Achille Talon

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Achille Talon
Série
Image illustrative de l'article Achille Talon

Auteur Greg
Genre(s) Franco-Belge
Humour

Personnages principaux Achille Talon
Alambic Dieudonné Corydon Talon
Hilarion Lefuneste

Éditeur Dargaud
Nb. d’albums 48

Achille Talon est une série de bande dessinée, au personnage éponyme, créée par Greg en 1963 pour le magazine Pilote, et éditée par Dargaud. Sur les couvertures des albums, le prénom est orthographié « Ach!lle ». Le nom de personnage vient de l'expression « talon d'Achille ».

À un dessin classique (du style ligne claire), cette bande dessinée allie des dialogues recherchés et subtils, ne reculant pas devant les néologismes, les jeux de mots, les allusions littéraires et les tirades alambiquées.

Historique[modifier | modifier le code]

Achille Talon apparaît pour la première fois le 7 novembre 1963 dans le numéro 211 du journal Pilote. Pour l'occasion, René Goscinny consacra l'éditorial du journal à la description du nouveau personnage :

« Achille Talon, cerveau-choc, est un homme plein de bonne volonté, et doué d'un savoir puisé dans une encyclopédie… à laquelle il manquait pas mal de pages. Achille Talon n'en a cure ; sûr de lui, il n'hésite jamais à se jeter à corps perdu dans les situations les plus difficiles, avec une remarquable inefficacité. »

Il s'agissait, à l'origine, d'une demande de Goscinny pour « boucher les trous » quand les publicités faisaient défaut. Pour ce faire, Greg voulait redonner vie au personnage Monsieur Poche d'Alain Saint-Ogan. Goscinny lui fit alors part de ses doutes quant à réutiliser ce personnage créé dans les années 1930 et trop marqué par son époque. Changeant les costumes et les décors, Greg inventa carrément un nouveau héros, Achille Talon, "en un quart d'heure sur un comptoir de bistrot"[1].

Jusqu'en 1975, il s'agit de gags sur une ou deux pages, et par la suite Achille Talon vit également des aventures plus longues publiées en albums où il se transforme, presque malgré lui, en redresseur de torts. Ce choix permit à Greg d'étoffer ses intrigues et de se moquer des malheurs du monde (l'intolérance et le fanatisme dans Le Roi des Zôtres, la bêtise et la pollution dans L'Arme du Crocodile ou encore le racisme et le militarisme dans Le Grain de la folie par exemple).

Talon se plaint sans arrêt de son voisin Hilarion Lefuneste. Tous deux se battent régulièrement, par les mots puis par les poings. Apparut ensuite, pour rendre justice à Talon, un magazine à son nom, Achille Talon magazine, codirigé par Greg et Talon[réf. nécessaire]. Il disparaît en 1976

Univers[modifier | modifier le code]

Les lieux d'actions[modifier | modifier le code]

L'action des sketchs se déroule essentiellement en banlieue pavillonnaire de grande agglomération (les bistrots et les échoppes évoquent l'agglomération parisienne), ou lors d'escapades à la campagne le week-end ou pendant les vacances sur des sites classiques (mer, montagne). Les conflits entre Achille Talon et Hilarion Lefuneste se déroulent essentiellement dans leurs jardins.

Les aventures complètes en revanche, emmènent souvent les héros loin des grandes agglomérations habituelles. Il peut s'agir de la campagne : L'esprit d'Éloi, Achille Talon et le monstre de l'étang Tacule, voire à l'étranger, l'Amérique du Sud dans le Trésor de Virgule, l'Afrique dans Achille Talon et le coquin de sort, ou encore un improbable pays d'Europe centrale dans Le Roi des Zôtres.

