Grigore Antipa

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Grigore Antipa (né le 27 novembre 1867, à Botoșani, en Moldavie, mort le 9 mars 1944, à Bucarest) fut un naturaliste roumain, spécialisé en écologie, en zoologie et en océanographie. Il était membre de l'Académie roumaine. Le Muséum de Bucarest porte son nom.

Grigore Antipa en 1927

Débuts[modifier | modifier le code]

Il fit ses études universitaires à Iéna, en Allemagne, auprès de l'un des créateurs de l'écologie : Ernst Haeckel (1834-1919). Il commença ses recherches en France (stations de biologie marine de Roscoff, de Banyuls-sur-Mer et de Villefranche-sur-Mer) et en Italie, à Capri, où il fit des découvertes pharmacologiquement importantes sur le thymus des poissons et décrit une méduse fixée, la Capria sturdzii.

Rentré en Roumanie, il convainquit le roi Carol Ier de l'importance d'avoir une connaissance scientifique sérieuse du Danube et de la Mer Noire, au point que le souverain lui prêta le navire-amiral de la flotte de guerre, le croiseur Elisabeta, pour une expédition océanographique de 9 mois durant l'année 1893 tout autour de la Mer Noire. La moisson de données alors collectées sert encore de nos jours de base aux océanographes travaillant sur cette mer. À cette occasion Grigore Antipa initia une collaboration avec les scientifiques russes, bulgares et turcs, avec lesquels il partagea les résultats de ses recherches.

Réalisations[modifier | modifier le code]

Diorama d'Antipa représentant les phoques moines à ventre blanc (Monachus monachus albiventer) du cap Kaliakra, sous-espèce de la Mer Noire aujourd'hui disparue.

Mais Antipa est surtout connu comme un précurseur de la géonomie, science de la gestion de la Terre découlant directement des connaissances en écologie. En français, c'est le géographe Albert Demangeon qui popularisa dans ses cours et ouvrages le terme géonomie, au cours des années 1930, mais pas au point qu'il entre dans les dictionnaires. En 1898, Antipa proposa au roi Carol Ier d'appliquer concrètement les principes de la géonomie au bassin du bas-Danube et aux côtes roumaines de la Mer Noire. Il créa alors un réseau de pêcheries coopératives, discuta avec les pêcheurs, et, en tenant compte à la fois de leurs usages et pratiques, et des connaissances scientifiques récemment acquises, il mit au point un plan de gestion des milieux et des populations de poissons, qui sans contrarier la nature (les courants, les cycles biologiques, la vie des animaux) doubla en dix ans la production halieutique tant dans les eaux danubiennes, qu'en Mer Noire. Entre autres, il fit de la Roumanie le second producteur de caviar au monde après la Russie et devant l'Iran.

En 1892 il fonda le Muséum d'Histoire Naturelle de Bucarest (qui porte aujourd'hui son nom), en 1919 il est parmi les membres fondateurs de la CIESM à Madrid et en 1932 il fonda l'Institut Océanographique de Constanța, avec ses deux stations de biologie marine et les deux réserves naturelles littorales correspondantes d'Agigea et du cap Kaliakra (la première est aujourd'hui loin de la mer et sa réserve a été détruite par les travaux portuaires de Ceaușescu, la seconde est aujourd'hui en ruines, mais sa réserve existe encore, en Bulgarie à présent). Après sa mort, sous le régime communiste, l'Institut océanographique de Constanța a été transformé en 1949 en Station de recherches maritimes et piscicoles, beaucoup plus technique, puis en 1970 en Institut roumain de recherches marines, sous autorité militaire.

À partir de 1965, le régime communiste, qui véhiculait l'idéologie de la lutte de l'Homme contre la nature, a abandonné les plans d'Antipa et s'est attelé à de grands travaux d'endiguement des eaux, d'asséchement des zones humides, d'enrochements de la côte et d'urbanisation. Cette politique a mené à l'accélération des courants dans les canaux principaux, à l'eutrophisation des zones humides, à la disparition de nombreux milieux et des frayères des poissons, et en fin de compte à un effondrement de la productivité biologique naturelle, partiellement compensé aujourd'hui par une pisciculture intensive.

Bien qu'une partie de son œuvre ait été détruite par le totalitarisme, Grigore Antipa reste une référence internationale en écologie appliquée, en méthodologie des études d'impact, en géonomie, et aussi en muséologie, car il fut parmi les premiers à utiliser dans un Muséum des dioramas (certains animés) présentant chaque milieu naturel avec sa flore et faune, et des jeux interactifs pour les écoliers (coloriages, puzzles, devinettes...). Il écrivit de nombreux ouvrages scientifiques et de vulgarisation, réalisa des documentaires animaliers ou ethnographiques (notamment sur les pêcheurs Lipovènes), et posa les bases des politiques de préservation des espèces en danger (réserve de protection intégrale des sites de reproduction des derniers Phoques-moines Monachus monachus albiventer endémiques de la Mer noire, malheureusement massacrés pendant la seconde guerre mondiale par les habitants affamés).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]