Byzance

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Byzance (en grec ancien Βυζάντιον / Buzántion, en latin Byzantium) est une ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, située à l’entrée du Bosphore sur une partie de l’actuelle Istanbul. La cité sera reconstruite par Constantin et, renommée Constantinople en 330 ap. J.-C., elle deviendra la capitale de l’Empire romain, puis de l’Empire romain d'Orient et enfin de l'Empire ottoman à partir de 1453 ap. J.-C. (date de la prise de la ville par les Turcs). La même année, elle sera de nouveau rebaptisée Istanbul.

Fondation de la cité[modifier | modifier le code]

Pièce de monnaie représentant Byzas.

La plupart des sources attribuent la fondation de Byzance au grand Byzas qui, selon Étienne de Byzance, était fils de Céroessa, elle-même fille de Zeus et d’Io. Il est généralement admis que la cité était une colonie mégarienne mais rien n'indique que le contingent des oikistes (les fondateurs) n'ait pas été composé également de citoyens d'autres cités. Eusèbe de Césarée avance une date précise pour la fondation de la cité : « la troisième année de la trentième olympiade », ce qui donnerait 667 av. J.-C. Diodore, quant à lui, mentionne rapidement la cité alors qu'il narre l'épopée des Argonautes, dans sa Bibliothèque historique (IV, 49, 1)  :

« Arrivés au détroit de la mer du Pont, les Argonautes mirent pied à terre dans un pays dont Byzas était alors roi, et qui a laissé son nom à la ville de Byzance. »

Velleius Paterculus (II, 15) attribue la fondation de la ville aux Milésiens et Ammien Marcellin (XXI, 8) aux habitants de l’Attique. Ces deux dernières explications ne sont plus acceptées. L'utilisation du dialecte dorien, la présence de divinités communes ainsi que l'iconographie des types monétaires en usage dans la cité du Bosphore – très semblables à l'iconographie mégarienne – semble devoir attester cette hypothèse.

Le toponyme dériverait du verbe buzō qui signifie « resserrer ». Il serait une allusion à la physionomie du Bosphore qui est bien un « passage (poros) resserré (buzō) »[1].
Cependant, l'influence thrace est également probable, le toponyme pourrait dériver de l'onomastique locale : il signifierait alors rivage, bordure.

Périodes archaïque, classique et hellénistique[modifier | modifier le code]

Byzance contrôlait le commerce de la mer Noire. Selon Polybe, la Grèce en retirait du cuir, des esclaves, du miel, de la cire et des salaisons, et lui donnait en échange de l’huile et du vin. Malgré cette prospérité, il fait un triste tableau des extrémités auxquelles la ville était souvent réduite. Entourée de peuplades ennemies de la Thrace, elle était sans cesse exposée à leurs incursions, et voyait son territoire ravagé et les produits de son sol détruits ou pillés par les barbares dont la tribu des Astes, basés à Bizyè. Quoique située au milieu des barbares, Byzance était considérée comme grecque, d’après son origine et ses mœurs. C’était une des cités helléniques de l’Hellespont. Son heureuse situation à l’entrée du Bosphore, dont elle était la clé, lui conférait le rôle d’entrepôt du monde grec car elle était une étape incontournable pour les navires chargés du blé du Pont-Euxin. Sa fonction de verrou de la région du Bosphore — et par extension de la route du blé pontique — explique qu'Athènes et Sparte se soient disputé son alliance, et que les princes qui voulurent abattre ces puissances et exercer une influence sur la Grèce aient cherché à s’assurer sa possession. Byzance, dont l’histoire particulière est aussi peu connue que les autres petits États de la Grèce, possédait cependant un grand rôle politique au IVe siècle av. J.-C.

Les Ioniens, vassaux du roi de Perse Darius, prennent la ville en 504. Elle est prise à nouveau par Otane, un des généraux de Darius. Pausanias s’empare de la ville après le siège de Sestos en 478. Une grande chute de poussière noire à Byzance en 472 av. J.-C., peut-être le résultat d’une explosion aérienne à haute altitude, est documentée par Procope, Ammien Marcellin, Théophane, entre autres. Dans la révolte de Samos en 439, Byzance suit le destin de cette ville, qui, révoltée contre les Athéniens, dont elle était tributaire, retombe en leur pouvoir après un siège opiniâtre de neuf mois.

Pendant la guerre du Péloponnèse, Byzance, en proie aux deux factions qui soutenaient les intérêts de Sparte et d’Athènes, est soumise avec les autres villes de l’Hellespont, à l’influence de ces deux puissances tour à tour victorieuses. D’abord, elle est subjuguée par les succès de Sparte, puis prise par Alcibiade en 408. Enfin, après la bataille d’Aigos-Potamos et la prise d’Athènes, qui mirent fin à la guerre du Péloponnèse, elle est forcée par le Spartiate Lysandre de renvoyer la garnison athénienne, et de recevoir, comme toutes les villes de la Grèce, un commandant lacédémonien ou harmoste, investi à la fois de l’autorité civile et militaire.

