Charles Lanrezac

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Charles Lanrezac
Image illustrative de l'article Charles Lanrezac

Naissance 30 juillet 1852
Pointe-à-Pitre
Décès 18 janvier 1925 (à 72 ans)
Neuilly-sur-Seine
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Flag of France.svg Armée française
Grade Général d'armée
Années de service 1870 – 1914
Conflits Première Guerre mondiale
Commandement 5e Armée
Faits d'armes Bataille de Charleroi
Bataille de Guise
Distinctions 3 juillet 1917 : Grand officier de la Légion d'honneur
Mai 1923 : Grand-croix de l'ordre de la Couronne belge
29 août 1924 : Grand-croix de la Légion d'honneur

Charles Louis Marie Lanrezac, né à Pointe-à-Pitre le 30 juillet 1852 et mort à Neuilly-sur-Seine le 18 janvier 1925, est un général français qui s'est notamment illustré lors de la phase initiale de la Première Guerre mondiale, comme commandant la 5e armée française. Il dirige les batailles de Charleroi et de Guise. Des résultats de cette dernière découleront une grande partie des conditions du succès de la bataille de la Marne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Sa famille, issue de la petite noblesse toulousaine, les de Quinquiry d'Olive, a émigré à Hambourg sous la Terreur. À des fins d'anonymat, son nom est l'anagramme de « Cazernal » qui est lui-même issu d'une mauvaise transcription de « Cabanial » fief de sa famille. Son père, Auguste Lanrezac, est officier d'infanterie de marine issu du rang. Il reçoit du préfet de la Manche, une bourse pour étudier alors que son père est en garnison à Cherbourg.

Pendant la guerre de 1870[modifier | modifier le code]

Renvoyé du Prytanée militaire de la Flèche, il intègre l'École impériale spéciale militaire de Saint-Cyr en septembre 1869 avec le classement de 75e sur 250 admis. Il rejoint comme sous-lieutenant par anticipation le 13e régiment d'infanterie. Il est présent au 15e corps d'armée appartenant à l'Armée de la Loire. Il participe aux combats de Coulmiers, le 9 novembre 1870, puis aux combats autour d'Orléans, le 24 novembre 1870. En janvier 1871, son corps rejoint l'armée de l'Est du général Bourbaki dont la mission est de dégager Belfort et prendre les Prussiens à revers en Alsace. Il participe aux combats d'Héricourt du 15 au 17 janvier puis il se porte sur Besançon pour protéger la retraite de l'armée et échappe à l'internement en Suisse, à l'issue du combat de Larnod, le 20 janvier 1871.

Carrière et doctrine stratégique[modifier | modifier le code]

À l'issue du conflit, il reprend ses études à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr dont il ressort 140e sur 176. Le 16 juillet 1871, il est affecté au 30e régiment d'infanterie à Annecy comme lieutenant. Il est promu capitaine le 21 février 1876 et muté au 24e régiment d'infanterie à Paris, il entre à l'école de guerre le 3 novembre 1877 et en ressort breveté d'état-major 12e sur 72 en 1879. Le 25 octobre 1880 il est nommé professeur adjoint d'art militaire à l'École spéciale militaire. Le 5 novembre 1884, il est promu chef de bataillon et muté au 113e régiment d'infanterie à Blois. Le 15 juin 1886, il est envoyé comme stagiaire au sein de l'état-major de la brigade d'occupation de la Tunisie puis titularisé le 31 août 1887. Le 22 avril 1892, il est nommé professeur adjoint d'histoire militaire de stratégie et de tactique générale à l'École supérieure de guerre, promu chef de bataillon à l'ancienneté et rattaché au 115e régiment d'infanterie à Mamers. En 1898, il est promu lieutenant-colonel et nommé sous-directeur des études de l'École supérieure de guerre. En 1901, il est promu colonel et reçoit le commandement du 119e régiment d'infanterie à Louviers. En mars 1906, il commande par intérim la 43e brigade d'infanterie à Vannes qu'il commande pleinement lorsqu'il est promu général de brigade en juin 1906.

Professeur, puis commandant en second de l'École de Guerre, Charles Lanrezac est l'un des plus fins stratèges français, mais aussi le moins écouté, à la veille du premier conflit mondial. En effet, opposé au recours systématique et préconçu de l'offensive à outrance, il préconise un recours plus fréquent à la manœuvre raisonnée qu'il résume ainsi : « Si chaque commandant de corps subordonné a le droit de bourrer, tête baissée, sur le premier adversaire à sa portée, le commandant en chef est impuissant à exercer la moindre action directrice. »

Commandant la 5e Armée[modifier | modifier le code]

Il est placé, en avril 1914, par le généralissime Joffre, qui le connait et le considère comme l'un de ses plus brillants généraux, à la tête de la 5e Armée française de mobilisation en remplacement de Gallieni atteint par la limite d'âge. Cette nomination s'accompagne en outre de son entrée au Conseil Supérieur de la Guerre, dont il devient à 61 ans le benjamin. Dans ses mémoires (p. 204), le généralissime écrit : « mon attention avait depuis longtemps été attirée sur le général Lanrezac, par les hautes qualités d'intelligence, d'activité, d'initiatives, de sens de la manœuvre dont il avait fait preuve au cours des travaux sur carte et des exercices sur le terrain. Nul ne sembla mieux préparé que lui au commandement de la 5e armée, celle dont la manœuvre serait la plus délicate à mener, celle à laquelle il serait dévolu un rôle essentiellement variable selon les circonstances ». Dès la déclaration de guerre, il ne cesse d'attirer l'attention du généralissime Joffre sur le danger de voir les armées allemandes déboucher au nord de la Meuse et de la Sambre. Il finit par le convaincre et porte ses troupes (290 000 hommes) sur le front de Charleroi.

