Étienne Ier de Hongrie

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Étienne Ier
Étienne Ier sur le manteau de couronnement hongrois datant de 1031
Étienne Ier sur le manteau de couronnement hongrois datant de 1031
Titre
Grand-Prince de Hongrie
9971000
Prédécesseur Géza de Hongrie
Successeur Aucun
Roi de Hongrie
10001038
Couronnement 25 décembre 1000 ou 1er janvier 1001
Prédécesseur Aucun
Successeur Pierre de Hongrie
Biographie
Dynastie Árpád
Nom de naissance Vajk Árpád
Date de naissance vers 975
Lieu de naissance Esztergom (Grande-principauté de Hongrie)
Date de décès 15 août 1038
62 ou 63 ans)
Lieu de décès Esztergom ou Székesfehérvár (Royaume de Hongrie)
Sépulture Basilique de Székesfehérvár (en)
Père Géza de Hongrie
Mère Sarolt
Conjoint Gisèle de Bavière
Enfant(s) Émeric de Hongrie

Signature
Liste des souverains de Hongrie

Étienne Ier ou Saint Étienne[1] (v.  975 - 15 août 1038) fut le fondateur du royaume de Hongrie dont il devint roi en 1001. Canonisé en 1083 pour l'évangélisation de son pays, il est aujourd'hui considéré comme le saint patron de la Hongrie.

Né sous le nom de Vajk vers 975, Étienne succéda à son père en tant que grand-prince de Hongrie en 997. Il s'imposa face à son cousin païen Koppány et fut couronné (en) roi le 25 décembre 1000 ou le 1er janvier 1001. Suite à une série de campagnes contre les chefs tribaux hongrois dont son oncle Gyula III (en), il unifia la plaine de Pannonie et défendit l'indépendance de son royaume face aux attaques polonaises et impériales.

Étienne fonda au moins un archidiocèse, six diocèses et trois monastères bénédictins ; cela permit au clergé local de se développer indépendamment de celui du Saint-Empire et le roi encouragea par la force la christianisation de la population. Au niveau administratif, Étienne créa des comtés organisés autour des forteresses royales et gouvernés par des représentants de la Couronne. Sous son règne, la Hongrie connut une longue période de paix et de prospérité et elle devint l'une des principales routes pour les marchands et les pèlerins circulant entre l'Europe occidentale et Constantinople ou la Terre sainte. Aucun des enfants d'Étienne ne vécut assez longtemps pour lui succéder et sa mort en 1038 provoqua une guerre civile qui dura jusqu'à la fin des années 1070.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Enluminure représentant une femme allongée dans un lit tenant un nouveau né et le montrant à un ecclésiastique. La scène se passe dans un bâtiment stylisé sous le regard de plusieurs observateurs.
Naissance d'Étienne dans Chronica Hungarorum, XIVe siècle

La date de naissance d'Étienne est inconnue car elle ne figure pas dans les documents contemporains[2]. Des chroniques hongroises et polonaises rédigées plusieurs siècles après donnent trois dates différentes : 967, 969 et 975[3]. Cette dernière date est cependant privilégiée par les historiens car toutes les sources hongroises indiquent qu'il était « encore un adolescent[4] » à son accession au trône en 997[2],[3]. La petite Légende d'Étienne ajoute qu'il est né à Esztergom[2],[3][5]. Ce lieu corrobore une naissance en 975 car la ville fut choisie comme résidence royale par son père, Géza, vers 972[2]. Géza promut par la force la conversion de ses sujets mais ne cessa jamais de vénérer les dieux paiens[6],[7]. À la fois la grande Légende et la chronique contemporaine de Dithmar de Mersebourg le décrivent comme un monarque cruel suggérant qu'il fut un despote qui renforça par la violence sur les autres nobles hongrois[7],[8]

Les chroniques hongroises indiquent de manière unanime que sa mère était Sarolt, la fille de Gyula II (en), un chef tribal régnant sur la Transylvanie[9] ou sur la région au confluent des fleuves Tisza et Maros[10]. De nombreux historiens dont Pál Engel et Gyula Kristó estiment que le père de Sarrolt était « Gylas », qui s'était fait baptiser à Constantinople en 952 et « était resté fidèle au christianisme[11] » selon le chroniquer byzantin Jean Skylitzès[12],[13]. Cette hypothèse ne fait cependant pas consensus et l'historien György Györffy avance que c'était le frère de Sarrotl et non son père qui avait été baptisé dans la capitale byzantine[9]. À l'opposé de toutes les sources hongroises, la Chronique polono-hongroise et les documents polonais ultérieurs indiquent que la mère d'Étienne était Adélaïde, la sœur du duc Mieszko Ier de Pologne mais la véracité de cette information est rejetée par les historiens actuels[14].

