Thraco-Romains

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Le terme Thraco-Romain se rapporte à la culture et à la langue des populations d'origine thrace, incorporées dans l'empire romain, puis latinisées, au nord de la Ligne Jireček, sous l'influence des Romains. Les Thraco-Romains sont l'objet de discussions historiques. Ceux du nord, appelés Daco-Romains et Proto-Roumains en Roumanie, sont considérés dans ce pays comme étant les ancêtres à la fois des Roumains (vivant surtout au nord du Danube) et des Aroumains (vivant au sud du Danube). De ce fait, ceux du sud, dont la présence est mentionnée au VIe siècle par les chroniqueurs Théophane le Confesseur et Théophylacte Simocatta, et plus tardivement sous le nom de Valaques (notamment dans le cadre du Regnum Bulgarorum et Valachorum, au XIIe siècle), sont l'enjeu de controverses : leur existence n'est pas enseignée dans les écoles en Roumanie et encore moins en Bulgarie, où la romanisation des Thraces elle-même est mise en doute, l'historiographie bulgare enseignant que les Slaves ont rencontré et slavisé, au sud du Danube, des Thraces non-romanisés. De leur côté, les historiens aroumains, comme Teodor Capidan (ro), Takis Papahagi (ro) ou Neagu Djuvara, considèrent les Thraco-Romains du sud comme les ancêtres des Aroumains, et les Thraco-Romains du nord comme ceux des Roumains[1].

En bleu, les Thraces romanisés; en rouge foncé les régions occupées par les Thraces du nord non-romanisés (Daces libres)
La ligne Jireček (du nom de l'historien qui l'a déterminée Konstantin Jireček) montre les zones de romanisation (au nord) et d'hellénisation (au sud) des Thraces.

Étymologie et usage[modifier | modifier le code]

Le terme a été forgé en 1901 par Ovide Densusianu[2], pour décrire l' "époque la plus ancienne de la création du roumain", quand le latin vulgaire parlé dans les Balkans entre le IVe siècle et le VIe siècle, avec ses caractéristiques propres[3], a évolué en ce que nous connaissons comme le proto-roumain[4]. Par extension, les historiens ont commencé à utiliser ce terme pour se référer à la période de l'histoire des Roumains jusqu'au VIe siècle, qui vit la complète romanisation linguistique et culturelle de toutes les tribus daco-thraces. On admet que le territoire sur lequel se produisit ce processus correspond au nord de la ligne Jireček, et que celui-ci est caractérisé par les aspects suivants :

  • Un espace religieux constitué d'une chrétienté ancienne, sédentaire, latinophone, héritée du monde romain et de la conversion au IVe siècle des tribus daco-thraces au christianisme, et une nouvelle chrétienté, de langue slavonne et/ou grecque, qui est issu de la conversion du VIIe siècle au IXe siècle des Slaves et des Bulgares au christianisme. Ce christianisme oriental a contribué à la formation de l'identité de la population thraco-romaine, en influençant son inclusion dans les structures politiques et étatiques romaines (et byzantines) puis bulgares.

Les populations[modifier | modifier le code]

La population locale occupée commença à s'impliquer de plus en plus dans la vie politique de l'empire. La tradition concernant les origines thraces de certains empereurs romains date déjà du IIIe siècle. Le premier fut peut-être Regalianus, et Galère avait des origines Dace par sa mère. À partir du IIIe siècle, les Daces ont constitué une partie importante de l'armée romaine.

Arche de Galère. Détail de l'arche.

Le nom de Roman[modifier | modifier le code]

Avant 212, seuls les habitants de l'Italie (région alors pluri-ethnique) pouvaient prétendre à la pleine citoyenneté romaine. Les colonies de Romains établis dans d'autres provinces, les Romains ou leurs descendants vivant dans les provinces romaines, les habitants des diverses contrées de l'empire et le faible nombre de nobles locaux, comme les rois-clients eurent aussi la pleine citoyenneté romaine, au contraire de la plupart des provinciaux, qui ne possédaient que des droits de citoyens romains limités (quand ils en possédaient).

En 212, l'édit Constitutio Antoniniana ("Constitution [ou édit] d'Antonin") fut promulgué par l'empereur romain Caracalla. Légalement, tous les hommes nés libres de l'empire romain possédaient la pleine citoyenneté romaine, ainsi que pour toutes les femmes nées libres qui étaient mises sur le même pied d'égalité que les femmes romaines. Caracalla promulgua cette loi probablement pour augmenter le nombre de têtes fiscales.

Effectivement, le décret de Caracalla fit passer le nombre des populations provinciales à un niveau égal au nombre de la cité de Rome elle-même. L'importance de ce décret est plus historique que politique. Il pose les bases de l'intégration au travers des mécanismes économiques et judiciaires, applicables dans toutes les provinces, de façon identique à ce qui avait été fait à partir du Latium envers toute l'Italie. Bien sûr, cette intégration ne s'est pas faite de façon uniforme partout.

La nouvelle loi qui attribuait la citoyenneté romaine à tous les sujets de Rome était un facteur d'intégration politique et culturel important dans le monde romain, avec, comme l'une des conséquences majeures, l'adoption du nom de Roman comme autonyme, Avec ses variantes dialectales, soit Român, Rumân, Aromân, Rumân ou Rëmëri. Les dernières positions clairement anti-Roman sont du IVe siècle, quand Constantin le Grand battit les Daces, et prit le titre de Dacicus Maximus en 336, et la dernière attaque des Carpes au Ve siècle.

La période des invasions[modifier | modifier le code]

Au VIe siècle, les populations thraco-romaines subirent l'invasion des Avars. Sous la domination des Avars, les Sklavènes commencèrent à s'installer dans la région. C'étaient des populations de langue slavonne, auxquelles s'ajouteront, les siècles suivants, des Sorabes. Elles descendirent très loin vers le sud, jusque dans le Péloponnèse.

