Tombe du Soldat inconnu (France)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Tombe du Soldat inconnu.

48° 52′ 26″ N 2° 17′ 42″ E / 48.87379, 2.29496 ()

Unknownsoldier paris.jpg

En France, une tombe du Soldat inconnu a été installée sous l'arc de Triomphe de la place de l'Étoile à Paris le 11 novembre 1920. Il s'agit d'un soldat non identifié (reconnu français), qui représente tous les soldats tués au cours de la Première Guerre mondiale. En 1923, une flamme éternelle est allumée ; elle est ravivée tous les soirs à 18h30 (cérémonie débutant vers 18h00). Cette sépulture est entourée de 100 poteaux symbolisant les Cents-Jours. La tombe est faite en granite de Vire.

Commémorer un Soldat inconnu : de l'idée à la réalisation[modifier | modifier le code]

Dès la première année de la Première Guerre mondiale, de nombreux projets pour honorer les morts fleurissent[1]. Ainsi, se multiplient les plaques, les livres d'or. La mention Mort pour la France est instituée par la loi française du 2 juillet 1915[2].

Dans un discours au cimetière de Rennes du 20 novembre 1916, François Simon, le président de la section locale du Souvenir français (association fondée en 1887 pour entretenir le souvenir des morts de la guerre franco-prussienne de 1870) évoque le premier l'idée « d'ouvrir les portes du Panthéon à l'un des combattants ignorés morts bravement »[3]. « Pourquoi la France n'ouvrirait-elle pas les portes du Panthéon à l'un de nos combattants ignorés, mort bravement pour la patrie, avec, pour inscription sur la pierre, deux mots : « un soldat » ; deux dates : « 1914-1917 » [sic] ? Cette inhumation d'un simple soldat sous ce dôme, où reposent tant de gloires et de génies, serait comme un symbole ; et plus, ce serait un hommage rendu à l'armée française toute entière »[4].L'idée ne se concrétise véritablement qu'après la fin du conflit, mais elle prend d'abord la forme d'un livre d'or rappelant tous les morts de la guerre : ce livre serait placé au sein du Panthéon. L'idée chemine grâce à la presse et le 19 novembre 1918, le député d'Eure-et-Loir Maurice Maunoury fait une proposition de loi dans ce sens. La Chambre des députés adopte finalement le 12 septembre 1919 la proposition d'inhumer « un déshérité de la mort »[5].

Le gouvernement a lui d'autres projets[6] : profiter du 2e anniversaire de l'Armistice pour célébrer le cinquantenaire de la Troisième République et porter le cœur de Gambetta au Panthéon : il s'agissait de donner un sens de continuité aux deux conflits, celui de 1870 perdu et celui de 1914-18 gagné, pour asseoir la victoire de la France sur l'Allemagne. Les deux projets, celui porté par l'exécutif et celui porté par la Chambre, alimentent un clivage politique d'autant plus perceptible que les tensions sont fortes entre le pouvoir avide de célébrer la victoire de son régime et les anciens combattants blessés ou traumatisés. Ces derniers préfèrent une cérémonie à l'arc de Triomphe dédié aux militaires tombés pour la patrie au Panthéon qui honore plutôt les gloires politiques et civiles. Finalement le 8 novembre 1920, la Chambre transige en proposant comme sépulture l'arc de Triomphe, réservant le Panthéon au seul Gambetta[1].

C'est André Maginot, ministre des Pensions et lui-même mutilé de guerre, qui préside la cérémonie de choix du soldat à inhumer : elle se déroule dans le lieu mythique de la Grande guerre : la citadelle de Verdun[7].

Choix du Soldat inconnu[modifier | modifier le code]

Auguste Thin, soldat de deuxième classe du 132e régiment d'infanterie, alors âgé de vingt et un ans, avait été chargé de désigner, le 8 novembre 1920, le soldat inconnu qui reposera sous l'arc de Triomphe.

Huit corps de soldats ayant servi sous l'uniforme français mais qui n'avaient pu être identifiés ont été exhumés dans les huit régions où s'étaient déroulés les combats les plus meurtriers : en Flandres, en Artois, dans la Somme, en Île-de-France, au Chemin des Dames, en Champagne, à Verdun et en Lorraine. Initialement, neuf soldats et neuf secteurs avaient été retenus mais dans l’un d’eux, aucun des corps exhumés n’offrait la garantie d’être français[8].

