Dobroudja

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Dobroudja

1346 – 1404

Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

La Dobroudja bulgare (en jaune) et la Dobrogea roumaine (orange)

Démographie
Population Roumains, Bulgares, Grecs, Turcs, Tatars, Lipovènes
Histoire et événements
1346 fondation en tant qu'entité unique
1404 disparition en tant qu'entité unique
Souverains
vers 1325 Balko (Balica)
Dobrotitch
après 1386 Mircea

Entités précédentes :

La Dobroudja (Добруджа en bulgare, Dobrogea en roumain et Dobrogée sur les cartes -Tartares de Dobrogée-[1] et dans les documents français anciens[2]) est une région historique partagée entre l’est de la Roumanie et le nord-est de la Bulgarie, entre le bas-Danube et la mer Noire. La Dobrogée comprend quatre divisions administratives : en Bulgarie (où cette région est considérée comme le « grenier à blé » du pays) les oblasts de Dobritch et de Silistra, en Roumanie les județe de Constanza et de Tulcea (avec le delta du Danube).

Autrefois appelée Scythie mineure, la Dobrogée est actuellement une région agricole et touristique, dont les principales villes sont les ports de Constanța (350 000 habitants) et Tulcea (95 000 habitants) en Roumanie, et les villes de Silistra, Dobritch et Baltchik en Bulgarie. Sa superficie est de 23 100 km2 et sa population d’environ 1,3 million d’habitants dont 1 million dans la Dobrogea roumaine et 360 000 dans la Dobroudja bulgare.

Population[modifier | modifier le code]

Groupes ethniques Dobrogée entière Dobrogea roumaine[3] Dobroudja bulgare[4]
Nombre Proportion Nombre Proportion Nombre Proportion
Total 1 328 860 100,00 % 971 643 100,00 % 357 217 100,00 %
Roumains et Aroumains 884 745 66,58 % 883 620 90,94 % 5911 0,17 %1
Bulgares et Gagaouzes 248 517 18,70 % 135 0,01 % 248 382 69,53 %
Turcs 104 572 7,87 % 27 580 2,84 % 76 992 21,55 %
Tatars 23 409 1,76 % 23 409 2,41 % 4 515 1,26 %
Roms (Tsiganes) 33 422 2,52 % 8 295 0,85 % 25 127 7,03 %
Russes et Lipovènes 22 495 1,69 % 21 623 2,23 % 872 0,24 %
Ukrainiens 1 571 0,12 % 1 465 0,15 % 106 0,03 %
Grecs 2 326 0,18 % 2 270 0,23 % 56 0,02 %
1 Y compris les personnes comptées comme Valaques au recensement bulgare de 2001

Agriculture[modifier | modifier le code]

La Dobrogée

La Dobrogea roumaine (au nord), dont les sols sont loessiques, est une terre de pâturage ovin (moutons Merinos), de vergers et de vignes (vins de Murfatlar). La plaine de la Dobroudja bulgare (sud) est plantée de vastes parcelles de céréales, de plusieurs centaines d’hectares chacune et ayant la particularité d’être séparées par des haies de 10 à 20 mètres de large qui ont été plantées à la fin de l’époque communiste pour lutter contre l’érosion des sols. En dépit d’une agriculture de plus en plus intensive, dont les nitrates contaminent les eaux superficielles, ces haies ont une fonction importante d’accueil et de refuge pour la faune utile à l’agriculture. En outre, il existe encore des forêts de chênes verts (Quercus ilex) résiduelles, tant en Roumanie qu’en Bulgarie.

Environnement[modifier | modifier le code]

La Dobrogée est riche sur le plan faunique malgré les catastrophes environnementales de l’époque communiste (régime qui promouvait « la lutte de l’Homme contre la Nature »). La région la plus riche est au nord : c’est le delta du Danube, qui abrite encore de nombreux oiseaux aquatiques (dont des pélicans et en hivernage environ 90 % de la population mondiale de la bernache à cou roux, espèce menacée) et une faune ichtyologique en diminution depuis la privatisation des droits de pêche, tandis qu’une urbanisation de loisirs effrénée, avec tout ce que cela implique comme nuisances, menace l’ensemble des milieux. La réserve naturelle de la Biosphère du delta du Danube, aux moyens réduits, fait ce qu’elle peut pour limiter les dégâts. La situation géopolitique aux frontières orientales de l’Union européenne empêche les deux directeurs de la réserve, l’un roumain et l’autre ukrainien, de collaborer autant qu’il le faudrait, car le point de passage frontalier autorisé le plus proche est à 250 kilomètres vers l’ouest, hors de la Dobrogée et du delta du Danube.

Dans la partie bulgare, les forêts de chênes verts et les haies coupe-vent ont été mieux préservées que dans la partie roumaine, souvent devenue steppique, parfois même semi-désertique à cause de la déforestation. On trouve dans ces haies et ces forêts la buse féroce (Buteo rufinus), la buse pattue (Buteo lagopus) et le faucon émerillon (Falco columbarius) qui contribuent à réguler les micromammifères friands de céréales. La Grande Outarde (Otis tarda) fréquente aussi la Dobrogée. Mais si en Roumanie l’intégralité des zones Natura 2000 proposées par les scientifiques ont été validées par les autorités, en Bulgarie par contre seule la moitié a été validée par le ministère de l’Environnement, qui, de plus, a réduit de moitié la surface proposée pour la réserve naturelle du Cap Kaliakra

La Dobrogée a connu la grippe aviaire en 2005.

C’est en Dobrogée, à la frontière roumano-bulgare mais côté roumain, que se trouve la grotte de Movile, totalement isolée du monde extérieur depuis un demi-million d’années et abritant une faune endémique unique au monde, adaptée au manque de lumière et d’oxygène, et dont la survie est fondée sur la prolifération de bactéries se nourrissant des matières en suspension dans l’eau.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le couple de « penseurs » de Hamangia

La Dobrogée est habitée depuis le paléolithique, et les cultures néolithique de Hamangia en Dobrogea roumaine, et chalcolithique de Varna-Durankulak en Dobroudja bulgare (IVe millénaire avant J.-C.), sont mondialement connues pour leurs sculptures, leurs constructions déjà en pierre et leurs tombes riches en or.

La région est peuplée dans l’Antiquité par les tribus Daces ou Gètes faisant partie de l’ensemble thrace. La population locale, progressivement hellénisée, fait du commerce avec les colonies grecques de la mer Noire (Callatis, Histria, Tomis) jusqu’à la conquête romaine (Rome va contrôler la Mésie pendant sept siècles, relayée par l’empire de Byzance), puis subit les invasions des peuples migrateurs slaves et turcophones (Huns, Avars, Bulgares, Ouzes, Petchénègues, Coumans dits Polovtses, Tatars dits Tartares, Ottomans).

La Dobrogée est intégrée au Premier État bulgare de 681 à 971, redevient romaine (byzantine) de 971 à 1186, puis fait partie du deuxième royaume bulgare, alors appelé Regnum Bulgarorum et Valachorum, fondé sur le bas-Danube par la dynastie bulgare Assen, de Tarnovо (la capitale du Deuxième État bulgare). En 1205, le pape Innocent III dans une correspondance avec le roi Caloian (Kalojan, roi des bulgares) (1197-1207) le qualifie de rex Bulgarorum et Blachorum (roi des Bulgares et des Valaques) tant ces deux ethnies, ainsi que celle des Coumans, étaient alors mélangées dans le bassin du Bas-Danube.

En 1325 la Dobrogée est mentionnée pour la première fois comme despotat semi-indépendant, ayant comme prince Balică ou Balko de Dobritch, avec la capitale à Kaliakra près de Karvouna (aujourd’hui Kavarna). En 1346, ses fils, Dobrotitch et Théodore, s’impliquent dans les rivalités dynastiques de l’Empire byzantin comme alliés de l’impératrice Anne de Savoie. En rétorsion à cela, en 1347, l’empereur Jean V Paléologue envoie l’un de ses vassaux, l’émir turc Bahoud d’Umur, en expédition navale contre la Dobrogée. Balică et Théodore perdent la vie dans le naufrage de leur nef amirale et Dobrotitch resté à terre devient le nouveau despote.

Le despotat de Dobrogée en 1370

Peuplé (selon les chroniques génoises) de Bulgares, de Valaques (Roumains), de « Romées » (Grecs), de Juifs yévaniques (« Romaniotes ») et d’Arméniens (« Hermins »), ce despotat s’étend sur le bas-Danube depuis les bouches du fleuve au cap Haeminos (Emina) au sud de Varna. Les langues les plus parlées y sont le bulgare, le grec et le valaque. Les portulans génois le décrivent tantôt comme un despotat grec (terra graecorum ), tantôt comme une « petite Valachie » (Velacia minor), tantôt comme une « troisième Bulgarie » (Bulgaria tertia, les deux autres Bulgaries étant les Tzarats de Vidin et de Tarnovo). Il s’ouvre aux marchands génois qui en assurent la prospérité, lui fournissent nefs et armes, et installent les comptoirs de San-Giorgio (Giurgiu, Djurdjevo), Dorostolo (Silistra), Barilla (Brăila, Ibrahil), Caladda (Galați), Licovrissi (Oblucița, Izmail), Licostomo (Periprava près de Chilia Veche), Constanza (Constanța, Kustendje), Carvouna (Kavarna), Danissa (Baltchik) et Odessa (aujourd’hui Varna ; le nom moderne d’Odessa, en Ukraine, vient bien de là, mais l’Odessa moderne n’a été fondée qu’au XVIIIe siècle).

Entre 1352-1359, la puissance des Tatars de la Horde d'or déclinant, un second despotat apparaît autour des bouches du Danube, gouverné par le prince Demetrios, qui se met sous la protection de la Valachie : dès lors celle-ci étend sa domination sur le Bas-Danube (Galați, actuel Boudjak, Chilia).

En 1357, Dobrotitch perd Messembria (aujourd’hui Nesebăr) et Anhialos (aujourd’hui Pomorje) au profit de l’empereur Jean V Paléologue, mais en 1359, il prend à Demetrios les cités de Vicina et de Chilia dont il expulse les Génois qui ne gardent que le port de Licostomo. Hyacinthe, archevêque de Vicina, passe en Valachie dont il devient le premier métropolite. En 1366, Jean V Paléologue se rend à Budapest et à Rome, pour chercher des financements pour sa campagne contre la Dobrogée et contre les Turcs ottomans qui ont pris pied en Europe depuis 1354 : il les obtient et assiège Kaliakra, mais est capturé par les assiégés. Dobrotitch apparaît alors comme un allié des Ottomans. Amédée VI de Savoie mène aussitôt campagne contre la Dobrogée avec le soutien gênois. Dobrotitch négocie, libère l’empereur byzantin, et en fait son beau-père en mariant sa fille à Michel Paléologue.

En 1369, Dobrotitch s’allie à Vladislav I de Valachie pour restaurer le trône du tzar bulgare Ivan Stracimir de Vidin. En 1379, une guerre commerciale oppose devant Constantinople les Gênois à une flotte valaque, bulgare et dobrogéenne : l’affaire se conclut par un compromis.

Dobrotitch meurt en 1386 et lègue son trône à son fils Ivanko ou Iancou, alors que les Ottomans ont déjà commencé la conquête des Balkans et l’encerclement de Constantinople. Ivanko fait la paix avec le sultan ottoman Mourad I et signe aussi un traité avec Gênes. Mais en 1388 le grand vizir ottoman Çandarli Ali Pacha attaque à nouveau et Ivanko est tué au combat : la Bulgarie tombe sous la domination turque pour près de cinq siècles, tandis que la Dobrogée passe sous souveraineté valaque pour quelques décennies.

La population de la Dobrogée en 1850
Les langues parlées en Dobrogée en 1903.

Mais la Valachie à son tour doit plier devant les sultans ottomans qui occuperont la Dobrogée entre 1421 et 1878 en y colonisant de nombreux tatars et turcs musulmans. La Dobrogée est intégrée dans l’Özi Eyaleti, province turque gouvernée par les pachas de Silistra, tandis que ses habitants chrétiens relèvent de l'exarchat du Proïlavon qui a pour siège Brăila et inclut les territoires ottomans à majorité chrétienne entre Varna et l’estuaire du Dniestr.

Les partages successifs de la Dobrogée.

Lors de la guerre russo-turque de 1877-1878, la Dobrogée est revendiquée tant par la Roumanie que par la Bulgarie nouvellement indépendantes de l’Empire ottoman. Les deux pays sont d’accord sur le principe d’un partage, mais Roumains et Bulgares sont mélangés (aux Turcs et aux Tatars) dans toute la Dobrogée : où placer la frontière ? Les Roumains étant plus nombreux au nord et les Bulgares au sud, une commission austro-allemande attribue à la Roumanie les deux tiers nord et à la Bulgarie le tiers sud. La frontière part de la sortie est de la ville de Silistra et aboutit entre les deux hameaux de pêcheurs grecs et turcs d’Ophidaki (Yilanlik en turc, Vama-Veche aujourd’hui) et de Limanaki (Durankulak en turc -nom actuel, et Mlaștina en roumain) sur la Mer Noire.

En 1913 la Roumanie profite des difficultés de la Bulgarie lors de la Deuxième Guerre balkanique, pour lui arracher la Dobroudja du Sud : la Dobrogée devient dès lors une pomme de discorde entre les deux pays. La Bulgarie prend sa revanche aux côtés des Allemands pendant la Première Guerre mondiale, en occupant elle aussi toute la Dobrogée. La paix de 1918 la redonna entièrement à la Roumanie, mais un arbitrage de Hitler, en 1940, remit en vigueur le partage initial de 1878 (traité de Craiova sur fond de traité entre le Troisième Reich et l’Union soviétique (pacte germano-soviétique). La frontière de 1878 et de 1940 est aujourd’hui pleinement reconnue par le Roumanie et la Bulgarie. Les deux États étant membres de l’Union européenne depuis 2007, la frontière est de toute manière devenue désormais perméable.

Culture[modifier | modifier le code]

Exemples d'architecture dobrogéenne

La Dobrogée a une identité culturelle propre[5]. Par exemple, dans la tradition balkanique populaire des Martenitsi (bulgare : мартеници), Màrtis (grec : Μάρτης) ou Mărțișoare (en roumain), en Dobrogée et seulement là, à l’arrivée des cigognes en Mars, les martenitsi/martisoare étaient jetés vers le ciel pour que « la chance de l'année soit grande et ailée ». Du point de vue architectural, même si les réalisations modernes de style fonctionnel et international se substituent aujourd'hui aux traditions locales, les constructions dobrogéennes avaient un style propre encore présent dans les quartiers anciens de Tulcea, Constanța ou Kavarna. Si les habits traditionnels variaient selon les ethnies présentes, en revanche cuisine et musique puisaient à des sources communes, incluant des ingrédients "exotiques" apportés par les marins, comme les amandes, les figues, les olives, les câpres. Parmi les des spécificités locales, les aubergines, les poivrons et le poisson jouent un rôle essentiel (on y prépare notamment la tchorba dobrogéenne d'alose pontique ou le filet mariné d'esturgeon) et, parmi les pâtisseries et les vins les feuilletés dobrogéens (Добруджанска Плацинда en bulgare, Plăcintă dobrogeană en roumain) ou le vin blanc de Murfatlar. En Dobrogée, où l'influence turque se fait sentir, on prépare aussi l'agneau cuit au lait ou à la broche, le baklava et le halva. Voir aussi la catégorie : Cuisine bulgare, viticulture en Bulgarie, cuisine roumaine et viticulture en Roumanie.

La Dobrogée a, comme d'autres régions côtières, attiré les artistes, et des peintres comme Ivan Aïvazovski, Francisc Șirato ou Nicolae Tonitza y ont fréquemment séjourné et représenté ses paysages[6].


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Camille Allard : Entre Mer Noire et Danube, Dobroudja 1855, éd. "Non Lieu" 2013, ISBN 978-2-35270-135-4.
  • Grigore Dănescu, Dobrogea (La Dobroudja). Étude de Géographie physique et ethnographique, Bucarest, Imprimerie de l'Indépendance,,‎ 1903 (lien OCLC?).
  • Ion Barnea et Ștefănescu, Ștefan, Byzantins, roumains et bulgares sur le Bas-Danube, București, Editura Academiei Române,‎ 1971 (lien OCLC?).
  • Sallanz, Josef (ed.) (2005): Die Dobrudscha. Ethnische Minderheiten, Kulturlandschaft, Transformation; Ergebnisse eines Geländekurses des Instituts für Geographie der Universität Potsdam im Südosten Rumäniens. (= Praxis Kultur- und Sozialgeographie; 35). 2., durchgesehene Auflage. Potsdam. Universitätsverlag Potsdam, ISBN 3-937786-76-7.
  • Sallanz, Josef (2007): Bedeutungswandel von Ethnizität unter dem Einfluss von Globalisierung. Die rumänische Dobrudscha als Beispiel. (= Potsdamer Geographische Forschungen; 26). (en résumé français) Potsdam. Universitätsverlag Potsdam, ISBN 3-939469-81-5.
  • Adrian Rădulescu et Bitoleanu, Ion, Histoire de la Dobrogée, Constanța, Editura Ex Ponto,‎ 1998, 2e éd. (ISBN 9789739385329, lien LCCN?).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Muzeul național al hărților și cărții vechi / Musée national des cartes et livres anciens, Bucarest.
  2. Guillaume de Rubriquis, 1253 ou François de Fourquevoils, 1585.
  3. D’après le recensement roumain de 2002 pour les départements de Constanța et Tulcea, dans « Structura Etno-demografică a României », Centrul de Resurse pentru Diversitate Etnoculturală (consulté le 2 mai 2007).
  4. D’après le recensement bulgare de 2001 pour les oblasts de Dobrich et Silistra, dans (bg) « Население към 01.03.2001 г. по области и етническа група », Националния статистически институт (consulté le 2 mai 2007).
  5. Aurelia Lăpușan, Le chemin du pain dans l'histoire de la Dobrogée, ed. Dobrogea, Constanța 2001, ISBN 973-8044-17-0.
  6. Doina Păuleanu, Pictori români la Balcic (Peintres roumains en Dobrogée bulgare), ed. Monitorul Oficial, 2012, ISBN 978-973-567-788-6.