Style de texte[modifier | modifier le code]

Incarnation de la bêtise bourgeoise, Achille Talon est reconnu pour les qualités de son dialogue brillant et fin, rempli d'allusions culturelles et de calembours savoureux, qui lui valent de figurer par pages entières dans les manuels scolaires, et de faire l'objet de plusieurs thèses de doctorat en France, en Belgique et au Canada[1]. À ce sujet, Greg dit que la prolixité d'Achille Talon lui a été inspirée par l'un de ses professeurs de physique : « Il était capable de discourir pendant une heure, sans s'arrêter. Quand le cours de physique nous ennuyait, on s'arrangeait pour le mettre en piste sur n'importe quoi, et il nous parlait jusqu'à ce que la sonnerie retentisse… »[1]

Pour apprécier le langage complexe et richissime des aventures d'Achille Talon, il est généralement nécessaire de relire plusieurs fois les albums pour s'habituer au style d'une part, et aux personnages d'autre part. Les phrases sans adjectifs ou aisément compréhensibles à des enfants sont extrêmement rares. Par exemple, lorsque Lefuneste déclare d'un oisillon perdu et recueilli par Achille Talon qu'il « est hideux », Talon lui répondra « Jalousie d'épouvantail complexé », au lieu de tout simplement désapprouver. De plus, les nombreux jeux de mots et autres tournures rendent la série difficilement traduisible ; pourtant, cela n'a visiblement pas découragé certains traducteurs puisque les albums ont été traduits en de nombreuses langues.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Achille Talon, prototype de l'antihéros (un « gros bourgeois bavard » d'après Goscinny) : quadragénaire ventripotent au nez énorme (93 kg[2]) et à la calvitie généreuse, bourgeois suffisant et vaniteux, célibataire (malgré ses projets de mariage avec Virgule de Guillemets, marquise de son état), velléitaire et maladroit, individualiste et narcissique, grandiloquent sinon prolixe, aimant pontifier (il se présente habituellement comme « Achille Talon, érudit ») - si l'on en croit son auteur, « il est généreux, mesquin, pacifiste, agressif, progressiste, bourgeois, désintéressé, jaloux, intrépide et quelque peu capon. En somme, brave et honnête comme vous et moi… ». Achille Talon conduit une Achilles 1908 (en)[3] ;
  • son père Alambic Dieudonné Corydon Talon, moustachu éthylique, grand amateur de bière, pragmatique, mais plein de ressources inattendues ; Physiquement, il est l'exact sosie de son fils (ou plutôt l'inverse), avec une énorme moustache rousse en plus ;
  • sa mère Maman Talon, toujours soucieuse du bien-être de son fils (« mon Chichille à moi »), sait parfois troquer sa douceur de ménagère pour des méthodes plus radicales face à l'adversité ;
  • Hilarion Lefuneste, son navrant voisin-par-la-force-des-choses, qu'il considère comme un « cuistre » et un béotien. Greg s'est inspiré de ses propres traits pour le dessiner ;
  • la marquise Virgule de Guillemets (« La fille du Maréchal. Celui qui avait épousé la Princesse. », « Trois fois couverture de Jour de Passy »), sa fiancée, chic et snob, qui ne fréquente que la haute société et les œuvres de charité. Elle est sans cesse accompagnée de sa camériste Hécatombe Susure (même lors d'une prise d'otage). Hécatombe est aussi sensuelle que paresseuse, laide et désobéissante et très déterminée dans ses volontés, un gangster américain dont elle devint la femme l'apprit à ses dépens…
  • Vincent Poursan, l'incarnation du petit commerçant mesquin, le mercantilisme fait homme ;
  • le médecin (dont le nom et la spécialité change mais dont l'allure grande, maigre, binoclarde ne varie pas) qui symbolise le corporatisme intéressé moqueur et mercantile de cette profession. Il meurt — littéralement — de rire devant son client à force de se moquer de la maladie (probablement ridicule) que ce dernier aurait attrapée… De temps à autre il lui arrive de s'extasier devant le problème de son patient ("Oh le beau cas.") ;
  • Laszlo Zlotz, ami étranger de Talon à la syntaxe et à la grammaire plus que singulières…
  • Pétard, le canard apprivoisé d'Achille Talon, toujours coiffé d'un béret, rencontré pour la première fois et adopté dans l'album L'Esprit d'Éloi ;
  • Samson Fo-Pli, professeur géologue rencontré par Achille Talon dans les albums Le grain de la folie et La loi du bidouble. Lefuneste le décrit comme le seul personnage intelligent qu'on peut rencontrer dans les aventures d'Achille Talon ;
  • le major Hercule Lafrime, militaire en retraite obsédé par les choses tenant à l'armée. Il va parfois aider le héros dans ses requêtes ;
  • autres personnages : le marquis Constant d'Anlayreur, le docteur Amédée Funchéry, le docteur Pécule (médecin sadique), l'agent Dussiflet, le docteur Basile Defou, Attila Fléaudedieu (un vague cousin qui le martyrisait), M. Largent-Content, son fils Bastien-Robert Largent-Content, etc.

