Marc Aurèle

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Marc Aurèle
Empereur romain
Image illustrative de l'article Marc Aurèle
Buste de Marc Aurèle cuirassé exposé au Musée Saint-Raymond de Toulouse (Inv. Ra 61 b).
Règne
8 mars 16117 mars 180
(19 ans, 0 mois et 9 jours)
Période Antonins
Précédé par Antonin le Pieux
Co-empereur Lucius Aurelius Verus (de 161 à 169)
Usurpé par Avidius Cassius (175)
Suivi de Commode
Biographie
Nom de naissance Marcus Catilius Severus
Naissance 26 avril 121
à Rome, Italie
Décès 17 mars 180 (à 58 ans)
à Vindobona, Pannonie
Inhumation Mausolée d'Hadrien
Père Marcus Annius Verus
Mère Domitia Lucilla
Épouse Faustine la Jeune
Descendance (1) Commode
(2) Faustina
(3) Annia Lucilla
(3) Gemellus Lucillae
(4) Fadilla
(5) Cornificia
(6) Sabina
Liste des empereurs romains

Marc Aurèle (26 avril 121 à Rome17 mars 180, probablement à Vindobona) est un empereur romain, ainsi qu'un philosophe stoïcien qui dirige l'Empire romain à son apogée. Il accède au pouvoir le 7 mars 161 et règne jusqu'à sa mort[1] qui correspond à la fin de la Pax Romana.

Marcus Annius Verus (initialement Marcus Catilius Severus) prend, après son adoption par l'empereur Antonin le Pieux, le nom de Marcus Ælius Aurelius Verus. En tant qu'empereur, il se fait appeler Caesar Marcus Aurelius Antoninus Augustus.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marc Aurèle, « qui cultiva pendant toute sa vie la lecture, et l'emporta sur tous les empereurs par la pureté de ses mœurs, était fils de Marcus Annius Verus, lequel mourut préteur » (Julius Capitolinus, Histoire Auguste).

Famille et enfance[modifier | modifier le code]

Son grand-père Marcus Annius Verus, consul et préfet de Rome, fut agrégé aux patriciens par les empereurs Vespasien et Titus, pendant leur censure. Son oncle paternel Marcus Annius Libo fut consul ; sa tante Faustine l'Ancienne porta le titre d'Augusta. Son père Marcus Annius Verus fut préteur à Rome. Sa mère Domitia Lucilla, était fille de Publius Calvisius Tullus Ruso, qui avait obtenu le consulat éponyme en 109. Son bisaïeul paternel, Marcus Annius Verus était originaire de la colonie césarienne d'Ucubi (actuelle Espejo en Espagne), il devint sénateur et exerça la préture[2],[3]. Son bisaïeul maternel, Lucius Catilius Severus, fut deux fois consul et préfet de Rome. Son aïeule paternelle était Rupilia Faustina, fille du consulaire Rupilius Bonus[4].

Marc Aurèle naquit à Rome le six des calendes de mai (26 avril 121), dans les jardins du Caelius, sous le second consulat de son aïeul et sous celui d'Augur, au sein d'une famille italienne qui vécut longtemps en Espagne. Il fut élevé à l'endroit même où il naquit, et dans la maison de son aïeul Verus, près du palais de Latéran. Il eut une sœur plus jeune que lui, nommée Annia Cornificia.

À sa naissance, il porta d'abord une partie du nom de son aïeul Marcus Annius Verus et de son bisaïeul maternel Lucius Catilius Severus. Après la mort de son père en 124, il fut élevé et adopté par son aïeul paternel. C'est sous le nom de Marcus Annius Verus qu'il fut gouverneur de Rome après avoir pris la toge virile dans sa quinzième année. L'empereur Hadrien le prit sous sa protection, le nomma Annius Verissimus (Annius « le plus sincère ») et demanda, en 138, à son fils adoptif, Antonin, de l'adopter à son tour (procédure d'adrogation) ainsi que Lucius Aurelius Verus, le fils de celui qu'Hadrien avait d'abord choisi comme héritier et qui venait de mourir. Après son adoption il devint Marcus Aelius Aurelius Verus[5].

