Varègue

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Varègue, est le nom donné aux Vikings exerçant sur la route de l’Est. Les Varègues (également appelés «Rus»), étaient des Danois et surtout des Suédois qui voyagèrent vers l’est depuis la Scandinavie. Vivant du commerce, de la piraterie et s'offrant comme mercenaires, ils écumèrent le réseau fluvial de ce qui sera plus tard la Russie, atteignant jusqu'à la mer Caspienne et Constantinople.

Ils créèrent un ensemble de forts et de postes d’échanges, posant les bases du futur État russe.

Article connexe : Viking.

Les Slaves et les Byzantins ne distinguaient cependant pas les Scandinaves des Saxons parmi ces mercenaires. D'ailleurs, les gardes varègues de l'empire byzantin étaient le plus souvent des Saxons (voir ci-dessous). Dans la première chronique russe ce terme inclut aussi des Angles provenant de l'île de Bretagne.

Rus' ou Varègues[modifier | modifier le code]

Les hôtes d'au-delà des mers de Nicolas Rœrich, 1899 (les Varègues en Russie).

Deux termes décrivent les Vikings de l'est.

Rus est un dérivé du finnois ruotsi (Suède), qui remonterait au vieux norrois róthr, signifiant "ramer", voire à la province suédoise de Roslagen. Rus est exclusivement employé pour désigner les Vikings établis en Russie. Une autre hypothèse (Thomsen, Vernardsky) avance que les Scandinaves auraient emprunté le mot rús à la tribu des Alains Ruxs. Söderling rapproche l’origine du mot aux Goths, originaires de Suède, qui ont atteint la mer Noire vers le IIIe siècle. Les Slaves les auraient appelés Rús, « les gens roux », puis ce vocable aurait désigné l’ensemble des peuples scandinaves, dont les Varègues de Novgorod et de Kiev.

Vaeringr est dérivé du norrois varar, signifiant "gage" ou "serment", et par extension "homme lige". Ce terme sera utilisé pour distinguer les Rus déjà slavisés, des mercenaires et marchands scandinaves récemment arrivés.

Les Varègues (Варяги, en russe) sont mentionnés par la première chronique russe comme étant arrivés d’au-delà la mer Baltique, vers le IXe siècle, invités par les tribus slaves et finnoises pour pacifier la région. Ils étaient menés par Riourik (Rörek) et ses deux frères Siniéous et Trouvor, qui s’établirent autour de la ville slave de Novgorod. Ces premiers Varègues furent peut-être légendaires, mais une véritable colonisation suédoise, Aldeigjuborg, fut établie autour du lac Ladoga au VIIIe siècle. Les habitants slaves appelèrent ces Suédois les Rus’.

Controverse[modifier | modifier le code]

Le rôle des Varègues dans la fondation de l'État rus et de la principauté kiévienne fut un sujet important de controverse dans l'historiographie russe au XIXe siècle.

  • Justification de l'autocratie

Les partisans de cette théorie « normanniste » (comparable à celle des Francs sous l'Ancien Régime en France) sur l’État russe — dont Nikolaï Karamzine et plus tard Sergueï Pogodine — pensaient que, d'après les indications de la première chronique, les Varègues avaient été invités par les Slaves de l’est pour qu'ils les gouvernent et maintiennent l'ordre. Cette théorie n’était pas sans implication politique. Dans les écrits de Karamzine, la thèse normanniste justifiait la domination du peuple par l’aristocratie, et Pogodine s'en servait pour expliquer que la soumission du peuple était volontaire depuis le départ — ce qui était contesté par les historiens plus libéraux de la société russe, et des historiens polonais.

Les sources[modifier | modifier le code]

Les Annales de saint Bertin mentionnent l’arrivée d’une ambassade varègue à la Cour de Louis le Pieux à Ingelheim, près de Mayence, et précisent que « ces inconnus disaient s’appeler Rhos » (18 mai 839). Plus tard, la Chronique des temps passés indiquera que « les Slaves et les Russes sont un même peuple et c’est des Varègues que les Russes tirèrent leur nom, alors que, primitivement, ils étaient slaves ».

Certains historiens suggèrent que les Rús, négociants et guerriers scandinaves, se sont enfermés, pour se défendre et protéger leurs marchandises, dans des domaines-fortins, qu’ils appellent gardhr. Les populations locales les imitent et créent des refuges plus larges qu’ils nomment goroda. Dans ces refuges-comptoirs se développe une sorte de civilisation urbaine qui étonne les Scandinaves, car chez eux, les villes n’existent pas ; c’est pourquoi la Russie est appelée en vieux norrois Gardhariki (le « pays des villes »). Les Slaves font de ces cités le noyau de leurs minuscules États (volosti). Pour les défendre, ils font appel à des mercenaires scandinaves qui, exerçant le pouvoir militaire, se seraient emparés du pouvoir politique après une série de petits coups d’État, comme à Novgorod (Riourik) ou à Kiev.

Le commerce des esclaves dans l'Europe de l'Est au Haut Moyen âge, toile de Sergey Vasilievich Ivanov (1864-1910)

Un voyageur persan, Istakhri, vers 950, distingue trois sortes de Rús : ceux de Kiev, les Slawijah (les Slaves de Novgorod) et les Arthaniyah, dont le roi habite à Artha (les Erz’a, une tribu finnoise fixée sur la Soura, à l’ouest de Bolghar).

Dans De administrando imperio, écrit en 950, l’empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète note un itinéraire commercial de Grobin (près de l'actuelle Riga) à Gnezdovo par la Dvina, puis par le Dniepr jusqu’à Kiev et Berezany, en Tauride, future Crimée. Il décrit la périlleuse descente des sept rapides du Dniepr dont se rendent capables les Rhos et mentionne le nom de cinq d’entre eux en langues slave, grecque et rhos. Il note que les Rhos perçoivent des tributs des différentes peuplades slaves (monnaies, fourrures et esclaves).

Le diplomate persan Ibn Rustah décrit les mœurs des Rús vers 950 : ils font principalement la chasse aux esclaves et le commerce des fourrures. Ils ne cessent de voyager et font la guerre en bateaux. Ils sont vaillants et très perfides. Au demeurant, beaux, propres et bien vêtus. Ils sont hospitaliers, mais querelleurs et portés au duel et ne se séparent jamais de leurs armes. Ils ont des prêtres (?) et pratiquent des sacrifices humains et animaux, qui se font par pendaison.

Le lettré musulman d’origine arabe Ibn Fadlân a également laissé d’eux une description très détaillée de l’enterrement par bateau d’un de leurs chefs de clan comprenant un sacrifice humain.

Voir aussi l’article Rus' de Kiev.

De l'identité scandinave à l'identité slave[modifier | modifier le code]

Les Varègues furent progressivement assimilés par les populations qu'ils administrèrent.

Dans le traité conclu en 911 entre Oleg le Sage et Byzance, tous les signataires varègues portent des noms scandinaves. Or, en 944, un traité similaire est signé, au terme d'une attaque rus manquée, et nombre d'entre eux portent des noms slaves.

Igor, qui est la forme slavisée d'Ingvarr, sera le dernier prince varègue à porter un nom nordique. Il prénommera son fils Sviatoslav.

L'apport lexico-culturel fut limité ; la langue russe n'a pas emprunté plus de sept mots au lexique norrois. L'influence scandinave est également absente des premières notions juridiques slaves. La communauté varègue était semble-t-il inexistante dans les campagnes.

Le principal apport des Vikings fut donc le développement des villes et du commerce, et la fondation du futur État russe.

La garde varègue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Garde varangienne.

Les Varègues apparurent dans le monde byzantin en 839 quand l’empereur Théophile négocia avec eux pour obtenir des mercenaires pour son armée. Bien que les Rus' eussent le plus souvent des relations pacifiques avec les Byzantins, les raids varègues depuis le nord n'étaient pas rares. Ces attaques eurent lieu en 860, 907, 911, 941, 945, 971, et finalement en 1043. Ces raids n’eurent d'autre succès qu'une renégociation des traités de commerce ; militairement, les Varègues étaient toujours vaincus par la flotte de Constantinople, qui utilisait le feu grégeois.

La classe gouvernante des deux villes-États puissantes de Novgorod et Kiev finit par devenir varègue, et les Byzantins purent bientôt acheter les services d'une force mercenaire officielle, qui devint la garde varègue. Ceci advint en 988, quand le prince de Kiev, Vladimir Ier, se convertit à l’orthodoxie. En échange de la main de la sœur de Basile II, Anne, Vladimir donna six mille Varègues comme garde personnelle. Elle fut l'un des éléments les plus efficaces et plus loyaux de l’armée byzantine, comme le rapporte la chronique d’Anne Comnène pendant le règne de son père Alexis Ier Comnène. Leur arme principale était une longue hache, mais ils utilisaient aussi l’épée et l’arc. Ce furent les seuls à défendre avec succès une partie de Constantinople pendant la Quatrième croisade, elle fit sa soumission après la prise de la ville en 1204. À cette date, le terme « varègue » référait à n’importe quel mercenaire du nord de l’Europe et la garde était plus composée de Britanniques et de Normands que de Russes ou de Scandinaves.

L’un des membres les plus célèbres de la garde varègue fut celui qui allait devenir le futur roi Harald III de Norvège, le « Dernier des Vikings  », un géant de plus de deux mètres, un grand guerrier également connu sous le nom de Harald Hardrada (le « Sévère »), et qui arriva à Constantinople en 1035. Il participa à pas moins de 18 batailles, jusqu'en Sicile (1038/1040), et devint ἀκόλυθος (acolythos), commandant de la garde, avant de retourner chez lui en 1043.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]