Semaine sanglante

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Semaine sanglante (homonymie).
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Sanglante semaine.
Semaine sanglante
Bataille du cimetière du Père-Lachaise, peinture de Henri Félix Emmanuel Philippoteaux.
Bataille du cimetière du Père-Lachaise, peinture de Henri Félix Emmanuel Philippoteaux.
Informations générales
Date 21-
Lieu Paris
Issue Victoire des Versaillais
Belligérants
Drapeau français République française (Gouvernement de Versailles) Red flag.svg Commune de Paris
Commandants
Patrice de Mac-Mahon
Paul de Ladmirault
Ernest Courtot de Cissey
François Charles du Barail
Félix Douay
Justin Clinchant
Joseph Vinoy
Gaston de Galliffet
Charles Delescluze
Paul Antoine Brunel
Émile Eudes
Émile-Victor Duval
Napoléon La Cécilia
Jarosław Dombrowski
Walery Wroblewski
Louis Rossel
Forces en présence
Versaillais :
130 000 hommes
Communards:
25 000 à 30 000 hommes
Pertes
877 morts au combat
6 454 blessés
183 disparus
~ 50 à 100 otages exécutés
6 000 à 30 000 morts
(tués au combat et prisonniers fusillés)
43 522 prisonniers
Commune de Paris
Batailles
Courbevoie — Rueil — Meudon — Issy — Semaine sanglante — Butte-aux-Cailles

La Semaine sanglante, du 21 au , est l'épisode final de la Commune de Paris, où celle-ci est écrasée et ses membres exécutés en masse.

Origines[modifier | modifier le code]

Chronologie[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

21 mai[modifier | modifier le code]

21-22 de mai de 1871.jpg

Ce dimanche après-midi, les troupes versaillaises stationnant l'arme au pied devant le saillant que forme le rempart du Point du Jour, sous commandement du maréchal de Mac Mahon (le vaincu de Sedan) entrent dans Paris. Profitant du fait qu'elle n'était pas gardée, le nommé Ducatel, piqueur des Ponts et Chaussées, leur a ouvert la poterne du bastion 64, entre la Porte d'Auteuil barricadée et la porte de Saint-Cloud.
Les Versaillais occupent les fortifications d'où ils échangent quelques coups de feu, puis le terrain jusqu'à la ligne de chemin de fer de petite ceinture. Le Conseil de la Commune, qui est en train de juger Cluseret, n'envoie aucun renfort demandé par Dombrowski qui commande le secteur.
Le Comité de Salut Public dépêche un observateur qui est fait prisonnier par les Versaillais, qui occupent Auteuil et Passy. Ils fouillent systématiquement les maisons, procèdent sur dénonciation à des arrestations et commencent à fusiller les Gardes nationaux[réf. nécessaire] du secteur conduits au cimetière de Longchamp, à la lisière du Bois de Boulogne dominant l'hippodrome.
Au même moment se déroule la dernière réunion du Conseil de la Commune.
En fin de soirée, un concert a lieu au Louvre au bénéfice des « veuves et orphelins ».

22 mai[modifier | modifier le code]

22 de mai de 1871.jpg

Au matin, les versaillais occupent les 15e et 16e arrondissements, les portes d'Auteuil, de Passy, de Sèvres et de Versailles.
Ils installent de l'artillerie sur la colline de Chaillot et à l'Étoile.
Le reste de Paris apprend enfin la nouvelle par une affiche signée de Charles Delescluze, délégué à La Guerre. Suite à cette proclamation, une grande partie des combattants de la Commune se replie alors dans son quartier pour le défendre, abandonnant toute lutte coordonnée. Des barricades sont édifiées au square Saint-Jacques, dans les rues Auber, de Châteaudun, du Faubourg Montmartre, de Notre-Dame de Lorette, à la Trinité, à la Chapelle, à la Bastille, aux Buttes Chaumont, au boulevard Saint-Michel, au Panthéon
Des combats ont lieu place Clichy et aux Batignolles. Les Allemands autorisent les Versaillais à traverser la zone neutre au nord de Paris, ce qui leur permet de prendre les Batignolles à revers.
En fin de journée les Versaillais occupent l'Élysée, la gare Saint-Lazare, l'École militaire, où sont stationnés les canons de la Commune.
Leur progression est lente, dans ces quartiers qui leur sont acquis, car il semble que les officiers freinent leurs soldats pour faire monter la tension et pour procéder à des exécutions sommaires[réf. nécessaire], en particulier dans la caserne de la rue de Babylone.