Le 9 novembre 1920, les huit cercueils de chêne ont été transférés à la citadelle de Verdun, dans une casemate où ils ont été plusieurs fois changés de place pour préserver l'anonymat de la provenance de chacun d'entre eux.

Le 10 novembre, les cercueils ont été placés sur deux colonnes de quatre dans une chapelle ardente dont la garde d'honneur fut confiée à une compagnie du 132e régiment d'infanterie. André Maginot, ministre des Pensions, s'est avancé vers un des jeunes soldats qui assuraient la garde d'honneur, Auguste Thin, engagé volontaire de la classe 1919, fils d'un combattant disparu pendant la guerre, pupille de la nation.

Il lui tendit un bouquet d'œillets blancs et rouges, et lui exposa le principe de la désignation : le cercueil sur lequel ce jeune soldat allait déposer ce bouquet serait transféré à Paris et inhumé sous l'arc de Triomphe.

« Il me vint une pensée simple. J'appartiens au 6e corps. En additionnant les chiffres de mon régiment, le 132, c'est également le chiffre 6 que je retiens. Ma décision est prise : ce sera le 6e cercueil que je rencontrerai. »

— Auguste Thin

Partant par la droite, Auguste Thin a fait un tour, puis il a longé les quatre cercueils de droite, a tourné à gauche, est passé devant le 5e et s'est arrêté devant le 6e cercueil sur lequel il a déposé son bouquet et s'est figé au garde-à-vous.

L'inhumation[modifier | modifier le code]

Après que le deuxième classe Auguste Thin fit son choix le 10 novembre 1920, le cercueil du soldat inconnu quitta Verdun dans la foulée sous escorte militaire. Il fut transporté à Paris par train et veillé toute la nuit place Denfert-Rochereau. Le cercueil fit une entrée solennelle sous l'arc de Triomphe le 11 novembre 1920, mais ne fut mis en terre que le 28 janvier 1921, en présence des autorités civiles et militaires, dont les maréchaux qui se sont illustrés lors de la Première Guerre mondiale Foch, Joffre et Pétain. Etaient également présents, le ministre belge des affaires étrangères Henri Jaspar, le Premier ministre britannique Lloyd George et un représentant du Portugal[9].

La tombe a été profanée le 23 août 1927 par des communistes lors d'une émeute, cela été une des raisons évoquées par les Croix-de-Feu au moment de leur création[10].

La flamme[modifier | modifier le code]

La flamme jaillit d'une gueule de canon placée au centre d'un bouclier de bronze, d'où rayonne une frise de glaives ciselés.

Suite à l'idée de faire brûler une flamme en permanence, idée émise début 1921 par le sculpteur ariégeois Grégoire Calvet[11], puis en octobre 1923 par l'écrivain-journaliste Gabriel Boissy, Jacques Péricard proposa de faire ranimer celle-ci chaque jour par des anciens combattants et l'opinion publique soutint ce projet. L'architecte Henri Favier, témoin dans son enfance des feux follets des cimetières[12], dessina la bouche à feu (gueule d'un canon braqué vers le ciel, encastré au centre d'une sorte de rosace représentant un bouclier renversé dont la surface ciselée est constituée par des glaives formant une étoile) qui fut réalisée par le ferronnier d'art Edgar Brandt.

La flamme sacrée sous l'arc de Triomphe fut ainsi allumée pour la première fois le 11 novembre 1923[13] à 18 heures par André Maginot, ministre de la Guerre, tandis que les troupes du 5e régiment d'infanterie présentaient les armes et que la musique jouait la Marche funèbre de Chopin. Le 81e régiment d'infanterie de ligne (surnommé « régiment de la flamme ») ranimait chaque année, en déléguant un piquet d'honneur, la flamme du Soldat inconnu. Ce régiment, transféré à Montpellier en 1983 et devenu régiment de manœuvre de l'École d'application de l'infanterie, a été dissous en 1995[14].