Étienne est né sous le nom de Vajk[5],[15] dérivant du mot turc baj signifiant « héros », « maître », « prince », ou « riche[3],[14] ». La grande Légende d'Étienne relate qu'il fut baptisé par l'évêque Adalbert de Prague qui séjourna plusieurs fois à la cour de Géza entre 983 et 994[16],[17]. Cependant la Légende d'Adalbert rédigée au même moment par Bruno de Querfurt ne mentionne pas l'événement[16],[18],[19]. De la même manière, la date du baptême est inconnue : Györffy avance qu'il fut baptisé peu après sa naissance[18] tandis que Kristó estime que la cérémonie eut lieu juste avant la mort de son père en 997[19]. Il reçut son nom de baptême en l'honneur du premier martyr chrétien, Étienne.

La biographie officielle d'Étienne, rédigée par l'évêque Hartvik et approuvée par le pape Innocent III indique qu'il « était entièrement instruit dans l'art grammatical[20] » signifiant qu'il avait étudié le latin dans son enfance[3]. Deux autres biographies de la fin du XIe siècle n'évoquent pas les études grammaticales d'Étienne et indiquent uniquement qu'il « fut élevé en recevant une éducation appropriée à un jeune prince[3] ». Kristó note que cette remarque désigne uniquement l'éducation physique réalisée par sa participation à la chasse ou à des campagnes militaires[3]. D'après la Chronica Hungarorum du XIVe siècle, l'un de ses tuteurs était un ecclésiastique italien qui fonda par la suite un monastère à Tata[21].

Peinture d'un évêque barbu versant une coupe d'eau sur la tête d'un homme dos nus, à genoux et priant
Le Baptême de Vajk par Gyula Benczúr, 1875

Selon les Légendes d'Étienne, le grand-prince Géza organisa une assemblée des chefs hongrois quand Étienne « entama sa première phase de l'adolescence[20] » vers 14 ou 15 ans[22],[23]. Géza le désigna comme son successeur et tout ceux présents prêtèrent serment de loyauté au jeune prince[23]. Györffy ajoute, sans mentionner sa source, que le grand-prince choisit son fils pour gouverner le « principauté de Nitra[18] ». Les historiens slovaques dont Ján Steinhübel et Ján Lukačka, soutiennent cette hypothèse et suggèrent qu'Étienne administra Nitra à partir de 995[24],[25].

À l'initiative de son père, Étienne épousa Gisèle, la fille du duc de Bavière Henri II vers 995[5][26]. Cette union créait le premier lien familial entre un chef hongrois et une dynastie européenne[27] car Gisèle était apparentée à la dynastie ottonienne des empereurs germaniques[19]. Selon les documents préservés à l'abbaye de Scheyern en Bavière, la cérémonie eut lieu au château de Scheyern et fut célébrée par Adalbert de Prague[23]. Gisèle fut accompagnée par des chevaliers bavarois dont beaucoup reçurent des terres en Hongrie[28]; l'arrivée de ces soldats bien armés renforça la position militaire d'Étienne[29]. Györffy écrit que le couple s'installa « apparemment » à Nitra après son mariage[28]. Même si la Chronica Hungarorum indique qu'Étienne « engendra de nombreux fils[30],[31] », seuls deux, Otton et Imre sont connus par leur nom[32].

Règne[modifier | modifier le code]

Grand Prince[modifier | modifier le code]

À la mort de son père vers 997[15],[33], Étienne organisa une assemblée des seigneurs hongrois à Esztergom où il fut désigné grand-prince[34]. Il ne contrôlait alors que les régions du Nord-Ouest de la plaine de Pannonie dont le reste était dominé par des chefs tribaux[35]. Son accession au trône était en accord avec le principe de primogéniture selon lequel le fils aîné succédait au père et qui était en vigueur dans une grande partie de l'Europe médiévale[29]. En revanche, cela allait à l'encontre de la tradition tribale de l'ancienneté stipulant que le successeur de Géza aurait dû être le membre le plus ancien de la dynastie Árpád, qui était à ce moment Koppány[29],[36]. Ce dernier, qui avait le titre de duc de Somogy[37], avait pendant de nombreuses années, administré les régions de Transdanubie au sud du lac Balaton[33],[27].