23 mai[modifier | modifier le code]

23 mai de 1871.jpg

Le Comité de Salut Public et le Comité central de la Garde nationale font placarder, à l'attention des soldats versaillais, des appels à la fraternisation. En vain[réf. nécessaire]. Les hostilités cessent aux Batignolles malgré les efforts des troupes commandés par Benoit Malon et la butte Montmartre tombe pratiquement sans combat du fait de la désorganisation. Selon Prosper-Olivier Lissagaray, quarante-deux hommes, trois femmes et quatre enfants ramassés au hasard sont conduits au numéro 6 de la rue des Rosiers, contraints de fléchir les genoux, tête nue, devant le mur au pied duquel les généraux ont été exécutés le 18 mars. Puis ils sont fusillés. Dombrowski est tué rue Myrrha. La résistance persiste à la Butte-aux-Cailles (avec Walery Wroblewski), au Panthéon (avec Lisbonne), dans les rues de l'Université, Saint-Dominique, Vavin, de Rennes et à la gare de l'Est. Les Versaillais occupent l'Opéra, le faubourg Montmartre et la Concorde, ils atteignent l'Observatoire et procèdent à des exécutions massives à Montmartre, au parc Monceau et à la Madeleine. Début des grands incendies qui vont ravager plusieurs monuments parisiens (le palais des Tuileries, arrosé de pétrole et de goudron par les Communards Dardelle, Bergeret, Benot, Boudin et Mabeuf, la Cour des Comptes, le Conseil d'État et le palais de la Légion d'honneur)[1] On ne peut départager si ces incendies sont le résultat de l'action de Communards incendiaires ou des obus versaillais, voire l'action d'agents bonapartistes soucieux de détruire des archives compromettantes[réf. nécessaire].

24 mai[modifier | modifier le code]

24 de mai de 1871.jpg

Les incendies du 23 se poursuivent, y compris des immeubles d'habitation rue de Lille, Saint-Sulpice et du Bac. Les dirigeants communards évacuent et font incendier volontairement l'Hôtel de ville, la Préfecture de police et le Palais de justice. Les Versaillais occupent la Banque de France, le Palais-Royal, le Louvre, la rue d'Assas et Notre-Dame des Champs. Le quartier latin est attaqué ; il est occupé le soir et ses défenseurs (près de 700) sont exécutés rue Saint-Jacques. La poudrière du Luxembourg saute. À 12 h 30, le docteur Faneau, à la tête de l'ambulance établie au séminaire Saint Sulpice, est passé par les armes avec 80 fédérés blessés. À la prison de la Roquette, les Communards exécutent l'archevêque de Paris Georges Darboy et cinq autres otages (dont le président Bonjean qui s'était illustré lors de la répression anti-populaire de juin 1848). La mort de l'archevêque, qui avait tenté de faciliter l'échange d'Auguste Blanqui contre des prisonniers fédérés, ôte le dernier espoir d'arrêter l'effusion de sang. Les Communards ne tiennent plus que le 9e, le 12e, le 19e et le 20e arrondissements, plus quelques îlots dans le 3e, le 5e et le 13e (bataille de la Butte-aux-Cailles).

25 mai[modifier | modifier le code]

25 de mai de 1871.jpg

Combats acharnés à la Butte-aux-Cailles, où résiste Wroblewski, et place du Château d'Eau, où Charles Delescluze, délégué à la Guerre de la Commune, est tué.
Les cinq dominicains d'Arcueil et neuf de leurs employés sont soupçonnés de travailler pour « Versailles » et d'avoir mis le feu au siège de l'état-major du 101e bataillon proche de leur école. Le 19 mai, ils sont arrêtés, incarcérés au fort de Bicêtre. Puis, transférés le 25 lors de l'évacuation vers Paris, et abattus le même jour après une certaine confusion dans la prison du secteur, 38 avenue d'Italie.

