978-2-915767-08-7)
  • Steven J. Zaloga et Tony Bryan, Armored Trains, Osprey Publishing, Série New Vanguard no 140, 2008 - (ISBN 9781846032424).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]