Décébale

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Décébale
Diurpaneus
Portrait de Décébale du début du XXe siècle, d'après les bas-reliefs de la Colonne Trajane.
Portrait de Décébale du début du XXe siècle, d'après les bas-reliefs de la Colonne Trajane.

Naissance autour de 60
probablement Sarmizégétuse
Décès 106 (à entre 40 et 50 ans)
près de Sarmizégétuse
Origine Dace
Conflits guerre des Daces
Commandement chef de la coalition des Daces, Sarmates et Cattes
Faits d'armes bataille de Tapae
siège de Sarmizégétuse
Hommages statues et noms de boulevards dans de nombreuses villes roumaines
Famille Régillien

Le couvre-chef du roi est la Căciula (bonnet) des tarabostes ou pileates (aristocrates) daces

Décébale, (en latin : Decebalus, en roumain : Decebal), auparavant Diurpaneus, est un roi dace ayant régné de 87 à 106.

Largement oubliée jusqu'à la fin du XIXe siècle, la figure de Décébale comme représentant de la civilisation dace est progressivement mise en avant à partir du règne du roi Carol I, à l'image de celle de Vercingétorix en France à la même époque. Il incarne depuis lors une figure mythique et nationale de tout premier ordre pour la Roumanie, aussi bien monarchique que communiste. Il devient, pour les protochronistes actuels tel Napoleon Săvescu, très prolifiques sur internet et influents auprès des auteurs de manuels scolaires, le « premier chef des Roumains dressés contre toute oppression étrangère ». Une tête géante de Décébale, comme celles du Mont Rushmore aux États-Unis, payée par le milliardaire protochroniste Joseph Constantin Drăgan, a été réalisée dans les Carpates, au-dessus des Portes de Fer, de 1994 à 2004.

Biographie[modifier | modifier le code]

Unification des tribus daces[modifier | modifier le code]

Après la mort du grand roi Burebista en 44 avant notre ère, la Dacie est partagée entre quatre ou cinq petits royaumes. Cette situation se poursuit jusqu'à ce qu'un certain Diurpaneus tente de consolider le cœur de la Dacie autour de Sarmizégétuse, qui se trouve dans l'actuel département de Hunedoara en Roumanie. Il réorganise l'armée dace, et en 85, les Daces commencent à attaquer la province romaine fortifiée de Mésie, au sud du Danube.

En 87, Diurpaneus parvient à réunir les différentes parties de la Dacie en faisant une alliance avec Parorus, prince des Parthes, ainsi qu'avec les Sarmates et les Cattes[1].

Guerre dacique de Domitien[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre dacique de Domitien.

Domitien décide d'envoyer son préfet des gardes prétoriennes, Cornelius Fuscus, pour punir et conquérir les Daces avec quatre ou cinq légions. Deux légions romaines (dont la légion V Alaudae) tombent dans une embuscade et sont battues à Tapae (village de Valachie près de l'actuelle Bucova), et Cornelius Fuscus est tué. Diurpaneus change alors son nom en Décébale signifiant « fort comme dix »[2].

En 88, Lucius Tettius Iulianus commande une autre armée romaine dans une campagne contre les Daces, mais il est repoussé, et comme les révoltes des Germains sur le Rhin nécessitent une intervention militaire dans l'ouest de l'Empire, les Romains choisissent d'acheter la paix sur le Danube en payant de fortes sommes sous forme de tribut aux Daces.

Guerres daciques de Trajan[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres daciques de Trajan.

Cette situation humiliante pour les Romains dure jusqu'à l'accession de Trajan au trône de l'Empire romain en 98. La paix restaurée sur le Rhin, Trajan engage une série de campagnes militaires, qui étendront l'Empire romain jusqu'à ses limites maximales.

En l'an 100, Trajan lève une armée qui passe l'hiver en Mésie et il franchit la Danube au printemps de l'an 101. Selon les chroniques moldaves, plus tardives et dont on ne connaît pas les sources, Trajan ne passe pas tout de suite le Danube et c'est Décébale qui vient à sa rencontre en Mésie[1]. Décébale est battu, lors d'une nouvelle bataille de Tapae, mais il conserve son statut de roi client et sous protectorat romain. Pourtant, trois ans plus tard, Décébale se révolte et détruit les garnisons romaines en Dacie, forçant les Romains à envoyer de nouveaux renforts.

Après le long siège de Sarmizégétuse en 106, et un long combat, les Romains conquièrent finalement la Dacie. Selon Dion Cassius (68, 14, 3), Décébale, son armée battue, se suicide plutôt que de se constituer prisonnier. Il est possible, selon Nicolae Iorga, qu'il y ait été forcé par ses propres généraux, pour les avoir menés à la défaite et dans le contexte d'une reddition en cours, d'autant que la monarchie unitaire n'était pas traditionnelle chez les Daces et que Diurpaneus/Décébale, comme son prédécesseur Burebista, ne les avait coalisés qu'à grand-peine.

Suicide de Décébale, sur la colonne Trajane.

L'intérêt des Daces pour la Mésie (qui avait appartenu, avant la conquête romaine, au royaume de Burebista), consistait surtout à s'emparer des arsenaux et des bateaux romains ; celui des Romains pour la Dacie s'explique surtout par les mines de sel et la présence de filons d'or dans les montagnes d'Alburnus maior et d'Ampelum.

Lors de la seconde campagne de Trajan, c'est l'architecte Apollodore de Damas qui dirigea aux Portes de Fer la construction d'un pont sur le Danube, pour permettre aux légion de traverser le fleuve à pied sec. Trois monuments commémorant la conquête de la Dacie par les Romains existent encore :

En outre, on voit sur l'Arc de Constantin, à Rome, des statues de Tarabostes (aristocrates daces) prisonniers, probablement prélevées sur le Forum de Trajan.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Michail Kogǎlniceanu, Histoire de la Valachie, de la Moldavie et des Valaques transdanubiens, 1837
  2. « Décébale » signifie « aussi fort que dix (hommes) » (cf. sanskrit daśabala); Décé- dérive du proto-indo-européen *dekm- (« dix ») et -bale de PIE *bel-, « fort ». Cf. proto-albanais *dek(a)t-, de PIE *dekm- (Demiraj, 1999).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Depeyrot, Légions romaines en campagne : La colonne Trajane, Errance,‎ 2008, 247 p. (ISBN 978-2-877-72378-7)
  • Alexandre Simon Stefan, Les guerres daciques de Domitien et de Trajan : architecture militaire, topographie, images et histoire, École Française de Rome,‎ 2005, 811 p. (ISBN 978-2-728-30638-1)
  • (de) Karl Strobel, Untersuchungen zu den Dakerkriegen Trajans. Studien zur Geschichte des mittleren und unteren Donauraumes in der Hohen Kaiserzeit, Bonn, Habelt,‎ 1984 (ISBN 978-3774920217)
  • (it) Filippo Coarelli, La colonna Traiana, Rome, Colombo,‎ 1999, 276 p. (ISBN 978-8-886-35934-4).
  • Patrick Receveur, La conquête de la Dacie par Trajan, Mémoire de maîtrise d'Histoire militaire,‎ 1998 (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]