Culture de Vinča

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Amulette de Tărtăria
Figurine assise en argile. (-4500 à -4000). Vinca. Divinité domestique. British Museum.

Cet article traite de différents aspects de la culture de Vinča, une culture préhistorique européenne.

Chronologie et répartition géographique[modifier | modifier le code]

La culture de Vinča[1] (prononcé /vinʧa/) (entre -7000 et -3000), dite aussi Vieille européenne, est une culture préhistorique du Chalcolithique début[2]. Elle tire son nom de la ville de Vinča, située à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Belgrade, sur les bords du Danube, en Serbie. En 1908, une équipe d'archéologues, dirigée par Miloje Vasic, y a effectué des fouilles qui ont permis de mettre au jour d'importants vestiges. La culture de Vinca couvre une vaste région incluant la plupart des pays et régions issus de l'ancienne Yougoslavie (Serbie, Voïvodine, Kosovo, nord-est de la Bosnie et une partie du Monténégro et de la Croatie), le sud-est de la Hongrie, le nord-ouest de la Bulgarie et une partie de la Roumanie (Banat, Transylvanie et sud-ouest de l'Olténie). Dans ce pays, la culture de Vinca est nommée culture de Turdas.

La culture de Vinca a été divisée en plusieurs sous-groupes :

  • Vinca-Tördös (5500 av. JC) ;
  • Vinca-Gradac (5300 av. JC) : Premiers objets en cuivre ;
  • Vinca-Plocnik (5150 av. JC) ;
  • Vinca-D (4700-3500 av. JC).

Sur le site de Vinca proprement dit, la couche précédente date de la culture de Starcevo. D'autres sites importants en Serbie sont Divostin, Selevac et Grivac près de Kragujevac, Opovo et Potporanj près de Belgrade. En Roumanie, se trouvent les sites d'Uivar et Tartaria.

Habitat, économie et objets découverts[modifier | modifier le code]

Reconstruction d´une maison

L'habitat se caractérise par des maisons quadrangulaires faites d'argile de torchis et d'enduits muraux. L'espace habité s'étend de 5 à 20 hectares sur une période de 5 à 6 siècles[3]. Certaines maisons comportaient plusieurs pièces. Elles possédaient un plancher formé par des troncs d´arbres minces, un foyer et un four. Le toit devait être léger car il n´y a pas de pilier à l´intérieur des maisons pour le supporter. Les maisons étaient construites régulièrement le long de routes. On trouve beaucoup de restes de maisons qui ont été détruites par le feu. Parfois, les établissements forment des tells hauts de 3 à 12 m. Certains sont entourés d´un fossé (Uivar).

L'économie est fondée sur l'agriculture de l´engrain, du blé, des pois, des lentilles et du lin. Les noisettes, le prunellier, les cornouilles et le chénopode blanc sont utilisés. L'élevage est centré sur les bovidés. Les moutons, les cochons, les chèvres et les chiens étaient utilisés comme animaux domestiques. Des traces sur des ossements retrouvés à Liubcova montre que les chiens ont probablement aussi été mangés. La pêche joue toujours un rôle important dans les activités alors que la chasse est devenue secondaire. Ce sont essentiellement le cerf, l´âne sauvage, le chevreuil et le castor qui sont chassés. Le cinabre de la mine de Šuplja Stena sur le mont Avala a probablement déjà été utilisé car le cinabre a été retrouvé dans toutes les couches du Vinca, probablement en tant que pigment. Cependant, les artefacts trouvés dans cette mine sont plus récents et datent de la culture de Baden. On remarque des traces de commerce de cuivre avec l'Anatolie et la Roumanie, d'obsidienne pour la fabrication d´outils avec la Slovaquie et la Hongrie (massif de Zemplén), de spondyles pour les bijoux avec la mer Égée et de silex jaune-miel, de marbres et albâtres avec les régions balkaniques[3]. Le nombre des importations diminue nettement vers la fin de cette époque.

La céramique de la culture de Vinča est d'une teinte lustrée noire (rappelant les céramiques de l'Anatolie de Can Hasan et du chalcolithique en Grèce). Les céramiques montrent des fonds plats, avec pieds ou sur trépied. Le décor est incisé. Les formes rassemblent des chevrons, des damiers, des spirales, des méandres, des cannelures des zigzags. De la couleur est parfois ajoutée à la pâte[3] Les os de bovins sont utilisés pour la fabrication de spatules et d´idoles. Des figurines en argile représentent le plus souvent des femmes debout avec de grands yeux exorbités et un visage triangulaire. Cette forme de visage se retrouve aussi sur les figurines représentant des animaux. Au Vinca récent, on trouve aussi des femmes assises.

La plus vieille écriture du monde ?[modifier | modifier le code]

On attribue à la culture de Vinca ce qui pourrait être la plus ancienne écriture du monde. Ainsi, des tablettes gravées de symboles datant de 5300 ans avant l'ère chrétienne, ont-elles été retrouvées à Tartaria, de même qu'à Gradeshnitsa et à Dispilio.

Durant l'année 2005, un chercheur américain du nom de Toby Griffen déclara avoir déchiffré, sur des tessons vieux de 7000 ans, retrouvés à Jela, près de Belgrade, la plus ancienne écriture connue, parfois baptisée "écriture de Vinca" [4]. "La déesse-ourse et la déesse-oiseau sont bien la déesse-ourse". C'est ce que signifierait cette phrase. Elle a été inscrite sur deux fusaïoles en terre cuite. Plusieurs dizaines de symboles ont par ailleurs été répertoriés [5].

De fait, si ces symboles s'avéraient former un système d'écriture, cela ferait de "l'écriture" de Vinca la plus ancienne, et de loin, des écritures connues. Jusqu'ici, l'on tient les tablettes cunéiformes, exhumées à Uruk, et les hiéroglyphes égyptiens, datant respectivement de 3300 ans et 3200 ans avant l'ère chrétienne, comme les premiers témoignages certains de l'usage d'une écriture.

Controverses[modifier | modifier le code]

L'interprétation par Griffen de ses découvertes s'inscrit dans la continuité d'une hypothétique "civilisation de l'ancienne Europe" dont l'archéologue Marija Gimbutas (1921-1994) était l'avocate [6]. Cette dernière a, la première, parlé d'une "écriture de l'ancienne Europe" à propos de ces signes, interprétation qui reste contestée par nombre de spécialistes, certains chercheurs doutant que les signes découverts puissent receler des phrases sensées [7]. Jusqu'à aujourd'hui les interprétations de M. Gimbutas sur "l'écriture de Vinca" (il faudrait plutôt parler d'idéogrammes) continuent de susciter un profond scepticisme dans le milieu universitaire [8].

Toby Griffen, le découvreur[modifier | modifier le code]

Toby Griffen enseigna les langues et la littérature étrangères à la Southern Illinois University d'Edwardsville, près de Saint-Louis. Il devint ensuite président de l'Association linguistique du Canada et des Etats-Unis. Et c'est donc lui qui aurait été le découvreur de la clé de "l'écriture de Vinca". Pour ce faire, il rassembla des fragments provenant d'une grande quantité de pièces sur lesquelles étaient gravés des symboles. Il s'agissait, pour l'essentiel, d'outils (fusaïoles) et de figurines en terre cuite (ours, oiseaux ou humains portant des masques d'ours ou d'oiseaux). Partant du principe que les symboles figurant sur ces objets devaient avoir une signification religieuse, M. Griffen a découvert une séquence de mots : ours-déesse-oiseau-déesse-ours-déesse dont il tira la phrase "la déesse-ourse et la déesse-oiseau sont bien la déesse-ourse" ou "sont bien la déesse-ourse, une seule déesse". Cette phrase, si l'on en croit Griffen, serait à rapprocher de certains mythes tels que celui de la déesse grecque Artémis, déesse-chasseresse dont le mythe remonterait à de plus anciennes divinités liées à l'ours et à l'oiseau. Et le linguiste américain de souligner que le suffixe "ar(k)t"- est à mettre en rapport avec l'ours : "arktos" (=ours, en grec), "arctique" (parce qu'en rapport avec la constellation de la Petite Ourse, où se situe l'étoile polaire), "Artio" (déesse-ourse gauloise), "Arthur" (symbole de la 2e fonction indo-européenne aristocratique et guerrière dont l'ours est l'emblème). [9].

Une "culture sœur" en Allemagne ?[modifier | modifier le code]

À l'époque où était découverte l'écriture de Vinca, des vestiges de la plus ancienne civilisation européenne connue étaient mis au jour par des archéologues sur une zone de plus de 600 km de long, couvrant l'est de l'Allemagne, la Tchéquie, la Slovaquie et l'Autriche. C'est ce que révéla, en juin 2005, le quotidien britannique The Independent. Les traces de plus de 150 temples, édifiés, entre 4800 et 4600 avant l'ère chrétienne, ont ainsi été découvertes. Ces constructions de grande taille furent donc érigées 2000 ans avant les pyramides d'Égypte et le site mégalithique de Stonehenge (Angleterre méridionale). Ces temples faits de bois et de terre ont, de toute évidence, été bâtis par un peuple profondément religieux descendant de populations nomades du Danube. L'économie de cette civilisation semble avoir reposé sur l'élevage d'animaux tels que le porc et le mouton. L'une des plus remarquables découvertes fut réalisée sous la ville de Dresde, où les archéologues ont mis au jour les vestiges d'un temple de 150 mètres de diamètre, entouré de quatre fossés, trois remblais de terre et deux palissades. On a également retrouvé des pierres, des outils en bois, de même que des figurines représentant des personnages et des animaux. Ces recherches ont permis de déterminer à quel degré de grandeur et de sophistication étaient parvenues ces premières véritables sociétés agricoles d'Europe, comme le déclara Harald Staëble, chargé du département du patrimoine du gouvernement du Land de Basse-Saxe. En outre, des vestiges d'un village ont été trouvés dans les alentours de Leipzig. Celui-ci abritait vraisemblablement 300 habitants vivant dans une vingtaine de grandes habitations, regroupées autour d'un temple, l'édification de ce dernier ayant été rendu possible, semble-t-il, par la concentration et la consolidation des techniques agricoles. Les temples de cette civilisation disparurent cependant après une période de deux ou trois siècles, et il faudra attendre 3000 ans, soit à l'âge du bronze-moyen, pour voir de telles constructions réapparaître. La raison de cette longue absence des temples monumentaux demeure mystérieuse [10]. Le fait que cette civilisation soit, tout comme la culture de Vinca, vieille de 7000 ans, sa proximité géographique avec l'ère de répartition de la culture de Vinca, le fait que la découverte de cette civilisation et de l'écriture de Vinca aient été réalisées en 2005, tout cela rend évidemment tentant l'établissement d'un rapprochement entre les deux découvertes archéologiques, mais rien, disons-le, ne permet d'établir, jusqu'à preuve du contraire, une relation quelconque entre la civilisation européenne découverte en Allemagne et la culture de Vinca. Il nous a cependant paru intéressant d'évoquer dans un même article ces deux cultures, contemporaines l'une de l'autre et si proches géographiquement.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Notice sur la culture de Vinča (site gouvernemental français)
  2. certains outils en cuivre; watch?v=9VL9_eIuCeo ou de l'aide 10.2298/JMMB0902165A
  3. a, b et c Otte, Marcel, La protohistoire, 2e éd, Bruxelles, De Boeck, 2008
  4. Ecriture : les Balkans avant la Mésopotamie, "Neue Zürcher Zeitung", Zurich, Andres Wysling, in "Courrier international n°775", 8-14/09/05, p. 52
  5. http://www.omniglot.com/writing/vinca.htm
  6. Gimbutas, Marija (1974). The Goddesses and Gods of Old Europe: 6500 to 3500 BCE: Myths and Cult Images (2nd ed.). Berkeley: University of California Press. p. 17
  7. (en) Winn, Shan M (1981). Pre-writing in Southeastern Europe: The Sign System of the Vinča Culture ca. 4000 BCE. Calgary: Western Publishers. p. 15.
  8. https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Vinča_symbols
  9. Ecriture : les Balkans avant la Mésopotamie, "Neue Zürcher Zeitung", Zurich, Andres Wysling, in "Courrier international" n°775, 8-14/09/2005, p. 52
  10. "Des vestiges d'une très ancienne civilisation européenne auraient été découverts", lemonde.fr, 11/06/2005 ; "Archéologie : Vestiges de la plus ancienne civilisation européenne", DH.be, 12/06/2005 ; "Découverte de vestiges de la plus ancienne civilisation européenne", Métro, 13/06/2005, d'après le journal britannique The Independent

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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