Édouard de Castelnau

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Officier général francais 5 etoiles.svg Édouard de Curières de Castelnau
Image illustrative de l'article Édouard de Castelnau

Naissance 21 décembre 1851
Décès 19 mars 1944 (à 92 ans)
Origine Drapeau de la France France
Arme Artillerie
Grade Général d'armée
Années de service 1870 – 1919
Conflits Première Guerre mondiale
Commandement 13e division d'infanterie
IIe Armée
Distinctions Grand-croix de la Légion d'honneur
Croix de Guerre 1914-1918
Médaille interalliée 1914-1918
Médaille commémorative de la Grande Guerre
Autres fonctions Député de l'Aveyron
Gouverneur de l'ordre de Saint-Georges de Bourgogne (1932-1944)
Édouard de Castelnau
Fonctions
Parlementaire français
Député 1919-1924
Gouvernement IIIe république
Groupe politique ERD
Biographie
Date de naissance 24 décembre 1851
Date de décès 19 mars 1944
Résidence Aveyron

Noël Édouard Marie Joseph, vicomte de Curières de Castelnau (né le 24 décembre 1851 à Saint-Affrique, Aveyron - mort le 19 mars 1944 à Montastruc-la-Conseillère, Haute-Garonne) est un général français, commandant d'armée et chef d'état-major du général Joffre durant la Première Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Saint-Affrique en Aveyron dans une famille de vieille noblesse, catholique et monarchiste et de longue tradition militaire[1], ses oncles les abbés Barthe le destinent à être notaire mais il veut être officier de marine. Pour des raisons d'âge, il doit se rabattre dans l'armée de terre et fait partie de la 54e promotion de Saint-Cyr, la promotion du Rhin (1869-1871), modifiée après la guerre en promotion du 14 août 1870, dont il sort sous-lieutenant le 14 août 1870. Il est nommé au 31e régiment d'infanterie et participe à la Guerre franco-prussienne de 1870-1871[2].

Son catholicisme exalté le fit surnommer « le Capucin Botté »[réf. nécessaire] ou encore par Clemenceau de « général de Jésuitière, indigne des responsabilités qu'il assumait », et qui lui disait « Après notre mort, mon Général, Dieu nous départagera »[3].

Avec ses prises de position[Lesquelles ?] lors de l'affaire Dreyfus[4], il sera écarté un temps de la direction du premier bureau, lors du ministère du général André et de l'affaire des fiches.

Promu général de brigade le 25 mars 1906, il commande la 24e brigade à Sedan, la 7e à Soissons, et devient général de division le 21 décembre 1909 - il avait été exclu une première fois du tableau d'avancement par le général Sarrail, alors directeur de l'infanterie -, il commande alors la 13e division à Chaumont. Rappelé à l'état-major sur demande express de Joffre, il est nommé, le 2 août 1911, premier sous-chef d'état-major général sous ses ordres. La même année, il est promu Commandeur de la légion d'honneur.

De 1911 à 1914 il fut chef d’état major de Joffre et aida à l’élaboration du Plan stratégique XVII destiné à reprendre l’Alsace-Lorraine dans l’idée d’envahir l'Allemagne. Au commencement des hostilités, Castelnau prit le commandement de la Seconde Armée, qui devait jouer un rôle central dans la mise en œuvre du Plan XVII[5]. Lors de la bataille des frontières, il dut arrêter sa progression au niveau de Morhange-Sarrebourg après avoir subi d'importantes pertes lors de la bataille de Morhange.

Il eut plus de succès en organisant la défense de Nancy lors de la bataille du Grand Couronné[6]. Il obtint une victoire défensive décisive dans la trouée de Charmes (24-26 août) qui prolongeait la victoire de la Marne vers l'Est, empêchant les armées françaises d'être tournées par la droite et rendant possible leur redressement. Il poussa cet avantage en remportant la bataille du Grand Couronné (31 août-11 septembre 1914) qui lui valut le surnom de « Sauveur de Nancy ». Édouard de Castelnau fut promu, le 18 septembre, grand officier de la Légion d'honneur. Joffre le retira ensuite du front de Lorraine, et lui confia la mission de prolonger le flanc gauche des armées françaises au nord de l'Oise, en s’efforçant de déborder l'aile droite allemande. Ce fut le début de la Course à la mer, que Castelnau initia et mena jusqu'à Amiens, d'où il passera le flambeau au Général Foch[7].