Lors de la bataille de Charleroi, en août 1914, de nombreux combats ont lieu à maints endroits (Tamines, Arsimont, Châtelet, Gozée, Thuin, Lobbes). L'impréparation des armées françaises est flagrante, notamment s'agissant de l'absence d'artillerie lourde. Lanrezac se rend compte du fait que son armée risque de se faire encercler par trois armées allemandes. Lors des combats qui se déroulent autour de Thuin, il prend seul la décision, par devers Joffre, de faire reculer son armée.

Aujourd'hui, on estime généralement que sa décision du 23 août lui a permis probablement de sauver son armée. Il porte un coup d'arrêt sérieux aux Allemands lors de la bataille de Guise et les oblige à resserrer leur dispositif vers l'est. Il contribue ainsi indirectement à la victoire de la bataille de la Marne, quelques jours plus tard.

En effet, la IIe armée (von Bülow) change son axe de déplacement du sud-ouest au sud-est pour poursuivre la 5e armée en repli. La Ire armée (von Klück) lancée sur Amiens doit accomplir une conversion de 90 degrés pour garantir le flanc-garde de von Bülow. En effet, il manque aux Allemands les 150.000 hommes et l'artillerie lourde qui sont retenus par le siège de la place forte d'Anvers et qui, s'ils avaient été disponibles sur le front français, auraient pu couvrir von Klück. Pour compenser cette absence, c'est von Bulöw qui va offrir son flanc en changeant de cap, ce qui lève la menace qu'il faisait peser sur Paris. La capitale n'est désormais plus sur le passage du coup de faux du plan Schlieffen. La 6e armée (Maunoury) peut alors quitter la défense de Paris, pour s'installer sur le flanc de von Klück et frapper sa droite sur l'Ourcq (premier choc de la bataille de la Marne).

Le limogeage et la réhabilitation[modifier | modifier le code]

Lanrezac est limogé le 3 septembre 1914 et remplacé par Franchet d'Esperey. Il lui est reproché entre autres son esprit critique et sa mésentente avec le maréchal anglais French. Désabusé, il refuse en 1917 le poste de major général des armées que lui propose Paul Painlevé, alors ministre de la Guerre.

Lanrezac publie après la guerre un pamphlet contre Joffre. Peu de temps avant de mourir, revenant sur cette période douloureuse, il écrit: « A la place du général Joffre, j'aurais agi comme lui ; nous n'avions pas la même manière de voir les choses, ni du point de vue tactique, ni du point de vue stratégique ; nous ne pouvions pas nous entendre.... J'étais bien décidé à ne pas attaquer le généralissime, car je n'avais pas le droit de juger ses actes sur les autres parties du champ de bataille ».

Distinctions et décorations[modifier | modifier le code]

  • Légion d'honneur[1]
    • 3 juillet 1917 : grand officier de la Légion d'honneur au motif : « A commandé, au cours des premières opérations de la campagne, une armée qui a eu à supporter le choc de masses ennemies très supérieures en nombre. Par sa science militaire et l'habileté de son commandement a réussi à exécuter une manœuvre des plus difficiles au cours de laquelle il a remporté des succès marqués et a rendu au pays les plus éminents services ».
    • 29 août 1924 : grand-croix de la Légion d'honneur.
  • Mai 1923 : grand-croix de l'ordre de la Couronne belge avec attribution de la croix de guerre avec palme.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La manœuvre de Lützen, 1813, Paris, Berger-Levrault,‎ 1904, 279 p. (lire en ligne)
  • Le plan de campagne français et le premier mois de la guerre (2 août - 3 septembre 1914), Paris, Payot,‎ 1920, 285 p. (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jules Isaac, Joffre et Lanrezac : étude critique des témoignages sur le rôle de la 5e armée (août 1914), Étienne Chiron,‎ 1922, 127 p.
  • Louis-Albert Roques (préf. Jacques Bainville), La sécurité française : suivie d'une étude sur Lanrezac, Gallieni, Joffre, E.-H. Guitard,‎ 1929, 164 p.
  • Georges Beau et Léopold Gaubusseau, En août 1914, Lanrezac a-t-il sauvé la France ?, Presses de la Cité,‎ 1964, 285 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • H. Adolphe Lara, Contribution de la Guadeloupe à la pensée française : 1635-1935, Paris, éditions Jean Crès,‎ 1936, 301 p. (lire en ligne), p. 234 à 241