Cléandre était harmoste à Byzance, lorsque les Dix Mille qui s’étaient engagés au service de Cyrus le Jeune contre son frère Artaxerxès, ayant traversé, après mille dangers, une partie de l’Asie sous la conduite de Xénophon, arrivèrent sur les côtes de la Bithynie en face de Byzance. Anaxibios, commandant de la flotte lacédémonienne, à la sollicitation d’Artaxerxès, avait engagé les Grecs à passer le détroit, leur promettant la paye qui leur était due ainsi que des vivres lorsqu’ils seraient à Byzance ; mais à leur approche, il fit fermer les portes de la ville. Irrités de cette perfidie, les Grecs brisèrent les portes et entrèrent dans la ville : seul Xénophon la sauva du pillage et il résista à ceux qui le pressaient de prendre possession de Byzance et de ses richesses.

Liguée avec Rhodes et Chios, Byzance s’était affranchie du joug despotique d’Athènes en 364. Après une période de la guerre sociale, où Charès tente de la faire rentrer dans le rang (357), Athènes est forcée de reconnaître son indépendance en 355. Peu de temps après éclate la troisième Guerre sacrée. Philippe, roi de Macédoine, briguant l'hégémonie sur tous les États de Grèce, essaie de s’emparer de Byzance en 340 ; mais après un long siège, il est forcé par le général athénien Phocion à battre en retraite l’année suivante. C'est durant ce siège qu'une légende place l'intercession d'Hécate, qui agita des torches en pleine nuit et découvrit les troupes de Philippe. Réveillés par les aboiements des chiens de la cité qui réagissaient au prodige, les soldats de Byzance se seraient alors défendus victorieusement contre l'attaque macédonienne. Au cours du règne (336-323 av. J.-C.) d'Alexandre le Grand, fils de Philippe, Byzance fut contrainte de reconnaître la suzeraineté macédonienne, mais elle reprit son indépendance sous les successeurs d’Alexandre.

En 279 av. J.C., une expédition gauloise, ayant pénétré jusqu’en Thrace sous la conduite de Comontorius, vint s’établir dans les environs de Byzance et réduit ses habitants aux dernières extrémités. Pour racheter leurs terres des ravages dont les menaçaient les barbares, ils durent leur payer près de dix mille pièces d’or  et un tribut annuel de 80 talents, jusqu’à l’époque où les Gaulois furent exterminés par les Thraces. Pour subvenir à ces charges, les Byzantins avaient imaginé de percevoir un droit sur la navigation du Bosphore, ce qui les mena en -220 à une guerre contre Rhodes consignée par Polybe.

Période romaine[modifier | modifier le code]

Comme toute la Grèce, Byzance subit la tutelle de Rome. La cité connaît alors un certain déclin, même si le thème de la pauvreté des cités grecques d'Asie est un lieu commun concernant cette époque. La période antonine constitue un apogée économique, bien que la cité ne renoue pas avec sa splendeur passée. La correspondance de Trajan avec Pline le Jeune semble décrire une cité développée, cosmopolite, par la masse des voyageurs qui se pressent dans les ports et sur les marchés. L'absence d'un grand nombre de cités importantes en Thrace justifie probablement la politique des empereurs du IIe s. qui vise à urbaniser l'intérieur de cette province considérée comme très vaste et surtout sauvage. Vieille fondation grecque, Byzance apparaît alors comme un des pôles d'hellénisme local (avec Périnthe, notamment). Les empereurs semblent veiller à la prospérité de ces cités littorales au IIe siècle.

Tout bascule à l'issue de la guerre civile qui suit l'assassinat de Commode fin 192. À cette époque, les Byzantins ayant probablement pris le parti de soutenir Pescennius Niger contre Septime Sévère, ce dernier vient les assiéger. Après un siège de trois ans, mémorable par l’habileté et l’opiniâtreté de l’attaque, et surtout de la défense, les Byzantins se rendent. Le vainqueur, irrité, fait massacrer la garnison et les magistrats, démantèle la cité, la dépouille de tous ses privilèges et la laisse à l’état de simple bourgade, la soumettant, avec tous ses territoires, à la cité voisine et rivale de Périnthe, sa métropole jusqu’à Constantin.

Sévère laissa Byzance dans un tel état de ruine et de désolation, que selon Dion Cassius, historien contemporain qui la visita à cette époque, on aurait pu penser qu’elle avait été prise non par les Romains, mais par les barbares. Cependant, peu de temps après, l’empereur, sur la demande de son fils Caracalla, adoucit la punition de Byzance : il en fit rebâtir une grande partie, l’embellit même de nouveaux monuments et la renomma Antoninia, du surnom d’Antoninus pris par Caracalla. Le nouveau nom n'eut guère de succès et à peine Caracalla était-il mort que la cité reprit son nom originel.