Le journal Polite[modifier | modifier le code]

Polite est le journal où travaille Achille Talon, parodie évidente du journal Pilote où les aventures d'Achille Talon étaient publiées. De nombreuses personnes de la rédaction s'y retrouvent ainsi caricaturées (leurs noms n'étant cependant que rarement cités). Polite est à la fois une anagramme du titre parodié, et un jeu de mots sur l'anglais polite, qui signifie poli, policé (alors que le rédacteur en chef de Polite se fait rarement prier pour proférer des insanités)[réf. nécessaire]. Le slogan de Polite est « Bonsoir ! Quel périodique ! » (celui de Pilote était « Mâtin ! Quel journal ! »).

Deux personnes apparaissent en particulier :

  • René Goscinny lui-même (présenté en tyrannique rédacteur en chef de Polite, le patron qui dit « NON »). Le personnage est dessiné comme un nabot coléreux aux dents acérées, alors que le véritable René Goscinny était de taille normale, d'où la surprise de certaines personnes qui le rencontraient pour la première fois : Mais vous n'êtes pas petit ![1] ;
  • Jean-Michel Charlier est présenté comme un gros qui mange des sandwiches en permanence à la rédaction de Polite ;

D'autres figures apparaissent parfois également :

Albums[modifier | modifier le code]

À sa disparition le 29 octobre 1999, Greg laisse une dernière aventure inachevée entamée en 1992. L'histoire commençait sur le rachat involontaire de 151 îles par une multinationale. La société doit se débarrasser très vite de la dernière île sous peine de tomber sous une loi anti-trust, île qui tombe entre les mains de Talon et Lefuneste. Cette œuvre n'a pas été complétée par les successeurs de Greg. Les albums publicitaires Achille Talon vous salue bien et Achille Talon fait son ménage (recueils que Shell a distribué en échange de points de fidélité)[5] indiquaient que l'album suivant L'Appeau d'Ephèse s'intitulerait L'Île Aytaytt Hunfoa.

Cela dit, Greg ne désirant pas que sa série meure avec lui, avait désigné de son vivant ses successeurs en Christmann (alias Brett) et Roger Widenlocher, qui ont sorti de nouveaux albums, mais uniquement composés de gags en une ou deux pages.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Dans la publicité[modifier | modifier le code]

Achille Talon servit de support à de nombreuses marques. Notamment, l'album L'Archipel de Sanzunron était originellement une commande du Crédit Lyonnais en 1980. L'histoire complète comprend 46 pages. Elle a été publiée à raison de 4 pages par mois ajoutées dans la revue interne destinée au personnel La Vie au Crédit Lyonnais. À la fin, une chemise servant de reliure et de couverture a été offerte afin de regrouper l'histoire complète. Probablement peu d'employés de cette époque ont conservé cet album. En 1995 Achille Talon a servi pour une publicité de la Chambre des notaires du Québec à la télévision. L'agent Dussiflet y figure aussi sur des affiches promouvant la vigilance contre les vols dans les autos dans les stationnements de l'Agence métropolitaine de transport.

Des albums publicitaires ont été édités par Shell, à savoir :

  • Tome 1 : Achille Talon vous salue bien, qui contient des extraits des tomes 7, 28, 30, 34 et 35 cités précédemment ;
  • Tome 2 : Achille Talon fait son ménage, qui contient des extraits des tomes 4, 5, 8 et 21 cités précédemment ;

Au moins 2 autres ont été édités par Dargaud pour Esso : Ach!lle Talon en vacances (1999). Et Hop ! (2000). Ce dernier reprend la couverture d'un numéro d'"Achille-Talon-Magazine".

D'autres ont été édités par Dargaud au profit de Citroën, tel Achille Talon en vadrouille qui reprend la couverture de Achille Talon aggrave son cas.