Portrait de Marc-Aurèle adolescent, type dit "de l'adoption". Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, musée du Louvre

L'historien Dion Cassius porte un jugement particulièrement révélateur sur le personnage de Marc Aurèle. Il écrit en effet :

« Ce que j'admire le plus en lui, c'est que dans des difficultés extraordinaires et hors du commun, il parvint à survivre et à sauver l'empire. »

Ce jugement est parfois contesté par certains historiens modernes (Paul Petit, Lucien Jerphagnon) qui font de Marc Aurèle un empereur assez quelconque et qui, dépassé par les difficultés de sa tâche, aurait trouvé dans la philosophie un dérivatif, une consolation. Cependant, cette opinion est vigoureusement battue en brèche à la fois par le jugement des historiens antiques, quasi unanimes pour louer le personnage, et par la majorité des historiens actuels qui, sans nier les très nombreuses difficultés de son règne, admettent la grande rigueur morale du personnage.

Il fut très tôt initié à la philosophie. C'est notamment à l'instigation d'un de ses maîtres Diognetus, qu'il prit en avril 132 la tunique rêche du stoïcien et se mit à dormir à même le sol jusqu'à ce que sa mère parvienne à le convaincre de dormir dans un lit[4].

Ses maîtres furent, pour la philosophie, Apollonius de Chalcédoine ; pour la littérature grecque, Sextus de Chéronée, petit-fils de Plutarque ; pour les lettres latines et la rhétorique, Fronton, le plus fameux orateur de ce temps-là qui échoue à le détourner du stoïcisme. Il échangea avec ce dernier une correspondance[6] qui s'étendit de 139, époque où Marc-Aurèle devint son élève, à 166, année de la mort de Fronton. Cette correspondance est intéressante car elle fournit de précieux détails sur la vie personnelle et familiale de Marc Aurèle et sur la cour d'Antonin. Elle révèle aussi la forte amitié qui lia les deux hommes, amitié parfois ternie par quelques brouilles comme en 146/147 quand Marc Aurèle se « convertit » à la philosophie.

Relief représentant Marc Aurèle et les membres de la famille impériale procédant à un sacrifice devant le temple de Jupiter, Palazzo dei Conservatori (Musei Capitolini).

Hérodien affirme dans son Histoire romaine (livre I) que « de tous les princes qui ont pris la qualité de philosophe, lui seul l'a méritée ». Il ne la faisait pas consister seulement à connaître tous les sentiments et à savoir discourir de toutes choses, mais plutôt dans une pratique exacte et sévère de la vertu. Les sujets se faisant un honneur d'imiter leur prince, on ne vit jamais tant de philosophes que sous son règne.

L'historien Dion Cassius nous apprend dans son Histoire romaine (livre 71) que Marc Aurèle « était faible de tempérament et donnait à l'étude presque tout son temps ; on dit que, même étant empereur, il ne rougissait pas de se rendre chez ses professeurs, qu'il fréquentait le philosophe Sextus de Béotie et qu'il ne craignait pas d'aller écouter les leçons du rhéteur Hermogène de Tarse ; d'ailleurs il était surtout attaché à la secte stoïcienne ».

Faustine la Jeune

En avril 145, après qu'Antonin ait fait annuler les fiançailles de Marc Aurèle avec Ceionia Fabia, fille de Lucius Aelius Caesar, il épousa sa cousine germaine Annia Faustina (Faustine la Jeune), la fille d'Antonin, dont il aura quatorze enfants, la plupart morts en bas âge. Gendre d'Antonin il en est désormais l'héritier désigné. L'Histoire Auguste s'est plu à reporter les rumeurs d'adultère de Faustine la Jeune avec un gladiateur[7], mais il est certain que le couple fut uni et que Marc Aurèle fut profondément affecté par le décès en 176 à Halala en Cappadoce de celle que les soldats appelaient affectueusement, du fait de sa présence aux côtés de son époux dans les campagnes militaires, Mater castrorum (la Mère des camps)[4].