Enluminure représentant un soldat venant de décapiter à la hache un homme à genoux sous le regard d'un cavalier et de plusieurs fantassins.
Exécution de Koppány après sa défaite face à Étienne dans la Chronica Hungarorum, XIVe siècle

En accord avec la coutume païenne du lévirat, Koppány épousa la veuve du chef défunt[34],[38],[39] et annonça qu'il revendiquait le trône[34]. Il n'est pas impossible que Koppány ait été baptisé avant 972 mais la plupart de ses partisans étaient païens et s'opposaient au christianisme représenté par Étienne et sa suite composée essentiellement de chevaliers allemands[34],[40]. Une charte de 1002 pour l'abbaye de Pannonhalma mentionne ainsi une guerre entre « les Allemands et les Hongrois » lorsqu'elle évoque l'opposition armée entre Étienne et Koppány[41],[40]. Györffy avance cependant qu'un nombre significatif de troupes auxiliaires et de guerriers hongrois ont combattu dans l'armée d'Étienne. Il s'appuie pour cela sur les noms d'implantations en Transdanubie autour des frontières supposées du territoire de Koppány tels que Oszlar (« Alains »), Besenyő (« Petchénègues ») ou Kér faisant référence à des groupes ethniques ou à des tribus magyares[42].

Kristó indique que tout le conflit entre Étienne et Koppány ne fut qu'une querelle entre deux membres de la dynastie Árpád qui n'eut pas d'impact sur les autres chefs tribaux hongrois[35]. Koppány et ses troupes envahirent et pillèrent le nord de la Transdanubie[40]. Étienne, qui selon la Chronica Hungarorum, « était pour la première fois ceint de son épée[43] », plaça les frères Hont et Pázmány à la tête de sa garde et chargea Vecelin du commandement de son armée[44],[40],[45]. Ce dernier était un chevalier allemand qui s'était installé en Hongrie sous le règne de Géza[46]. Hont et Pázmány étaient, selon la Gesta Hunnorum et Hungarorum de Simon de Kéza et la Chronica Hungarorum, des « chevaliers d'origine souabe[47] » qui s'installèrent en Hongrie sous Géza ou au début du règne d'Étienne[35]. À l'inverse, Lukačka et d'autres historiens slovaques avancent qu'ils étaient des nobles « slovaques » qui avaient rejoint Étienne alors qu'il se trouvait à Nitra[48].

Koppány assiégeait Veszprém lorsqu'il fut informé de l'arrivée de l'armée d'Étienne[42]. Lors des batailles qui suivirent, Étienne remporta un succès décisif quand son rival fut tué au combat[39],[27]. Son corps fut démembré et exposé sur les portes des châteaux de Esztergom, Győr, Gyulafehérvár et Veszprém pour avertir ceux qui voudrait conspirer contre le jeune monarque[39],[49],[50].

Étienne occupa le duché de Koppány et accorda de larges territoires à ses partisans[51],[33]. Il obligea également les anciens sujets de son rival à payer la dîme selon la charte de fondation de l'abbaye de Pannonhalma qui a été préservée par interpolation[52],[40]. Le même document indique qu'« il n'y avait aucun autre évêché ou monastère en Hongrie » à cette période[53]. À l'inverse, l'évêque contemporain Dithmar de Mersebourg rapporte qu'Étienne « établit des évêchés dans son royaume[54] » avant d'être couronné roi[53]. Si ce dernier rapport est véridique, les diocèses de Veszprém et de Győr sont les candidats les plus probables[55].

Couronnement[modifier | modifier le code]

Statue en bronze d'un cavalier couronné tenant un goupillon. La sculpture se trouve au sommet d'un piédestal blanc finement ciselé.
Statue moderne d'Étienne devant le château de Buda

En ordonnant l'exposition d'une partie du corps démembré de Koppány au château de Gyulafehérvár appartenant à son oncle maternel, Gyula III (en), Étienne entendait démontrer qu'il régnait sur toutes les terres contrôlées par des seigneurs hongrois[56]. Il décida de confirmer cette position en adoptant le titre de roi[57]. Néanmoins, les circonstances exactes de cette décision et ses conséquences politiques continuent de faire l'objet de débats entre historiens[58].

