Perche commune

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La perche commune, perche franche ou encore perche française en France (Perca fluviatilis) est une espèce de poisson d'eau douce de la famille des percidés.

Elle ressemble biologiquement, comportalement et physiquement à l'espèce nord américaine « perchaude » (Perca flavescens) mais s'en différencie notamment par une différence dans la position de l'os prédorsal (« suffisante pour maintenir leur rang d'espèces distinctes »[1] ; pour le reste, se réparation (géographique et en profondeur) ainsi que la période de fraie, la croissance des larves et alevins, sa fertilité et sa maturation sexuelle sont contrôlées par les mêmes facteurs environnementaux et stimuli (salinité, température, courants, taux d'oxygène dissous...)[1].

Comme la Perchaude, la perche commune d'Europe est prédatrice de petits animaux vivants, mais, très adaptable, elle peut aussi se contenter de ce qui est disponible, voire se rabattre sur le canibalisme même entre alevins, si la nourriture manque[1].

Comme chez la Perchaude, on observe un rythme nycthéméral dans le cyle quotidien de l'alimentation, avec des réponses à la lumière similaire chez les deux espèces (de même pour la formation de bancs, les activité et migrations journalières ou saisonnières)[1].

Description[modifier | modifier le code]

Elle a le dos de couleur gris-vert, les flancs étant plus clairs avec des bandes sombres. On observe parfois des individus dépourvus de ces rayures.

Le ventre est blanc. Elle a deux nageoires dorsales séparées, les nageoires pelvienne et anale sont orangées à rougeâtre.

Ce poisson peut atteint une longueur de plus de 51 cm pour 4,750 kg.

Les mâles et femelles grandissent de manière similaire les deux premières années. Tous les alevins grandissent à peu près à la même vitesse la première année (indépendamment du nombre ou de la densité d'alevins qui varie beaucoup selon les années) et un peu moins la seconde année (corrélation négative avec le nombre d'alevins)[2]. A partir de la troisième année, les femelles grandissent légèrement plus vite que les mâles. La taille de la perche fluviatile à un âge donné (âge qui peut être évalué par l'étude de l'os operculaire[3]) varie ensuite significativement selon les contextes trophiques, de dynamique et densité de population et surtout selon la température de l'eau[2] et le cas échéant selon le degré de pollution de l'eau ou des sédiments.
Les mâles et femelles parvenant à la maturité sexuelle dans leur seconde ou troisième années sont respectivement légèrement plus grandes à cet âge que ceux qui atteignent ce stade plus tard[2]. Des variations importantes de taille sont observées pour des animaux d'un même âge selon les années ou lieux, qui semblent notamment dues à la température de l'eau, les perches grandissant nettement moins vite dans une eau à moins de de 14°C[2].

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Répartition géographique de la perche commune.

Cette espèce est présente dans la majeure partie de l'Europe. Elle a été introduite dans plusieurs pays pour la pêche sportive où elle est à l'origine de divers problèmes écologiques. Elle vit dans les eaux calmes des lacs ou ralenties des rivières, appréciant les zones où elle peut se dissimuler (arbres ou branches immergés, rochers, etc...).

Phylogeographie[modifier | modifier le code]

D'après des analyses génétiques faites chez des perches prélevées dans 55 sous-populations d'Europe et d'une sous-population de Sibérie, durant les dernières glaciations, la perche a survécu dans plusieurs refuges glaciaires, avec des traces de différentiations génétiques encore observables dans le génome (ADN mitochondrialou ADNmt) des sous-populations européennes[4].

Outre un groupe sud-européen génétiquement distinct qui comprend une population grecque et une population sud-danubienne, trois grands groupes de perche sont aujourd'hui connus dans 1) les bassins d'Europe occidentale, 2) les bassins d'Europe de l'Est (incluant une population de perches sibériennes) et 3) des populations norvégiennes (du nord de la Norvège, et de l'ouest du côté du fjord d'Oslo)[4]. Différentes sous-populations européennes pourraient provenir de différents refuges, mais les transferts de poissons par les pêcheurs, les eaux de ballast de péniches ou les canaux qui mettent en relation des bassins normalement non connectés pourraient accélérer les mélanges génétiques.

Les analyses phylogénétiques (ADNmt) laissent penser que la lignée sud-européenne serait la plus ancienne et fondatrices des autres groupes[4].

Les corridors écologiques utilisés pour la recolonisation post-glaciaire par la perche s'appliquent probablement aussi à d'autres espèces dulcaquicoles (« avec des motifs de distribution similaires »[4].

Biologie et écologie[modifier | modifier le code]

Ponte de perche sur feuilles de rubaniers

La perche commune est un poisson grégaire, qui forme des groupes de sujets de mêmes générations, hormis pour les perches âgées qui vivent solitairement.