Empereur[modifier | modifier le code]

Ses qualités morales et l'excellence de son éducation le font remarquer par Hadrien, à qui il était apparenté, qui reconnaît en lui un successeur possible. Trop jeune en 138 pour monter sur le trône, il est, comme César, associé au pouvoir impérial quelques années plus tard, en 140, et accède au plein exercice du pouvoir à la mort d'Antonin le 7 mars 161. Il associe alors son frère d'adoption Lucius Aurelius Verus à l'Empire qui pour la première fois est dirigé par deux Augustes.

L'Empire romain à son apogée pendant la Pax Romana.

Son règne fut marqué par la recrudescence des guerres sur tous les fronts. Pour l'empereur philosophe converti au stoïcisme, régner consista surtout à tenter de colmater les brèches qui s'ouvrent dans les frontières d'un Empire immense et attaqué de toutes parts. Par contre, il entretint la longue période de paix imposée par l'Empire romain sur les régions qu'il contrôlait, période connue sous le nom de Pax Romana.

Guerre romano-parthique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre romano-parthique de 161-166.

L'année de son accession au trône les Parthes envahirent les provinces orientales de l'empire (notamment le royaume d'Arménie, protectorat romain) et l'armée romaine connut un premier désastre. Lucius Aurelius Verus est envoyé en urgence en Orient. Mais l'essentiel de la direction des opérations est confié à deux excellents généraux, Statius Priscus et surtout Avidius Cassius. Lucius Vérus installe sa cour à Antioche, ce qui lui valut des accusations de débauche et d'incompétence militaire. Entre 162 et 166, les Romains reprennent l'avantage et pillent les deux grandes villes du royaume parthe, Séleucie du Tigre et surtout la capitale Ctésiphon.

Représentation du martyre de Blandine de Lyon, lancée en l'air par un taureau alors qu'elle était emprisonnée dans un filet. Gravure de Jan Luyken, XVIIe.

Sur le plan intérieur, il accomplit une œuvre législative importante. Mais son règne se signale par des violences à l'égard des chrétiens qui subissent d'importantes persécutions. Ainsi en 165, Justin meurt martyr à Rome et en 177 une persécution a lieu à Lugdunum (martyrs de Lyon dont Blandine).

Les deux empereurs célèbrent leur triomphe en 166 mais le retour de l'armée romaine à Rome correspond au déclenchement de la peste antonine, terrible épidémie qui fait de tels dégâts dans la population que certains historiens en ont fait abusivement la cause décisive de la décadence romaine (survenue deux siècles plus tard). Les conséquences sociales et économiques de cette épidémie furent cependant très graves. Le début du règne connut aussi de grandes catastrophes naturelles qui marquèrent fortement les esprits, comme les inondations du Tibre en 161 ou le tremblement de terre de Cyzique qui se produit également en 161.

Guerres marcomanes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres marcomanes.

À peine la guerre contre les Parthes est-elle terminée qu'une nouvelle menace apparaît aux frontières. Les peuples barbares installés dans les régions danubiennes, les Quades et les Marcomans, menacent directement le nord de l'Italie. La menace est si forte que les deux empereurs se rendent personnellement sur place en 168/169 et passent l'hiver en Aquilée. En janvier 169 Lucius Aurelius Verus meurt épuisé et malade, laissant ainsi Marc Aurèle comme seul empereur. Il faut plus de cinq années (169/175) à l'empereur pour venir à bout de cette menace. Il s'appuya alors sur des généraux compétents comme son gendre Claudius Pompeianus ou encore Pertinax, le futur empereur.

C'est alors qu'une rumeur de la mort de Marc Aurèle conduit Avidius Cassius, gouverneur d'une large partie de l'Orient, à se proclamer empereur. La fidélité du gouverneur de Cappadoce, Publius Martius Verus, laisse le temps à Marc Aurèle de lever des troupes et de se préparer à marcher sur le rebelle. Mais en juillet 175 celui-ci est assassiné et sa tête envoyée à Marc Aurèle. Ce dernier juge plus prudent d'effectuer cependant un voyage en Orient avec sa femme, qui meurt en chemin, et son fils Commode. Il visite la Cilicie, la Syrie, l'Égypte, puis s'en retourne par Smyrne et Athènes où, avec son fils, il est initié aux mystères d'Éleusis.

Le 23 novembre 176 à Rome ont lieu les fêtes du triomphe sur les peuples germaniques. Éphémère triomphe car dès 177 Marc Aurèle doit repartir guerroyer sur la frontière danubienne.