Dithmar écrit qu'Étienne reçut la couronne « avec les faveurs et les encouragements » de l'empereur Otton III[54],[59] sous-entendant qu'Étienne accepta la suzeraineté de l'empereur avant son couronnement[58]. À l'inverse, toutes les hagiographies d'Étienne soulignent qu'il devait sa couronne au pape Sylvestre II[58]. Kristó et Györffy notent cependant que le pape et l'empereur étant des alliés, les deux récits peuvent être véridiques ; Étienne « reçut la couronne et consécration[54] » du pape mais pas sans l'approbation de l'empereur[60],[61]. Environ 75 ans après l'événement, le pape Grégoire VII, qui revendiquait la suzeraineté sur la Hongrie, déclara qu'Étienne avait « offert et avait rendu avec dévouement » son pays « à saint Pierre » (autrement dit le Saint-Siège[62],[59],[61]). Les historiens actuels dont Pál Engel et Miklós Molnár avancent qu'Étienne démontra toujours son indépendance et n'accepta jamais aucune suzeraineté qu'elle soit papale ou impériale[27],[58]. Par exemple, aucune de ses chartes n'a été datée selon les dates de règne des empereurs comme cela aurait été le cas s'il avait été un vassal[63]. Par ailleurs, Étienne déclara dans son Premier Livre de Lois qu'il gouvernait son royaume « selon la volonté de Dieu[64],[63] ».

La date exacte du couronnement (en) d'Étienne est inconnue[60]. Selon une tradition postérieure, elle aurait eu lieu le premier jour du second millénaire, ce qui peut donc faire référence au 25 décembre 1000 ou au 1er janvier 1001[65],[15]. Les détails de la cérémonie conservés dans la grande Légende suggèrent que cette dernière eut lieu à Esztergom et fut réalisée selon le rite employé par les rois allemands[66] . Étienne fut ainsi oint avec de l'huile consacrée[66]. Le portrait d'Étienne, préservé dans le manteau de couronnement de 1031, montre que sa couronne, similaire à la couronne impériale, possédait un arc et était décorée de pierres précieuses[67].

En plus de sa couronne, Étienne considérait une lance portant un drapeau comme un important symbole de sa souveraineté[67]. Les premières pièces de monnaie frappées sous son règne portaient l'inscription LANCEA REGIS (« la lance du roi ») et représentaient un bras tenant une lance avec un drapeau[67]. Selon son contemporain Adémar de Chabannes, Géza avait reçu une lance de la part de l'empereur Otton III en symbole de son droit à « disposer de la plus grande liberté dans la possession de son pays[68] ». Étienne porta plusieurs titres différents selon les documents : Ungarorum rex (« roi des Hongrois »), Pannoniorum rex (« roi des Pannoniens ») ou Hungarie rex (« roi de Hongrie »)[59].

Consolidation du pouvoir[modifier | modifier le code]

Même si l'autorité d'Étienne ne découlait pas de son couronnement, la cérémonie lui donna la légitimité internationale d'un monarque chrétien gouvernant son royaume « par la grâce de Dieu[59],[32] ». Toutes ses hagiographies affirment qu'il créa un archevêché avec son siège à Esztergom peu après son couronnement afin de garantir l'indépendance de l'Église par rapport aux ecclésiastiques de l'Empire[69],[70]. La plus ancienne référence à un archevêque, appelé Domokos, figure dans la charte de fondation de l'abbaye de Pannonhalma datant de 1002[71]. Selon l'historien Gábor Thoroczkay, Étienne créa également le diocèse de Kalocsa en 1001[72] et il invita des prêtres étrangers pour évangéliser son royaume[70]. Des associés d'Adalbert de Prague tels que Radla et Astéric arrivèrent ainsi en Hongrie dans les premières années de son règne[73],[74]. La présence d'un « archevêque des Hongrois » au synode de 1007 à Francfort et la consécration d'un autel à Bamberg en 1012 par Astéric montrent que les prélats d'Étienne maintinrent de bonnes relations avec le clergé du Saint-Empire[8].

La transformation de la Hongrie en un État chrétien fut l'un des principaux objectifs d'Étienne[75]. Même si la conversion des Hongrois avait déjà débuté sous le règne de son père, ce fut Étienne qui obligea systématiquement ses sujets à se convertir au christianisme[76]. Son activité législative fut ainsi étroitement liées au christianisme[77]. Son Premier Livre des Lois rédigé dans les premières années de son règne comporte par exemple plusieurs provisions concernant l'observation des fêtes des saints et la confession des mourants[78],[79]. Ses autres lois garantissaient les droits de propriétés[80], protégeait les veuves et des orphelins ou régulait le statut des serfs[79].

Enluminure montrant un homme en armure se faisant attacher les mains dans le dos par un soldat sous le regard de plusieurs cavaliers dont un porte un couronne
Capture de Gyula III par les forces d'Étienne dans la Chronica Hungarorum, XIVe siècle

Malgré son couronnement, de nombreux seigneurs hongrois refusèrent d'accepter la suzeraineté d'Étienne[49]. Le nouveau roi se tourna d'abord vers son propre oncle, Gyula III, dont le territoire était, selon la Chronica Hungarorum, « très vaste et riche[81],[82] ». Étienne envahit la Transylvanie et captura son rival et sa famille en 1002[83],[84] ou 1003[15],[82]. Les Annales d'Hildesheim contemporaines ajoutent que les terres de son oncle furent converties de force au christianisme[84],[82]. Les historiens datent d'ailleurs l'établissement du diocèse de Transylvanie (en) à cette période[84],[72]. Si le rapprochement proposé par Kristó, Györffy et d'autres historiens hongrois entre Gyula et Prokui qui était l'oncle d'Étienne selon Dithmar est correct, alors Gyula se serait échappé de sa captivité et se serait réfugié chez le duc Boleslas de Pologne[85],[82].

Au début du XIIe siècle, le chroniqueur Gallus Anonymus mentionna des conflits entre Étienne et Boleslas en avançant que ce dernier « battit les Hongrois au combat et se rendit maître de toutes leurs terres jusqu'au Danube[86],[87],[24] ». Györffy avance que ce récit concerne uniquement l'occupation de la vallée de la Morava, un affluent du Danube, par les Polonais dans les années 1010[87]. À l'inverse, la Chronique polono-hongroise indique que le duc polonais occupa de larges territoires au nord du Danube jusqu'à Esztergom au début du XIe siècle[87],[88]. Pour Steinhübel, cela prouve qu'une large portion de ce qui est aujourd'hui la Slovaquie était sous contrôle polonais entre 1002 et 1030[88]. S'opposant à l'historien slovaque, Györffy avance que cette chronique du XIVe siècle « dans laquelle une absurdité en chasse une autre » contredit tous les faits connus provenant des sources du XIe siècle[89].

Enluminure représentant un homme en armure et portant une couronne marchant sur le corps d'un autre souverain apparemment mort ; la scène se déroule au milieu d'une bataille
Mort de Kean, « duc des Bulgares et des Slaves » dans la Chronica Hungarorum, XIVe siècle

La Chronica Hungarorum relate la guerre d'Étienne « contre Kean, duc des Bulgares et des Slaves dont les terres [étaient], de par leur emplacement naturel, très bien protégées[90] ». Selon plusieurs historiens dont Zoltán Lenkey et Gábor Thoroczkay, Kean était à la tête d'un petit État situé dans le Sud de la Transylvanie et Étienne s'empara de son territoire vers 1003[91],[72]. D'autres spécialistes comme Györffy avancent que la chronique relate en réalité sa campagne ultérieure comme la Bulgarie à la fin des années 1010[92]. De la même manière, l'identification des « Hongrois noirs[93] », mentionnés par Bruno de Querfurt et Adémar de Chabannes comme des opposants aux efforts d'évangélisation, est incertaine[94]. Györffy situe leurs terres à l'est de la rivière Tisza,[95] tandis que Thoroczkay les place dans le Sud de la Transdanubie[72]. Le récit de Bruno de Querfurt sur leur conversion de force suggère qu'ils furent vaincus au plus tard en 1009 lorsque « la première mission de saint Pierre », le légat apostolique, le cardinal Azo arriva en Hongrie[96],[97]. Ce dernier rencontra le roi à Győr en août 1009 pour définir les frontières du nouvel évêché de Pécs[96].

Le diocèse d'Eger fut également créé vers 1009[98],[96]. Pour Thoroczkay, « il est très probable » que sa fondation était liée à la conversion des Kabars, un peuple d'origine khazar[99],[100]. Leur chef, qui était soit Samuel Aba ou son père, épousa à cette occasion une sœur d'Étienne dont l'histoire n'a pas retenu le nom[101],[100],[102]. Ce clan Aba (en) fut l'un des plus puissants parmi ceux qui rejoignirent Étienne et soutinrent ses efforts pour établir une monarchie chrétienne[103]. Les récits d'Anonymus (en), Simon de Kéza et d'autres chroniqueurs appartenant à des familles nobles du XIIIe siècle suggèrent que d'autres clans locaux furent également impliqués dans ce processus[103].

