Pic du Canigou

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Pic du Canigou
Pic du Canigou depuis le pic des Set Homes.
Pic du Canigou depuis le pic des Set Homes.
Géographie
Altitude 2 784,66 m[1]
Massif Massif du Canigou
Pyrénées
Coordonnées 42° 31′ 08″ N 2° 27′ 24″ E / 42.51889, 2.4566742° 31′ 08″ Nord 2° 27′ 24″ Est / 42.51889, 2.45667  [1]
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Languedoc-Roussillon
Département Pyrénées-Orientales
Ascension
Première Vers 1280 par Pierre III

Géolocalisation sur la carte : Pyrénées-Orientales

(Voir situation sur carte : Pyrénées-Orientales)
Pic du Canigou

Géolocalisation sur la carte : Pyrénées

(Voir situation sur carte : Pyrénées)
Pic du Canigou
Le Canigou vu du Montou.

Le pic du Canigou (catalan : Pica del Canigó) est le haut sommet oriental de la chaîne des Pyrénées, sur le massif du Canigou. Il est situé dans le Conflent, département des Pyrénées-Orientales, et culmine à 2 784,66 mètres d'altitude[Note 1]. Sa situation géographique offre une fantastique vue sur la plaine du Roussillon, permettant même, par temps clair, d'apercevoir Barcelone.

Ce sommet célèbre chez les Catalans est aussi renommé pour héberger sur son massif l'abbaye de Saint-Martin du Canigou (monestir de Sant Martí del Canigó), le prieuré de Serrabone et un ensemble de sentiers de grande randonnée.

Le pic du Canigou est le point culminant du massif du Canigou qui fait partie du Réseau des grands sites de France.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Formes du nom[modifier | modifier le code]

La première forme connue du nom apparaît en 949 avec Montis Canigonis. On trouve ensuite, également au Xe siècle, Monte Canigone, Chanigono et Canigonis, puis au XIe siècle Monte Kanigonis et Kanigoni. La forme moderne encore utilisée en catalan de nos jours apparaît en 1300 : Canigó[2]. La prononciation française retranscrite sous la forme Canigou est issue du catalan roussillonnais dont une caractéristique est la prononciation du o fermé tonique (ó) comme un ou (ú), soit en catalan normalisé Canigú au lieu de Canigó[3].

Le 13 juillet 2012, le ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie labellise le site en tant que Grand site de France sous le nom de massif du Canigó, arguant de son caractère de « montagne sacrée du pays catalan » pour adopter la graphie catalane[4].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Sans forme connue du nom avant le Xe siècle, on ne peut faire que des suppositions sur son origine. Néanmoins, l'une d'elle semble plus probable. Le nom Canigou est sans doute un composé tautologique basé sur la racine pré-indo-européenne kar ou kan répétée pour obtenir kankan. Kan prendrait pour le premier élément le sens de sommet rocheux et pour le deuxième à travers une forme plus tardive et apparentée au grec konos le sens de sommet en coin. Une évolution vers kani-kone aurait abouti à Canigó par affaiblissement du c intervocalique et enfin la chute du n en fin de nom ayant pour effet de produire un o accentué[2].

Parmi les autres explications se trouvent diverses origines linguistiques. Quoique pas toujours impossibles, elles semblent toutefois peu probables, notamment par le simple fait qu'une montagne aussi imposante que le Canigou a sûrement été nommée bien avant l'arrivée des Romains. Une origine latine du nom pourrait donner lieu à plusieurs explications. Cani (« chien ») suivi de jugum aurait désigné un sommet en forme de croc de chien. Canum (« blanc ») suivi de jugum (« sommet ») aurait le sens de sommet enneigé. Malheureusement en catalan, jugum se tranforme généralement en jou et non en gou. On aurait aussi pu avoir canum suivi de conus (« cône ») pour désigner un sommet conique enneigé. Cependant, il est très improbable que le u atone de canum se soit transformé en i[2]. Il n'est pas rare que des sommets prennent des noms de personnes, tel le pic de Bugarach. On a pu donc y voir un nom de personne germanique, Canico, par rapprochement avec celui avéré au Moyen Âge de Enneco. Canico proviendrait du nom de personne Cani et signifiant utile, suivi du suffixe diminutif -k. On aurait alors eu un domaine de Canico dans les environs de Casteil où, justement, fut construit l'abbaye Saint-Martin du Canigou. Un passage de Canico vers Canicone aurait enfin donné Canigó, à l'instar d'exemples avérés tel que Ascahrone ayant donné Escaró non loin de là en Conflent[2].