26 mai[modifier | modifier le code]

26 de mai de 1871.jpg

Épisode de la « villa des Otages », rue Haxo : 50 personnes détenues à la prison de la Roquette (11 prêtres - parmi lesquels Pierre Olivaint -, 36 gardes ou gendarmes versaillais et 4 civils travaillant ou manipulés par la police) ont été transférées de la prison de la Roquette à la limite des fortifications, au 85 rue Haxo[2]. À cet endroit, ces personnes ont été fusillées par un peloton d'exécution, avec l'approbation de la population présente. D'après le livre de souvenirs de Maxime Vuillaume Mes cahiers rouges pendant la Commune, une autre personne est décédée à cet endroit (la plaque commémorative mentionne d'ailleurs 52 victimes).
Ultérieurement, l'église Notre-Dame-des-Otages a été construite à cet emplacement au 85 de la rue Haxo.
Massacre de Communards au Panthéon.
Le faubourg Saint-Antoine est contrôlé par les Versaillais.
Les émigrés polonais Adolf Rozwadowski et Michał Szeweycer sont exécutés pour avoir hébergé des Communards ; l'exécution est qualifiée de « l'une des plus horribles » par Ladislas Mickiewicz.
Les Communards ne tiennent plus qu'un « quadrilatère » : canal de l'Ourcq, bassin de la Villette, canal Saint-Martin, boulevard Richard-Lenoir, rue du Faubourg-Saint-Antoine et porte de Vincennes.

27 mai[modifier | modifier le code]

27 de mai de 1871.jpg

Au cimetière du Père-Lachaise, on combat à l'arme blanche entre les tombes : 147 communards sont fusillés au mur des Fédérés.
Pendant la nuit les artilleurs versaillais tirent pour tenter d'incendier Belleville.

28 mai[modifier | modifier le code]

28 de mai de 1871.jpg

Les combats se poursuivent dans Belleville.
En début d'après-midi, les Versaillais prennent la dernière barricade des Communards, dont l'emplacement reste incertain. Sa commémoration officielle se déroule en effet rue de la Fontaine-au-Roi dans le XIe arrondissement mais, dans ses mémoires, Gaston Da Costa précise que la dernière barricade à tomber est celle du Faubourg du Temple, dans le Xe[3].
Mort d'Eugène Varlin, membre de l'internationale, fusillé au même endroit que les généraux Lecomte et Thomas fusillés le 18 mars.

29 mai[modifier | modifier le code]

Le fort de Vincennes encerclé par les Allemands se rend. Les neuf officiers de la garnison sont fusillés dans les fossés près de l'endroit où tomba le duc d'Enghien.
L'un d'eux, le colonel Delorme, se tourna vers le Versaillais qui commandait et lui dit : « Tâtez mon pouls, voyez si j'ai peur ».

Bilan de la Semaine sanglante[modifier | modifier le code]

La répression de l'insurrection parisienne du 18 mars a été particulièrement bien organisée par le gouvernement de Thiers.
L'état de siège a été décrété et Paris divisé en quatre secteurs militaires.
Si les soldats de première ligne sont chargés de faire le coup de feu contre les Communards, les soldats de la deuxième ligne sont chargés de traquer ceux qui ne se rendent pas. Ils peuvent perquisitionner dans les maisons, les parcs et même les catacombes.
Les « brassardiers », Parisiens partisans du gouvernement de Versailles munis d'un brassard, qui connaissent bien leurs quartiers, les aident. On assiste, alors, à de nombreuses dénonciations, près de 400 000 dont seulement cinq pour cent sont signées.

Cadavres de Communards.

Des cours prévôtales, qui sont chargées de donner un semblant de légitimité aux exécutions sommaires, sont installées à l'École polytechnique, à la Gare du Nord, à la Gare de l'Est, au Châtelet et au Luxembourg. Des pelotons d'exécution fonctionnent, avec le système des « fournées », square Montholon, au parc Monceau, à l'École militaire, au cimetière Montparnasse et en particulier à la caserne Lobau. En 1897, un charnier de 800 Communards est découvert dans le quartier de Charonne. Pour gagner du temps on se sert de mitrailleuses[réf. nécessaire].

En 1876, le journaliste socialiste Prosper-Olivier Lissagaray, ancien communard, rapporte que le conseil municipal de la ville de Paris paye l'inhumation de 17 000 cadavres, en prenant en compte les tués hors de Paris, il estime à probablement 20 000 le nombre des fusillés de la Semaine sanglante[4], sans compter 3 000 fédérés tués ou blessés au combat[5]. En 1880, le journaliste et homme politique Camille Pelletan, membre du parti Parti radical-socialiste élève le nombre des victimes à 30 000[6].

Pour Jacques Rougerie, probablement 3 000 à 4 000 fédérés sont morts au combats[7], le nombre total des victimes de la Semaine sanglante ne peut être connu avec précision, selon lui il est d'« au minimum 10 000, probablement 20 000, davantage peut-être[8] ». Les principaux généraux versaillais responsables des tueries furent Ernest Courtot de Cissey, Joseph Vinoy et Gaston de Galliffet, couverts, « bon gré mal gré » par Adolphe Thiers et Patrice de Mac Mahon[9].

En 2011, l'historien britannique Robert Tombs effectue de nouvelles recherches, en se basant sur les archives des cimetières de Paris, il arrive à la conclusion que les combats et les exécutions ont fait environ 6 000 à 7 500 morts chez les Communards[10],[11].

La plupart des prisonniers sont acheminés vers Versailles pour être internés au camp de Satory. Durant le voyage il y a des exécutions : le 31 mai, le journaliste du Times, raconte que devant lui, le général De Galliffet, fait abattre 83 hommes et 12 femmes. De très nombreux témoignages racontent que durant le trajet les prisonniers sont injuriés et battus par des habitants de Versailles, sans que les soldats escorteurs n'interviennent.

Le bilan officiel, rapporté par le général Appert devant l'Assemblée nationale en 1875, fait état de 43 522 arrestations, dont 819 femmes et 538 enfants, on en relâche près de 7 700 qui avaient été arrêtés par erreur. Au camp de Satory, le calvaire continue : aucune hygiène, peu de soins pour les blessés, les épidémies se développent. On abat 300 prisonniers pour tentative de fuite dans la nuit du 27 au 28 mai.

Des prisonniers fédérés furent transférés dans les pontons et ports de l'ouest de la France; à Brest, Lorient, Cherbourg et Rochefort ces transferts eurent lieu dans des wagons à bestiaux dans des conditions sanitaires volontairement déplorables. Environ 20 000 y furent détenus pendant plusieurs mois, au moins 1 000 y moururent[9].

En face, l'armée versaillaise dénombre officiellement 877 tués, 6 454 blessés et 183 disparus[7] auxquels on peut ajouter la cinquantaine d'otages fusillés par les communards[12], une centaine selon Jacques Rougerie[13].

L'après[modifier | modifier le code]

Le procès des Communards.
Le commandant Gaveau, Adolphe Thiers et le colonel Merlin.
Gravure de Félix Vallotton parue dans La Revue blanche en 1897.

La répression est féroce[14]. Dès les premiers jours de juin, la justice « régulière » remplace les massacres de communards par les Versaillais et les exécutions sommaires massives avec la mise en place de conseils de guerre, qui siègent pendant quatre années consécutives[15].
La loi du porte à 15 le nombre de conseils de guerre chargés de juger les prisonniers de la Commune pour la division militaire de Paris[16], alors qu'ils sont limités à un ou deux pour les autres divisions militaires. Outre ces conseils de guerre, une commission des grâces est instituée par la loi du afin de statuer sur le sort des condamnés pour faits relatifs à l'insurrection du [17]. Composée de quinze membres, pour la plupart royalistes, et présidée par Louis Martel, député du Pas-de-Calais, elle se réunit pour la première fois le 16 octobre à Versailles[18],[19].

Le , la loi Dufaure interdit l'affiliation à l'Association internationale des travailleurs[20]. Le 22 mars est votée une loi sur le transport en Nouvelle-Calédonie des communards condamnés aux travaux forcés ou à la déportation, complétée par les décrets du , du et du [21].
Cette loi fixe plus précisément le lieu de déportation : la presqu'île Ducos est destinée à la déportation en enceinte fortifiée, l'île des Pins à la déportation simple et le bagne de l'île de Nou aux condamnés aux travaux forcés[22] tous situés en Nouvelle-Calédonie.
Le premier convoi, parti à bord de la frégate La Danaé de Brest le , arrive à Nouméa le 29 septembre[21]. Vingt convois se succèdent de 1872 à 1878, transportant un peu plus de 3 800 personnes, dans des conditions très pénibles. Les prisonniers sont enfermés dans de grandes cages dont ils ne sortent qu'une trentaine de minutes pour prendre l'air sur le pont avec des rations alimentaires faibles et de mauvaise qualité et des punitions fréquentes. En tenant compte des décès, évasions, disparitions, grâces, commutations et rapatriements, sans compter les forçats de l'île de Nou, il y aurait 3 350 à 3 630 déportés en Nouvelle-Calédonie le , après les premiers décrets de grâce d'octobre 1876[22].