Étienne mit en place un système administratif en établissant des comtés (en)[82],[104] gouvernés par un représentant du roi appelé comte ou ispán et qui étaient organisés autour des forteresses royales[104]. La plupart des châteaux de cette période étaient construits en terre[105] mais ceux d'Esztergom, de Székesfehérvár et de Veszprém étaient en pierre[106]. Ces place-fortes accueillant les sièges des comtés mais également la hiérarchie de l'Église s'entourèrent rapidement de villes et devinrent d'importants centres économiques[105].

Politique étrangère active[modifier | modifier le code]

Statue blanche d'un roi portant une cape, un sceptre et une couronne.
Statue moderne d'Étienne à Miskolc

Le beau-frère d'Étienne, Henri II, devint roi de Germanie en 1002 puis empereur en 1013[63]. Leurs relations amicales permirent aux frontières occidentales de la Hongrie de connaître une période de paix durant les premières décennies du XIe siècle[107],[63]. Même quand Bruno d'Augsbourg (en), le frère d'Henri II en froid avec lui, se réfugia en Hongrie en 1004, Étienne préserva la paix avec son voisin et négocia un accord entre ses deux beaux-frères[63],[108]. Vers 1009, il maria sa sœur au doge de Venise Ottone Orseolo qui était un allié de l'empereur byzantin Basile II ; cela suggère que les relations entre la Hongrie et l'Empire byzantin étaient également pacifiques[109]. À l'inverse, l'alliance avec Henri II provoqua une guerre avec la Pologne de 1014 à 1018[110],[111].

La guerre entre la Pologne et le Saint-Empire se solda par le traité de Bautzen en janvier 1018[112]. Par la suite, 500 cavaliers hongrois accompagnèrent Boleslas à Kiev lors de son intervention (en) dans la crise de succession au sein de la Rus' de Kiev, ce qui suggère que la Hongrie avait été associée au traité et qu'elle signa également la paix[112]. L'historien Ferenc Makk indique que le texte obligea Boleslas à rétrocéder tous les territoires hongrois qu'il avait occupés dans la vallée de la Morava[113]. Selon Leodvin, le premier évêque connu de Bihar (en), Étienne s'allia avec les Byzantins et participa à une campagne contre les « barbares » des Balkans[114]. Les troupes hongroises et byzantines entrèrent ainsi conjointement dans « Cesaries », actuellement Ohrid selon Györffy et d'autres historiens[115].

Restes de fondations en pierres blanches dans une cour
Ruines de la basilique de Székesfehérvár (en) fondée par Étienne et détruite en 1601 par un incendie

L'évêque Leodvin relate également qu'Étienne récupéra les reliques de nombreux saints à « Cesaries » dont celles de saint George et de saint Nicolas dont il fit don à la nouvelle basilique de Székesfehérvár (en)[116],[117],[118]. À la fin des années 1010 ou au début des années 1020, il décida de déplacer sa capitale de Esztergom à Székesfehérvár, un choix influencé par l'ouverture d'une nouvelle route de pèlerinage reliant l'Europe de l'Ouest à la Terre sainte et passant en Hongrie mais à l'écart de l'ancienne capitale[119],[120]. Étienne accueillit de nombreux pèlerins qui propagèrent ensuite sa réputation dans toute l'Europe[121]. L'abbé Odilon de Cluny écrivit ainsi au roi de Hongrie que « ceux qui sont revenus du sanctuaire de notre Seigneur » témoignent de la passion du souverain « pour la gloire de notre divine religion[122] ». Étienne créa également quatre hôtels pour pèlerins à Constantinople, Jérusalem, Ravenne et Rome[123].

Tout comme les pèlerins, les marchands profitaient de la sécurité de la route traversant la Hongrie pour voyager entre Constantinople et l'Europe de l'Ouest[119]. Ces échanges étaient si importants pour le pays que quand une soixantaine de riches Petchénègues furent détroussés par des gardes frontières hongrois, le roi les fit exécuter pour prouver sa détermination à garantir la sécurité des voyageurs[124]. La frappe de la monnaie commença également en Hongrie dans les années 1020[125]. Les pièces en argent portant les inscriptions STEPHANUS REX (« Roi Étienne ») et REGIA CIVITAS (« Cité royale ») étaient populaires en Europe comme cela fut démontré par l'apparition d'exemplaires contrefaits en Suède[125].