Cérémonie du ravivage de la flamme[modifier | modifier le code]

Le « ravivage de la flamme » sur la tombe du Soldat Inconnu a lieu depuis chaque soir à 18h30. Il est assuré par le Comité de la flamme (représentant 760 associations d'anciens combattants) ou des associations dont le civisme est reconnu, notamment l'Association des Vendéens de Paris et d'Île-de-France[15], selon un cérémonial précis : défilé jusque sous l'Arc de Triomphe, porteurs de gerbes en tête, suivis des porte-drapeaux et des membres de l'association ; disposition ordonnancée autour de la Dalle Sacrée, mise en place du drapeau de « La Flamme », du clairon et du tambour de la Garde républicaine ; montée du Commissaire de la Flamme et des présidents d'Associations accompagnée par la sonnerie « La Flamme » pour la dépose de gerbes ; ravivage par un glaive qui ouvre un peu plus la trappe de la flamme pendant que la sonnerie « Aux Morts » retentit, que les drapeaux s'inclinent et qu'une minute de silence est observée ; signature du Livre d'Or, salutations des membres alignés le long de la Dalle, écoute au « pied » de la Tombe de l'hymne « Honneur au Soldat Inconnu » ; raccompagnement aux chaînes par le Commissaire de service alors que la musique sonne « La Flamme »[16].

Les étudiants ingénieurs d'Arts et Métiers ParisTech sont invités, une fois par an, à assister à cette cérémonie. Dans l'esprit de commémoration de la mort de Jacques Bonsergent, symbole des gadzarts morts pour leur patrie, et dans le souvenir de leurs camarades morts durant la première guerre mondiale, ils déposent une gerbe de fleur au pied de la flamme, conjointement avec le président de la société des anciens élèves (SOCE), .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Rémi Dalisson, 11 Novembre. Du Souvenir à la Mémoire, Armand Colin,‎ 2013, 312 p.
  2. Projet de loi fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France, sur senat.fr
  3. Charles Vilain, Le Soldat inconnu, histoire et culte, Éd. Maurice d'Hartoy,‎ 1933, p. 3
  4. http://www.ouest-france.fr/14-18-en-ille-et-vilaine-la-tombe-du-soldat-inconnu-une-idee-rennaise-2767468
  5. Jean-Yves Le Naour, Le soldat inconnu : la guerre, la mort, la mémoire, Gallimard,‎ 2008, p. 20
  6. Jagielski Jean-François, Le Soldat inconnu. Invention et postérité d'un symbole, Paris, Imago, 2005, pp.51-89
  7. François Dominique Liechtenhan, Europe 1946 : entre le deuil et l'espoir, Editions Complexe,‎ 1996, p. 136
  8. 8 novembre 1920 : La citadelle accueille des soldats d’identités inconnus, mais de nationalité française garantie
  9. Centenaire de la guerre 14-18, photos de la Préfecture de Paris et d'Ile-de-France, sur le site plus.google.com, consulté le 2 août 2014
  10. Albert Kéchichian, Les croix de feu à l'âge des fascismes, chap 6
  11. voir notes et références "Voix du bois des Caures" - "Maria Amelia Ferreira Martins" - "Charles Vilain"
  12. source : son neveu Bernard Favier
  13. Jean-François Jagielski, Le Soldat inconnu..., op. cit., pp.135-152
  14. Elsa Clairon, « Le symbole : le soldat inconnu », émission Karambolage sur Arte, 5 novembre 2006
  15. Reportage de TV Vendée - Hommage à G.CLEMENCEAU à Paris
  16. Arc de Triomphe. La Cérémonie du Ravivage de la Flamme

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jagielski Jean-François, Le Soldat inconnu. Invention et postérité d'un symbole, Paris, Imago, 2005
  • (en) Maria Amelia Ferreira Martins, The unknown warrior and the perpetual flame (Lisbone, 1937)
  • Charles Vilain, Le soldat inconnu : histoire et culte (Paris, 1933)
  • Notice nécrologique dans La voix du bois des Caures, no 26 et 27, 1er au 15 décembre 1928

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • La Vie et rien d'autre film de Bertrand Tavernier (1989) évoque l'histoire du choix du Soldat inconnu en novembre 1920 (de l'ordre donné d'inhumer un soldat anonyme à la cérémonie du choix parmi les huit cercueils). La scène de la sélection du cercueil a été reconstituée à l'identique, dialogues compris. Une seule erreur est à noter ; la sonnerie aux morts date de 1931.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]