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

Le pic du Canigou est situé au sud de Prades et au nord de Prats-de-Mollo-la-Preste, et constitue un quadripoint marquant la limite des communes de Casteil, Taurinya, Valmanya et Vernet-les-Bains[1]. Sa position dominante le rend visible de toute la plaine du Roussillon et du Conflent, mais aussi de l'autre côté de la frontière dans l'Empordà[5].

Dans de bonnes conditions atmosphériques, il peut être aperçu, deux fois par an au coucher du soleil depuis Marseille, à 250 km de là, début février et fin octobre, par réfraction de la lumière. Le baron Franz Xaver von Zach observe le phénomène depuis Notre-Dame-de-la-Garde en 1808 et distingue nettement le pic du Canigou et le puig dels Tres Vents[6],[7].

Topographie[modifier | modifier le code]

Le pic du Canigou se trouve sur un axe orienté nord-sud allant du pic Joffre (2 362 m) au nord jusqu'au Puig dels Tres Vents (2 731 m) au sud.

Une croix forgée trône au sommet du pic, elle y fut montée durant la Seconde Guerre mondiale par les scouts de la troupe Notre Dame la Real de Perpignan (1943).

Géologie[modifier | modifier le code]

Hydrographie[modifier | modifier le code]

Climat[modifier | modifier le code]

Bien que le climat dominant soit largement méditerranéen à sa base, l'ampleur et l'altitude du massif du Canigou le soumettent à plusieurs microclimats bien tranchés :

  • climat méditerranéen de 0 à 800-1 000 m ;
  • montagnard de 1 000 à 1 700 m ;
  • subalpin (de 1 700 à 2 300 m) ;
  • alpin de 2 300 m jusqu'au sommet.

Il n'existe pas d'étage nival. Toutefois on notera la présence, remarquable, d'un petit glacier suspendu (vers 2 450-2 500 m), situé à la base des faces nord du pic du Canigou (2 784 m) et du pic Barbet (2 712 m).

Bien que variable d'une année à l'autre, l'enneigement est généralement continu au-dessus de 1 800 m, de la mi-novembre à la fin mai. Les températures sont de 12 °C en moyennes en juillet à −5 °C en janvier[Note 2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Vers 1280 : Première ascension attestée du Canigou par Pierre III d'Aragon, roi de la Couronne d'Aragon (Pere III el Gran). Cette ascension est évoquée dans une chronique épique d'un moine italien du XIIIe siècle, Fra Salimbene. Il semble cependant que le monarque ne soit pas allé jusqu'au sommet du pic. En effet, le chroniqueur franciscain écrit que Pierre III vit au sommet un dragon sortant d'un lac. Cette indication pourrait correspondre au lieu-dit "les estanyols" (les étangs), environ 500 m en contrebas.

En 1834, le pyrénéiste Vincent de Chausenque tente l'ascension du Canigou. Il est guidé par M. Villanova, maire de Corsavy, commune située sur le versant sud-est du massif du Canigou, et connu pour ses talents de montagnard et de chasseur d'isards[5]. Dans les années 1860, le pyrénéiste Henry Russell fait l'ascension de plusieurs sommets des Pyrénées-Orientales et effectue notamment l'aller-retour de Vernet-les-Bains au sommet du Canigou en dix heures. Il le compare à la ville anglaise de Manchester, n'ayant jamais pu profiter de la vue en raison de la présence continue de nuages[6].

