Flottage du bois

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Accumulation de bois en amont du Pont Charles de Prague en 1872.

Le flottage du bois ou la drave[1],[2] (au Canada) est l'une des plus anciennes méthodes de transport sur de longues distances.

Trois radeaux construits pour accompagner un flottage de bois sur la Pine Creek (comté de Lycoming ou de Tioga, Pennsylvanie, USA, peu avant 1905 ou peut-être en 1908). Le 1er radeau de gauche est la cuisine-réfectoire, le 2e est la chambre à coucher, et le 3e l'écurie flottante. Ils ne serviront qu'à un seul voyage avant d'être vendus en bois d'œuvre.
Flottage du bois en Russie.
Au Canada en direction de Vancouver.

Histoire[modifier | modifier le code]

Du Moyen Âge jusqu’à la fin du XIXe siècle, en Europe occidentale, le flottage est le mode de transport le plus courant et le moins onéreux pour le bois.

La méthode la plus rudimentaire consiste à rassembler le bois sur la rive, à marquer chaque pièce du symbole choisi par son propriétaire et à laisser les bûches ou grumes descendre librement le cours d’eau au gré du courant, de préférence lors des crues annuelles. Les grumes ou bûches descendaient ainsi les cours d'eau de « pertuis» en « pertuis » ou s'accumulaient devant les barrages mobiles à aiguilles ou des écluses. On « démasquait » le pertuis, le vannage ou l'écluse et le bois continuait son cours entrainé par le courant. Arrivé à destination, il était arrêté par un barrage dressé au travers de la rivière, par des pieux fichés dans le lit ou par un câble tendu. Ce procédé, dénommé flottage à bûches perdues se traduisait par des pertes significatives (échouages, vols, grumes coincées sous des ponts ou des rochers ; il fut cependant le seul à être employé durant des siècles sur de nombreux cours d'eau dont par exemple en France dans les Vosges, sur la Meurthe et la Moselle, et jusque dans la Dordogne, ou sur l'Yonne et la Cure préalablement à la constitution des trains à Clamecy et Vermenton. Il était encore utilisé dans le Morvan au début du XXe siècle[3]. Il permettait notamment d'alimenter des usines grandes consommatrices de bois, dont par exemple les Cristalleries de Baccarat, les Faïenceries de Saint Clément et de Lunéville, les salines de Rosières aux Salines ...).

Dans le Canal de Saint-Quentin et ses deux parties souterraines, il est encore utilisé en 1918 à la fin de la Première Guerre mondiale ; soumis à taxation comme les péniches : « Les trains d'arbres flottés paieront pour chaque arbre, sans égard à la dimension, le droit fixe pour deux tonneaux, c'est-à-dire vingt centimes par arbre et par distance, 20 centimes » (au 1er janvier 1818, la taxe étant destinée dans ce cas au trésor public[4]). Le flottage du bois dans les canaux deviendra incompatible avec la circulation des péniches quand elles seront équipées de moteurs à hélice. Le bois sera alors transporté en train mais surtout en camion, avec plus de risque de se fendre en séchant trop vite.

La technique du flottage en trains demandait plus d'efforts, mais remédiait à une partie des inconvénients de la précédente. Elle demande que les troncs ou les bois débités soient coupés et reliés entre eux pour former une sorte de radeau gouvernable qui descend le courant. Un mât et une voile peuvent y être installés pour s'aider du vent dans les manœuvres. Ce mode de transport n’est possible que sur des tronçons où le cours d’eau est suffisamment large et peu tumultueux pour éviter que le radeau ne se casse. Il a été utilisé très tôt dans le Morvan, sur la Durance et dans les Vosges[5]. Sur la Seine, certains radeaux mesuraient 75 m de long sur 5 m de large[6]. Hormis le bois dont elles étaient faites, ces embarcations pouvaient convoyer d'autres biens, parfois même du bétail.

Dans les Vosges, le flottage du bois de chauffe ou d'œuvre, en bois brut ou débités, se pratiquait autour de la commune de Raon-l'Étape, située à une quinzaine de kilomètres au nord de Saint-Dié. Le réseau hydrographie assez développé, bien que souvent constitué de petits ruisseaux permettait grâce à des aménagements (vannes, retenues, canaux, ...) d'alimenter un centre de regroupement à Raon-l'Étape. Les hommes chargés de conduire ces "trains de bois" s'appelaient des voileurs dénommés des "oualous" en patois local. Ce nom tire son origine du terme "voile" donné aux radeaux de planches ou de grumes qui associés entre eux constituaient des "trains de flottage". Souvent ce travail rude se faisait en famille (père, fils, frères, ...). Les quantités de bois ainsi constituées allaient jusque Saint-Nicolas-de-Port, voire Nancy ou Metz. Leurs périples pouvaient les emmener très loin de leur base. Ils auraient ainsi mené des livraisons jusqu'en Allemagne à Coblence, à la confluence de la Moselle avec le Rhin, à 350 kilomètres. Et à l'époque, le retour se faisait à pied.

Le flottage du bois a naturellement été repris dans d'autres régions du globe, surtout dans les grandes forêts boréales de résineux. Aux États-Unis, au Canada, la méthode a eu son heure de gloire avant l'avènement du chemin de fer puis du camion. Au Québec, les ouvriers conduisant les trains de bois sont appelés draveurs, et la pratique du flottage du bois, drave. La Finlande et la Russie profitent encore largement de la voie fluviale pour le transport par flottage.

Le métier de flotteur[modifier | modifier le code]

Démonstration de radeleurs basques.

Il est particulièrement dangereux : les ouvriers travaillent en équilibre sur des troncs dont la trajectoire peut être chaotique dans une rivière en crue.

Au Canada, ceux-ci sont appelés draveurs.

Impacts environnementaux[modifier | modifier le code]

Si le flottage a pu diminuer l'appel aux camions ou bateaux motorisés, ses inconvénients et impacts écologiques ne sont pas mineurs.

Dans les rivières où le flottage du bois est pratiqué, la qualité de l'eau devient douteuse, la faune et la flore aquatiques en souffrent. De plus, le cours de la rivière a parfois été rectifié, certains obstacles naturels tels que îles, seuils ou sauts étant éliminés pour faciliter la descente des troncs ou radeaux. Ces aménagements ont modifié le rythme et l'importance des inondations et de la sédimentation qui jouent un rôle crucial dans la structuration des biotopes riverains.

La régression de grands migrateurs comme le saumon, puis l'anguille, a entrainé une prise de conscience croissante de la nécessité de rétablir des régimes d'écoulement naturels ("libre circulation des poissons") pour les poissons, mais la naturalité des régimes de crues et décrue joue aussi un rôle dans la préservation de la biodiversité végétale des ripisylves et zones humides associées au cours d'eau.
Les effets de la restauration des berges et des méandres commencent à être étudiés, notamment sur l'Umeälven (dans le nord de la Suède) où les écosystèmes riverains ont été affectés par des rectifications voire par une canalisation faites au 19e siècle et au début du 20e pour faciliter le flottage du bois. La Suède a entrepris de restaurer cette rivière, et une étude a comparé la biodiversité des communautés végétales rivulaire et riveraines des zones restaurées par rapport à leur état antérieur. En 3 à 10 ans après les travaux de renaturation, la richesse en espèces a augmenté significativement tout comme la fréquence d'inondation du lit majeur[7].

Dans certaines régions reculées, au Canada notamment, il faut légiférer pour imposer le transport par route, qui coûte parfois dix fois plus cher que la drave. C'est par exemple le cas depuis février 1994 sur la rivière des Outaouais.

Au Québec, le Saint-Maurice a été la dernière rivière utilisée pour le flottage du bois, interdit dans les rivières fréquentées par le saumon[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Grand Dictionnaire Terminologique
  2. Régionalisme utilisé au Québec.Grand Dictionnaire Terminologique
  3. Arviset ML (1924). Une industrie qui disparaît : le flottage à bûches perdues dans le Morvan. In Annales de Géographie (pp. 579-582). Armand Colin. (Novembre 1924)
  4. De Rive BL (1835) Précis historique et statistique des canaux et rivières navigables de la Belgique et d'une partie de la France, Ed : Leroux, - 636 pages (Livre numérique Google)
  5. O. Guatelli, Le flottage du bois et les "oualous" (1830-1899), Kruch, 1991.
  6. Une gravure de la page 186 du numéro 39 du Journal des connaissances utiles en mars 1896 représente un train de bois amarré dans le port de Paris.
  7. James M. Helfield, Samantha J. Capon, Christer Nilsson, Roland Jansson & Daniel Palm. ; 2007 ; Restauration of firvers used for timber floating : effects on riparian plant diversity. Ecological Applications 17:3, 840-851 Online 2007/04/01. (esajournals Résumé [PDF], 448 KB)
  8. http://www.canlii.org/fr/qc/legis/lois/lrq-c-r-13/derniere/lrq-c-r-13.html (Loi sur le régime des eaux, L.R.Q., c. R-13 section VI)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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