C'est lors d'une de ses campagnes sur le Danube, que Marc-Aurèle tomba malade, en Pannonie. Il meurt le 17 mars 180, peut-être frappé par la peste antonine à Vindobona (aujourd'hui Vienne en Autriche). L'historien Dion Cassius écrit que Marc-Aurèle fut empoisonné par ses médecins sur ordre de son fils ambitieux Commode[8].

L'empire revenait alors à Commode.

Doctrine[modifier | modifier le code]

Aureus de Marc Aurèle.Date : 165 Description revers : Felicitas (la Félicité) drapée debout à gauche, le pied droit posé sur un globe, tenant un caducée de la main droite tendue et une corne d’abondance de la main gauche.Description avers : Buste lauré, drapé et cuirassé de Marc Aurèle à droite, vu de trois quarts en arrière.

Marc Aurèle était un stoïcien, ses maîtres à penser furent principalement des représentants du Portique : Épictète, Apollonius de Chalcédoine, Sextus de Chéronée. De cet héritage il fit une philosophie pratique de la vie qu'il exposa dans son unique ouvrage Pensées pour moi-même.

À travers les douze livres qui composent les Pensées, plusieurs thèmes, souvent sous forme de maximes récurrentes. On a ainsi :

  • Toutes les choses participent d'un Tout (qu'il nomme parfois L'Un, Dieu, Nature, Substance, Loi, Raison). Nous, les hommes, sommes des parties de ce Tout.
  • Nous devons vivre selon la Nature, c'est-à-dire en suivant la Loi de la Nature et celle-ci procède de la Providence, donc tout ce qui arrive est nécessaire et utile au monde universel, dont tu fais partie (Livre II).
  • Cela veut dire aussi vivre en conformité avec la Nature de l'homme qui est raisonnable et sociable. Il faut tendre vers ce qui est utile et bien approprié à la communauté (Livre VII)
  • La mort fait partie de la Nature, car tout change, tout se transforme, tout, depuis l'éternité, semblablement se produit et se reproduira sous d'autres formes semblables à l'infini (Livre IX).
  • Ce qui importe c'est le présent, ce n'est ni le futur, ni le passé qui te sont à charge, mais toujours le présent.

Apport philosophique[modifier | modifier le code]

« Réfléchis souvent à l'enchaînement de toutes choses dans le monde et à leurs rapports réciproques, elles sont pourrait-on dire entrelacées les unes aux autres et, partant, ont les unes pour les autres une mutuelle amitié, et cela en vertu de la connexion qui l'entraîne et de l'unité de la matière » écrit Marc-Aurèle dans Pensées pour moi-même (VI, 38).

Statue équestre de Marc-Aurèle, Palazzo dei Conservatori (Musei Capitolini).

Marc-Aurèle s'inscrit dans un "stoïcisme abouti", c'est-à-dire que l'empereur avait suffisamment intégré l'enseignement d'Épictète, Sénèque et Zénon pour prolonger avec adresse la connaissance de cette maîtrise des passions que formule l'enseignement du stoïcisme. Appliquant cette philosophie, quand il assistait aux jeux du cirque, ostensiblement il ne regardait pas le spectacle et lisait[9]. On disait de Marc-Aurèle qu’il était « la philosophie (stoïcienne) assise sur un trône »[10].

La reconnaissance de l'harmonie du pneuma, de ce souffle chaud qui traverse notre être pour le mener vers le mouvement de la vie et de son équilibre avec le destin, n'implique aucun fatalisme mais demande une certaine pratique.

C'est à cet art praxis que s'exerce Marc-Aurèle. C'est de lui, en effet, que nous tenons "cette matière pour la conduite", éthique en réalité très éloignée de l'aspect manichéen qu'impose souvent la morale collective, éthique proche au contraire d'un juste discernement dans nos actes : "la meilleure manière de se venger, c'est ne pas se rendre semblable à ceux qui t'ont fait mal".