En juin 1915 il fut placé à la tête du Groupe d’armées du Centre et dirigea l'offensive de Champagne du 25 septembre 1915 : en quelques jours il fit 25 000 prisonniers, prit 125 canons et contrôla une zone de territoire de plusieurs kilomètres de profondeur en territoire allemand. À la suite de cette victoire, il fut élevé à la dignité de Grand Croix de la légion d'honneur (8 octobre 1915) et devint l'adjoint du généralissime Joffre.

En février 1916, il servit de nouveau comme Chef d’État-major de Joffre. Il organisa la défense de Verdun avant le déclenchement de la bataille. C'est lui qui prit la décision de défendre cette place à tout prix et de nommer le Général Pétain à sa tête.

Après la chute de Joffre et son remplacement par Nivelle en 1916, Castelnau fut mis en non-activité. Mais, après la disgrâce de Nivelle et son remplacement par Foch, on le rappela à la tête du Groupe d'armées de l’Est où il aurait commandé l’offensive en Lorraine en 1918 si l’Armistice ne l’avait arrêtée.

Trois des fils de Castelnau, Gérald, Xavier (1893-1914) et Hugues, sont tués pendant la Grande Guerre. Ses idées en matière politique et religieuse lui valurent l'hostilité de nombreux hommes politiques souvent francs-maçons sous la IIIe République. De ce fait, il ne reçut jamais le bâton de maréchal.

Après-guerre, il fut député URD de l'Aveyron et, en 1924, fut un des chefs du mouvement qui s'opposa à Herriot lors de ses tentatives de laïcisation en Alsace-Lorraine : la Fédération nationale catholique. Il en resta président jusqu'à son décès. Il fut relativement critique vis-à-vis du Pétain de Vichy[8]. Homme de culture, il a été Mainteneur des jeux Floraux de Toulouse et fut également membre de l'Institut et membre fondateur de l'association d'entraide de la noblesse française. Il était aussi Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand.

Grâce à sa collaboration avec Madame de Sainte Marie, bourgeoise issue de la société parisienne, il fonde le 22 septembre 1928 la Société de Secours Mutuels "La Familiale". Ils étaient tous les deux désireux de venir en aide aux personnes malades et hospitalisées. Les statuts sont déposés auprès des services de la Préfecture de Paris. Cette société "d'entraide" (la désignation mutuelle n'existant pas à cette période) donna plus tard naissance à la Mutuelle Familiale d'Île-de-France (MFIF).

Il fonda le Comité d'études des questions maçonniques avec l'abbé Berger dans une perspective antimaçonnique[9].

Il mourut au château de Lasserre à Montastruc-la-Conseillère en 1944 et fut inhumé le 21 mars dans le caveau de famille à Montastruc.

Il est l'arrière grand-père de l'avocat français Régis de Castelnau[10].

Sa carrière militaire[modifier | modifier le code]

Grades[modifier | modifier le code]

  • 25/03/1906 : général de brigade
  • 21/12/1909 : général de division
  • 12/07/1912 : rang et prérogatives de commandant de corps d'armée
  • 19/12/1916 : général de division maintenu en activité sans limite d'âge
  • rang de commandant d'armée et appellation de général d'armée maintenu en activité sans limite d'âge

Décorations[modifier | modifier le code]

Postes occupés[modifier | modifier le code]

Jugements sur le général de Castelnau[modifier | modifier le code]

Carte postale de France - Armée française - Généraux Joffre et de Castelnau en réunion - Année 1914