Achille Talon magazine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Achille Talon magazine.

Devenu un des phares du magazine Pilote et best-seller dans les ventes d'albums, Achille Talon eut droit à son propre magazine. Lancé en octobre 1975, le premier numéro du mensuel Achille Talon magazine se vendit à 60 000 exemplaires. Un chiffre insuffisant aux yeux de l'éditeur à une période où la première crise du pétrole venait de frapper entraînant une montée exorbitante du cours du papier. Seul le numéro 0 avait donc un papier de meilleure qualité et un format plus grand que les six autres numéros qui suivirent.

Série télévisée d'animation[modifier | modifier le code]

Une série TV en 52 épisodes de 26 minutes a été réalisée pour Canal + en 1996. C'est d'ailleurs Greg en personne qui a tenu le rôle d'Hilarion Lefuneste.

Le dessin animé a été produit par Saban International de 1996 à 1997. Chaque épisode est décomposé en 2 histoires courtes. Il a été diffusé en France pour la première fois le 3 septembre 1997 dans l'émission C + Cléo sur Canal +.

Dans le dessin animé, Achille Talon remplace les super-héros qui ne peuvent assurer leurs obligations, et arrive toujours à faire triompher la justice grâce à une chance exceptionnelle. La série a été diffusée dans les pays anglo-saxons, en réutilisant le nom américain de Walter Melon.

Traductions[modifier | modifier le code]

Achille Talon fut traduit en douze langues :

  • Walter Melon (anglais) ;
  • Albert Enzian (allemand) ;
  • Olivier Blunder (néerlandais) ;
  • August Julius ou Peter Pjusk (danois) ;
  • Julius Jensen ou Totto Talong (norvégien) ;
  • Aquiles Talón (espagnol ; Le journal Mortadelo, Editorial Bruguera; et TBO à l'époque d'Ediciones B) ;
  • Aquil·les Taló (catalan) ;
  • Alla Kala (islandais) ;
  • Axilleas Talon (grec) ;
  • Akilles Jänne (finnois).

Achille Talon conserva son nom original en Indonésie et au Portugal.

Le vocabulaire particulier d'Achille Talon, riche en calembours et en jeux de mots posa de nombreux problèmes aux traducteurs de tous bords. Greg prenait d'ailleurs le soin de relire les traductions anglaises, italiennes et espagnoles. À ce sujet, Greg fit part de l'anecdote qu'un jour, son traducteur ibérique, devant l'impossibilité de traduction, inventa un gag à part entière que Greg racheta pour l'adapter plus tard en français.

Version anglaise[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, seuls les gags où apparaissait le père d'Achille étaient traduits dans la presse britannique. Greg expliquait cela par le fait que le père Talon ressemblait, « avec sa moustache rousse, son chapeau melon, son plastron et sa chope de bière », en tout point à un « parfait cockney ».

En 1981, l'album Magnesia’s Treasure, version entièrement redessinée du Trésor de Virgule, est proposé sur le marché nord-américain mais l'expérience n'obtint cependant pas de succès et s'arrêta là. Greg expliqua ainsi cet échec : « Talon ne fait pas rire les Américains. Je crois que c'est un peu trop compliqué pour eux… En général, les journalistes yankees m'interviewaient pour me demander ce que signifiait Hop ! et Bof !… Ils avaient un peu de mal à comprendre ces interjections… Le reste aussi, d'ailleurs, j'en ai bien peur ! »[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Michel Greg, Achille Talon, t. 45 : Le Maître est Talon, Paris, Dargaud,‎ 2001 (ISBN 978-2-205-05126-1)
  2. Michel Greg, Achille Talon, t. 6 : Achille Talon au pouvoir, Paris, Dargaud,‎ 1972 (ISBN 2-205-00641-X), p. 21 (case 7)
  3. Achille Talon et la traversée du disert, page 10.
  4. Une partie des informations de cette page est tirée de cet album-hommage
  5. http://www.bedetheque.com/album-12340-BD-Achille-Talon-vous-salue-bien.html
  6. entretien extrait de Michel Greg, Dialogues sans bulles de Benoît Mouchart, paru en 1999 chez Dargaud

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]