Marc-Aurèle aura toujours à cœur de reconnaître au sein de la complexité des relations humaines et des formations même physiques ce que l'homme peut apporter en termes d'équilibre autant pour lui-même que pour le monde. La conduite s'inscrit donc dans une dynamique qui dépasse l'être humain afin de se lier plus étroitement à l'harmonie d'un seul et même monde : "Toutes choses sont liées entre elles et d'un nœud sacré, et il n'y a presque rien qui n'ait ses relations. Tous les êtres sont coordonnés ensemble, tous concourent à l'harmonie du même monde".

L'entendement de l'empereur philosophe vient donc promettre un certain accord entre ce qu'il nomme "le génie (ou démon) intérieur", la possibilité d'appréhender la nature par la création, et ce que la nature à son tour crée et détermine. De cette relation naît une certaine sagesse et manière de vivre, une idée de ce que peut apporter l'univers à l'individu, comme ce que l'individu peut apporter à l'univers : "Souviens-toi de la matière universelle dont tu es une si mince partie ; de la durée sans fin dont il t'a été assigné un moment si court, et comme un point ; enfin de la destinée dont tu es une part et quelle part !".

L'empereur philosophe confronte ses obligations politiques avec les valeurs que ses maîtres stoïciens lui ont enseignées, mais aussi avec d'autres références : l'apport philosophique de Platon, Épicure, Démocrite, Héraclite. C'est en ce sens que les textes de Marc Aurèle gardent un intérêt certain. Ils mettent effectivement en exergue une justesse éthique au sein d'une politique où l'art de décider doit toujours s'articuler à cette interrogation : veux-tu le pouvoir pour le pouvoir ou l'exercice du pouvoir ? Autrement dit, ton ambition est-elle d'obtenir la puissance, ou d'être capable à travers elle de réfléchir, dire et agir afin qu'un chemin vertueux soit tracé pour la cité ?

Statue de Marc Aurèle à la Glyptothèque de Munich

Loin d'être simple à mettre en pratique, cette interrogation souligne le souci d'un empereur qui, détenant le pouvoir suprême, continue à s'interroger sur ses propres motivations et intentions plus enfouies. Le fait de s'arrêter de polémiquer pour se demander si ce que l'on essaie de créer relève d'une certaine 'bonté' et d'un désir d'aider, ou d'une ambition toute personnelle, conduit l'homme politique à se recentrer et marquer un temps nécessaire dans sa prise de décision.

Marc Aurèle souligne tout au long de ses écrits les plus hautes valeurs de l'être humain : Prudence, Justice, Courage et Tempérance, qui depuis Platon sont les quatre vertus principales du Philosophe, celles qui assurent la cohérence et la force de ses actions. L'originalité de son œuvre réside dans le ton personnel des "Pensées pour moi-même", qui témoigne d'une attention aiguë à l'urgence de "vivre pour le bien", c'est-à-dire vivre dignement dans un monde plein de troubles, à l'urgence d'accomplir son rôle d'homme possesseur d'un "génie intérieur" : forme d'intelligence pour situer la raison et élever son jugement. La précarité de l'existence humaine, la fugacité du temps, de la mémoire, qui engloutit tous les hommes, grands ou petits, dans l'oubli et la mort ; la petitesse de l'homme et de la terre dans l'infini de l'univers : tels sont les grands thèmes de la philosophie de Marc Aurèle. Cette insistance si moderne n'a rien de tragique car l'homme a sa place dans cet univers où chaque être est situé de façon ordonnée. Par son "génie intérieur", son esprit raisonnable (il ne s'agit pas encore de rationalité), l'homme participe de ce cosmos divin. Il comprend son éternelle transformation. Cette vision élimine donc la peur de la mort qui n'est pas anéantissement mais changement, renouvellement de l'univers. Il faut donc accepter sereinement cet événement naturel. Le but de l'homme est alors de vivre dignement le présent, de jouer son rôle qui est d'être utile au bien commun, car tous les hommes sont liés à la nature : "Que l'avenir ne te trouble pas car tu viendras à lui, quand il le faudra, avec la même raison que tu utilises pour les choses présentes".

Marc-Aurèle manifeste un sens très haut de sa responsabilité dans l'État, et se critique sévèrement lui-même tout en interrogeant sans cesse la finalité de l'action politique : "Prends l'habitude autant que possible, de te demander à quelle fin se rapporte cette action, que désire l'homme qui veut agir ?". Dans tous les cas, le philosophe insiste très longuement sur l'idée que la vision du Tout, de ses éternelles transformations, élève notre âme. Prendre part à l'équilibre naturel en faisant de sa pensée un moyen pour être en harmonie avec le monde participe à notre propre équilibre. "La vision du Tout" va même au-delà de cette conception de l'équilibre, elle place l'individu dans un rapport complexe avec l'ensemble de l'univers et l'oblige à penser la multiplicité des relations entre un homme et "la totalité de l'existence" (ce qui implique toute vie mais aussi toute durée). C'est pourquoi le destin ne nous est pas si étranger. Certes, il peut parfois nous dominer mais il n'existe pas sans ses "acteurs" et les hommes en font partie.

Cette vision du tout élimine les fausses représentations, les passions (au sens de la souffrance), en particulier l'ambition, l'orgueil, la colère, et nous amène à être modestes, justes et bienveillants envers chaque homme, notre égal en tant qu'être raisonnable et sociable, qu'il faut écouter en "entrant dans son âme". L'homme qui suit la raison en tout est "tranquille et décidé à la fois, radieux et en même temps consistant". En ce sens, l'empereur était un précurseur du siècle des Lumières spécifiant (comme Kant) la Raison comme meilleur guide pour la compréhension et le jugement de l'être humain.

La raison humaine qui est donc "génie intérieur" de l'homme devient cette parcelle de la finalité universelle divine qui est providence et à laquelle l'homme doit agréer car il est, nous l'avons compris, comme une partie dans un tout particulièrement significatif. L'originalité et la modernité de la pensée de Marc-Aurèle réside également dans la distinction radicale et déjà "cartésienne" (anachronisme voulu) de l'intelligence humaine, non seulement d'avec le corps, mais aussi d'avec l'âme d'essence matérielle. C'est d'ailleurs à partir de cette conception physique que l'empereur philosophe parle ensuite de ses considérations éthiques qui sont : "principe des fonctions vitales, maîtrise des passions" et "marque de l'esprit du temps".

Buste de Marc Aurèle exposé au Palazzo Nuovo (Musei Capitolini).

Marc-Aurèle se considère comme un "progressant", c'est-à-dire comme celui qui progresse peu à peu sur le chemin de l'ordre universel en vivant justement selon la nature, mais aussi celui qui détient son directeur de conscience toujours confronté à la dure réalité des évènements. Par conséquent, l'exigence stoïcienne face aux décisions que l'homme doit prendre va en progressant et ne saurait atteindre totalement la perfection mais seulement une certaine sérénité : l'ataraxie.

Ainsi le bonheur est possible dans ce qui rend la nature contente d'elle-même, il ne dépend d'aucun bien extérieur mais d'un état d'esprit où l'individu se sent sensiblement capable d'être en paix avec lui-même et avec le monde. Il faut donc suivre son "génie intérieur" et ne considérer comme bien et mal que ce qui dépend de nous car, en réalité, l'on ne peut juger véritablement et avec justice que sa propre conduite. Ce souci éthique d'une "morale individuelle désirée" et naturellement articulée à la collectivité semble être l'apport majeur de la philosophie de Marc-Aurèle.

Il est également central de rappeler l'importance d'une notion chère à l'empereur : l'harmonie, la potentialité d'adjoindre aux manifestations incertaines de l'existence individuelle ou collective, un équilibre menant à une part relative de stabilité, elle-même nous laissant la possibilité de comprendre la nature et de réfléchir sur notre conduite. Si le philosophe stoïcien souligne l'impact de cette harmonie tout en signifiant le propre, selon lui, de la justesse éthique, ce n'est que pour asseoir davantage son interrogation plus profonde de l'universalité, de ce qui, comme il le précise souvent dans ses Pensées, est marqué par le sceau d'une intrication perpétuelle, c'est-à-dire par la présence constante du lien qui unit chaque élément à tous les autres. Marc-Aurèle est un penseur de la liaison, d'une relativité de liens s'inscrivant dans l'absolu d'une unification donnant sens à nos actions.