Statue en bronze représentant un évêque assis faisant la lecture un enfant portant une couronne.
Statue moderne de Gérard de Csanád et du prince Imre

Étienne convainquit certains pèlerins et marchands de s'installer dans son pays[119],[122]. En route pour la Terre Sainte depuis la république de Venise, le moine bénédictin Gérard décida de rester en Hongrie après sa rencontre avec le roi[121]. La création de monastères bénédictins tels que les abbayes de Pécsvárad, Zalavár et Bakonybél datent de cette période[126],[127]

La guerre d'Étienne avec Ajtony, un chef local de la vallée de la rivière Maros est située par la plupart des historiens à la fin des années 1020 même si Györffy et d'autres estiment qu'elle eut lieu une décennie plus tôt[87],[128]. Le conflit éclata quand Ajtony imposa une taxe sur le sel transporté par la rivière[129]. En représailles, le roi envoya une grande armée sous le commandement de Csanád (en) contre ce dernier qui fut tué au combat[130]. Ses terres furent transformées en un comté et Étienne créa un évêché dans l'ancienne capitale d'Ajtony renommée d'après le commandant de l'armée royale[130]. Selon les Annales de Presbourg, Gérard devint le premier évêque de ce nouveau diocèse en 1030[131].

L'empereur Henri II, le beau-frère d'Étienne, mourut le 13 juillet 1024 et son successeur, Conrad II avait peu de liens familiaux avec son prédécesseur[132],[133],[134]. Il expulsa le doge Ottone Orseolo, également le beau-frère d'Étienne, de Venise en 1026[134],[121] et il poussa les Bavarois à proclamer son propre fils, Henri, comme leur nouveau duc en 1027 alors que le fils d'Étienne, Imre, était un prétendant valable à ce titre par l'intermédiaire de sa mère[133]. L'empereur envisagea une alliance avec l'Empire byzantin et il envoya l'un de ses conseillers, Werner de Strasbourg, à Constantinople[118],[135]. Ce dernier voyagea comme un simple pèlerin mais Étienne, qui avait été informé de sa mission, refusa son entrée en Hongrie à l'automne 1027[118],[135]. Wipon, le biographe de Conrad II, écrit que les Bavarois menèrent des raids dans les régions frontalières entre la Hongrie et le Saint-Empire en 1029, ce qui provoqua une détérioration rapide des relations entre les deux pays[136],[137].

L'empereur mena personnellement une armée en Hongrie en juin 1030 et pilla les terres à l'ouest de la rivière Raab[136],[138]. Les Annales de Niederalteich rapportent cependant qu'il patit de la tactique de la terre brûlée mise en place par les Hongrois[139] et il retourna en Allemagne « sans armée et sans rien avoir obtenu car l'armée était menacée par la faim et fut capturée par les Hongrois à Vienne[138] ». À l'été 1031, les deux belligérants négocièrent un accord de paix et Conrad II céda à la Hongrie les terres entre les rivières Lajta et Fischa[140].

Dernières années[modifier | modifier le code]

Étienne aux funérailles de son fils Imre

Hartvic, le biographe d'Étienne, écrivit que le roi, dont les enfants moururent tous en bas âge, « apaisa la tristesse liée à leur mort par le réconfort venant de l'amour de son fils survivant[141] » Imre[142]. Ce dernier fut cependant blessé lors d'un accident de chasse en 1031 et mourut peu après à l'âge de 30 ans[119]. Selon la Chronica Hungarorum, le vieux roi ne recouvra jamais « complètement son ancienne santé » après la mort de son fils[143],[142].

La mort d'Imre mit en péril l'État chrétien créé par son père car le principal prétendant au trône était le cousin du roi, Vazul, que beaucoup soupçonnaient de ne pas avoir entièrement renoncé au paganisme[144],[145]. Selon les Annales d'Altaich, Étienne rejeta les revendications de son cousin et désigna comme successeur son neveu, Pierre Orseolo[146]. La même source ajoute que Vazul fut capturé et eut les yeux crevés pour l'empêcher de devenir roi tandis que ses trois fils, Levente, André et Béla, furent expulsés de Hongrie[146]. Les Légendes d'Étienne suggèrent que des membres de la cour tentèrent sans succès de renverser le vieux roi et que Vazul fut mutilé pour sa participation à ce complot[147]. Le récit selon lequel ses oreilles auraient été remplies de plomb fondu n'apparaît que dans les sources ultérieures comme la Chronica Hungarorum[147],[148]. Pour certains historiens, les dispositions dans le Second Livre de Lois d'Étienne sur la « conspiration contre le roi et le pays » indiquent que l'ouvrage fut promulgué après la tentative de coup d'État de Vazul[149],[79]. Györffy estime cependant que ce livre fut publié vers 1009 et non après 1031[150].