Le rôle de Castelnau lors de la Première Guerre mondiale a pu être diversement apprécié. Castelnau fut un opposant à la philosophie de l'«attaque à outrance» et le faisait savoir, disant même après l'offensive de Champagne de 1915 : « Nous avons pêché par infatuation ». Ceci lui valut quelques rappels à l'ordre de la part de Joffre et Foch. Ainsi à plusieurs reprises, sentant l'armée qu'il dirige très éprouvée, Castelnau fait savoir à Joffre qu'il envisage de se replier, option inacceptable pour Joffre, qui lui reprochera dans ses mémoires[11] de lui dépeindre les événements sous un jour trop noir et de manquer de ténacité:

« Je montrai aussitôt à Castelnau et à son chef d'état-major que la situation n'était pas aussi sombre qu'ils la voyaient, et je leur fis comprendre la nécessité absolue de tenir coûte que coûte sans envisager le moindre repli qui pût compro­mettre le succès de la manœuvre que je poursuivais inlas­sablement depuis trois semaines. Castelnau se plaignait aussi de défaillances chez certains généraux, mais il les excusait en raison de la gravité des circonstances dans les­quelles ils étaient placés. Je répondis que l'heure n'était pas à la pitié, que l'intérêt général primait toute autre considération, et qu'il fallait impitoyablement retirer leur commandement à ceux qui n'étaient pas capables de l'exercer. Et je terminai en affirmant une fois de plus ma volonté de ne pas admettre qu'on parlât de se retirer. »

— Maréchal Joffre, Mémoires

Cette attitude vaudra aussi à Castelnau des inimitiés féroces parmi les « jeunes Turcs » du GQG qui le traiteront de « catastrophard ».

A contrario, le général Yves Gras, auteur d'une biographie du général de Castelnau, dresse le portrait d'un commandant plein de discernement, profondément novateur et soucieux du bien-être de ses troupes, plutôt qu'un théoricien ou un exalté à la pensée désincarnée. Selon lui Castelnau aurait compris, bien avant ses contemporains, l'importance de la coopération interarmes, et de l'aviation militaire. De plus, toujours selon Yves Gras, le rôle de Castelnau dans la victoire de Verdun, par les rapides et drastiques décisions prises dans la débandade du 21 au 26 février 1916, a été totalement ignoré par l'histoire.

Le général Armengaud, à l’époque pilote observateur à la 2° armée, dira :

« Le général de Castelnau a été une remarquable exception. À plus de 60 ans, il comprit l’aviation militaire comme s’il l’avait connue dès sa jeunesse. »

Le général Gamelin, alors commandant et chef de cabinet du général Joffre, a livré de Castelnau ce portrait :

« ... (Castelnau) aussi était de formation 'État-Major' et avait longuement servi à l'état-major de l'Armée. D'intelligence brillante, l'esprit vif, non sans adresse, il était un chef séduisant avec parfois des allures de militaire 'Second Empire'. Ceci dit non dans un esprit critique, mais pour tenter de le définir. J'écris pour tenter, car il était, en fait, moins 'saisissable' que la plupart de ses émules. Chef séduisant, il était très populaire dans l'ensemble de l'Armée. Mais il ne cachait pas ses sentiments religieux et 'conservateurs' et ceux qui ne pensaient pas de même l'accusaient de ne pas toujours être impartial. Je n'ai jamais eu de preuve que ce reproche fût justifié, mais il est certain que ses sentiments influaient sur ses jugements, sinon en ce qui concernait les hommes, car on le vit prendre des chefs d'état-major qui n'étaient pas de même opinion que lui, du moins sur les choses... »

[12]

Au jugement de son adversaire le général Von Kluck,

« L'adversaire français vers lequel sont allées instinctivement nos sympathies, à cause de son grand talent militaire et de sa chevalerie, c'est le général de Castelnau. Et j'aimerais qu'il le sût. »

[13]

Le journal parisien L'Œuvre rapporta un jour cette anecdote: lorsque le président Poincaré consulta le général Gallieni au sujet du choix d'un successeur au général Pau au poste de chef d'état major, la réponse fut

"Castelnau."
"Et comme deuxième choix, qui diriez vous?" demanda le Président.
"Castelnau."
"Et un troisième ?"
"Castelnau." répondit à nouveau le ministre de la Guerre.

Dans ses mémoires, le major Harbord, du corps expéditionnaire Américain, raconte :

« ...c’était le général de Castelnau, que beaucoup considéraient le meilleur général français, mais royaliste et catholique, et donc suspect. Les Américains aimaient beaucoup Castelnau, en partie grâce à son aversion pour les longs discours. « Ce bon vieux Castelnau », racontait le major Harbord, « limita ses remarques à lever son verre et souhaiter que nous puissions bientôt abreuver ensemble nos chevaux dans le Rhin... » »

[14],[15]

Citations[modifier | modifier le code]

« En avant, partout, à fond ! », le 25 août 1914 à la bataille de la trouée de Charmes
« Puissions nous abreuver ensemble nos chevaux dans le Rhin ! »[16], en visite au Général Pershing, de l'armée américaine.
« Nous avons péché par infatuation »
« L'artillerie conquiert le terrain, l'infanterie l'occupe »
« Continuons, messieurs... », le général de Castelnau, se tournant vers ses officiers, après qu'on lui eût annoncé la mort de son fils au champ d'honneur
« L'infanterie française a triomphé de cet infernal déchaînement de fureur et d'horreur qui a dépassé tout ce que l'imagination humaine a jamais pu concevoir », le 14 juillet 1919 dans "Hommage à l'Armée" in Echo de Paris
« Pourquoi ? Je n’ai rien à me reprocher ! », à ceux qui lui demandaient pourquoi il n’écrivait pas ses mémoires.

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Côte SHAT: 9 Yd 489

  1. Article de Curières de Castelnau (Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, tome 13, pages 18 à 20).
  2. Olivier Forcade, Eric Duhamel, Philippe Vial, Militaires en République. Les officiers, le pouvoir et la vie publique en France, Publications de la Sorbonne,‎ 1999, p. 405
  3. Gilbert Prouteau, Le Dernier Défi de Georges Clemenceau, France-Empire, 1979, p. 159
  4. Maurice Baumont, Au cœur de l'affaire Dreyfus, Del Duca,‎ 1976, p. 377
  5. Joseph Joffre, Mémoires du Maréchal Joffre (1910-1917), Nouveau Monde éditions,‎ 2012, p. 121
  6. François Cochet, Première Guerre mondiale, Studyrama,‎ 2001, p. 143
  7. René Desmazes, Joffre. La victoire du caractère, Nouvelles Editions Latines,‎ 1955, p. 132
  8. BONAFOUX-VERRAX Corinne, A la droite de Dieu. La Fédération nationale catholique 1924-1944, Fayard, 2004, 660 p.
  9. Jack Chaboud, La Franc-maçonnerie, histoire, mythes et réalité, Librio, 2004, p. 33
  10. Régis de Castelnau, « La France, fille du Soldat inconnu Cent ans après, le pays n’a pas totalement fait son deuil », Causeur,‎ le 04 janvier 2014 (lire en ligne)
  11. * Joseph Joffre, Mémoires du Maréchal Joffre (1910-1917), Paris, éd. de l'Officine,‎ 2008 (1re éd. 1932), 2 volumes (ISBN 978-2355510106)
  12. Yves Gras, Castelnau, ou l’art du commander, ISBN 2-207-23673-0
  13. Patrick de Gmeline, La maison Curières de Castelnau, Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron, 1975.
  14. Black Jack Pershing. Richard O'Connor. Doubleday, 1961
  15. John Joseph Pershing. My experiences in the world war. Frederick A. Stokes Company, 1931
  16. James Guthrie Harbord. Leaves from a war diary. Dodd, Mead, 1925

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]