Nombre de philosophes ont été et sont encore influencés par la vision très moderne et à la fois antique de Marc-Aurèle et beaucoup ont vu en lui un apport pragmatique et avant tout une justesse dans l'affirmation et l'action, c'est-à-dire dans les deux manières de décider et de garder sa détermination.

La philosophie de Marc-Aurèle n'est pas un système, et si elle n'est pas très complexe, elle demeure cependant fondamentale pour toute construction éthique[11].

Les grands actes politiques de Marc Aurèle[modifier | modifier le code]

Entre 175 et 176 après J.-C., l'empereur fait un voyage à Athènes et devient protecteur de la philosophie.

Marc Aurèle donne un traitement fixe aux rhéteurs et aux philosophes, assure le recrutement des maîtres, assure au Sénat et avec les plus grands sénateurs « un conseil de réflexion pour la cité », crée quatre chaires d'enseignement pour les grandes écoles philosophiques : l'Académie platonicienne, le Lycée aristotélicien, le Jardin épicurien et le Portique stoïcien. L'empereur est déjà partisan d'une pensée pour la complémentarité des disciplines scientifiques.

L'empereur, soucieux des questions de santé publique, fait au mieux pour empêcher la terrible progression de la peste. Également concerné par les problèmes que posent l'exclusion et l'indigence, il fonde plusieurs établissements éducatifs pour cinq mille jeunes filles pauvres et annule les dettes envers le trésor impérial.

Pour avoir favorisé le développement de la philosophie, il ne supporte pas « le fanatisme des chrétiens » et ne peut tolérer leur « fétichisme » pour le Christ. Conservateur, il les persécute, jugeant qu'ils sont une menace pour l'unité de l'Empire (ils refusent notamment de brûler de l'encens devant les statues de l'empereur et de prier par les dieux de l'Empire). Selon Marc Aurèle, le christianisme se sert des passions pour installer une morale sans lien avec la nature, mais surtout aucunement réfléchie.

Malgré sa modestie et sa soif de réflexion, Marc Aurèle sera obligé de guerroyer à travers tout l'empire et ne connut que quatre ans de paix sur vingt-cinq. Soucieux de sa sécurité, il renforça la garde prétorienne (la garde de l'Empereur). Il dut plusieurs fois repousser les envahisseurs et mourut à Vindobona (Vienne, Autriche) après être tombé malade lors d'un combat sur le Danube.

Noms et titres[modifier | modifier le code]

Noms successifs[modifier | modifier le code]

  • 121, naît MARCVS•ANNVS•CATILIVS•SEVERVS
  • 124, adopté à la mort de son père : MARCVS•ANNIVS•VERVS
  • 138, adopté par Antonin le Pieux : MARCVS•ÆLIVS•AVRELIVS•VERVS
  • 161, accède à l'Empire : IMPERATOR•CAESAR•MARCVS•AVRELIVS•ANTONINVS•AVGVSTVS
  • 164, prend le titre de Armeniacus : IMPERATOR•CAESAR•MARCVS•AVRELIVS•ANTONINVS•AVGVSTVS•ARMENIACVS
  • 166, prend les titres de Medicus et de Parthicus maximus : IMPERATOR•CAESAR•MARCVS•AVRELIVS•ANTONINVS•AVGVSTVS•ARMENIACVS•MEDICVS•PARTHICVS•MAXIMVS
  • 172, prend le titre de Germanicus : IMPERATOR•CAESAR•MARCVS•AVRELIVS•ANTONINVS•AVGVSTVS•ARMENIACVS•MEDICVS•PARTHICVS•MAXIMVS•GERMANICVS
  • 175, prend le titre de Sarmaticus : IMPERATOR•CAESAR•MARCVS•AVRELIVS•ANTONINVS•AVGVSTVS•ARMENIACVS•MEDICVS•PARTHICVS•MAXIMVS•GERMANICVS•SARMATICVS

Titres et magistratures[modifier | modifier le code]

Titulature à sa mort[modifier | modifier le code]

À sa mort en 180 sa titulature était :

IMPERATOR•CAESAR•MARCVS•AVRELIVS•ANTONINVS•AVGVSTVS•ARMENIACVS•MEDICVS•PARTHICVS•MAXIMVS•GERMANICVS•SARMATICVS, TRIBVNICIAE•POTESTATIS•XXIV, IMPERATOR•X, CONSVL•III, PATER•PATRIAE

Note : Marc-Aurèle fut divinisé par le Sénat romain.

