Brème commune

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La Brème commune (Abramis brama) est un poisson qui vit dans les eaux douces, lentes et profondes en Europe.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Du francique brahsima[réf. nécessaire].

Description[modifier | modifier le code]

Individu de brème commune mesuré lors d'une pêche

La Brème commune a la forme caractéristique d'un plateau plat argenté. Elle mesure de 30 à 50 cm pour un poids de 2 à 4 kg, sa couleur est vert bronze, avec des flancs gris et un ventre blanc. Ce poisson a une durée de vie moyenne de 20 à 25 ans.

Habitat[modifier | modifier le code]

Ce poisson vit dans les eaux calmes aux fonds vaseux et limoneux, des cours d'eaux larges et lents, dans les canaux, les lacs et les étangs.

Mode de vie, écologie[modifier | modifier le code]

C'est un poisson grégaire (qui vit en groupe) et qui comme la carpe peut jouer un rôle dans le mélange des couches d'eau et la remise en suspension de particules du sédiment[1] ; en fouillant la vase, les brèmes remettent en suspension des particules sédimentées (effet qui augmente linéairement avec la biomasse de poissons benthivores)[1] ; provoquant une augmentation de la turbidité (facilement mesurable à l'aide du disque de Secchi), avec une augmentation de 46 g de sédiment par m2 de plan d'eau et par jour pour une biomasse de brèmes de 100 kg par ha de plan d'eau. Aucune relation n'a été trouvée entre la taille des poissons et l'importance de la remise en suspension, mais l'effet de la brème était deux fois plus important que celui de la carpe[1]. L'alimentation benthivore a diminué à partir du mois de mai en raison de l'apparition d'aliments de substitution (zooplancton). Cette remise en suspension augmente la densité de la masse d'eau en chlorophylle. On a constaté une augmentation du phosphore et des nitrates dans l'eau corrélée à la biomasse de brèmes, mais pas des orthophosphate[1].

Alimentation, croissance & santé/parasitoses[modifier | modifier le code]

Ce benthivore se nourrit principalement en filtrant efficacement les sédiments qu'il met en suspension ; grâce à la structure de son filtre branchial. Ce filtre est muni de « crêtes transverses » formées par un pont charnu positionné entre la partie centrale de l'arc branchial et les parties osseuses de ses branchicténies) et situées à la face supérieure des arcs branchiaux[2]. Ces crêtes forment un réseau de canaux aptes à retenir les particules de nourriture ; En bordure latérale de l'arc branchial, des muscles sont liés aux branchicténies permettant un mouvement de l'élément racleur osseux latéral. En présence de particules très fine (diamètre moindre que celui du canal), le mouvement de ces branchicténies semble pouvoir ajuster le filtre en réduisant le diamètre du canal opposé, permettant à la brème d'ajuster ce filtre à la taille du plancton présent[2]

Il semble relativement opportuniste[3], se nourrissant de petits mollusques, larves d'insectes, vers, et débris de végétaux et de zooplancton (Cladocera et Copepoda)[4] du printemps à l'automne[5], c'est un poisson fouilleur. Sa bouche protractile permet aux alevins et jeunes brèmes, par rapport aux gardons de mieux capturer des proies telles que les copépodes (plus difficiles à attraper que les daphnies)[4]. Dans leur milieu naturel brème et gardon sont en compétition pour les daphnies et copépodes. Le tube des jeunes brèmes contient plus de copépodes que celui des gardons, mais avec des variation liées au moment et lieu du butinage alimentaire[4].

Il a été montré dans le lac Tjeukemeer (aux Pays-Bas) que le « compartimentage des ressources alimentaire » entre brèmes (Abramis brama) et l'anguille européenne (Anguilla anguilla) est fortement lié aux variations d'abondance des daphnies (Daphnia hyalina et des larves de chironomidés, leurs principales proies. La niche écologique de ces deux poissons varie selon le nombre de jeunes poissons planctonivores, en particulier l'éperlan (Osmerus eperlanus) ; si ce dernier est abondant, les populations de daphnies sont composées d'individus plus petits et la brème, qui était planctonivore s'adapte en devenant benthivore, mais avec une détérioration de santé (gonades mal développées). Alors que dans les mêmes circonstances, l'anguille s'adapte en remplaçant son alimentation en pupes de chironomidés et en mollusques par un régime composé totalement de poissons (les checheurs ont noté que la santé des anguilles de moins de 35 cm se détériore quand la population de chironomidés diminue (en nombre et en biomasse). Inversement, quand le recrutement de poissons planctivores est faible, les daphnies D. hyalina sont plus grosses et le régime alimentaire et la santé des brème et anguille changee à nouveau. Dans ce cas (lac Tjeukemeer), le régime hydrologique modifie périodiquement et fortement la taille du stock de jeunes poissons planctivores (surtout par limmigration de larves d'éperlan allochtones) bien que la biomasse des populations de brème et d'anguille soit relativement stable.