Le IIIe siècle est une période peu documentée de l'histoire de la cité, même si les sources habituelles telles que Dion Cassius, Hérodien et l'Histoire Auguste y font parfois référence. La cité se trouve souvent sur le chemin des diverses expéditions contre les Parthes, puis contre leurs successeurs, les Perses, menées par les empereurs. Elle conserve son privilège de frappe monétaire jusqu'au règne de Gallien qui le lui ôte ainsi qu'à nombre d'autres cités. Ce privilège longtemps conservé vaut témoignage d'une certaine importance de la cité. Le rôle de la cité s'entoure de mystère durant l'épisode des raids gothiques (dès 238). Dépouillée de ses célèbres remparts depuis 196, Byzance semble sans défense contre les expéditions des barbares venus par la Thrace et par le Bosphore. Pourtant, elle est peu ou pas touchée par ces razzias, à l'inverse de beaucoup de cités de la Propontide. (De ce fait, il n'est pas exclu que la cité conclut quelque arrangement avec les envahisseurs.) Enjeu de pouvoir dans les luttes entre tétrarques, Byzance prend successivement le parti de Maximin Daia et celui de Licinius jusqu’à ce que Constantin reste unique empereur, en 324. Dès lors, Byzance ne s'appartient plus, elle est acquise au projet de recentrage géographique de l'Empire concrétisé par Constantin. Entre 324 et 330, celui-ci donne carte blanche à ses équipes d'architectes et de décorateurs pour embellir la vieille cité grecque et lui donner rang de résidence impériale. C'est ainsi que la cité en chantier s'orne de nombre d’œuvres d'art sélectionnées et acheminées de toutes les provinces de l'Empire. Le 11 mai 330, la cérémonie de dédicace entérine la création de la ville de Constantin : Constantinopolis/Constantinople.

Constantinople après Byzance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire byzantin.

C'est depuis Hieronymus Wolf (1557) que l'on parle d'« histoire de l'Empire byzantin » et de « Byzantins » pour désigner l'Empire romain d'Orient et ses habitants après 330. Jamais les intéressés n'auraient songé à s'appeler ainsi eux-mêmes. C'est une invention de l'historiographie humaniste occidentale, engagée dans la réhabilitation des valeurs philosophiques de l'Antiquité, et qui, ne pouvant s'en prendre directement au dogmatisme de l'Église catholique romaine, s'en prit au « césaro-papisme » de Byzance[non neutre]. Cette terminologie ne s'est imposée qu'au XVIIe siècle. Montesquieu, par exemple, l'employait. Malheureusement, ce combat eut un effet pervers en donnant de Byzance la vision d'un Empire figé dans son dogmatisme, intolérant et corrompu, tandis que son héritage scientifique, philosophique et littéraire est intégralement attribué aux Arabes, comme si l'intermédiaire byzantin n'avait jamais existé.

Quelles que fussent leurs langues maternelles, les « Byzantins » se sont désignés par le terme « Romaioi » (Ρωμαίοι), c'est-à-dire « Romains », car à leurs yeux l'Empire romain avait perdu l'Occident, mais continuait en Orient. On retrouve le terme chez les Musulmans, qui parlent de « Roumi » et désigne le « Sultanat de Roum » (ou Rûm), État que les Turcs Seldjoukides ont constitué sur des territoires gagnés sur les Byzantins, un « sultanat des romains » en quelque sorte.

Quant à la capitale de l'empire, elle s'appelait officiellement Constantinople (en Grec Konstantinoupolis, c'est-à-dire : « la ville (polis) de Constantin »), mais ses habitants disaient simplement « polis » (= la ville), d'où vient le nom turc « Istanbul », qui serait une déformation du terme « eis tên polin » (= à la ville). Les Slaves, qui admiraient la cité, l'appelaient Tsarigrad « la ville (grad) de César (tsar) » (« César » étant l'un des titres honorifiques porté par les empereurs romains de l'an -27 à l'an 98).

Acceptions populaires[modifier | modifier le code]

Le terme « Byzance » ou « byzantin » est passé dans la culture populaire moderne. Ainsi l’expression « c’est Byzance ! » fait référence à la richesse de l’Empire et donne une idée d'abondance et d'opulence, voire de luxe. On parle aussi de « complexité byzantine » pour désigner un discours ou une pensée très alambiqués ou embrouillés, en référence aux institutions de l'Empire byzantin qui empilaient les réformes et les lois que seule une bureaucratie pléthorique pouvait débrouiller. Cette expression est à comparer avec celle de « querelle byzantine », disputation sur le « sexe des anges ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire des noms de lieux (Le Robert, 1994) (ISBN 285036195X)

Sources[modifier | modifier le code]

  • Ange de Saint-Priest, Encyclopédie du dix-neuvième siècle, 1844 lire en ligne. (Vieilli).
  • L. Bréhier, Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique, entrée « Byzance ».
  • André Stratos, Byzance au VIIe siècle. L'empereur Heraclius et l'expansion arabe, Lausanne, La guilde du livre, 1976.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]