Les Slaves s'organisèrent en sklavinies, communautés rurales qui s'intercalèrent entre les communautés thraco-romaines appelées par les chroniqueurs ultérieurs valachies et par les historiens modernes romanies populaires (des processus similaires eurent lieu dans l'Empire romain d'Occident, avec des germaniques à la place des slaves). Les villes déclinèrent et la population devint fortement rurale, se concentrant sur l'agriculture et l'élevage, et préservant l'unité de sa langue grâce à la transhumance. Dans cette population romanophone, que les historiens nomment "romanité orientale" ou "proto-roumains", mais que ses contemporains désignent sous le nom de Valaques, émergeront ensuite les Langues romanes orientales comme conséquence de la fragmentation due à l'afflux de nouvelles populations slaves.

L'Empire romain d'Orient perd progressivement le contrôle sur les territoires envahis par les slaves, dont s'emparent à tour de rôle les Avars puis les Bulgares, dont les Thraco-Romains deviennent les sujets. Désormais à majorité hellénophone, l'Empire, sous l'empereur Héraclius, abandonne le latin et les anciennes coutumes romaines : le grec devint sa langue officielle. De ce fait, les populations Thraco-romaines des Balkans n'ont plus de contact avec le latin savant, tandis que l'Empire de son côté devient de plus en plus grec. De nombreux historiens considèrent les réformes faites pendant le règne d'Héraclius comme une rupture de Byzance avec son passé romain. Depuis Hieronymus Wolf, il est commun de désigner l'empire romain d'orient après ce moment sous le nom d'"Empire byzantin".

Les "Îlots valaques dans l'espace slave" en 850, d'après Anne Le Fur

Les Slaves affluèrent en masse au sud du Danube, en Dalmatie, Macédoine, Thrace, Mésie et même en Grèce, où ils étaient attirés par les riches zones urbaines de l'Empire. L'arrivée des Bulgares au VIIe siècle, et l'inauguration par eux, au IXe siècle d'un état puissant allant du nord de la Roumanie actuelle jusqu'au nord de la Grèce actuelle, pérennisé la fragmentation des populations romanes de la péninsule balkanique, initiée par les invasions avaro-slaves. Au nord du Danube, où les Slaves étaient moins nombreux, ils furent graduellement absorbés et romanisés par les romanophones daco-romains formés au nord de la Ligne Jireček et passés à l'abri des épaisses forêts couvrant alors 80 % du territoire de l'actuelle Roumanie ("Codri", du latin Quadratus). Au sud du Danube, ce sont les nombreux Slaves qui assimilèrent les Thraco-Romains, à l'exception des îlots des Istro-roumains, des Aroumains et des Mégléno-roumains, passés au sud de la Ligne Jireček, et réfugiés désormais en Istrie et dans les vallées du Pinde et des monts Balkans[6].

Descendance[modifier | modifier le code]

Les Thraco-Romains, ou Latins orientaux, ont-ils eu une descendance, ou ont ils disparu ? Les controverses et incertitudes dues à la diète documentaire concernant la période du IIIe siècle au IXe siècle incitent beaucoup d'ouvrages historiques actuels, notamment les atlas historiques (sauf rares exceptions[7]), à occulter l'existence des langues romanes orientales entre la fin de l'Empire romain et l'émergence des principautés médiévales de Moldavie et Valachie (soit pendant plus d'un millénaire), ce qui est absurde, car même s'il n'y avait aucune preuve archéologique ou toponymique et aucune mention écrite, la simple existence des langues romanes orientales actuelles suffit à prouver que les Thraco-Romains ont survécu à l'arrivée des Slaves et des Bulgares dans la région, et que les locuteurs de ces langues ne sont pas apparus par « génération spontanée » au XIIe siècle[8]. À moins, bien sûr, d'adopter le point de vue d'un Vladimir Jirinovski, selon lequel les locuteurs des langues romanes orientales seraient un mélange de colons italiens venus sur les nefs génoises et de Tziganes danubiens, qui a envahi des terres appartenant légitimement à la Bulgarie, à la Hongrie et à la Russie[9].

Chrétienté[modifier | modifier le code]

Histoire ancienne[modifier | modifier le code]

Le christianisme fut apporté dans la Romania par les missionnaires grecs, mais au nord de la Ligne Jireček sa langue véhiculaire fut le latin. La province romaine a gardé des traces de toutes les religions impériales, y compris le culte de Mithra, mais le christianisme, au début religio illicita, progressait chez les Romains. L'empire romain trouva qu'il était trop coûteux de maintenir une garnison permanente au nord du Danube. Une présence militaire et administrative n'a été enregistrée qu'entre 106 et 276. Malgré tout, des représentants chrétiens de ce territoire étaient présents au premier concile œcuménique.

Lorsque les Thraces se sont christianisés, ils avaient déjà été romanisés, comme le prouvent les indications archéologiques et linguistiques. Le termes de base du christianisme en roumain sont d'origine latine : par exemple église ("biserică" < basilica), Dieu ("Dumnezeu" < Domine Deus), Pâques ("Paşte" < Paschae), païen ("păgân" < paganus), ange ("înger" < angelus), croix ("cruce" < crux). Certains, par ex. "église" - biserica sont uniques au roumain, Tous les noms des saints ont conservé leur forme latine : "Sântămăria" (Sainte-Marie), "Sâmpietru" (Saint Pierre), "Sângiordz" (Saint Georges) et "Sânmedru" (Saint Dimitri). Le christianisme roman absorba, comme ailleurs, des coutumes et divinités pré-chrétiennes, comme "Sânziana" et "Cosânzeana" (Sancta Diana et Qua Sancta Diana). Les sanctuaires des montagnes, les processions, le calendrier, et même les emplacements des premières églises étaient clairement les mêmes que ceux des Daces. Même Saint André est connu localement comme Apôtre des Loups - avec une connotation ancienne importante, la tête de loup étant un totem et un symbole du "feu" militaire et spirituel chez les Daces.

Lorsque le christianisme devint la religion officielle de l'Empire, la Dacie avait déjà été évacuée, et ses habitants dépendirent des premiers évêchés furent créés dans la zone, notamment des principaux archevêchés situés à Singidunum (Belgrade), Viminacium (aujourd'hui Kostolac), Ratiaria (Arčar), près de Vidin), Marcianopol (Choumla) et Tomis (Constanţa)[10].

Par contre, après l'arrivée des Slaves, le patriarcat de Constantinople, désireux de les convertir, adapta les rites de la chrétienté orthodoxe au vieux slave, pour lequel l'écriture grecque fut modifiée pour donner le cyrillique. Ces rites et cette écriture s'imposèrent peu à peu à tous les habitants du bassin du bas-Danube, qu'ils fussent slavophones (Sklavinies) ou romanophones (Valachies), et les Roumains restèrent dépendants des patriarcats d'Ohrid et de Trnovo jusque vers le XIVe siècle siècle.

Tombe des quatre martyrs - Niculiţel, Roumanie
Inscription dans la tombe des quatre martyrs - Zotikos, Attalos, Kamasis et Philippos

Christianisme en Scythie Mineure[modifier | modifier le code]

Alors que la Dacie a fait partie de l'empire romain durant seulement 162 ans, la Scythie Mineure (aujourd'hui la Dobrogée) en a fait partie durant six siècles, si l'on compte qu'après le déclin de l'empire romain d'occident, elle resta une province de celui d'orient.

La première apparition du christianisme en Scythie Mineure est liée à la traversée au Ier siècle de l'apôtre André, frère de Saint Pierre, avec ses disciples. Plus tard, le christianisme devint la religion prédominante dans la région, comme le prouve le grand nombre de traces d'anciennes églises chrétiennes.

L'évêque Éphrem, martyrisé le 7 mars 304 à Tomis (aujourd'hui Constanţa), fut le premier de la région, et fut suivi par beaucoup d'autres, particulièrement pendant la répression ordonnée par les empereurs Dioclétien, Galère, Licinius et Julien.

Un nombre impressionnant de diocèses et de martyres sont attestés pendant les temps des pères avant le Concile de Nicée. Le premier prêtre local connu, Montanus et sa femme, Maxima, furent noyés, comme martyrs, à cause de leur foi, le 26 mars 304.

Les fouilles archéologiques de 1971 sous la basilique paléo-chrétienne de Niculiţel (près de l'ancienne Noviodunum en Scythie Mineure) mis au jour un martyrium encore plus ancien. À côté de Zotikos, Attalos, Kamasis et Philippos, qui furent martyrisés sous Dioclétien (304-305), les reliques de deux martyrs précédents, morts pendant les répressions de l'empereur Dèce (249-251), furent découvertes sous la crypte.

Les noms de ces martyrs avaient été inscrits depuis leur mort dans les registres de l'église, et la découverte de leurs noms inscrits sur la tombe fut étonnante. Le fait que les reliques du très connu Saint Sava le Goth (martyrisé par noyade dans la rivière Buzău, sous Athanaric le 12 avril 372) furent retrouvées par Saint Basile le Grand démontre que Saint Sava était de la foi orthodoxe de Nicée, et non un Arien comme Wulfila.

Quand l'empereur Galère, d'origine dace, proclama la liberté de culte pour tous les chrétiens de l'empire romain en 311[11], la cité de Tomis (aujourd'hui Constanţa) devint le siège du métropolite, avec 14 évêchés.

Au IVe siècle, un noyau puissant et organisé de moines chrétiens existait dans la région, qui étaient connus comme les moines scythes.

Langue[modifier | modifier le code]

L'occupation romaine mena à un syncrétisme thraco-romain, comme dans d'autres régions conquises par Rome, telles la civilisation gallo-romaine qui s'est développée en Gaule romaine. Au IIe siècle, le latin parlé dans les provinces danubiennes commence à montrer des caractéristiques distinctes, séparées du reste des langues romanes, y compris de celles des Balkans de l'ouest (Dalmatie)[12]. La période thraco-romaine du diasystème roman de l'est est habituellement décrite comme se situant du IIe siècle au VIe siècle ou au VIIe siècle[13]. Elle est divisée à son tour en deux périodes, la séparation entre les deux se situant au IIIe-IVe siècle. L'Académie roumaine considère que les différences entre le latin balkanique et le latin occidental auraient pu apparaître au plus tard au Ve siècle[14], et qu'entre le Ve siècle et le VIIIe siècle, cette nouvelle langue, le thraco-roman, passa d'un parler latin à un idiome vernaculaire néo-latin (dit proto-roumain ou "roumain commun": româna comună en Roumanie, mais roman oriental par les linguistes non-roumains), idiome qui donna, après le IXe siècle, les quatre langues modernes daco-roumaine, aroumaine (toujours parlées), mégléniote et istrienne (éteintes vers la fin du XXe siècle)[15],[16].