Comme tous les poissons qui se nourrissent dans la vase ou les sédiments, même dans des sites jugés relativement faiblement pollués, il peut se contaminer en ingérant divers polluants (polluants organiques persistants, métaux lourds, métalloïdes...), qu'il peut bioaccumuler dans certains organes ou tissus[6]. Une étude faite dans le bassin ouest du lac Balaton (Hongrie) d'Octobre 1999 à mai 2000 a relevé des concentrations moyennes de métal pour différents organes variant dans les fourchettes suivantes : de 0,42 à 2,10 pour le Cadmium ; 1,77 à 56,2 pour le Cuivre  ; 0,01 à 0,19 pour le Mercure ; 0,44 à 3,24 pour le plomb ; 10,9 pour le zinc (poids sec)[6].
Le Cd, Cu, Pb et Zn étaient plus concentrés dans le foie ou les branchies alors que le mercure (Hg) était principalement concentré dans le muscle. Dans le foie, le cadmium, cuivre et mercure présentaient des associations positives liées à l'âge et à la taille du poisson[6] ; de même pour la charge en mercure qui augmente avec la taille et l'âge pour les trois organes étudiés[6]. Dans les muscles et les branchies, les taux de plomb et zinc augmentent similairement aux concentrations mesurées dans le foie mais les associations liées à l'âge et à la taille ont été négatives. Des variations saisonnières de la charge en métaux lourds existent, attribuables aux changements d'alimentation plus qu'à des variations de la pollution de leur environnement[6].
Les brèmes grandissent moins vite quand leur teneur en métaux lourds augmente[7].
On trouve des brèmes polluées dans des eaux ne contenant que très peu de métaux lourds, ce qui laisse penser que leur charge en éléments traces métalliques reflète celle de leur nourriture et du sédiments bien plus que celle de l'eau ambiante[7]

La peau ou les branchies de cet animal peuvent être colonisés par quelques parasites dont du gendre Caryophyllaeus [8], Ergasilus[9]ou Dactylogyrus [10],[11].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Brème commune

En mai et juin dans une eau à 17 °C, chaque femelle pond entre 50 000 et 60 000 œufs. Le développement embryonnaire est partiellement sous contrôle de la température de l'eau[12],[13], de même que celui de la jeune brème[14]. Il arrive que la brème s'hybride avec le gardon. L'hybridation du gardon et de la brème donne un poisson au nombre de rayons différent sur la nageoire anale :

État des populations, pressions, menaces[modifier | modifier le code]

C'est une espèce qui peut être victime de nombreux poluants accumulés par le sédiment ou bioconcentrés par ses proies, dont des pesticides neurotoxiques[15] ou des perturbateurs endocriniens[16].

Intérêt halieutique[modifier | modifier le code]

Intérêt halieutique professionnel et de subsistance[modifier | modifier le code]

Poisson d'intérêt économique vivrier dans bon nombre de pays européens (Autriche, Pologne, Pays de l'Est, etc...).

Intérêt halieutique de loisir[modifier | modifier le code]

Son intérêt réside dans le fait que c'est un poisson facile à capturer et de bonne taille.

Intérêt culinaire[modifier | modifier le code]

Depuis quelques décennies, dans les pays ayant perdu une partie de leur savoir-faire culinaire et tournés vers une alimentation industrialisée, la brême possède un intérêt gastronomique limité. De goût fade, sa chair renferme de nombreuses arêtes.
A contrario, d'autres pays la considèrent comme nourriture potentielle où elle est largement représentée dans la gastronomie locale.

Autres noms communs[modifier | modifier le code]