Archéologie[modifier | modifier le code]

  • Le 20 août 2008, une équipe d'archéologues belges et turcs a exhumé les restes d'une statue géante représentant l'empereur Marc Aurèle dans les thermes romains de Sagalassos, l'actuel Aglasun (province de Burdur) dans l'ouest de la Turquie.

La découverte a permis de retrouver une tête à l'effigie de Marc Aurèle, haute d'environ 90 cm, de même que le bras droit tenant un globe dans la main, les deux en très bon état, a souligné le conservateur du musée de Burdur, Haciali Ekinci. Selon les estimations la statue devait être haute de 4,5 mètres. Les deux jambes ont également été exhumées par l'équipe dirigée par le professeur belge Marc Waelkens de l'Université catholique de Louvain.

La même équipe d'archéologues avait déjà découvert sur ce même site les restes d'une statue colossale de l'empereur Hadrien : la tête, le tibia et un pied.

  • La ville d'Avenches en Suisse possède le seul buste romain en or de l'empereur Marc Aurèle. Il fut découvert par hasard en 1939 dans les égouts du temple de Jupiter et des empereurs divinisés, probablement caché en cet endroit lors des invasions germaniques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Chastagnol, « Les jubilés décennaux et vicennaux des empereurs sous les Antonins et les Sévères » in Revue numismatique, 6e série - tome 26, année 1984 p. 104-124, p. 120. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/numi_0484-8942_1984_num_6_26_1856
  2. Histoire Auguste, Vita Marci, I, 4
  3. A.R. Birley, « Early Life », dans M. Van Ackeren, A Companion to Marcus Aurelius, Oxford, 2012, p. 139
  4. a, b et c Yves Roman, Marc Aurèle, l'empereur paradoxal, Payot,‎ 2013, 490 p. (ISBN 978-2-228-90863-4)
  5. Louis-Madeleine Ripault, Marc-Aurèle, ou histoire philosophique de l'empereur Marc-Antonin, Allais,‎ 1820, p. 349
  6. Ces lettres ne sont apparues qu'au XIXe siècle tandis que l'existence de manuscrits de Marc Aurèle n'est mentionnée qu'à partir du IXe siècle.
  7. Histoire Auguste, Vie de Marc antonin le philosophe, XIX, rumeur rapporté pour faire de Commode un fils illégitime
  8. Jean Lebrun, « Marc Aurèle », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 11 avril 2013
  9. http://fr.wikisource.org/wiki/Vie_de_Marc-Aur%C3%A8le
  10. Marc Aurèle, 2000 ans d'histoire, 14 février 2011
  11. « On sent en soi-même un plaisir secret lorsqu'on parle de cet empereur ; on ne peut lire sa vie sans une espèce d'attendrissement ; tel est l'effet qu'elle produit qu'on a meilleure opinion de soi-même, parce qu'on a meilleure opinion des hommes », Montesquieu.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, éd. Flammarion, coll. GF, 1984, traduit et préfacé par Mario Meunier (ISBN 2-08-070016-2).
  • Marc-Aurèle, Pensées à moi-même, éd. Mille et une nuits, 2005
  • Marc-Aurèle, A soi-même Pensées, éd. Rivages Poche, 2003, traduit du grec, annoté et préfacé par Pierre Maréchaux
  • Pierre Grimal, Marc Aurèle, éd. Fayard, 1991 [lire en ligne]
  • Ernest Renan, Marc Aurèle ou la fin du monde antique, éd. Calmann-Lévy, 1882
  • Pierre Hadot, La citadelle intérieure, éd. Fayard, 1992
  • Pierre Dulau, commentaire des livres 2 à 4 des Pensées, Paris, Gallimard, Folioplus philosophie, 2008.
  • Annabelle Chabert et Thomas Roussot, Marc-Aurèle et l'Empire romain, éd. L'Harmattan, 2005
  • Paméla Ramos, La véritable histoire de Marc Aurèle, éd. Les Belles Lettres, 2009

Filmographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]