Le , dans son rapport à l'Assemblée nationale[23], qui ne tient pas compte des condamnations prononcées en province[22], le général Appert dénombre 46 835 individus jugés, sur lesquels il y a 23 727 non-lieux, 10 137 condamnations prononcées contradictoirement, 3 313 condamnations prononcées par contumace, 2 445 acquittements et 7 213 refus d'informer[22],[24].

Sur les 10 137 condamnations prononcées contradictoirement, on compte 95 condamnations à mort, 251 aux travaux forcés à vie ou à temps, 4 586 à la déportation (dont 1 169 en enceinte fortifiée et 3 417 en Nouvelle-Calédonie[22], dont Louise Michel[25]), 1 247 à la réclusion perpétuelle et 3 359 à des peines de prison variables. 55 enfants de moins de 16 ans sont envoyés en maison de correction. En fait, il n'y a que 25 exécutés, dont Théophile Ferré et Louis Rossel, fusillés à Satory le [22].

Pour les contumaces, il y a 175 condamnés à mort, 159 aux travaux forcés, 2 910 à la déportation et 46 à la prison[26].

Les arrêtés se répartissent ainsi : 75 % d'« ouvriers » (ouvriers salariés et petits patrons artisans), 8 % d'employés, 7 % de domestiques, 10 % de petits commerçants, de professions libérales, voire des petits propriétaires-rentiers. L'insurrection du 18 mars est donc bien un soulèvement populaire[réf. nécessaire].