  • grande brème
  • brame
  • plateau
  • plaquette

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Notes et autres références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Breukelaar AW, Lammens EH, Breteler JGK & Tatrai I (1994) Effects of benthivorous bream (Abramis brama) and carp (Cyprinus carpio) on sediment resuspension and concentrations of nutrients and chlorophyll a. Freshwater Biology, 32(1), 113-121 (résumé).
  2. a et b Hoogenboezem, W., Boogaart, J. G. V. D., Sibbing, F. A., Lammens, E. H., Terlouw, A., & Osse, J. W. (1991). A new model of particle retention and branchial sieve adjustment in filter-feeding bream (Abramis brama, Cyprinidae). Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 48(1), 7-18.
  3. Michel, P., & Oberdorff, T. (1995). Feeding habits of fourteen European freshwater fish species. Cybium, 19(1), 5-46.
  4. a, b et c WINFIELD IJ, PEIRSON G, CRYER M & TOWNSEND CR (1983) The behavioural basis of prey selection by underyearling bream (Abramis brama (L.)) and roach (Rutilus rutilus (L.)). Freshwater Biology, 13(2), 139-149.
  5. Van Den Berg, C., Van Den Boogaart, J. G. M., Sibbing, F. A., & Osse, J. W. M. (1994). Zooplankton feeding in common bream (Abramis brama), white bream (Blicca bjoerkna) and roach (Rutilus rutilus): experiments, models and energy intake. Netherlands journal of zoology, 44(1-2), 15-42.
  6. a, b, c, d et e Farkas A, Salánki J & Specziár A (2003) Age-and size-specific patterns of heavy metals in the organs of freshwater fish< i> Abramis brama L. populating a low-contaminated site. Water Research, 37(5), 959-964.
  7. a et b Farkas, A., Salanki, J., & Specziar, A. (2002). Relation between growth and the heavy metal concentration in organs of bream Abramis brama L. populating Lake Balaton. Archives of environmental contamination and toxicology, 43(2), 236-243 (résumé).
  8. Anderson, R. M. (1974). Population dynamics of the cestode Caryophyllaeus laticeps (Pallas, 1781) in the bream (Abramis brama L.). The Journal of Animal Ecology, 305-321 (résumé).
  9. Dezfuli, B. S., Giari, L., Konecny, R., Jaeger, P., & Manera, M. (2003). Immunohistochemistry, ultrastructure and pathology of gills of Abramis brama from Lake Mondsee, Austria, infected with Ergasilus sieboldi (Copepoda). Diseases of Aquatic Organisms, 53(3), 257-262.
  10. Maladie : Dactylogyrus (vers de la peau et des branchies), sur aquabase.org
  11. Dzika E & Szymanski S (1989) Co-occurrence and distribution of Monogenea of the genus Dactylogyrus on gills of the bream, Abramis brama L. Acta Parasitologica Polonica, 34(1), 1-14 (http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=19702942 résumé])
  12. Herzig, A., & Winkler, H. (1986). The influence of temperature on the embryonic development of three cyprinid fishes, Abramis brama, Chalcalburnus chalcoides mento and Vimba vimba. Journal of Fish Biology, 28(2), 171-181 (résumé).
  13. Kucharczyk, D., Luczynski, M., Kujawa, R., & Czerkies, P. (1997). Effect of temperature on embryonic and larval development of bream (Abramis brama L.). Aquatic Sciences, 59(3), 214-224.
  14. Kucharczyk, D., Luczynski, M., Kujawa, R., Kaminski, R., Ulikowski, D., & Brzuzan, P. (1998). Influences of temperature and food on early development of bream (Abramis brama L.). Archiv für Hydrobiologie, 141(2), 243-256.
  15. Pavlov, D. D., Chuiko, G. M., Gerassimov, Y. V., & Tonkopiy, V. D. (1992). Feeding behavior and brain acetylcholinesterase activity in bream (Abramis brama L.) as affected by DDVP, an organophosphorus insecticide. Comparative Biochemistry and Physiology Part C: Comparative Pharmacology, 103(3), 563-568 (résumé)
  16. Rankouhi, T. R., Sanderson, J. T., Van Holsteijn, I., Van Leeuwen, C., Vethaak, A. V., & Van den Berg, M. (2004). Effects of natural and synthetic estrogens and various environmental contaminants on vitellogenesis in fish primary hepatocytes: comparison of bream (Abramis brama) and carp (Cyprinus carpio). Toxicological Sciences, 81(1), 90-102.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lammens, E. H. R. R., Geursen, J., & McGillavry, P. J. (1987). Diet shifts, feeding efficiency and coexistence of bream (Abramis brama), roach (Rutilus rutilus) and white bream (Blicca bjoerkna) in hypertrophic lakes. In Proceedings of the V Congress of European Ichthyologists, Stockholm (pp. 153-162).
  • Kucharczyk, D., Kujawa, R., Luczynski, M., Glogowski, J., Babiak, I., & Wyszomirska, E. (1997). Induced spawning in bream, Abramis brama (L.), using carp and bream pituitary extract and hCG. Aquaculture Research, 28(2), 139-144.
  • Brandstätter, R., & Kotrschal, K. (1990). Brain growth patterns in four European cyprinid fish species (Cyprinidae, Teleostei): roach (Rutilus rutilus), bream (Abramis brama), common carp (Cyprinus carpio) and sabre carp (Pelecus cultratus). Brain, behavior and evolution, 35(4), 195-211.
  • Persson, A., & Brönmark, C. (2002). Foraging capacities and effects of competitive release on ontogenetic diet shift in bream, Abramis brama. Oikos, 97(2), 271-281.
  • Backiel, T., & Zawisza, J. (1968). Synopsis of Biological Data on the Bream. Abramis Brama (L.) (No. 36). Food and Agriculture Organization of the United Nations.
  • Diamond, M. (1985). Some observations of spawning by roach, Rutilus rutilus L., and bream, Abramis brama L., and their implications for management. Aquaculture Research, 16(4), 359-367.