Étienne mourut le 15 août 1038[151] et il fut inhumé dans la basilique de Székesfehérvár[146]. Son neveu Pierre monta sur le trône mais la Hongrie connut une longue période d'instabilité marquée par des guerres civiles, des soulèvements païens et des invasions[152],[153]. Le calme ne revint qu'en 1077 et l'accession au trône de Ladislas, un petit-fils de Vazul[154].

Héritage[modifier | modifier le code]

Miniature d'Étienne dans la Chronica Hungarorum

Étienne a toujours été considéré comme l'un des dirigeants les plus importants de l'histoire de la Hongrie[155]. Sa principale réussite fut l'établissement d'un État chrétien qui permit aux Hongrois de survivre dans la plaine de Pannonie à l'inverse des Huns, des Avars et des autres peuples qui occupèrent cette région avant eux[155]. Bryan Cartledge ajoute qu'Étienne donna à son royaume « quarante ans d'une paix relative[156] ».

Ses successeurs, même ceux qui descendaient de Vazul, revendiquèrent cet héritage[157]. Le fils de Vazul, André accéda au trône à l'occasion d'un soulèvement païen mais il interdit les rites autres que chrétiens et déclara que tous ses sujets devaient « vivre en toutes choses selon la loi que le roi Saint Étienne leur avait enseigné[158],[157] ». Dans la Hongrie médiévale, les communautés qui revendiquaient un statut particulier ou tentaient de défendre leurs propres privilèges déclaraient souvent que ce statut leur avait été octroyé par Étienne[159]. Les habitants de Táp écrivirent ainsi en 1347 dans une lettre listant leurs plaintes que les taxes qui leur étaient imposés par l'abbé de l'abbaye de Pannonhalma était contraires à « la liberté qui leur avait été accordé au temps du roi Saint Étienne[160] ».

Statue de Saint Étienne à Budapest

Le culte d'Étienne émergea après la longue période d'anarchie qui caractérisa le règne de ses successeurs immédiats[161]. Rien n'indique cependant qu'il devint un objet de vénération avant sa canonisation[162]. Par exemple, le premier de ses successeurs à être nommé d'après lui, Étienne II, n'est né qu'en 1101[163]. Le processus de canonisation, autorisé par le pape Grégoire VII, fut initié par Ladislas Ier, un petit-fils de Vazul[164],[165]. La cérémonie débuta le 15 août 1083 avec trois jours de prières et de jeûne[166]. Le 20 août, les restes « à l'odeur d'impatience » d'Étienne furent sortis du cercueil qui fut remplis avec de « l'eau colorée en rose[166] ». Son fils, Emeric, et l'évêque de Csanád, Gérard, furent également canonisés le même jour[164].

La première hagiographie d'Étienne, appelée la grande Légende, fut écrite entre 1077 et 1083 et donne un portrait idéalisé du roi[167],[168]. À l'inverse, la petite Légende d'Étienne rédigée autour de 1100 sous le règne de Coloman souligne la sévérité du roi d'une « façon peu hagiographique » selon Györffy[168],[167]. La troisième hagiographie fut composée, également sous le règne de Coloman, par l'évêque Hartvik qui s'appuya sur les deux textes précédents[167]. Approuvée en 1201 par le pape Innocent III, ce document servit de base à l'hagiographie officielle d'Étienne[167].

Le culte d'Étienne se propagea au-delà des frontières de la Hongrie[161]. Initialement, il était principalement vénéré à Scheyern et Bamberg en Bavière mais ses reliques furent également emmenées à Aix-la-Chapelle, à Cologne, au Mont-Cassin et à Namur[161]. Après la prise de Buda occupé par les Ottomans en 1686, le pape Innocent XI élargit son culte à toute l'Église catholique et il déclara le 2 septembre comme le jour de la Saint Étienne[169],[161]. En 1969, la fête de Joachim fut déplacé du 16 août au 26 juillet et comme le jour laissé libre était le lendemain de l'anniversaire de la mort du roi, la fête y fut déplacée[170]. Étienne est vénéré comme le saint patron de la Hongrie et comme le protecteur des rois, des maçons, des tailleurs de pierres et des enfants souffrant de maladies mortelles[161],[165]. La canonisation d'Étienne fut reconnue par l'Église orthodoxe en 2000 par le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople[171].

Références[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

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