À la charnière de 1871 et de 1872, deux propositions d'amnistie sont présentées au Parlement, par Henri Brisson et 47 parlementaires, d'une part, par Edmond de Pressensé, de l'autre.
En 1873, l'élection du radical lyonnais Désiré Barodet face à Charles de Rémusat fait de l'amnistie un thème électoral.
À l'automne 1874, Édouard Lockroy, soutenu par dix-neuf députés, émet un vœu amnistaire relayé par la presse.
Le , le député du Vaucluse, Alfred Naquet, dépose au nom de la gauche radicale une proposition d'amnistie qui est repoussée à main levée par l'Assemblée nationale.
Lors de la campagne électorale de 1876, de nombreux candidats républicains font de l'amnistie, formulée comme une politique de l'oubli, l'un des points forts de leur programme[27]. En mai 1876, les députés Raspail, Clemenceau, Naquet, Floquet et Lockroy récidivent en vain (377 contre, 99 pour)[28].
Détournée temporairement par la crise du 16 mai 1877, l'attention sur la question de l'amnistie se pose de nouveau en 1879. Le , le ministre de la Justice Le Royer, fait voter un projet substituant une « grâce » partielle à l'amnistie par 345 pour et 104 contre[29].
Ce n'est que le , qu'avec l'appui tardif de Gambetta, alors président de la Chambre, qui prononce un discours le 21 juin, l'amnistie pleine et entière est votée sur un projet du gouvernement déposé le 19 juin par 312 voix contre 136.
Les exilés et les déportés peuvent alors revenir en France[30].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lettre manuscrite rédigée par monsieur Remy, portier aux Monuments nationaux, conservée aux Archives de la Préfecture de police de Paris présentée dans l'émission L'Ombre d'un doute du 25 mars 2013.
  2. Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Éditions de Minuit, 1963 et rééd.
  3. Gaston Da Costa, Mémoires d'un Communard p. 278
  4. Prosper-Olivier Lissagaray, L'histoire de la commune de 1871, rééd. La Découverte, 526 p. 2004 / Première publication en 1876 / seconde publication rallongée, éd Dentu, Paris, 1896, p.391-394.en ligne sur Gallica
  5. Prosper-Olivier Lissagaray, L'histoire de la commune de 1871, rééd. La Découverte, 526 p. 2004 / Première publication en 1876 / seconde publication rallongée, éd Dentu, Paris, 1896, p.381.en ligne sur Gallica
  6. Camille Pelletan, "La Semaine de Mai" (1880), p.396.
  7. a et b Rougerie 2009, p. 107.
  8. Rougerie 2009, p. 113.
  9. a et b Rougerie 2009, p. 114.
  10. H-France Salon, How bloody was la Semaine Sanglante? A revision. Robert Tombs, St John’s College, Cambridge
  11. H-France Salon, Commentaire de Quentin Deluermoz, Université Paris 13/Nord
  12. 900 morts selon Michaël Bourlet, « L’armée de Versailles pendant la Semaine sanglante et les combats de rues (21-28 mai 1871) », Revue historique des armées, no 238,‎ 2005 (lire en ligne).
  13. Jacques Rougerie, Paris insurgée, la Commune de Paris, p. 108.
  14. Sophie Wahnich, « Le débat sur les extradés italiens et le jeu des références historiques », dans Sophie Wahnich (dir.), Les territoires de l'amnistie entre clémence et tolérance zéro: entre clémence et tolérance zéro, Paris, L'Harmattan, 2007, p. 99 (ISBN 2296031153)
  15. Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans image ?, Éditions Champ Vallon, 2004, 526 pages (ISBN 2876733900), p. 144.
  16. Edgar Zevort, Histoire de la Troisième République, F. Alcan, 1899, vol. 1, p. 275.
  17. Pour Prosper-Olivier Lissagaray, dans l’Histoire de la commune de 1871, H. Kistemaeckers, Bruxelles, 1876, 516 pages, « Thiers avait habilement rejeté sur les représentants le droit de commuer les peines » en faisant « nommer par la Chambre une commission des grâces » (p. 482) qualifiée de « commission des assassins » à « l'Assemblée par un député, M. Ordinaire fils » (p. 485).
  18. Voir la chronologie de Maxime Jourdan dans Le Cri du peuple : 22 février 1871-23 mai 1871, éd. L'Harmattan, Paris, 2005, 306 pages (ISBN 2747584054), p. 195.
  19. « À l'ordinaire, il ne s'écoulait pas plus de trois mois entre le jour de la condamnation et celui de la décision de la Commission des grâces » selon Gaston da Costa, La commune vécue (18 mars-26 mai 1871), Maison Quantin, 1905, vol. 3, p. 254.
  20. René Bidouze, Lissagaray, la plume et l'épée, Éditions ouvrières, 1991, 238 pages, p. 109.
  21. a et b Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans image ?, Éditions Champ Vallon, 2004, 526 pages, p. 499 (ISBN 2876733900).
  22. a, b, c, d, e et f Laure Godineau, « La répression légale, la déportation, l'amnistie », pp. 55-60.
  23. « Rapport d'ensemble de M. le général Appert sur les opérations de la justice militaire relatives à l'insurrection de 1871, présenté à l'Assemblée nationale par ordre de M. le maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta, président de la République française, par M. le général de Cissey, Ministre de la Guerre », Annales de l'Assemblée nationale, vol. XLIII, Paris, Cerf et fils, 1875.
  24. 36 309 personnes, dont 819 femmes et 538 enfants, ne sont pas concernées par ce refus d'informer, selon Christophe Monat, Gaston Alexandre Auguste de Gallifet: de la Commune à l'Affaire Dreyfus, J.-C. Godefroy, 1985, 208 pages, p. 84 (ISBN 2865530477), 34952 hommes, 819 femmes et 538 enfants, pour Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans image ?, Éditions Champ Vallon, 2004, 526 pages, p. 144 (ISBN 2876733900).
  25. « Extrait du procès de la communarde Louise Michel, Versailles, décembre 1871 », sur le site increvablesanarchistes.org, consulté le 15 octobre 2008.
  26. Jacques Rougerie, Paris libre, 1871, Éditions du Seuil, 1971, 284 pages, p. 257.
  27. Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans image ?, p. 291.
  28. Sophie Wahnich, Les territoires de l'amnistie entre clémence et tolérance zéro: entre clémence et tolérance zéro, p. 101.
  29. Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans image ?, pp. 292-293.
  30. Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans image ?, p. 294.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :