Sarmates

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Sarmates
Image illustrative de l'article Sarmates
Cataphractaires sarmates : bas-relief de la colonne de Trajan représentant un épisode de la guerre des Daces.

Période IVe siècle av. J.-C.-IVe siècle
Ethnie Indo-Européens
Langue(s) rameau indo-iranien
Région d'origine entre le Don et l'Oural
Rois/monarques Amagê

Les Sarmates (Sauromates pour les Sarmates protohistoriques) sont un ancien peuple scythique de nomades des steppes, appartenant sur le plan ethno-linguistique au rameau iranien septentrional du grand ensemble indo-européen. Ils étaient établis à l'origine entre le Don et l'Oural.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'histoire des Sarmates est connue indirectement par les historiens grecs puis romains de la période et grâce à de nombreux témoignages archéologiques ou toponymiques. Selon Hérodote, les Sauromates descendaient de Scythes qui se seraient accouplés avec des Amazones. La légende des Amazones est d’ailleurs peut-être née de la place originale tenue par les femmes Sauromates dans la société. Les femmes Sauromates participaient en effet à la guerre et à la chasse à cheval au même titre que les hommes. Une fille ne pouvait se marier tant qu’elle n’avait pas tué un homme à la guerre. Les Scythes appelaient les femmes sauromates les seigneurs des hommes.

Les découvertes archéologiques confirment le rang social et leur rôle militaire tenus par les femmes sauromates dans leur société. De multiples tombes féminines ont été retrouvées : elles contenaient effectivement des armes et étaient richement remplies.

Origines[modifier | modifier le code]

Le nom de Sauromates, employé par Hérodote[1], peut provenir du grec sauros, « lézard », et signifierait « porteurs de peaux de lézard », sans doute par allusion à leurs armures à écailles, mais il n’y a rien de franchement assuré[2]. Selon Hérodote, ces Sarmates protohistoriques participèrent notamment aux expéditions des Scythes contre Darius au Ve siècle av. J.-C.. Bien plus tard, Eustathe, commentant la Description de l'Univers de Denys le Périégète, et à sa suite Thomas de Pinedo, éditeur de l’encyclopédiste Étienne de Byzance, s'efforçant de réconcilier deux traditions historiques (celle d'Hérodote et des « Sauromates », avec celle de Diodore de Sicile[3] et ses « Amazones »), indiquent que les Amazones prirent le nom de « Sauromatides »[4].

Selon Pline l'Ancien, qui cite Eudoxe de Cnide[5], les Sarmates historiques sont un peuple riverain du Don (Tanaïs), voisin des Scythes par l’est. Ils seraient donc apparus au IVe siècle av. J.-C. et s’étendent depuis l’Oural au détriment des Scythes européens. C’est aux IIIe et IIe siècles av. J.-C. que les Sarmates supplantent ces derniers en Ukraine. Leur poussée vers l’ouest se poursuit jusqu’au Ier siècle : on trouve leurs traces de la mer Baltique jusqu’à la mer Caspienne.

À partir du Ier siècle av. J.-C., alors qu'ils dominent la steppe européenne, Strabon[6] et Pline l'Ancien[7] distinguent plusieurs (quatre ?) tribus sarmates, les Iazyges, les Siraques, les Urges, les Roxolans et les Scythes royaux, qui reconnaissaient l'autorité d'un roi et vont former une coalition.

Période romaine[modifier | modifier le code]

Certains groupes de Sarmates obtinrent de Rome le statut de fédérés (alliés pouvant résider dans l'empire contre service militaire, par fœdus, traité) pour protéger les camps situés sur la voie Agrippa sur l'axe Rome-Boulogne-sur-Mer tel que celui de Cora dans l'Yonne. Trois des cinq villes nommées Sermaise en France doivent leur nom à ces différents relais.

À la suite de nombreuses confrontations avec l’Empire romain, des lanciers sarmates sont recrutés par Rome au cours du IIe siècle. L’intégration de ces unités auxiliaires se traduit par l’adoption de l'armement et des techniques militaires steppiques ainsi que par la création d’unités spécialisés. À partir du IIIe siècle, une partie des Sarmates fut soumise aux Goths. Dès lors, ils font partie d'une coalition de peuples germaniques et non-germaniques, connue sous le nom de « culture de Tcherniakov » (aussi appelée « culture Sintana de Mures » par les archéologues roumains). À la fin du IVe siècle, sous la pression des Huns, certains groupes de Sarmates prirent part aux migrations et s'installèrent sur le territoire romain. La notice des Dignités (Notitia Dignitatum) mentionne une préfecture des sarmates et des taïfales en Gaule dans la cité du Poitou (Pictavis gallia) installés en tant que colons avec le statut de gentiles.

Période des Goths[modifier | modifier le code]

Une partie des Sarmates fut soumise par les Goths entre 200 et 300. Au IVe siècle, les principaux groupes sarmates étaient les Roxolans et les Iazyges de Pannonie, à la frontière romaine, et les Alains d'Ukraine et de Russie méridionale, voisins des Ostrogoths, les Taïfales.

En 376, les Sarmates de la mer Noire s'allièrent aux Huns pour détruire le Royaume des Goths et prirent part aux invasions hunniques du Ve siècle en Europe occidentale.

Culture[modifier | modifier le code]

En raison de la période et de l'aire géographique concernées, plusieurs cultures ont été attribuées aux Sauromates protohistoriques et aux Sarmates : culture de Prokhorovka, « culture sarmate moyenne » (IIe siècle av. J.-C.)… Certains traits, toutefois, sont caractéristiques. La culture sarmate des origines semble avoir conféré une importance particulière aux femmes, égales aux hommes en statut, guerrières et chasseresses. De nombreuses tombes féminines richement décorées et dotées d'armes corroborent cette idée pour les VIe et Ve siècles av. J.-C.. Au IIe siècle, une reine sarmate, Amagê, est également connue, indiquant peut-être une permanence de ce trait culturel.

À l'époque romaine, la célèbre cavalerie lourde sarmate (des lanciers cataphractaires, notamment représentés sur la colonne Trajane) témoigne également de l'importance de la culture guerrière de ce peuple.

Héritage[modifier | modifier le code]

Le nom des Sarmates est à l'origine de nombreux toponymes. En Dacie, on leur doit le nom de la cité de Sarmizegetusa. Dans l'Empire romain d'Occident, les noms de Sermizelles (Sarmisola XIIe siècle), Salmaise, Sermaise, Sermaize, Sermoise et quelques autres, qui remontent tous à un primitif Sarmatia (fundum ou villa), témoignent de la présence de Sarmates déditices en Gaule belgique et Gaule lyonnaise antiques[8].

Les géologues et les paléo-géographes appellent « mer Sarmatique » l'étendue d'eau recouvrant, au Cénozoïque, les actuelles mer Noire, Ukraine, Sud de la Russie, mer Caspienne et mer d'Aral. Les géographes appellent « Sarmatie » la grande plaine polono-biélorusse où se tient la forêt de Białowieża.

Plusieurs orthographes désignant les peuples sarmatiques existent dans la bibliographie :

  • Roxolanes, Roxelanes, Roxolans (à l'origine des prénoms Roxane, Roxelane, Oxana...) ;
  • Jazygues, Iaziges, Yazyges, Lazygues ;
  • Iasses, Jasses, Jaszones, Jassics.

Sur le plan militaire, et par l'intermédiaire des Goths qui furent influencés par leur mode de combat, les Sarmates seraient à l'origine de la cavalerie lourde[9].

Enfin, dès Hérodote, les Sarmates sont associés à la légende des Amazones. Celle-ci dérive peut-être d'un statut particulier qu'avait la femme, guerrière et chasseresse, dans leur société.

En géologie, un paléocontinent protérozoïque correspondant au socle rocheux situé au nord de la mer Noire a été appelé Sarmatia d'après le peuple des Sarmates.

Le film Le roi Arthur réalisé en 2004 par Antoine Fuqua, présente une version qui fait d'un groupe d'enrôlés Sarmates les premiers chevaliers de la table ronde.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hérodote, Histoires, livre IV, chap. 57.
  2. Voir sur cette question la discussion de Pierre Petit, Traité historique sur les Amazones, vol. 1, Leyde, J. A. Langerak,‎ 1718, chap. XIV (« Éducation des Amazones »), p. 152-153.
  3. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, livre II, chap. 44.
  4. Pierre Petit, op. cit., p. 153 ; et Diodore de Sicile (trad. A. F. Miot), Bibliothèque historique, vol. 1, Imprimerie royale,‎ 1834, p. 485, note 101 sur le chap. XLV.
  5. Pline l'Ancien, Hist. nat., livre VI, chap. XIX. Pline mentionne en réalité « Eudoxe », sans précision (Hist. nat., livre I). Eudoxe de Cnide a écrit sur l’astronomie et les zones climatériques, et son ouvrage est l’une des sources des Phénomènes d’Aratos de Soles. D’Eudoxe de Rhodes, auteur mystérieux parfois nommé comme la source d'information de Pline (cf. notamment Le Grand Dictionnaire historique de Louis Moréri, vol. I, p. 1237, article « Eudoxe »), on ne sait rien que ce qu’en dit Diogène Laërce (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, chap. « Eudoxe le Pythagoricien »), à savoir qu’il écrivit une Histoire. L’attribution à cet auteur des citations de Pline est donc sujette à caution ; quoi qu’il en soit, la source de Pline est bien du IVe siècle av. J.-C.
  6. Strabon, Géographie, livre VII, chap. 2 et surtout 3, § 17. Le géographe grec insiste sur le fait que ce sont des nomades, que l'on peut rencontrer « de l’Ister au Borysthène ».
  7. Pline l'Ancien, Hist. nat., livre VI, chap. XIX.
  8. Carte de Didier Le Bon dans l'article de Christian Delabos : Vron 143A in: Histoire antique et médiévale n° 62, Juillet-Août 2012, p. 65.
  9. René Grousset, L’Empire des steppes, Attila, Gengis-Khan, Tamerlan, Paris, Éditions Payot, quatrième édition (première édition 1938), 1965, 620 p., p. 79.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Grousset, L’Empire des steppes, Attila, Gengis-Khan, Tamerlan, Paris, Éditions Payot, quatrième édition (première édition 1938), 1965, 620 p.
  • Richard Brzezinsky, The Sarmatians : 600 BC–AD 450, Osprey,‎ 2002, 48 p..
  • Iaroslav Lebedynsky, Sarmates et Alains face à Rome : Ier-Ve siècles, Ed. Maison,‎ 2010, 88 p. (ISBN 978-2-917575-11-6).
  • Iaroslav Lebedynsky, Scythes, Sarmates et Slaves : l'influence des anciens nomades iranophones sur les Slaves, L'Harmattan, coll. « Présence ukrainienne »,‎ 2009, 194 p. (ISBN 229609290X).
  • Iaroslav Lebedynsky, Sur les traces des Alains et Sarmates en Gaule : du Caucase à la Gaule, IVe-Ve siècle, L'Harmattan, coll. « Voix du Caucase »,‎ 2012, 223 p. (ISBN 978-2-296-55612-6).

Liens externes[modifier | modifier le code]