Première mention du roman oriental[modifier | modifier le code]

Au sujet de cette période, il existe un grand débat sur l'épisode nommé "Torna, Torna Fratre". Dans les chroniques de Théophylacte Simocatta, (vers 630), l'auteur fait mention des mots "τóρνα, τóρνα". Le contexte de cette mention est une expédition byzantine au cours de l'année 587, menée par le général Comentiolus, dans le Mont Hémos, contre les Avars. Le succès de la campagne fut compromis par un incident : pendant une marche de nuit…

"Un paquet d'un chargement se détachait du bât. Ceci se produisit alors que son propriétaire marchait devant l'animal. L'un de ceux qui le suivaient vit que l'animal traînait ce paquet derrière lui, et cria à l'adresse du propriétaire de se retourner pour réassurer la charge. Ce cri provoqua une grande agitation dans la colonne, et certains commencèrent à prendre la fuite, car ce cri était connu de tous : les mêmes mots correspondaient à un signal, qui signifiait apparemment "courez!", comme si l'ennemi était apparu soudainement dans les parages. Il y eut un grand désordre dans toute l'armée en marche, et beaucoup de bruit; tous criaient fort, et manœuvraient pour faire demi-tour, et hurlaient dans leur langue “torna, torna”, comme si la bataille avait commencé brusquement au milieu de la nuit."[17]

À peu près deux siècles après Théophylacte, un autre chroniqueur byzantin, Théophane le Confesseur raconte la même histoire, dans sa Chronographie (vers 810–814). Il écrit les mots : "τόρνα, τόρνα, φράτρε" [torna, torna fratre]:

"Un paquet de chargement était tombé du bât, et quelqu'un cria au propriétaire de le resangler, en lui disant dans la langue maternelle/de son pays: “torna, torna, fratre”. Le propriétaire de l'animal n'entendit pas le cri, mais tous les autres le comprirent et se crurent attaqués par l'ennemi, et commencèrent à courir, en hurlant : “torna, torna”"[18].

Le premier qui identifia des exemples de proto-roumain a été Johann Thunmann en 1774[19]. Depuis lors, il existe un débat entre universitaires pour savoir si la langue en question est un exemple de proto-roumain [20], ou simplement un commandement byzantin[21] (d'origine latine, comme il se présente –torna– dans le Strategikon de l'empereur Mauritius), et avec “fratre” utilisé comme forme familière pour s'adresser aux soldats byzantins[22]. Le grand débat tourne autour des expressions πιχώριoς γλoσσα (pichōrios glossa - Théopylacte) et πάτριoς φωνή (patrios phōnē - Théophanes), et sur leur réelle signification.

Une contribution importante au débat fut celle de Nicolae Iorga, qui nota en 1905 la dualité du terme torna dans le texte de Théophylacte : le cri qui attire l'attention du propriétaire de l'animal (dans la langue du pays), et la méprise de ce cri par le reste des combattants qui le comprennent comme un commandement militaire[23]. Iorga considère que l'armée était composée d'auxiliaires (τολδον) romanisés parlant thrace πιχωρί τε γλώττ (la “langue du pays” /”langue maternelle”) — et de Byzantins (un mélange d'ethnies qui utilisaient des mots byzantins d'origine latine comme termes de commandement officiels, comme le précise le Strategikon)[24].

Ce point de vue a été soutenu plus tard par l'historien grec A. Keramopoulos (1939) [25], comme chez Al. Philippide (1925), qui a considéré que le mot torna ne devrait pas être vu que comme un ordre de commandement, parce qu'il était, comme le disent les chroniques, exprimé dans "la langue du pays"[26], à partir de l'année 600, le plus gros des troupes byzantines était composé de mercenaires barbares et de populations romanes de la péninsule balkanique[27].

À partir de la deuxième moitié du XXe siècle, le point de vue général est que c'est un exemple de proto-roumain, point de vue soutenu par Al. Rosetti (1960)[28], Petre Ş. Năsturel (1956)[29] et I. Glodariu (1964)[30].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Neagu Djuvara: Cum s-a născut poporul român (Comment le peuple roumain s'est formé), Humanitas, Bucarest, 2001, ISBN 973-50-0181-0
  2. Ovide Densusianu, Histoire de la langue roumaine, I, Paris, 1901. DLR 1983.
  3. Ovid Densusianu: "Nu există nici o îndoială că romanica din Peninsula Balcanică a prezentat încă din primele secole ale erei noastre câteva trăsături caracteristice." ("Il n'y a aucun doute que le roman dans la péninsule balkanique a déjà présenté dès les premiers siècles de notre ère quelques traits caractéristiques")
  4. Ovid Densusianu, 1901 : "latina vulgară şi-a pierdut unitatea, fărâmiţându-se în limbile ce aveau să devină limbile romanice de astăzi." (le "latin vulgaire a perdu son unité en se séparant entre des langues qui se sont développées pour donner les langues romanes modernes."
  5. Bien qu'Ernest Gellner ait écrit que "ce sont les états qui créent les nations", la notion de Roumain (pour roumanophone) n'apparaît pas avec la Roumanie moderne (comme l'affirment les historiens occidentaux, soviétiques et "moldavistes") mais la précède. Les premières attestations des roumains se désignant eux-mêmes avec le nom de “romain” datent du XVIe siècle, alors que des humanistes italiens commencent à rendre des récits écrits sur leurs voyages en Transylvanie, Valachie et Moldavie. Ainsi:
    • Tranquillo Andronico écrit en 1534 que les roumains ("Valachi") "s’appellent eux-mêmes romains" ("nunc se Romanos vocant" in: A. Verress, Acta et Epistolae, I, p. 243).
    • En 1532 Francesco della Valle accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti à travers la Transylvanie, Valachie et Moldavie note que les roumains ont préservé leur nom de romains et qu' "ils s’appellent eux-mêmes roumains (Romei) dans leur langue". Il cite même une phrase en roumain : "Sti rominest ?" ("sais-tu roumain ?", roum. :"ştii româneşte ?"): "...si dimandano in lingua loro Romei...se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? Che vol dire: Sai tu Romano,..." (in: Cl. Isopescu, Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento, in Bulletin de la Section Historique, XVI, 1929, p. 1- 90).
    • Ferrante Capeci écrit vers 1575 que les habitants des "provinces valaques de Transsylvanie, Moldavie, Honfro-valaquie et Mésie" s’appellent eux-mêmes roumains (romanesci) (“Anzi essi si chiamano romanesci, e vogliono molti che erano mandati quì quei che erano dannati a cavar metalli...” in Maria Holban, Călători străini despre Ţările Române, vol. II,p.158 – 161).
    • Pierre Lescalopier remarque en 1574 que "Tout ce pays la Wallachie et Moldavie et la plus part de la Transilvanie a esté peuplé des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur…Ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler romanechte, c'est-à-dire romain …" (Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople, fol 48 in Paul Cernovodeanu, Studii şi materiale de istorie medievală, IV, 1960, p. 444).
    • Le saxon transylvain Johann Lebel note en 1542 que les roumains se désignent eux-mêmes sous le nom de « Romuini“: "Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani,/Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur.../Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes./Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti" (Ioannes Lebelius, De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Cibinii, 1779, p. 11 – 12).
    • Le chroniqueur polonais Orichovius (Stanislaw Orzechowski) observe en 1554 qu’ «en leur langue les roumains s’appellent romin, selon les romains et valaques en polonais, d’après les italiens» ("qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur" in: St. Orichovius, Annales polonici ab excessu Sigismundi, in I. Dlugossus, Historiae polonicae libri XII, col 1555).
    • Le croate Anton Verancsics remarque vers 1570 que les roumains vivant en Transylvanie, Moldavie et Valachie se nomment eux-mêmes romains (roumains): „...Valacchi, qui se Romanos nominant...„ “Gens quae ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno...“ (in: De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae, in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores; II, Pesta, 1857, p. 120).
    • Le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany cite en 1699 les expressions roumaines: "Sie noi sentem Rumeni" ("nous aussi, nous sommes roumains", pour le roum. : "Şi noi suntem români") et "Noi sentem di sange Rumena" ("nous sommes de sang roumain", pour le roum.: "Noi suntem de sânge român"): Martinus Szent-Ivany, Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Tyrnaviae, 1699, p. 39.
    • A la même époque, Grigore Ureche (Letopiseţul Ţării Moldovei, p. 133-134) écrit : " În Ţara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce şi saşi peste seamă de mulţi şi români peste tot locul...".
    • Dans son testament littéraire, Ienăchiţă Văcărescu écrit: "Urmaşilor mei Văcăreşti!/Las vouă moştenire:/Creşterea limbei româneşti/Ş-a patriei cinstire." Enfin dans une "Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă şi a răzmeriţei din timpul lui pe la 1790" un Pitar Hristache versifie: "Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/Dela Ţara Românească.
    • Stelian Brezeanu (Romanitatea Orientalǎ în Evul Mediu, Editura All Educational, Bucureşti, 1999, p. 229-246) signale deux graphies du mot «roumain» : "român" et "rumân". Durant plusieurs siècles, les deux formes coexistent et sont employées d’une manière interchangeable, parfois dans le même document: "am scris aceste sfente cǎrţi de învăţături, sǎ fie popilor rumânesti... sǎ înţeleagǎ toţi oamenii cine-s rumâni creştini" ("Întrebare creştineascǎ", 1559, Bibliografia româneascǎ veche, IV, 1944, p. 6), ou encore: "...că văzum cum toate limbile au şi înfluresc întru cuvintele slǎvite a lui Dumnezeu numai noi românii pre limbă nu avem. Pentru aceia cu mare muncǎ scoasem de limba jidoveascǎ si greceascǎ si sârbeascǎ pre limba româneascǎ 5 cărţi ale lui Moisi prorocul si patru cărţi şi le dăruim voo fraţi rumâni şi le-au scris în cheltuială multǎ... şi le-au dăruit voo fraţilor români,... şi le-au scris voo fraţilor români (" Palia de la Orǎştie, 1582). Il remarque qu'après l’abolition du servage par le Prince Constantin Mavrocordato en 1746, la forme "rumân", restant sans support socio-économique disparaît graduellement alors que la forme "român, românesc" s’établit définitivement.
  6. Matyla Ghyka: Une chronologie documentée de l'histoire roumaine
  7. André et Jean Sellier, série des Atlas des Peuples, éd. La Découverte
  8. Dans une interview de 2008, l'historien Neagu Djuvara disait avec humour : Les arguments des thèses antagonistes peuvent tous être contestés, mais ils ont le mérite d'exister, tandis qu'aucun fait archéologique et aucune source écrite n'étayent l'hypothèse d'une disparition pure et simple des roumanophones pendant mille ans, qu'ils se soient envolés avec les hirondelles pour migrer en Afrique, ou qu'ils soient allés hiberner avec les ours dans les grottes des Carpates ou des Balkans... sur [1]
  9. Sources: [2] et [3]
  10. Petre P. Panaitescu, Istoria Românilor ("Histoire des Roumains"), Bucarest, 1942
  11. Voir les édits de tolérance de Galère et de Constantin de 311 et 313 à Medieval Sourcebook
  12. Al. Rosetti: “Istoria limbii române” ("Histoire de la langue roumaine"), Bucarest, 1986
  13. Dicţionarul limbii române (DLR), serie nouă ("Dictionnaire de la langue roumaine, nouvelle série"), Académie roumaine, éditeurs: Iorgu Iordan, Alexandru Graur, Ion Coteanu, Bucarest, 1983;
  14. “Istoria limbii române” ("Histoire de la langue roumaine"), II, Academia Română, Bucarest, 1969;
  15. I. Fischer, “Latina dunăreană” ("Le latin danubien"), Bucarest, 1985.
  16. A. B. Černjak “Vizantijskie svidetel’stva o romanskom (romanizirovannom) naselenii Balkan V–VII vv; “Vizantinskij vremmenik”, LIII, Moscova, 1992
  17. Theophylacti Simocattae Historiae, II, 15, 6–9, ed. De Boor, Leipzig, 1887; cf. FHDR 1970
  18. Theophanis Chronographia, I, Anno 6079 (587), 14–19, ed. De Boor, Leipzig, 1883; cf. FHDR 1970: 604.
  19. Johann Thunmann: “Untersuchungen über die Geschichte der östlichen europäischen Völker” ("Investigations sur l'histoire des peuples européens de l'est"), 1. Theil, Leipzig, 1774, p. 169–366.: "Gegen das Ende des sechsten Jahrhunderts sprach man schon in Thracien Wlachisch" ("Vers le XVIe siècle, on parle déjà en valaque thrace")
  20. Ce point de vue, qui suggèrait que l'expression devait être prise comme telle : la langue maternelle et la langue du pays, c'est-à-dire un exemple de roumain, était adopté par les historiens et philologues comme F. J. Sulzer in “Geschichte des transalpinischen Daciens” ("Histoire des daces transalpins"), II, Vienna, 1781; G. Şincai in “Hronica românilor şi a mai multor neamuri” ("Chronique des Roumains et d'autres nombreux peuples", I, Iaşi, 1853; C.Tagliavini in ”Le origini delle lingue neolatine” ("Les origines des langues néo-latines"), Bologna, 1952; W. Tomaschek in “Über Brumalia und Rosalia” ("Au sujet de Brumalia et Rosalia", Sitzungsberichte der Wiener Akademie der Wissenschaften, LX, Viena, 1869; R. Roesler in “Romänische Studien” ("Études roumaines"), Leipzig, 1871; Al. Rosetti in “Istoria limbii române” ("Histoire de la langue roumaine", Bucarest, 1986; D. Russo in “Elenismul în România” ("L'hellénisme en Roumanie"), Bucarest, 1912.; B. P. Hasdeu in “Strat şi substrat. Genealogia popoarelor balcanice” ("Strate et Substrat: Généalogie des peuples balkaniques"), Analele Academiei Române, Memoriile secţiunii literare, XIV, Bucarest, 1892; A. D. Xenopol in “Une énigme historique. Les Roumains au Moyen Âge”, Paris, 1885 and “Istoria românilor” ("Histoire des Roumains"), I, Iaşi, 1888; H. Zilliacus in “Zum Kampf der Weltsprachen im oströmischen Reich” ("Le combat des langues du monde dans l'empire byzantin"), Helsinki, 1935; R. Vulpe in “Histoire ancienne de la Dobroudja”, Bucarest, 1938; C. Popa-Lisseanu in “Limba română în izvoarele istorice medievale” ("La langue roumaine dans les sources médiévales"), Analele Academiei Române. Memoriile secţiunii literare, 3rd series, IX, 1940. Lot 1946; G. I. Brătianu in “Une énigme et un miracle historique: le peuple roumain” , Bucarest, 1942; etc.
  21. Ce point de vue a été proposé par J. L. Pić in “Über die Abstammung den Rumänen” ("Des ascendants des Roumains"), Leipzig, 1880; J. Jung in “Die romanischen Landschaften des römischen Reiches” ("Les paysages roumains de l'empire romain") , Innsbruck, 1881; A. Budinszky in “Die Ausbreitung der lateinischen Sprache über Italien und Provinzen des Römischen Reiches” ("La propagation du latin en Italie et dans les provinces de l'empire romain"), Berlin, 1881; D. Onciul: “Teoria lui Roesler” ("La théorie de Rosler") in “Convorbiri literare”, XIX, Bucarest, 1885; C. Jireček in “Geschichte der Bulgaren” ("Histoire des Bulgares"), Prague, 1876; Ovide Densusianu: “Histoire de la langue roumaine”, I, Paris, 1901; P. Mutafčief: “Bulgares et Roumains dans l'histoire des pays danubiens”, Sofia, 1932; F. Lot: “La langue de commandement dans les armées romaines et le cri de guerre français au Moyen Âge” in volume “Mémoires dédiés à la mémoire de Félix Grat” , I, Paris, 1946;
  22. L'idée soutenue par Franz Dölger in Die „Familie” der Könige im Mittelalter (La 'famille' royale au Moyen Âge), Historisches Jahrbuch” ("Annuaire historique"), 1940, p. 397–420 ; and M. Gyóni in “Az állitólagos legrégibb román nyelvemlék (= Das angeblich älteste rumänische Sprachdenkmal, Les preuves attestées les plus anciennes de la langue roumaine)”, „Egyetemes Philologiai Közlöny (Archivum Philologicum)”, LXVI, 1942, p. 1–11
  23. Nicolae Iorga, Istoria românilor ("Histoire des Roumains"), II, Bucarest, 1936, p. 249.
  24. “Într-o regiune foarte aproape de Haemus, unde se găsesc nume romanice precum Kalvumuntis (calvos montes), unul dintre soldaţii retraşi din cel mai apropiat ţinut primejduit strigă «în limba locului» ( πιχωρί τε γλώττ ) unui camarad care-şi pierduse bagajul «retorna» sau «torna, fratre»; datorită asemănării cu unul din termenii latineşti obişnuiţi de comandă, strigătul e înţeles greşit şi oastea, de teama unui duşman ivit pe neaşteptate, se risipeşte prin văi”. ("Dans une région proche de Haemus, où l'on trouve des noms romans comme Kalvumuntis (calvos montes), un des soldats revenus du pays voisin dangereux crie «dans la langue du lieu« (πιχωρί τε γλώττ) à un camarade qui avait perdu son bagage retorna ou torna, fratre ("reviens en arrière" ou "tourne, frère"); étant donné la ressemblance avec l'un des termes usuels de commandement, le cri est compris en masse et l'armée, de peur que l'ennemi surgisse soudainement, se disperse dans la nature." Nicolae Iorga, Istoria românilor (Histoire des Roumains), II, Bucarest, 1936.
  25. A. Keramopoullos (A. Κεραµóπουλλου): “Τ ε ναι ο Kουτσóβλαχ” (Qui sont les Aroumains), Athènes, 1939: “de plus, le terme fratre, trahissant la familiarité entre camarades, évite la possibilité d'un ordre de commandement”
  26. Al. Philippide, Originea românilor ("L'origine des Roumains"), I, Iaşi, 1925: „Armata, dacă a înţeles rău cuvântul torna, ca şi cum ar fi fost vorba că trebuie să se întoarcă cineva să fugă, l-a înţeles ca un cuvânt din limba ţării, din limba locului, căci doar Theophylactos spune lămurit că «toţi strigau cât îi ţinea gura şi se îndemnau unul pe altul să se întoarcă, răcnind cu mare tulburare în limba ţării: retorna»” ("Si l'armée avait mal compris le mot torna, comme si celui-ci signifiait qu'il fallait fuir, l'a compris comme un mot en langue du pays, en langue locale, c'est pourquoi Théophylacte dit clairement que 'tous criaient et tous se passaient le mot de se retourner, en hurlant dans la langue du pays : retorna'")
  27. „Dar se pare că Jireček n-a cetit pagina întreagă a descripţiei din Theophylactos şi Theophanes. Acolo se vede lămurit că n-avem a face cu un termin de comandă, căci un soldat s-a adresat unui camarad al său cu vorbele retorna ori torna, torna, fratre, pentru a-l face atent asupra faptului că s-a deranjat sarcina de pe spatele unui animal” ("Mais il semble que Jireček n'a pas lu toute la page de description faite par Théophylacte et Théophane." On y voit clairement que nous n'avons pas à faire avec un terme de commandement, et qu'un soldat s'adresse à un camarade en lui disant "retorna" ou "torna, fratre" pour qu'il se retourne et qu'il s'aperçoive que son chargement était en train de tomber de l'animal") […] “Grosul armatelor bizantine era format din barbari mercenari şi din populaţia romanică a Peninsulei Balcanice” ("Le gros de l'armée byzantine était composé de mercenaires barbares et de population romane de la péninsule balkanique") […] „armata despre care se vorbeşte în aceste pasaje [din Theophylactus şi Theophanes] opera în părţile de răsărit ale muntelui Haemus pe teritoriu thrac romanizat” ("l'armée évoquée dans ces passages [de Théophylacte et Théophane] avait été composée dans les monts Haemus du territoire thrace romanisé.")[…] „Ca să ne rezumăm părerea, cuvântul spus catârgiului era un termen viu, din graiul însoţitorilor lui, sunând aproape la fel cu cuvântul torna din terminologia de comandă a armatei bizantine” ("En résumé, le mot catârgiului (? - mot dérivé de catâr = "mule") était un terme vivant, du dialecte (ou accent) de ses compagnons, qui sonne à peu près comme le mot torna, terme de commandement de l'armée byzantine.") „nimic nu este mai natural decât a conchide, cum au făcut toţi înainte de Jireček, că vorbele torna, retorna, fratre sunt cuvinte româneşti din veacul al şaselea” ("Il est naturel de conclure que, comme tous l'on fait après Jireček, les mots torna, retorna, fratre sont des mots roumains du VIe siècle.") […] „Preciziunea povestirii lui Teofilact nu a fost până acum luată în seamă aşa cum trebuie. Totuşi reiese clar din aceste rânduri: 1) că cuvântul întrebuinţat de însoţitorii stăpânului catârului nu era chiar acelaşi cu cuvântul pe care oştenii şi-au închipuit că-l aud şi 2) că, pe când în gura tovarăşilor lui cuvântul însemna doar «întoarce-te», ε ς τo πίσω τραπέσθαι, aşa cum susţin cu bună dreptate mai toţi cercetătorii români, în schimb cuvântul aşa cum l-au înţeles ostaşii însemna «înapoi, la stânga împrejur», precum şi-au dat seama tot cu bună dreptate Jireček şi alţi învăţaţi, fiind, prin urmare, după chiar mărturia Strategikon-ului aşa-zis al împăratului Mauriciu, un cuvânt din graiul oştirilor bizantine” ("Les détails sur l'histoire de Théophylacte n'ont jamais été donnés jusqu'à présent comme ils auraient du l'être. Pourtant tout part de ces lignes : 1) que le mot utilisé par les compagnons du propriétaire de la mule n'était pas exactement le même que le mot que les soldats croyaient avoir entendu et 2) que, bien que ce mot dans la bouche de ses camarades veule dire simplement "retourne-toi", ε ς τo πίσω τραπέσθαι, comme le soutiennent tous les chercheurs roumains, au lieu que le mot ait été compris par les soldats comme "en arrière, fuyons", selon ce que Jireček et d'autres universitaires ont compris correctement, comme étant, par conséquent, selon le témoignage du Strategikon de l'empereur Mauritius, un mot du dialecte militaire byzantin.")
  28. Al. Rosetti, “Despre torna, torna, fratre” ("Au sujet du torna, torna, fratre"), Bucarest, 1960, p. 467–468.: „Aşadar, termenii de mai sus aparţineau limbii populaţiei romanizate, adică limbii române în devenire, după cum au susţinut mai demult unii cercetători şi, printre ei, A. Philippide, care a dat traducerea românească a pasajelor respective, însoţită de un comentariu convingător. Termenii coincid cu termenii omonimi sau foarte apropiaţi din limba latină, şi de aceea ei au provocat panică în împrejurarea amintită.” ("Ainsi, les termes ci-dessus appartiennaient à la langue de la population romanisée, c'est-à-dire à la langue roumaine en devenir, comme l'ont soutenu de nombreux chercheurs, avec parmi eux A. Philippide, qui a donné la traduction en roumain de ces passages, accompagnés d'un commentaire convaincant. Les termes coïncident avec les termes homonymes ou très proches du latin, et ainsi, ils ont provoqué la panique dans les esprits.").
  29. Petre Ş. Năsturel, “Quelques mots de plus à propos de «torna, torna» de Théophylacte et de «torna, torna, fratre» de Théophane”, in Byzantinobulgarica, II, Sofia, 1966: Petre Ş. Năsturel “Torna, torna, fratre. O problemă de istorie şi de lingvistică” ("Torna, torna, fratre: un problème historique et linguistique") in Studii de cercetări şi istorie veche, VII, Bucharest, 1956: “era un cuvânt viu din graiul populaţiei romanice răsăritene şi poate fi socotit ca cea mai veche urmă de limbă străromână; la fel ca şi φράτρε ['fratre']. Dar tot atunci se păstra în armata bizantină acelaşi cuvânt cu înţelesul de «înapoi», «stânga împrejur», ceea ce a amăgit pe oştenii lui Comentiolus, punându-i pe fugă” ("était un mot vivant dans la population romane orientale et pourrait avoir été reconnu comme la plus ancienne mention en proto-roumain ; de même pour φράτρε ['fratre']. Mais aussi, l'armée byzantine utilisait ce mot avec le sens de "reculez", ainsi que l'on compris les soldats de Comentiolus, les poussant à fuir") […] “făceau parte din aşa-zisul το⋅λδον, care cuprindea samarele, slugile şi vitele de povară. Măcar ei erau băştinaşi, în sensul larg al cuvântului […]; ei făceau parte din latinitatea răsăriteană din veacul al VI-lea” ("ils faisaient partie des troupes auxiliaires το⋅λδον, qui incluaient les palefreniers, les serviteurs et les animaux de trait. Même ceux qui étaient locaux, au sens large […]; ils faisaient partie de la latinité orientale du VIe siècle") […] “Reieşe din aceasta în chip limpede şi cu totul neîndoielnic că cel puţin pentru catârgiu şi pentru tovarăşii lui vorba torna era un cuvânt din graiul lor – la fel cu siguranţă şi φράτρε – pe când la urechile şi în gura oştenilor apărea, cum dovedeşte Strategikon-ul, ca un cuvânt ostăşesc de poruncă. […]. Cu alte cuvinte, chiar dacă oastea nu a fost alcătuită din băştinaşi, se aflau împreună cu ea oameni care vorbeau o limbă romanică” ("Les conséquences en sont que sans aucun doute, pour le muletier et ses camarades, le mot torna était un mot de leur dialecte - et ertainement aussi φράτρε ['fratre'] – qui, lorsqu'ils l'entendirent, comme le prouve le Strategikon, était un ordre de commandement. […]. En d'autres mots, même si l'armée n'avait pas été faite que de locaux, c'était un groupe d'hommes qui parlaient une langue romane") […]„torna era un cuvânt din graiul lor” ("torna était un mot de leur dialecte (accent)".)
  30. I. Glodariu: “În legatura cu «torna, torna, fratre»” in „Acta Musei Napocensis”, I, Cluj, 1964: „din oameni care transportau bagajele armatei, rechiziţionaţi cu acest scop şi, în sens[ul] larg al cuvântului, erau localnici” ("parmi les hommes qui transportaient les bagaes de l'armée, réquésitionnés dans cet esprit et au sens large, ils étaient des locaux") […] „torna era un cuvânt din graiul viu al populaţiei băştinaşe” ("torna était un mot du dialecte vivant de la population locale") […] “e cert că cei din jur l-au interpretat ca «întoarce-te», dacă nu erau soldaţi (şi termenul folosit de Theophanes ne face să credem că nu erau), sau ca «stânga-mprejur», dacă erau ostaşi” ("Il est certain que ceux qui ont l'interprété comme "reviens" s'ils n'étaient pas soldats (et le terme utilisé par Théophane ne nous laisse pas penser qu'ils l'étaient), ou comme "fuyez", s'ils étaient soldats")[…] „exista o verigă sigură între lat. frater şi rom. frate” ("il a un lien solide entre le latin frater et le roumain frate").

Références[modifier | modifier le code]

  • Nicolae Iorga : Geschichte des rumänischen Volkes im Rahmen seiner Staatsbildungen (Histoire du peuple roumain dans le contexte de sa construction étatique), I, Gotha, 1905; Istoria românilor (Histoire des Roumains), II, Bucarest, 1936. Istoria României (Histoire de la Roumanie), I, Bucarest, 1960.
  • Nicolae Saramandru : Torna, Torna Fratre ; Bucarest, 2001–2002 ; en-ligne: .pdf.
  • Nicolae-Şerban Tanaşoca : « « Torna, torna, fratre » et la romanité balkanique au VIe siècle » Revue roumaine de linguistique, XXXVIII, Bucarest, 1993.
  • Tom Winnifruth : Romanized Illyrians & Thracians, ancestors of the modern Vlachs. Badlands-Borderland, 2006 (ISBN 0-7156-3201-9)