Castor fiber

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Castor d'Europe, Castor commun, Castor d'Eurasie

Le Castor d'Europe (Castor fiber) est une espèce de mammifères rongeurs de la famille des Castoridae. Il est l'une des deux espèces actuellement vivantes du genre Castor, avec le Castor canadien. C'est un grand rongeur aquatique, autrefois commun et encore rencontré dans quelques cours d'eau ou zones humides d'Europe et d'Asie.

Après avoir failli disparaître de tout ou partie de l'Europe, il est aujourd'hui protégé dans la plupart des pays (strictement protégé en Belgique, en France[1] et en Suisse). Considéré comme « ingénieur »[2] des écosystèmes et comme une espèce-clé[3] pour les zones humides de vallées, en raison de sa capacité à retenir l'eau par ses barrages et à accroitre la biodiversité en complexifiant et ouvrant certaines parties des ripisylves[4], il a fait l'objet de nombreuses opérations de réintroduction.

Sommaire

Dénomination[modifier]

Noms français attestés[modifier]

L'espèce admet plusieurs noms vulgaires : le Castor d'Europe[5],[6] est aussi appelée Castor commun[5],[6], Castor d'Eurasie[5],[6], Castor eurasien[7] ou encore Castor européen [réf. souhaitée].

En français courant, son nom vernaculaire est plus simplement castor (même si il était autrefois appellé bièvre) comme son cousin canadien et d'autres Castoridae.

Étymologie[modifier]

Le mot castor vient du grec kástōr. Le castor d'Europe était autrefois appelé en français « bièvre », nom d'origine gauloise que l'on retrouve souvent dans des noms de villages ou de cours d'eau. Le nom gaulois *bebros (non attesté directement) est apparenté au nom latin fiber et au nom germanique qui subsiste en anglais beaver, néerlandais bever, allemand Biber. Il a donné en français "bièvre", d'où par exemple le nom de la rivière qui se jette à Paris dans le Ve arrondissement. Un autre terme gaulois *abankos reste encore utilisé en breton (avank), irlandais (abhac) et gallois (afanc).

Description[modifier]

Un castor européen nageant.

Le castor européen adulte pèse en moyenne 21 kg [8] et mesure jusqu'à 1 mètre (queue d'environ 30 cm comprise)[8] ce qui en fait le plus gros rongeur autochtone d’Europe. Le record actuel est de 38 kg pour un castor du Rhône[réf. nécessaire].
Dans l'eau, il est facilement confondu avec le ragondin, dont le corps est toutefois moins immergé quand il nage (le castor ne laisse visible hors d'eau que sa nuque et la moitié supérieure de la tête, alors que toute la tête et le haut du dos du ragondin sont visibles hors de l'eau quand il nage). Le rapport longueur de tête/longueur du corps (sans queue) est d’environ 1/5e pour le castor et d’1/3 pour le ragondin[8].

La femelle allaite ses petits, et dispose de 4 mamelles. Les orifices uro-anaux et génitaux débouchant dans la même cavité (pseudo cloaque). Les fèces, riches en matière ligneuse, allongées mesurent 2 x 3 cm environ et sont émises dans l'eau où elles nourrissent les poissons et divers invertébrés.

Alimentation[modifier]

Il est exclusivement végétarien. Les besoins quotidiens d'un adulte sont d'environ 2 kg de matière végétale ou de 700 g d’écorce [8].
Outre les écorces, il consomme les feuilles et jeunes pousses de nombreux ligneux, des plantes aquatiques, des fruits, des tubercules ou la végétation herbacée terrestre à proximité de son habitat. Les « coupes sauvages » réalisées par l’animal, loin de dégrader le milieu, favorisent les éclaircies naturelles et la multiplication végétative par rejets ou drageons[9].
Ses préférences vont aux écorces et feuilles de saules et de peupliers [8], qui ont co-évolué avec lui, et qui recèpent facilement, comme toutes les espèces des ripisylves de l'hémisphère nord, ce qui n'est pas le cas dans l'hémisphère sud où aucun animal ne se nourrit à la manière du castor en coupant les arbres des berges pour en faire des barrages. Il apprécie aussi les buissons tels que cornouiller sanguin, noisetier, l'orme champêtre et moindrement l’aulne glutineux. La plus grande partie des branches qu'il coupe ont un diamètre compris entre 3 et 8 cm [8].

Habitat[modifier]

Barrage de castors sur la rivière Smilga (Lituanie) qui draine et irrigue sur 32 km un bassin de 208,8 km² avec un débit moyen de 1,08 m³/s. Le castor y aide à la conservation estivale de l'eau, à la recharge des nappes phréatiques et à l'entretien de petites zones humides ensoleillées

Animal semi-aquatique, il a besoin d'eau et d'arbres. Il est donc rencontré dans les cours d'eau et les grands lacs, bordés par des forêts, dans les régions tempérées.

Le castor vit dans les cours d'eau et certains étangs, des pieds des montagnes basses aux approches des zones saumâtres près des littoraux ; il peut soit construire une hutte et un barrage (dans les zones non rocheuses), ou bien creuser un terrier, et doit disposer d'assez de bois sur les berges et à leurs abords (de 2 à 15 environ). Il peut coloniser de petits cours d'eau voire des fossés de drainage où il peut éventuellement faire monter le niveau de l'eau grâce à un barrage.

Comportement[modifier]

Quand il se nourrit, même sur une branchette, le castor ne ronge que l'écorce et non l'aubier

C'est une espèce inféodée aux zones humides et à l'eau où il y passe les 2/3 de son temps.
Il construit un terrier creusé sous l'eau dans la berge, une hutte (lorsque la berge ne permet pas de creuser) ou des huttes-terrier (terrier qui, par l'effondrement des berges, se dégrade, est mis à jour et est réparé par des branchages formant une hutte) pour s'abriter le jour et mettre bas[9]. L'entrée du gîte est toujours située sous l'eau. Parfois le gîte est remplacé par une cavité naturelle (dans les régions karstiques comme dans les gorges du Gardon) voire artificielle (ruine de moulin) [8].
Comme de nombreux animaux nocturnes, il est surtout actif en début et fin de nuit. Il est grégaire et sociable, mais territorial (il marque son territoire au moyen de castoréum (sécrétion placée généralement sur des monticules de terre situés à moins de 50 cm de l’eau). Une communauté familiale (les deux parents, les jeunes de l'année et les jeunes de l'année précédente, soit 4 à 6 castors par territoire) nécessite 1 à 3 kilomètres de cours d'eau[8].
75 % des castors vivent en groupes familiaux composés de 2 adultes, des jeunes de plus d’un an et des jeunes de l’année. Chaque famille rassemble de 2 à 6 castors (3,8 en Europe) [8]. 25 à 30 % environ des castors vivent de manière isolée, avec des comportements plus explorateurs.

Le castor peut rester jusqu'à 15 minutes sous l'eau[réf. nécessaire].

Son comportement le plus connu et spectaculaire est la construction de barrages et sa capacité à ronger des branches et des troncs d'arbres, grâce à des dents très aiguisées. Le castor abat en général plusieurs arbres dans un même secteur produisant une zone de coupe dite "atelier". Si cette zone de coupe est éloignée de la hutte ou du barrage en construction, le castor creuse de véritables canaux qui relient les différentes zones et permettent le transport de bois pesants, l'eau allégeant alors la charge. Si le niveau d'une petite rivière baisse, il peut en quelques jours construire un barrage permettant d'y retenir une partie de l'eau[10].

Prédateurs du castor, dont humains[modifier]

1) une canine inférieure de Castor (trouvé dans les tourbières de la Somme à Abbeville) ;
2) un fragment de canine avec trou de suspension (sépulture de Chassemy dans l'Aisne, en région Picardie) ;
3) une monture en bronze enchâssant une canine de castor. Pièce conservée au musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye (gaîne triangulaire, ayant sur chaque face une ouverture qui était remplie de pâte de couleur) ; À l'intérieur on aperçoit encore la base de la dent de castor. Cette pièce provient de la Collection de Mme Lefebvre de Mâcon, et a probablement été trouvée dans la vallée de la Saône ;
4) Une monture en bronze d’une canine de castor. La monture a la forme d'une griffe à trois doigts, pinçant la base d'une canine de castor. Pièce trouvée par M. de Rouçy dans les fouilles du Mont-Berny en Forêt de Compiègne dans l'Oise. Pièce conservée au musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye.
D'après une illustration de Gabriel de Mortillet (1872)

En Europe, depuis des centaines de milliers d'années, et jusqu'au haut moyen-âge, le castor a eu de nombreux prédateurs sauvages.
Quelques-uns de ses prédateurs les plus dangereux ont disparu de la préhistoire à l'antiquité (tigre à dent de sabre, hyène européenne, lion des cavernes, ours des cavernes…) ou ils ont fortement régressé de l'antiquité à nos jours, car pourchassés par l'Homme. Mais dans le même temps, le castor semble avoir aussi fait l'objet d'une chasse intensive de la part de l'Homme (pour sa viande, sa fourrure, ses dents) ; et il a continué à régresser alors que ses prédateurs naturels n'étaient plus, pas ou peu présents, ou au bord de l'extinction dans l'essentiel de leur aire naturelle de répartition, tel le loup, l'ours brun, et le lynx et le glouton en Europe et Eurasie. Il est possible que les jeunes castors puissent être parfois victimes de mustélidés, du chat sauvage, mais sa morsure étant redoutable, ce risque semble limité.

Quelques indices paléontologiques laissent penser que l'Homme a précocement chassé le castor ; au moins depuis la préhistoire ;

  • sur des chantiers de fouille préhistorique, on en retrouve des ossements par exemple associés à ceux de cerfs, sangliers, mouton et bœuf, qui étaient mangés par l'homme[11].
  • Le musée de Saint-Germain-en-Laye possède un fragment de tête de castor retrouvé sous le dolmen d'Argenteuil (Seine-et-Oise)[12].
  • Ce musée détient aussi fragment de canine de castor percé d'un « trou de suspension » ; cette dent a été trouvée à Chassemy dans l'Aisne lors de la fouille d'un site préhistorique (sépultures de l'époque de la pierre polie et/ou gauloise)[12] Elle a pu être utilisée en pendentif, en amulette, ou cousue comme élément décoratif sur un vêtement ou une coiffure (illustration ci-contre)…
  • On a aussi trouvé avec ces ossements un « cubitus droit, façonné en poinçon » (daté du « Rubané ancien »[11] ; On trouve des restes de bois anciens visiblement rongés et taillés par des castors, conservés dans certains sédiments lacustres (par ex dans le Lac de Saint-Andéol en Lozère[12]).
  • « Les Romains, au moins ceux qui habitaient les Gaules, accordaient -Selon Gabriel de Mortillet (1872)- une grande importance aux canines de castor employées comme amulettes. On rencontre fréquemment dans les collections d'antiques de petites griffes en bronze avec anneau de suspension, dont on ignorait jusqu'à présent l'usage. Je me suis assuré, en examinant le vide intérieur de ces griffes,, qu'il est triangulaire, forme des canines du castor. Ses dimensions sont aussi celles de ces canines, de sorte qu'il serait très-facile d'en encastrer une dans l'intérieur de la griffe. Bien plus, dans plusieurs d'entre elles, j'ai encore retrouvé une petite portion de la dent, ce qui ne laisse plus aucun doute. Ces griffes surmontées d'un anneau étaient la monture de canines de castor que les Gallo- Romains portaient comme amulettes  ; Je donne, figures 3 et 4 (illustration ci-contre) le dessin, grandeur naturelle, de deux de ces montures de bronze, qui existent au musée des antiquités nationales de Saint-Germain (...)Le musée de Saint-Germain possède une autre griffe analogue provenant de Champlieu, également en forêt de Compiègne. On en voit aussi au musée de Rouen, au musée d'Épinal et dans diverses autres collections. L'emploi des canines de castor comme amulette était donc d'un usage très général à l'epoque romaine »[13].
  • Certains constructeurs préhistorique de cités lacustres semblent avoir utilisé pour tailler le bois, des mâchoires inférieures de castor, Les dents du castor sont très coupantes et ont été utilisées en complément aux haches dont on trouve aussi les traces sur le bois de certains pieux[12]. Les préhistoriens ont trouvé de telles dents par exemple lors de fouilles faites à Saint-Aubin et à Concise, dans les déchets de construction laissé par les hommes des cités lacustres[12];
  • En 1640, Jean Marius Mayer, médecin allemand, publie un ouvrage sur les propriétés médicales des diverses parties du castor. Ce livre fut réédité et augmenté en 1685, par Jean Franck, puis traduit en français, en 1746[12], ce qui laisse penser qu'une chasse destinée à fournir la pharmacopée de l'époque était aussi pratiquée.
  • Selon Olaûs Magnus (1555), le castor construisait encore des barrages et huttes dans le nord de l'Europe[14] alors que - probablement pour échapper à la prédation humaine - il avait déjà dans le sud pris l'habitude de creuser des terriers et de se cacher.
  • En 1822, les derniers castors se cachent de plus en plus ; les constructions émergées de castor (barrages et huttes) sont devenus si rare dans le centre et sud de l'Europe, que les naturalistes les signalent à l'attention de leurs lecteurs, ainsi Brehm, dans son ouvrage La Vie des animaux illustrée[15], rapporte que pendant l'été 1822 on a trouvé des constructions de castor émergées près de la Nathe, non loin de la ville de Barby, dans un endroit désert, couvert de roseaux, qui n'était parcouru que par un cours d'eau de six à huit pas de large et qui était connu de tout temps sous le nom de l' étang aux castors {ibid., p. 155)[12] ; et Lenz en 1837 note que la colonie des castors captifs de Nymphenbourg (Bavière) a construit des huttes à sec (ibid. p. 159), et selon Ghudzinski, peu de temps avant les années 1870, les castors du Bug bâtissaient et ne fouissaient pas[12].
  • Jusqu'aux XIXe et XXe siècles les trappeurs européens en ont fait un piégeage intense en Russie et Sibérie. L'espèce a presque disparu, comme dans certaines parties de l'Amérique du Nord. Les autorités décident de le protéger, voire de le réintroduire.

Histoire et statut[modifier]

La qualité de sa fourrure a été l'une des causes de la presque-extinction du castor en Europe et en Asie
Au Moyen Âge et à la Renaissance, les chapeaux en peau de castor ont été si appréciés qu’ils ont contribué à la forte régression de cette espèce.

Bien que probablement chassée depuis la préhistoire, cette espèce est restée abondante dans toute l'Europe jusqu'au début du Moyen Âge.
Les moines et les seigneurs ont déforesté les zones les plus riches par l'essartage). Ils ont aussi canalisé, rectifié, détourné et urbanisé de nombreux cours d'eau. Ils ont construit des milliers de moulins à eau, et drainé pour les mettre en culture d'immenses zones humides. À cette époque, les castors eurasiatiques ont été intensivement chassés pour leur viande, pour le castoréum, et surtout pour leur fourrure qui servait notamment à confectionner des gilets ou chapeaux pour l'hiver ; ceci jusqu'au XVIIIe siècle et jusqu'à une quasi-extinction de l'espèce en Europe de l'Ouest. Quelques petits groupes ont survécu grâce à une pression de chasse et piégeage (« trappe ») reportée vers l'Amérique du Nord, notamment à l'initiative du Cardinal de Richelieu qui, inquiet du déclin de l'industrie de la fourrure en Europe, accélère la conquête du Canada et crée en 1627 la Compagnie des Cent Associés ayant le monopole de la traite des fourrures et la responsabilité de faire établir des colons (catholiques autant que possible)[16],[17]. La France déclenchera la « guerre de Sept Ans » contre les Anglais de 1756 à 1763 notamment pour s'assurer la possession et le contrôle des principales zones de piégeage des castors (le castor canadien, l'espèce nord-américaine)[16]. Les Anglais gagneront cette guerre et le castor deviendra le symbole du Canada naissant.
Le castor n'est aujourd'hui plus consommé, mais au Moyen Âge, il l'était, et les chrétiens étaient même autorisés à en manger le vendredi (jour où l'on ne mangeait pas de viande), car sa chair était assimilée à celle du poisson en raison de la vie aquatique de l'animal[18] (Voir aussi carême).

Au début du XXe siècle, il n'en restait plus en Europe qu'environ 1 200 individus, mais grâce à des programmes de protection et de réintroduction, de petits noyaux de population ont pu se reconstituer sur certains cours d'eau, et on estime leur nombre à environ 430 000.
L'espèce reste néanmoins vulnérable, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) : sur un territoire de plus en plus écologiquement fragmenté par les routes et les barrages, la colonisation d'une section de cours d'eau (naturelle ou à partir d'individu relâchés) ou du réseau de cours d'eau d'un sous-bassin versant reste difficile et se fait souvent à partir d'un seul couple fondateur d'une famille pionnière, ce qui peut poser des problèmes de consanguinité et de dérive génétique au sein de population dont le bassin génétique est encore très étroit.
C'est pourquoi le statut de conservation du Castor fiber reste fragile, surtout en Asie alerte l'UICN[19].

Liste des sous-espèces[modifier]

Certains auteurs reconnaissent des sous-espèces.


Selon NCBI (4 nov. 2012)[20] :


Selon [réf. nécessaire] :

Répartition[modifier]

On le trouve aujourd'hui en Europe, au nord d'un axe incluant la France et la Russie, particulièrement sur les rives du Rhône, de l'Elbe et du Danube, ainsi qu'en Scandinavie.

Victime de la chasse, il avait au milieu du XXe siècle presque disparu de toute l'Europe, mais des mesures de protection de l'espèce et théoriquement de son habitat furent prises en France dès 1909, et dans divers pays, avec des réintroductions, comme en Scandinavie dès les années 1925-1935), suivies d'autres séries de réintroductions ou recolonisations naturelles sur certains cours d'eau dans de nombreuses régions d'Europe. Ces réintroductions lui ont permis de recoloniser certains de ses habitats.

En Europe[modifier]

En Belgique[modifier]

Le castor européen est aujourd'hui bien présent en Belgique. Après une apparition en 1991 de quelques individus à l'est du pays en provenance de réintroductions faites en Allemagne, l'espèce a fait l'objet d'une réintroduction volontaire non officielle (1998-2000) dans toute la Wallonie à l'initiative d'associations privées (101 individus provenant également d'Allemagne), accélérant de la sorte la re-colonisation naturelle qui aurait été gênée par les nombreux aménagements réalisés sur les rivières depuis sa disparition 100 ans plus tôt. La population de castors était estimée en 2009 entre 800 et 1000 individus. À la faveur des nombreux lieux de lâcher, l'espèce s'est ré-implantée et depuis re-colonise progressivement tout son territoire historique, tant en Ardenne qu'en Flandre et dans les zones à plus forte population humaine. On peut aujourd'hui l'apercevoir jusqu'en ville, comme à Liège. En effet, le castor est assez peu sensible à la pollution de l'eau et il peut s'installer là où il dispose d'une ripisylve. Le castor peut ponctuellement causer quelques gênes aux activités humaines dans le cadre des travaux qu'il réalise pour aménager son territoire (inondations, creusement de chenaux, coupes d'arbres non protégés et présents près des berges, refuges en étangs, difficulté de gestion en pisciculture, …). Aujourd'hui, mis à part quelques problèmes isolés, les acteurs belges de l'environnement s'accordent sur le rôle essentiel de l'espèce dans la préservation et surtout la restauration de la biodiversité des zones humides qu'il a recolonisé. Depuis 2005, en Belgique, le castor fait l'objet d'une activité écotouristique en plein essor, dénommée le Tourisme castor ou encore le Pays des castors (très nombreux lieux-dits, rivières et communes portant la déclinaison du mot Bièvre). Des excursions à la découverte des sites de castors les plus spectaculaires sont proposées dans tout le pays[21].

En France[modifier]

Le castor européen occupait la majorité des cours d'eau du territoire français[22]. Pourtant, dès la fin du XIXe siècle, la chasse en particulier pour sa fourrure très recherchée, le piégeage et la destruction de ses milieux de vie avaient entraîné une forte régression de l'espèce (moins d'une cinquantaine d'individus subsistaient en 1900) dont l'ultime refuge fut la basse vallée du Rhône.

En 1909, le castor d'Europe fut protégé dans les Bouches-du-Rhône, le Gard et le Vaucluse, devenant ainsi le premier animal en France à bénéficier d’une mesure de sauvegarde[9]. La population put alors prospérer et atteignit même Lyon vers 1960. La construction de barrages sur le Rhône interdit par la suite la colonisation naturelle d'autres secteurs. Des réintroductions eurent donc lieu çà et là en France dès 1950.

Depuis le début des années 1960, une vingtaine d'opérations de réintroduction concernant environ 270 castors ont été réalisées à partir de la souche rhodanienne, parmi les grands bassins concernés : la Loire, la Moselle, les affluents du Rhin (Doller, Ill, Moder), le Tarn dans le bassin supérieur de la Garonne[23].

Le castor est protégé au niveau national depuis 1968, puis par l'arrêté ministériel du 17 avril 1981 en application de la loi relative à la protection de la nature du 10 juillet 1976[9]. Enfin la destruction du castor ou de son environnement (y compris les barrages) est interdite par l'arrêté ministériel du 23 avril 2007[24].

En 2003, l'espèce est présente à des degrés divers dans 42 départements, essentiellement dans la moitié est et dans le centre de la France. À cette date, la population estimée de castors est comprise entre 8 000 et 10 000 individus[23].

Dans le sud-est de la France[modifier]

Le castor est présent dans le delta du Rhône et le Rhône où l'effectif frôlerait actuellement les 3 000 sujets. Cette population se répartit sur le fleuve lui-même mais également sur la plupart de ses affluents en aval de Lyon (dont le Gardon, l'Ardèche, la Cèze, le Chassezac, l'Isère, la Drôme, le Gier, etc.). Dans ces régions à substrat rocheux, il fait peu de barrages.

Certains individus se seraient également implantés récemment plus au nord jusqu'à la Saône et dans quelques petits affluents du Jura français où les conditions environnementales pourraient lui être plus favorables (notamment à cause de la pollution du Rhône, mais surtout de son artificialisation et de l'aménagement des berges et digues pour les besoins du trafic fluvial ou le contrôle des crues).

Des castors vivent également sur le Vidourle, un fleuve côtier qui rejoint directement la mer et non le Rhône. Dans son ouvrage Au pays des castors, Paul-Henry Plantain mentionnait dans les années 1970 une colonie sur le Vidourle, réputée récemment disparue. On peut imaginer que des animaux ont été importés sur le Vidourle de manière officieuse, mais la colonie considérée comme éteinte dans le livre de Plantain pourrait aussi correspondre à un peuplement très ancien, distinct du rhodanien. Une étude génétique de ces animaux pourrait lever le doute.

Dans l'est de la France[modifier]

Alsace : plusieurs familles de castors sont installées sur l'Ill, la Largue et la Doller en amont de Mulhouse. On peut observer la preuve de cette présence en marchant au bord de ces rivières et en étant attentif à la présence d'arbres coupés en forme de « crayons » à proximité immédiate de ces rivières.

Lorraine : 4 castors ont été réintroduits le 25 janvier 1983 sur la Moselle, en amont de Nancy, dans le secteur de Tonnoy. Ils ont été suivis de 11 autres en janvier et février 1984. Il s'agit, en tout, de 6 mâles et 9 femelles. Les individus se sont bien acclimatés et la population de castors connaît depuis une expansion régulière. Sa présence est considérée comme permanente sur la Moselle et ses affluents, dont le Madon, de Mirecourt à la ville de Toul. Alors que la population de castors était estimée à 40 individus en 1992, en 2007, un décompte opéré par le Groupe d'étude des mammifères de Lorraine, la situe entre 620 et 660 individus, répartis sur 200 sites. Le taux d'accroissement annuel est estimé à 18,6 % dans cette région, ce qui le rapproche des observations effectuées en Suisse ou en Allemagne. Il est désormais bien implanté sur la Moselle et la plupart des cours d'eau de son bassin. En 2000, le haut bassin de la Saône est colonisé. La progression moyenne annuelle du castor sur les cours d'eau lorrains est actuellement portée à 30 km[25]. Par ailleurs, la présence de castors sur la Meuse et la Sarre est attestée et résulte des réintroductions en Belgique et en Allemagne. En Meuse, le Parc Naturel régional de Lorraine fait apparaître le castor dans la liste des espèces présentes dans la forêt humide de la Reine. Sa présence pourrait résulter de l'expansion territoriale de l'espèce depuis sa réintroduction en 1983[26].

Dans l'ouest et le centre de la France[modifier]

Dans les années 1973, treize individus ont été réintroduits vers Blois, toute la population de Roanne à Nantes est issu de cette réintroduction. En 1994, treize autres individus ont été réintroduits par la FRAPNA Loire en plaine du Forez, la recolonisation naturelle étant impossible à cause du barrage de Villerest. Il colonise actuellement la Plaine du Forez sur le fleuve et les plus grands affluents (Lignon, Aix…). Plus de 100 km de cours d'eau sont occupés, une publication dans Arvicola montre cette recolonisation (Ulmer 2011). À partir des réintroductions, de petites populations se reconstituent sur le bassin versant de la Loire[27] (Lignon de Haute-Loire, Loire en Forez et Roannais, Allier), et le castor y est aujourd'hui bien présent jusqu'en Loire-Atlantique[28]. Les réintroductions expliquent la grande partie de cette expansioncertains pensent qu'il a franchi seul la ligne de partage des eaux entre Rhône et Loire, en haute Ardèche), lui permettent de recoloniser et d'animer à nouveau des kilomètres de ripisylves alluviales, maintenant qu'il est complètement protégé.

En Bretagne, dix individus furent relâchés de 1968 à 1971 dans le parc naturel régional d'Armorique, sur le cours de l'Elez. La population s’est quelque peu développée et se maintient aujourd’hui aux alentours d’une cinquantaine d’individus[29]. De plus le castor est bien présent en Loire Atlantique, le long de la Loire.

Dans le nord de la France[modifier]

Champagne-Ardenne : historiquement le castor est présent dans la région depuis les relâchés d'animaux en 1952 sur le Lac du Der. Cette population est depuis disparue et seuls quelques individus se sont maintenus quelque temps sur la rivière Marne, avant de disparaître. La population de castor européen sur la pointe des Ardennes est par contre bien vivace. Elle est effective depuis 1998. En effet, à la suite des relâchés « non officiels » effectués sur le plateau ardennais notamment à proximité des tourbières des Vieux-Moulins de Thilay en zone frontière avec la Belgique, l'espèce a retrouvé la Meuse. Elle recolonise depuis progressivement le département des Ardennes et aussi celui de la Meuse (sources ASBL Symbiose/Benoît MOINET et ONCFS).

Nord-Pas de Calais : de 1998 à 2000, une étude sur les potentialités d'accueil du castor européen dans la région a été commandée par le conseil régional. L'étude a été menée par les membres du Groupe Loutre Castor Nord[30] qui ont poursuivi depuis un travail d'information et de sensibilisation sur les régions Nord-Pas de Calais, Picardie et Champagne Ardenne.
À travers la préservation d'espèces menacées, cette étude visait la gestion restauratoire et conservatoire des milieux naturels que constituent les cours d'eau, principaux corridors écologiques des bassins versants de la région. À terme, le retour du castor d'Europe (appelé aussi bièvre) au sein de rivières du bassin Artois-Picardie devait être la récompense d'un travail commun de réflexion, de la part des principaux acteurs, sur la préservation et l'évolution des cours d'eau de ce territoire, voire de la réhabilitation écologique de certains d'entre eux.
En effet, à l'occasion de chaque inondation, de chaque projet d'aménagement, la question de la gestion des cours d'eau revient au-devant de l'actualité. Qu'il s'agisse de petits cours d'eau oubliés ou de fleuves à forte valeur économique, la notion de « gestion intégrée » est maintenant entrée dans le vocabulaire commun, notamment grâce à la loi sur l'eau de 1992. Les applications sur le terrain sont quant à elles plus difficiles à mener.
La loi demande aux acteurs économiques de ne plus considérer les cours d'eau comme de simples vecteurs d'eau fluide à prélever, traiter, utiliser, épurer puis rejeter dans le milieu naturel. Ils doivent prendre de plus en plus en compte la qualité des milieux associés aux cours d'eau, l'objectif de la directive cadre sur l'eau étant le retour du « bon état écologique » des eaux et milieux humides en 2015. De leur côté, les acteurs chargés de la gestion durable de milieux fluviaux, notamment à haute valeur patrimoniale ne peuvent plus uniquement les considérer comme des espaces à conserver en l'état mais comme des écosystèmes complexes et dynamiques dont il faut accompagner l'évolution en préservant le fonctionnement hydrologique naturel et les écopotentialités du réseau hydraulique et de la trame bleue voulue par le Grenelle de l'environnement en 2007. « Laboratoires vivants », les espaces naturels fluviaux sont des terrains privilégiés pour la mise en œuvre de méthodes et de techniques originales en matière de gestion intégrée et restauratoire des cours d'eau et des milieux qui leur sont associés.
Au travers de la concertation, le travail collaboratif du Groupe Loutre Castor Nord (intégré depuis 1999 à l'association EAU VIVANTE[31]), est de créer une dynamique de préservation des cours d'eau. En effet, sous l'action de symboles tels que le castor et la loutre d'Europe, l'un des buts était de faire se rencontrer les divers acteurs et gestionnaires institutionnels de nos fleuves, rivières et ruisseaux, afin que ceux-ci s'écoutent mutuellement et soient amenés à collaborer autour d'un projet de retour potentiel de ces animaux sur les rivières de la région. L'étude remise en octobre 1999 a conclu qu'un retour du castor européen en Avesnois était possible, la qualité des cours d'eau, la végétation et le cloisonnement limité des rivières et espaces aquatiques étant favorables à l'installation d'une trentaine de familles soit un peu plus de 100 individus sur le territoire du Parc Naturel Régional de l'Avesnois. En 2010, le Conseil Régional Nord-Pas de Calais a souhaité réactualiser cette étude. Les travaux d'inventaire ont été confiés au bureau d'études Biotope. Il ressort certaines évolutions de potentialités d'accueil après 12 ans, avec la possibilité de réintroduire l'espèce dans des secteurs encore favorable. La restauration de la Biodiversité des zones humides, dont le castor est un gestionnaire naturel, est la finalité de cette seconde étude.

Picardie : depuis 2007, quelques rares castors européens ont passé la frontière en venant de Belgique (au sud de Chimay) à la faveur de la proximité des sources de l'Eau blanche et de l'Oise. Ils sont installés dans le nord de la Thiérache sur la rivière Oise [32].

Avec l'aide de l'ensemble des acteurs institutionnels, locaux, associatifs et les populations riveraines des cours d'eau, des aménagements peuvent être réalisés spécifiquement en accompagnement du retour du plus gros rongeur européen dans le nord de la France (spontané ou aidé par réintroduction officielle des pouvoirs publics). Toute une politique de partenariat entre ces acteurs permettrait de développer à terme une démarche éco-touristique similaire aux actions engagées dans le territoire belge voisin.

En Suisse[modifier]

Selon le dernier recensement en 2008, la Suisse compterait 1 600 castors. Les principaux effectifs se concentrent sur le plateau, entre le lac Léman et le lac de Constance. Récemment, des populations se sont installées le long du Rhône dans le Valais à partir du lac Léman. Au printemps 2008, les premiers castors sont revenus naturellement dans les Grisons depuis le Tyrol voisin en remontant la vallée de l'Inn[33].

On les observe depuis les années 1990 sur les rives nord du lac Léman, de la Venoge, de l'embouchure du Boiron, ainsi que dans le vallon de l'Aubonne. « Des gens m'ont dit avoir vu des arbres découpés de façon étrange sur un des coudes de la Venoge... des arbres avaient été coupés par des castors... entre Bussigny et Échandens... Des fruitiers... » Des individus ont aussi été observés dans la cité universitaire du bas de la ville de Lausanne, entre la Sorge, la Mèbre et la Chambronne.

Dans d'autres pays européens[modifier]

  • Plusieurs centaines de castors ont survécu dans le bassin de l'Elbe et en Scandinavie.
  • Des castors ont été réintroduits avec succès en Bavière, où la population se porte tellement bien que de nombreux individus ont été capturés afin d'être réintroduits dans d'autres pays européens.
  • Des castors ont été réintroduits aux Pays-Bas où ils reconstituent de petites populations, y compris dans des eaux de médiocre qualité[34].
  • Au Royaume-Uni, le castor européen était considéré comme éteint, mais quelques individus, échappés ou relâchés, ont été aperçus en Écosse[35]. Six castors ont également été réintroduits dans le Gloucestershire[36].
    Une réintroduction avec suivi scientifique de 4 familles de castors venant de Norvège, chacune composée d'un mâle, d'une femelle et parfois de petits, est en cours depuis 2008 dans la région d'Argyll, à l'ouest de l'Écosse. Cet "essai" du Scottish Beaver Trial (www.scottishbeavers.org.uk) porte sur 5 années de suivi de la biodiversité locale qui était bien connue avant le retour des animaux. Ce sont les premiers mammifères sauvages officiellement réintroduits dans ce pays d'où le castor a disparu il y a plus de 400 ans. Selon un sondage fait par les autorités écossaises, 73 % des habitants se sont dits favorables à cette tentative de réintroduction.
    En Ecosse également, une population issue d'animaux échappés de parcs privés s'est spontanément développée depuis les années 2000 dans la rivière Tay (Est de l'Ecosse). Les animaux ont pour origine des castors européens capturés en Bavière. Cette seconde population (160 individus), non désirée initialement, va faire l'objet d'une étude sur l'impact de l'espèce sur le milieux naturel. En 2015, le gouvernement écossais décidera officiellement au regard des résultats scientifiques récoltés, de l'avenir de ces populations sur le territoire national.

Un autre projet existe dans le Kent avec le parc de découverte de Wildwood (une famille de castors, qui vit pour l'instant dans un site clôturé).

En Asie[modifier]

Quelques populations subsistent dans des régions isolées de Sibérie et Mongolie[19].

Menaces[modifier]

De nombreuses menaces qui combinent ou additionnent leurs effets pèsent encore sur l'espèce :

  • La chasse et les piégeages ont – historiquement – été les premières menaces pour l'espèce. Cette chasse l'a décimée dès le Moyen Âge et l'a conduite à l'extinction sur une grande partie de son aire naturelle de répartition avant même le XIXe siècle, surtout en Europe de l'Ouest. Chasse et piégeage restent une menace car l'animal est facilement tiré ou piégé par erreur, après avoir été confondu avec un rat musqué ou un ragondin ou tombé dans les pièges qui leur étaient destinés. Le castor était recherché pour son castoréum et pour sa chair, mais surtout pour sa fourrure à propos de laquelle en 1845, l'encyclopédiste Ph. Le Bas a ainsi résumé la situation :
La généralisation du chapeau « nécessita l'établissement de grandes fabriques, notamment à Lyon et à Paris, et l'on fit bientôt une telle consommation de castors, que ceux que l'on trouvait en France, et spécialement dans les îles du Rhône, étant détruits, il fallut poursuivre ces animaux industrieux et inoffensifs jusque dans les lacs glacés du Canada »[37].
  • Dans le même temps, la rectification et l'aménagement des cours d'eau, leur canalisation de même que l'établissement de chemins de halage (nécessitant de détruire la ripisylve) a été cause de la destruction de l'habitat des castors.
  • Plus tard, la construction de grands barrages hydroélectriques a été source de nouveaux obstacles aux déplacements des castors (nécessaire pour l'entretien d'une diversité génétique au sein de l'espèce et pour la colonisation de zones disponibles à la suite de la disparition locale (naturelle ou non) de familles de castors. (Ces animaux sont sensibles à des maladies qui peuvent décimer des familles entières lors d'hivers froids ou quand leur nourriture vient à manquer ; c'est un des processus naturels de contrôle des populations)
  • À cette dégradation physique des habitats, il faut ajouter une dégradation chimique liée aux nombreux eutrophisants et polluants introduits dans le milieu aquatique ou contaminant les arbres et écorces à partir de l'air. Au XXe siècle, le castor subit aussi les dangers liés aux poisons largement diffusés dans la nature (notamment ceux utilisés contre les rats et rats musqués).
  • Le castor pâtit en Europe de sa ressemblance avec le ragondin (d'autant que ce dernier est parfois appelé myocastor en référence à son nom latin) et avec le rat musqué. Ces deux espèces, introduites en Europe pour leur fourrure qui devait notamment remplacer celle du castor, par exemple pour la production de chapkas, sont invasives et considérées comme nuisibles. Leur destruction est autorisée et encouragée par diverses autorités car ces animaux dégradent fortement les berges et font localement de coûteux dégâts aux cultures. Le rat musqué est volontiers et légalement chassé, piégé, et empoisonné.

Conservation de l'espèce et intérêt pour ses capacités de génie écologique[modifier]

On ne semble avoir pris conscience des impacts négatifs de la disparition du castor que récemment. Ces impacts sont l'assèchement et fermeture de zones humides, les inondations en aval et sécheresses en amont, la dégradation des sols, de l'eau et de la biodiversité causées par l'homogénéisation des cours d'eau[38], à la suite de la disparition de ses barrages là où il en faisait… et des réseaux de microcanaux y afférents). Ce constat tardif, et des raisons éthiques ont motivé le lancement de programmes de réintroduction et conservation ne date que des années 1930-1960. Ils ont contribué à ce que - à la fin du XXe siècle - le castor puisse réintégrer quelques cours d'eau, dans des régions ou pays d'où il avait disparu. Depuis dans plusieurs pays ou régions, il reconstitue peu à peu des populations viables, au profit de la biodiversité environnante.

Éric Collier[39] a été pionnier pour faire reconnaitre l'importance écologique du castor. Il s'est installé en 1920 dans la Meldrum Creek, dans la région de Chilcotin en Colombie-Britannique. Loin de la ville, il devait vivre en autosubsistance, dans cette zone d'où les castors avaient été antérieurement éradiqués par les trappeurs. Il a subi un incendie de forêt et observé que la faune et la flore désertaient la vallée, faute d'eau en été. Il a réussi la première réintroduction de castors ayant comme objectif la restauration écologique d'une zone dégradée par les sécheresses successives, à l'ouest du grand fleuve Fraser.
Après avoir constaté que dans cette région, tous les marais, de grande ou petite tailla avait pour origine un barrage de castors, il a entrepris dans les années 1930 de lui-même construire un barrage destiné à faire remonter le niveau de l'eau, pour pouvoir cultiver et pour permettre à la nature de se reconstituer et aux animaux sauvages de revenir y boire. Au printemps 1935, le barrage qu'il a construit près de sa maison retenait 200 acres d'eau et lui permettait d'irriguer. En 1941, E. Collier obtient un couple de castor du gouvernement. Deux heures après sa réintroduction dans l'étang du barrage, ces castors avaient déjà détecté et bouché la seule "fuite" de la digue construite par les Collier (fuite volontairement entretenue pour apporter de l'eau à leur maison) [40],[41]. Ce couple de castor a fait des petits, et en 1950, seulement neuf ans plus tard, cette famille de castors avait fait réapparaitre plusieurs étangs qui ont de mieux en mieux stocké les pluies, de l'automne au printemps[39]. La végétation environnante est devenue exubérante ; les castors, grâce à leurs barrages ont effectivement peu à peu restauré de vastes zones humides et ouvertes, qui ont efficacement bloqué ou limité les incendies de forêt et permis une restauration du sol et des écosystèmes[39]. Un feu de forêt épargne la vallée et la maison des Collier, grâce à l'eau accumulée par les castors et l'inondation de 1948 a été limitée par ces mêmes barrages, qui bien entretenus par les castors y ont résisté[39].

[42] où il ouvre les berge et fait des barrages, le castor contribue à positivement complexifier son environnement[43], en augmentant le nombre de niches écologiques, pour des animaux aquatiques (poissons[44] et amphibiens[45] notamment), mais aussi pour des mammifères volants tels que les chauve-souris[46] dans les petites vallées.

Gestion des conflits[modifier]

Après son retour spontané ou sa réintroduction, ses barrages (il n'en fait pas toujours en zone rocheuse) peuvent à nouveau inonder des surfaces significatives, ce qui diminue le risque d'incendies de forêts[40] et favorise le rechargement des nappes[40] (Cf. loi de Darcy). Mais ces barrages peuvent aussi perturber les usages de ces zones si l'on y a entre temps construit des routes ou mis d'anciennes zones humides en culture. Ainsi, certaines zones où le castor est revenu, après que des routes ou des voies ferrées y ont été construites, sont surveillées au Canada (dont par avion, avec éventuel "contrôle stratégique des populations") de manière à prévenir d'éventuelles inondations ou problèmes hydrauliques gênants pour les infrastructures. Au Canada, le déraillement le 7 avril 1997 d'un train du Canadien Pacifique (CFCP) causé par l'affaissement d'une voie ferroviaire[47] a été supposé lié à une pression hydrostatique trop importante, induite par l'élévation de la nappe à la suite de la construction d'un nouveau barrage par des castors, mais les experts ont aussi conclu que la voie était construite sur un « remblai de sable meuble » qui a « contribué à l'affaissement de la plate-forme ». « Des centaines de milles de chemins de fer canadiens sont sujets aux affaissements de plate-forme », mais l'implication des castors n'a été mise en cause que dans quelques cas et toujours pour des voies anciennes (un siècle environ ou 80 ans), et mal construites[48].
Dans un autre cas, l'eau accumulée par des castors menaçait des routes et ponceaux d'un terrain militaire (CE SCFT Meaford, dans la région des Grands Lacs). L'armée, après une étude d'incidence sur l'environnement, a été autorisée à piéger les castors et les déplacer, puis détruire le barrage, avec précaution « de manière à ne pas altérer, perturber ou détruire de façon dommageable l'habitat du poisson »[49]. Il arrive au Canada que l'on démantèle des digues de castors pour des raisons de drainage agricole. Si ceci se fait à proximité d'une réserve naturelle de faune, une étude d'incidence est obligatoire, pour évaluer les risques potentiels sur la santé humaine et sur l'environnement [50].

Inversement, la disparition brutale d'une famille de castors (maladie, chasse, empoisonnement, piégeage) peut aussi avoir des conséquences néfastes ; un cas[51] d'affaissement d'une plate-forme ferroviaire a été attribué à une baisse de niveau d'eau d'une zone humide proche à la suite de la rupture d'un barrage de castors (néanmoins, les experts ont noté que cette voie ferrée avait été construite au XIXe siècle, avant les normes modernes de sécurité, et sur une base fragile de tourbe et de limon glacio-lacustre qui a été déstabilisée par la baisse de l'eau).
On peut facilement contrôler le niveau d'eau au moyen de siphons auto-amorcés silencieux (car c'est le bruit de l'eau qui coule, qui est le stimulus déclenchant l'acte instinctif de construire ou colmater un barrage, le castor rebouchant un siphon non silencieux par des branchages)[40].
Le castor peut faire quelques dégâts sur les populicultures ou sylvicultures situées sur les premiers 15 mètres de berges (sauf si les arbres sont protégés), ou très localement dans certaines cultures (ex : maïs). On se prémunit facilement par la pose d'un grillage bas ou d'un simple fil électrique (étant toujours mouillé, il y est particulièrement sensible et apprend très vite à s'en éloigner).

Les expériences européennes de réintroduction montrent que des efforts de communication et de pédagogie auprès des riverains des cours d'eau où il vit, et quelques mesures simples permettent d'éviter qu'il ne soit pas confondu avec le rat musqué ou le ragondin et d'éviter qu'il entre en conflit avec la sylviculture ou l'agriculture (auxquelles il pourrait par ailleurs rendre certains services en tant qu'utile à la conservation de l'eau qui risque de manquer en été dans un contexte de bouleversement climatique attendu).

Le castor est souvent menacé par les pièges et appâts empoisonnés destinés à éliminer les rats musqués et ragondins (des pièges et appâts uniquement accessibles à ces deux espèces sont testés pour protéger les castors). En aval de zones urbanisées et cultivées, le castor risque aussi d'être en contact avec d'autres rodenticides mal utilisés (non fixés) près des berges et emportés par les crues vers les cours d'eau (et les barrages de castors quand ils existent).

Sensibilisation du grand public[modifier]

Les associations qui étudient le castor européen ont presque toutes engagé des actions de sensibilisation du grand public en organisant des animations et des sorties de découverte de l'espèce sur les territoires occupés. Le travail de sensibilisation est en effet indispensable à l'acceptation de l'animal, qui bien que possédant un important capital de sympathie, peut occasionner ponctuellement des dégradations aux biens privés et provoquer des réactions parfois radicales des propriétaires génés. La sensibilisation a pour but de désamorcer les conflits et de mieux faire connaître l'action et le rôle de l'animal pour la restauration des zones humides et la biodiversité.

À l'initiative des naturalistes du nord de la France et de Belgique travaillant sur le castor européen, une manifestation internationale : Beaver Spring, le Printemps des Castors, a vu le jour en 2011 [52]. Ainsi chaque printemps (du 20 mars au 20 juin) des animations, conférences et sorties-nature sont organisées de l’Écosse à la Suisse (dont la France, au Benelux et en Allemagne) afin de faire découvrir l'animal. En France, la Société française pour l'étude et la protection des mammifères (SFEPM) porte nationalement l'événement (affiches, plaquettes, site internet). La Fédération des CPN a produit un film pédagogique intitulé "Sur les traces du castor"[53] et des documents d'animation ("T'as pas tort, c'est le castor !"), ainsi que des conseil et outils pédagogiques. En Suisse la revue Salamandre a produit un DVD éducatif sur le Castor[54].

Voir aussi[modifier]

Article connexe[modifier]

Liens externes[modifier]

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Base taxinomiques[modifier]

Autres liens externes[modifier]

Bibliographie[modifier]

  • Baguette T., 1995. Le Castor : un instrument de gestion pour les fonds de vallée en Belgique. 2. Étude des potentialités d’accueil du castor dans deux systèmes hydrographiques fagnards ; la vallée de la Roer et l’amphithéâtre des sources de la Vesdre. Cahiers éthologiques, 15(1) : 47-70.
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  • Lafontaine L. (coord.) et al., 2000. Dispersion des populations de castors Castor fiber galliae dans réintroduits dans les Monts d’Arrée (Finistère). Groupe Mammalogique Breton, 61p.
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  • Étude des continuités écologiques du Castor et de la Loutre sur le bassin de la Loire Analyse de la franchissabilité des obstacles à l’écoulement
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Références[modifier]

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  2. Rosell F, Bozsér O, Collen P, Parker H (2005) Ecological impact of beavers Castor fiber and Castor canadensis and their ability to modify ecosystems. Mamm Rev 35:248–276. doi:10.1111/ j.1365-2907.2005.00067.x (Résumé, en anglais)
  3. Zwolicki A (2005) European Beaver Castor fiber—a keystone species for the river valley ecosystems. Ecol Questions 6:106–109
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  9. a, b, c et d Emannuelle Sarat, ingénieur à l’ONCFS, « Castor et loutre : deux espèces semi-aquatiques à observer en bord de Loire », émission Canal Académie, 10 février 2013
  10. le Thouet angevin, Le castor des marais de Distré fait barrage à la sécheresse , consulté 2012-07-22
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  14. Olaûs Magnus, Historia de gentibus septentrionalis, ouvrage in-folio publié à Rome en 1555
  15. Brehm, <La Vie des animaux illustrée, mammifères, Tomes II, p. 153-454. Ed. Gerbe
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  17. page consacrée à l'histoire de Samuel de Champlain, la chute du Québec et la Company of One Hundred Associates (Compagnie des Cent-Associés), qui laisse entendre qu'une seule fourrure de castor semblait avoir plus de valeur qu'une vie humaine à cette époque en France
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  28. [PDF] La répartition du castor sur le bassin versant de la Loire et en Bretagne, sur le site de l'ONCFS
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  30. Groupe Loutre Castor Nord
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  39. a, b, c et d Présentation de Eric Collier et de son livre autobiographique Three against the Wilderness, PDF
  40. a, b, c et d Eric Collier, La rivière des castors, Ed: Flammarion, 01/01/1961
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  42. Halley DJ, Rosell F (2003) Population and distribution of European beavers (Castor fiber). Lutra 46:91–101
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  45. Dalbeck L, Lüscher B, Ohlhoff D (2007) Beaver ponds as habitat of amphibian communities in a central European highland. Amphib Reptil 28:493–501. doi:10.1163/156853807782152561
  46. Mateusz Ciechanowski, Weronika Kubic, Aleksandra Rynkiewicz, Adrian Zwolicki. (2010) Reintroduction of beavers Castor fiber may improve habitat quality for vespertilionid bats foraging in small river valleys. European Journal of Wildlife Research Online publication date: 23-Dec-2010. (Résumé)
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  51. Affaissement en juillet 1992 de la plate-forme au point milliaire 135,0 de la subdivision Caramat du CN, près de Nakina (Ontario) ; Rapport no R92T0183 du BST)
  52. Printemps des Castors
  53. Film de la Fédération des CPN, "Sur les traces du castor"
  54. Film HD 26 minutes, intitulé Les nouveaux Castor