Durant la Seconde Guerre mondiale, les scouts de la Troupe Notre Dame la Real, accompagnés de leur aumônier, partent de leurs locaux de Perpignan, afin de monter au pic du Canigou la croix forgée qui y trône toujours. Depuis lors, chaque année, les scouts de la Real gravissent le pic.

En 2002, création à l'initiative du conseil général des Pyrénées-Orientales, du Syndicat Mixte Canigó Grand Site, maître d'ouvrage de l'opération Grand Site. Ce syndicat mixte est composé du conseil général, des 37 communes du massif du Canigou (en Conflent, et en Vallespir), et de l'Office national des forêts. En 2011, il est désigné comme site Natura 2000 massif du Canigou par arrêté du 25 mars 2011[8].

Randonnée[modifier | modifier le code]

Cette escalade est accessible à des randonneurs peu expérimentés, l'été, où de nombreuses personnes se pressent pour gravir son sommet à partir du refuge des Cortalets, notamment pour la fête de la Saint-Jean, le 22 juin, où des centaines de personnes montent au sommet du Canigou pour allumer un feu et le surveiller toute la nuit. Au lever du jour, des groupes descendent du Canigou et vont avec des torches dans toutes les directions pour transmettre les différents feux de la Saint-Jean répartis en Catalogne.

On peut également accéder au sommet par sa face sud à partir du refuge de Mariailles. Très fréquenté en été, cet itinéraire est accessible à tout randonneur endurant.

L'hiver, le sommet est plus difficilement accessible, notamment par la face Sud.

Chaque année se déroule la Course du Canigou, une épreuve de trail (course nature) sur une boucle d'environ 30 km avec un dénivelé cumulé de plus de 4 200 m, sur les chemins forestiers et sentiers de montagne entre Vernet-les-Bains (650 m) et le pic du Canigou (2 784 m)[9].

Culture[modifier | modifier le code]

Le Canigou est un véritable symbole national en Catalogne, inspirant des poètes comme Jacint Verdaguer (Canigó), ou des chansons populaires.

Muntanyes de Canigó, fresques són i regalades

Photographies[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'altitude de 2 784,66 m est obtenue d'après les dernières mesures GPS
  2. Station Météo France située à 2 160 m, à proximité du chalet des Cortalets

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Cartes IGN à l'échelle au 1:25000 disponibles sur Géoportail
  2. a, b, c et d Lluís Basseda, Toponymie historique de Catalunya Nord, t. 1, Prades, Revista Terra Nostra,‎ 1990, 796 p.
  3. (ca+fr) Christian Camps et Renat Botet, Diccionari nord català : Francès-Català normatiu, Canet-en-Roussillon, Éditions Trabucaire,‎ 2013, 400 p. (ISBN 978-2-84974-151-1, notice BnF no FRBNF43582443)
  4. Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, « Le massif du Canigó devient Grand Site de France »,‎ 13 juillet 2012
  5. a et b Guide du Roussillon et de l'Andorre : touristique, historique, social, économique, Perpignan, Sud Roussillon,‎ 1968, 286 p.
  6. a et b Fabricio Cárdenas, 66 petites histoires du Pays Catalan, Perpignan, Ultima Necat, coll. « Les vieux papiers »,‎ 2014, 141 p. (ISBN 978-2-36771-006-8, notice BnF no FRBNF43886275)
  7. Michel Aperio, Le Canigou vu de Marseille n'est pas une galéjade, 23 octobre 2013 : site dédié à ce phénomène atmosphérique.
  8. Journal officiel du 8 avril 2011.
  9. Site de la course du Canigou

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Michel Delaplace, « L’alpinisme et le thermalisme comme expression de la vie mondaine dans les Pyrénées-Orientales avant 1914 : l’épopée du Canigou (1881-1914) » in Christian Desplat (directeur), L'homme du Midi. Sociabilités méridionales, 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques de 2001, Toulouse, 2003, p. 83-95

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :