Cistude

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Emys orbicularis est une espèce de tortues de la famille des Emydidae[1]. En français elle est appelée Cistude, Cistude d'Europe, Tortue des marais ou Tortue de Brenne.

C'est une petite tortue d'eau douce dite palustre carnivore d'Europe et fortement menacée de disparition.

Distribution[modifier | modifier le code]

Emys orbicularis

Cette espèce se rencontre en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient[1].

La tortue bourbeuse est répandue dans presque toute l'Europe, sauf dans les régions centrales et dans le nord. Elle est en forte régression dans le sud de la France[2].

Habitat[modifier | modifier le code]

La cistude passe la plupart du temps dans des lieux boueux (ce qui lui vaut parfois le surnom de tortue boueuse). Elle vit donc dans les étangs, marais, canaux et lacs.

Elle vit dans les canaux, les tourbières, les bras de rivière, les étangs, les eaux saumâtres et dans tous les autres milieux aquatiques où elle trouve des végétaux. Elle a besoin d'un sol meuble ou sableux et de zones ensoleillées pour déposer ses œufs.

Description[modifier | modifier le code]

Cistude dans la vase
Cistude d'Europe
Jeune cistude

C'est une tortue de petite taille, en moyenne 14 cm, au maximum 20 cm, avec une carapace plate et légèrement bombée, rappelant la forme d'un galet. Cette carapace est lisse brun foncé noirâtre avec des rayures et des taches jaunes. Le plastron est brun avec un dessus jaunâtre. La peau est constellée de points jaunes. La queue est assez longue, même pour les femelles, et plus encore chez les jeunes.

Les jeunes individus et les femelles ont les yeux jaunes tandis que les mâles ont les yeux rouges. Les mâles ont aussi une carapace plus plate que les femelles et sont généralement plus petits. Les femelles sont plus grandes que les mâles, ces derniers ayant une queue presque aussi longue que leur carapace. (Sources : Livre "Sur les traces des animaux")

Signes distinctifs[modifier | modifier le code]

On peut percevoir les traces de la tortue Bourbeuse par des œufs éventrés par des corbeaux, belettes, ou rats, ou des œufs éclos.

Liste des sous-espèces[modifier | modifier le code]

Selon TFTSG (8 janvier 2012)[3] :

En France, on rencontre E. o. orbicularis, ainsi que E. o. galloitalica et E. o. occidentalis[4]. Les sous-espèces peuvent s'hybrider[5].

Synonymes[modifier | modifier le code]

Au fil du temps, la Cistude a été décrite sous de très diverses dénominations scientifiques, parmi lesquelles on trouve notamment les suivantes :

  • Testudo lutaria Linnaeus, 1758
  • Testudo europaea Schneider, 1783
  • Testudo pulchella Schoepff, 1801
  • Emys turfa Meyer, 1835
  • Emys lutaria borealis Nilsson, 1841
  • Cistudo anhaltina Giebel, 1866
  • Emys lutaria taurica Mehnert, 1890
  • Emys europaea sparsa Dürigen, 1897
  • Emys europaea concolor Dürigen, 1897
  • Emys europaea punctata Dürigen, 1897
  • Emys orbicularis aralensis Nikolsky, 1915
  • Emys orbicularis luteofusca Fritz, 1989
  • Emys orbicularis colchica Fritz, 1994
  • Emys orbicularis hispanica Fritz, Keller & Budde, 1996
  • Emys orbicularis capolongoi Fritz, 1995
  • Emys orbicularis lanzai Fritz, 1995
  • Cistuda hellenica Valenciennes in Bibron & Bory de Saint-Vicent, 1832
  • Emys antiquorum Valenciennes in Bory de Saint-Vincent, 1833
  • Emys orbicularis atra Werner, 1897
  • Emys europaea maculosa Dürigen, 1897
  • Emys europaea persica Eichwald, 1831
  • Emys europaea iberica Eichwald, 1831
  • Emys orbicularis orientalis Fritz, 1994
  • Emys orbicularis kurae Fritz, 1994

Mode de vie[modifier | modifier le code]

Cistude se chauffant au soleil

Cette petite tortue est essentiellement diurne. Plutôt méfiante et craintive, la tortue Bourbeuse est surtout active aux heures les plus chaudes dans la journée. Elle passe une grande partie de son temps posée sur des troncs émergés ou à flotter à la surface de l'eau, toujours prête à s'enfuir à la moindre alerte.

À l'automne, la cistude s'enfouit dans la vase qui la protège du gel, pour redevenir active au printemps.

La cistude est un animal très discret, elle est très farouche et plonge au moindre bruit, ce qui la rend très difficile à repérer. Mais avec patience on peut parfois la repérer se chauffant au soleil sur un rocher au milieu d'un ruisseau. Elle fait cela par groupes de dizaines d'individus, surtout en milieu de matinée. En plus son aspect grisâtre et terne, et sa carapace arrondie lui permet de se confondre avec des galets au fond des ruisseaux.

Longévité[modifier | modifier le code]

Elle bénéficie d'une vie assez longue : de 60 à 70 ans environ (Jusqu'à 100 ans en captivité)[6].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Jeune cistude âgée de 3 mois
Cistude femelle en train de pondre

À partir de mai-juin, commence la saison des amours chez la cistude. On remarque un mâle en rut, par des yeux plus rouges qu'à l'ordinaire, et par une certaine agressivité surtout envers les femelles. L'accouplement des cistudes se déroule généralement sous l'eau et se passe normalement assez rapidement. Le mâle mord la nuque et les pattes de la femelle pour l'empêcher de tendre le cou et la maintient fermement sous l'eau, en l'empêchant de respirer et d'avancer. Il arrive même parfois que la femelle se noie durant cette opération. C'est donc épuisée, à demi asphyxiée et parfois cruellement blessée, qu'elle accepte de se rendre. Quelques semaines plus tard, c'est-à-dire dans une période comprise entre mi-mai et début juillet, la femelle pond ses œufs dans un lieu sec et généralement éloigné de l'eau (jusqu'à 800m de la rive). Ces œufs sont blancs et très fermes et de forme elliptique, et sont à un nombre compris de 3 à 16 mais normalement compris dans les 5-6. Ils pèsent de six à huit grammes dans un trou de six à douze centimètres de profondeur qu'elle creuse dans la terre meuble avec ses membres postérieurs.

L'éclosion se produit trois mois environ après la ponte : les nouveau-nés pèsent cinq à six grammes et meurent souvent dans le nid en frayant leur chemin vers l'air libre où ils sont chassés par nombre de prédateurs : putois, hérons ou corbeaux. Après trois mois environ, généralement en août et en septembre, les petites tortues sortent du nid. Elles ne sont pas encore aptes à se reproduire et ne sont adultes qu'au bout de 10 à 12 ans. À cause de la taille du mâle qui est plus petit que la femelle, le dimorphisme sexuel est caractérisé par l'extrémité du plastron qui est légèrement incurvée chez le mâle. (Sources : Livre "Sur les traces des animaux")

Adulte, la cistude n'a plus guère d'ennemis que les installations humaines et d'autres espèces de Emydidae telle que Trachemys scripta elegans, devenue invasive et sujette à transmettre ses propres parasites.

Alimentation[modifier | modifier le code]

La cistude est principalement carnivore, bien qu'avec l'âge elle se nourrisse de plus en plus de végétaux. Elle se nourrit d'insectes, d'alevins (jeunes poissons), de têtards ou même elle pousse jusqu'à la nécrophagie en mangeant de petits animaux morts.

La tortue Bourbeuse se nourrit de poissons, de crustacés, d'amphibiens et de charognes, tout en mangeant parfois les algues et les plantes aquatiques. Il lui arrive aussi de happer des libellules au vol en se dissimilant dans la végétation.

Protection[modifier | modifier le code]

La Cistude est intégralement protégée en France, mais dans certaines aires de sa répartition ses effectifs diminuent fortement. Autrefois cette tortue était très commune en Europe, mais son déclin est dû à deux principaux facteurs:

  • Sa consommation par les populations (jusqu'au début du XIXe siècle dans le sud de la France).
  • La pollution et les activités humaines, la principale cause de la diminution des populations de cistudes: La canalisation, bétonnage et pollution des cours d'eau abîment les biotopes de la cistude et les incendies également la menacent.

La cistude pourrait souffrir aussi en France d'une concurrence sur sa niche écologique due à la tortue de Floride (Trachemys scripta elegans) et de la tortue hargneuse (Chelydra serpentina). Néanmoins, aucune étude n'a pour l'instant permis de mettre en évidence la compétition entre ces deux espèces[7].

Il n'y a qu'en Afrique du Nord qu'elle est encore abondante.

Un programme de réintroduction est en cours en Alsace, conduit par la Réserve naturelle de la petite Camargue alsacienne.

Étymologie du nom[modifier | modifier le code]

Le nom cistude vient du latin «testa», signifiant coquille, carapace.

Publications originales[modifier | modifier le code]

  • Eichwald, 1831 : Zoologia specialis, quam expositis animalibus tum vivis, tum fossilibus potissimuni rossiae in universum, et poloniae in specie, in usum lectionum publicarum in Universitate Caesarea Vilnensi. Zawadski, Vilnae, vol. 3, p. 1-404 (texte intégral).
  • Fritz, Baran, Budak & Amthauer, 1998 : Some notes on the morphology of Emys orbicularis in Anatolia, especially on E. o. luteofusca and E. o. colchica, with the description of a new subspecies from southeastern Turkey in Fritz, Joger, Podloucky & Servan, 1998 : Proceedings of the EMYS Symposium Dresden 96. Mertensiella, vol. 10, p. 103–122.
  • Fritz, 1993 : Zur innerartlichen Variabilität von Emys orbicularis (Linnaeus, 1758). 3. Zwei neue Unterarten von der Iberischen Halbinsel und aus Nordafrika, Emys orbicularis fritzjuergenobsti subsp. nov. und E. o. occidentalis subsp. nov. (Reptilia, Testudines: Emydidae). Zoologische Abhandlungen, Staatliches Museum für Tierkunde Dresden, vol. 47, no 11, p. 131–155.
  • Fritz, 1995 : Zur innerartlichen Variabilität von Emys orbicularis (Linnaeus, 1758). 5a. Taxonomie in Mittel–Westeuropa, auf Korsika, Sardinien, der Apenninen–Halbinsel und Sizilien und Unterartengrupppen von E. orbicularis (Reptilia: Testudines: Emydidae). Zoologische Abhandlungen, Staatliches Museum für Tierkunde Dresden, vol. 48, no 13, p. 185–242.
  • Jesu, Piombo, Salvidio, Lamagni, Ortale & Genta, 2004 : Un nuovo taxon di testuggine palustre endemico della Liguria occidentale: Emys orbicularis ingauna n. ssp. (Reptilia, Emydidae). Annali del Museo civico di storia naturale Giacomo Doria, vol. 96, p. 133–192 (texte intégral).
  • Linnaeus, 1758 : Systema naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, ed. 10 (texte intégral).
  • Valenciennes, 1832 : [Cistuda hellenica] in Bibron & Bory de Saint-Vincent, 1832 : Vertébrés à sang froid. Reptiles et poissons in Geoffroy Saint-Hilaire, 1833 : Expédition Scientifique de Morée, vol. 3, part. 1, p. 57-65.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Le Livre Sur les traces des animaux de P. Brichetti et A. Gariboldi

Liens externes[modifier | modifier le code]

Carapace (Dessous)
Carapace (Dessus)

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Franck Bonin, Bernard Devaux et Alain Dupré, Toutes les tortues du monde, Delachaux et Niestlé, coll. «Les Encyclopédies du Naturaliste», Paris, 1998 (ISBN 2603010247)
  • La Salamandre no 109: la cistude, revue naturaliste. Numéro consacré à la cistude d'Europe, seule tortue indigène aquatique d'Europe centrale, 1995
  • "La Hulotte no 75: la tortue d'eau douce", Avril 1998
  • La Salamandre no 139: les envahisseurs, revue naturaliste. Numéro consacré aux espèces exotiques envahisseuses comme la tortue de Floride, 2003