La perche a une réputation de poisson carnassier qui chasse les autres poissons en bandes comme les goujons, les gardons, les ablettes, etc. En réalité, les premières années, la perche se nourrit en grande partie de zooplancton et de larves, de vers et de crustacés et d'insectes ou d'autres invertébrés, en chassant à vue le jour et au moyen de ses organes des sens la nuit. Elle se montre à la fois sensible aux vibrations, aux stimuli visuels et elle dispose d'un organe du goût performant[5].

Elle est dans son milieu souvent en compétition avec le Gardon qui partage une partie de sa niche écologique, comme l'a montré une expérience faite par L Persson en 1986. Cette expérience consistait à réduire une population de gardon (suppression de 70% des individus, soit 40% de la biomasse). Le résultat a été un accroissement de 140 % du nombre de perche (par explosion du nombre de jeunes de l'année) et un accroissement de la biomasse de zooplancton au point qu'en aout les jeunes perches ont continué à consommer le zooplancton plutôt que de basculer vers un régime alimentaire basé sur les invertébrés. De plus, la population de perche a aussi étendu ses habitats.

Elle pond en fin d'hiver près du fond ou des berges, ou dans certains embâcle, généralement sur des plantes aquatiques ou sur des branches immergées des rubans d'oeufs[6]. Pour la pérénnité de l'espèce, il est donc important de ne pas trop "nettoyer les cours d'eau" ou étangs et au moment de la reproduction (printemps) de ne pas retirer de l'eau ces branches qui servent de frayères où les œufs sont convenablement oxygénés et protégés des bactéries, invertébrés et sédiments.

Les individus les plus grands sont trouvés dans les milieux dont les eaux sont plus transparentes, ce qui facilite la chasse à vue[7]. Inversement, dans les milieux homogène et eutrophes (aux eaux généralement turbides), les perches sont plus petites et on observe des relations de compétition plus marquées entre les classes d'âge au sein de la niche écologique ; avec un chevauchement alimentaire important[7]. Il semble que la concurrence intraspécifique limite la diversité des tailles de perches et le nombre de classes d'âge, d'autant plus que l'habitat est homogène[7].

Fonctions écosystémiques[modifier | modifier le code]

Dans leur niche écologique et la communauté de poissons, certains auteurs leur attribue un rôle de « convertisseurs d'invertébrés en une nourriture convenable pour les poissons prédateurs finals »[1]. Dans les environnement pollué (en canal notamment) elle contribue à la bioconcentration de certains polluants dans la chaine alimentaire (vers le Brochet notamment)[8].

La couleuvre, bien adaptée au milieu aquatique, compte parmi les prédateurs de la perche (et de nombreuses autres espèces). Sa mâchoire extensible lui permet d'ingérer des proies bien plus grosses qu'elle

Taxinomie[modifier | modifier le code]

Du fait de sa forte ressemblance et de sa capacité à s'hybrider avec la perche commune, la perchaude (Perca flavescens) a parfois été classifiée comme en étant une sous-espèce, d'où son nom trinomial : Perca fluviatilis flavescens. Cependant, il n'est pas établi clairement si les hybrides sont fertiles ou non, et la plupart des classifications traitent les deux poissons comme deux espèces distinctes. D'après NatureServe, une étude sur des allozymes indique que Perca fluviatilis et Perca flavescens sont deux espèces différente.

La perche commune et l'homme[modifier | modifier le code]

Pêche[modifier | modifier le code]

La perche est réceptive aussi bien aux appâts naturels qu'aux leurres artificiels. Les pêcheurs qui la recherchent spécifiquement pratiquent en majorité la pêche aux leurres lors des périodes où celle-ci est ouverte. Des leurres de petites tailles sont particulièrement efficaces, notamment les poissons nageurs et leurres souples entre 6 et 8 centimètres. Les cuillers tournantes de taille moyenne (taille 2 ou 3) permettent de pêcher facilement d'assez belles perches, d'une bonne vingtaine de centimètres si elles sont présentes.

La pêche dite en "drop-shot" (grâce à des leurres souples) trouve son originalité dans le fait de rester sur un poste et non d'effectuer une traîne. Le ver de terre (sous-ordre Lumbricina), de toute taille, est aussi un appât apprécié. La « pêche au vif » recherche les individus les plus gros, mais reste une pêche "tout carnassier", contrairement peut-être à la pêche aux leurres qui autorise une petite adaptation à l'espèce recherchée. Le pêcheur cherche à provoquer l'excitation du poisson et éveiller son instinct d'attaque. Ce poisson reste sans doute le carnassier le plus simple à prendre, surtout pour le pêcheur novice.

La chair de la perche commune est réputée excellente. La perche représente avec le brochet et le sandre, 80 à 90 % des importations de poissons d’eau douce frais. Consommée sous forme de gros poisson entier, de friture et de petit ou grand filet, elle est appréciée dans les régions alpines, scandinaves, russes et, en général, partout où elle est présente.

La production française provient pour une grande part d'une pêche professionnelle dans les grands lacs alpins (ex : lac Léman). Le marché français étant déficitaire, il importe également, notamment de Scandinavie et des Pays de l’Est.

Perche commune (Perca fluviatilis)

Aquaculture[modifier | modifier le code]

Depuis la fin des années 1990, la production intensive de perche en circuit fermé (pisciculture) s’est progressivement développée en Europe. Ce système de production implique la production de juvéniles en écloserie dont les principes d’élevage s’inspirent de la larviculture des poissons marins (proies vivantes, sevrage et nourrissage sur l’aliment inerte). Aujourd’hui, les performances de l’élevage de la perche du stade larvaire au stade juvénile restent encore aléatoires. Parmi les points de blocage mis en évidence, on peut citer l’hétérogénéité de la croissance, le cannibalisme, un faible survie et des malformations squelettiques.
Des élevages industriels de perche ont également été mis en place en Australie.

Pathologies[modifier | modifier le code]

Cette espèce se montre rustique dans la nature, mais peut occasionnellement touchée par des infections bactériennes et virales (éventuellement viroses émergentes[9],[10]), par diverses parasitoses et mycoses.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Thorpe, J. E. (1977). Morphology, physiology, behavior, and ecology of Perca fluviatilis L. and P. flavescens Mitchill. Journal of the Fisheries Board of Canada, 34(10), 1504-1514.(résumé)
  2. a, b, c et d Le Cren, E. D. (1958). Observations on the growth of perch (Perca fluviatilis L.) over twenty-two years with special reference to the effects of temperature and changes in population density. The Journal of Animal Ecology, 287-334.
  3. Le Cren ED(1947) The determination of the age and growth of the perch (Perca fluviatilis) from the opercular bone. The Journal of Animal Ecology, 188-204 (résumé).
  4. a, b, c et d Nesbø, C. L., Fossheim, T., Vøllestad, L. A., & Jakobsen, K. S. (1999). Genetic divergence and phylogeographic relationships among European perch (Perca fluviatilis) populations reflect glacial refugia and postglacial colonization. Molecular Ecology, 8(9), 1387-1404.(résumé)
  5. Boulet PC (1960) Expériences sur la perception visuelle du mouvement chez la perche ; Bulletin Français de Pisciculture, (196), 81-95
  6. Vidéo présentant des pontes de perches fluviatiles (dans le lac de Paladru, en Isère)).
  7. a, b et c Persson, L. (1983) Food consumption and competition between age classes in a perch Perca fluviatilis population in a shallow eutrophic lake. Oikos, 197-207. (résumé)
  8. Burreau, S., Zebühr, Y., Broman, D., & Ishaq, R. (2004). Biomagnification of polychlorinated biphenyls (PCBs) and polybrominated diphenyl ethers (PBDEs) studied in pike (Esox lucius), perch (Perca fluviatilis) and roach (Rutilus rutilus) from the Baltic Sea. Chemosphere, 55(7), 1043-1052 (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0045653504000414 résumé])
  9. Langdon, J. S., Humphrey, J. D., Williams, L. M., Hyatt, A. D., & Westbury, H. A. (1986). First virus isolation from Australian fish : an iridovirus‐like pathogen from redfin perch, Perca fluviatilis L. Journal of Fish Diseases, 9(3), 263-268 (résumé).
  10. Langdon JS (1989) Experimental transmission and pathogenicity of epizootic haematopoietic necrosis virus (EHNV) in redfin perch, Perca fluviatilis L., and 11 other teleosts. Journal of Fish Diseases, 12(4), 295-310.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Références taxinomiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Cren, E. D. (1951). The length-weight relationship and seasonal cycle in gonad weight and condition in the perch (Perca fluviatilis). The Journal of Animal Ecology, 201-219.
  • Craig, J. F. (1977). The body composition of adult perch, Perca fluviatilis in Windermere, with reference to seasonal changes and reproduction. The Journal of Animal Ecology, 617-632.
  • Persson, L. (1986). Effects of reduced interspecific competition on resource utilization in perch (Perca fluviatilis). Ecology, 67(2), 355-364 (http://www.esajournals.org/doi/abs/10.2307/1938578 résumé]).
  • Persson, L. (1983). Food consumption and competition between age classes in a perch Perca fluviatilis population in a shallow eutrophic lake. Oikos, 197-207.
  • Thorpe, J. E. (1977). Morphology, physiology, behavior, and ecology of Perca fluviatilis L. and P. flavescens Mitchill. Journal of the Fisheries Board of Canada, 34(10), 1504-1514 (résumé).
  • PERSSON, L. (1979). The effects of temperature and different food organisms on the rate of gastric evacuation in perch (Perca fluviatilis). Freshwater Biology, 9(2), 99-104.

Vidéographie[modifier | modifier le code]