Syncrétisme

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Un syncrétisme est un mélange d'influences. Le terme de syncrétisme vient du mot grec ancien : συγκρητισμός (sunkrētismós) signifiant « union des Crétois ». Initialement appliqué à une coalition guerrière, il s'est étendu à toutes formes de rassemblement de doctrines disparates, et est surtout utilisé à propos de religion.

Religion[modifier | modifier le code]

Syncrétisme religieux en Crète romaine : Pluton et Perséphone, dieux du monde des morts accompagnés de Cerbère, sont porteurs des attributs des dieux égyptiens Serapis et Isis. Musée archéologique d'Héraklion, Crète.

Le terme s'utilise surtout en histoire des religions, pour qualifier des confessions à part entière, mais dont plusieurs composants d'origine sont encore reconnaissables. C'est une religion dont la doctrine ou les pratiques sont un mélange d'éléments pris dans différentes croyances.

Histoire[modifier | modifier le code]

On retrouve cette pratique très tôt dans l'antiquité. La Bible fait mention du syncrétisme religieux du peuple d'Israël à l'époque du Roi de Juda, Hoshéa (2 Rois 17). Le verset 33 donne un exemple frappant de ce mélange religieux entre la Loi Mosaïque que Yahvé donna à Israël et « la religion des nations d'où on les avait emmenés en exil »[1],[2][réf. insuffisante].

Les Romains avaient pour politique d'incorporer les dieux locaux des pays qu'ils conquéraient au panthéon romain. Ce choix leur évitait ainsi au moins toute opposition d'ordre religieux dans les pays polythéistes.

Une situation semblable s’est développée, mais involontairement, lorsque des missionnaires ont introduit la religion catholique en Amérique du Sud. Ils ont converti la majeure partie de la population, mais, à l’image des Samaritains de l’Antiquité, la population n'a pas oublié pour autant ses anciens rites. Ainsi, au Brésil, des chrétiens pratiquent toujours les rites vaudou et célèbrent des fêtes en l’honneur d’anciennes divinités, telle la déesse Iemanjá. On observe le même phénomène dans d’autres pays d’Amérique du Sud.

Ernest Renan considère la croyance éventuelle à une vie post-mortem comme un effet de la captivité des Hébreux en Égypte. Celle-ci possédait ce concept dont la religion juive était seule, selon lui, à faire l'économie à l'époque[réf. nécessaire].

À l'époque moderne, la rencontre d'Assise de 1986 fut taxée de syncrétisme par quelques cardinaux du Vatican, bien que cela ne fût pas l'intention des organisateurs.

Dans le monde[modifier | modifier le code]

Le concept de syncrétisme est suffisamment abstrait pour être appliqué à de nombreuses traditions. Le sikhisme est composé d'un mélange de l'hindouisme et de l'islam. L'approche syncrétique permet d'analyser les influences qui constituent une religion, elle doit s'arrêter avant de perdre ce qui en fait l'identité. Les religions de l'Antiquité étaient très caractérisées par le syncrétisme, qu'il soit d'assimilation ou d'association, rendant les influences entre religions très complexes. Le culte de Mithra associé à Apollon dans le panthéon romain en est un exemple.

La cohabitation du bouddhisme et du shintoïsme au Japon depuis le VIIIe siècle est un excellent exemple de syncrétisme, toujours observable aujourd'hui, et appelé shinbutsu shūgō. Ainsi en 2005, selon les chiffres officiels on comptabilisait 107 millions de shintoïstes (84 % de la population) et 91 millions de bouddhistes (71 % de la population)[3]. Dans les faits, la plupart des Japonais fêtent les mariages et les naissances suivant les rites shintoïstes et les funérailles suivant les rites bouddhistes. De plus, on peut trouver dans la plupart des temples bouddhistes japonais un petit sanctuaire shinto et un petit autel bouddhiste dans de nombreux sanctuaires shinto.

Un autre exemple de syncrétisme est la situation indonésienne, dans laquelle les gens, tout en se déclarant adeptes des « grandes » religions (bouddhisme, christianisme, hindouisme, islam), continuent d'adhérer à des croyances et à observer des rituels relevant des religions traditionnelles.

Le caodaïsme vietnamien constitue aussi un exemple typique de syncrétisme, de même que la coexistence du vaudou et du christianisme dans certains pays africains ou en Haïti. Le culte antoiniste propose aussi une forme de syncrétisme religieux selon le sociologue Régis Dericquebourg[4], tandis que la jurisprudence belge l'a défini comme un « mouvement syncrétiste, qui admet en son sein toutes les religions »[5].

Linguistique[modifier | modifier le code]

En linguistique, le terme signifie la fusion en un seul élément de plusieurs traits grammaticaux.

On distingue parfois syncrétisme d'éclectisme, car des éléments fusionnés ne sont pas triés, ainsi que d'une synthèse, car les éléments mélangés sont encore distinguables.

Culturellement[modifier | modifier le code]

On parle de syncrétisme culturel lorsqu'un système religieux (comme dit précédemment) ou philosophique tend à faire fusionner plusieurs doctrines différentes.

Lors d'une coexistence culturelle au niveau global, le syncrétisme est un métissage culturel, c’est-à-dire, une véritable création de nouveaux ensembles culturels qui trouvent une nouvelle cohérence à partir de plusieurs cultures différentes.

Psychologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Syncrétisme (psychologie).

En psychologie, le syncrétisme est la perception globale des choses qui se développe spontanément chez l'enfant. Le terme dans ce domaine a été employé pour la première fois par Ernest Renan dans L'avenir de la science (1883) pour designer l'appréhension plus ou moins confuse d'un tout. Ce concept a été repris comme tel par Édouard Claparède en 1908, puis à sa suite Jean Piaget . Claparède montre que l'enfant a une perception globale mais que celle-ci reste flou[6]. Ce qui est confirmé par les expérimentations de Piaget dans La Causalité physique chez l'enfant en 1927. La méthode globale en pédagogie d'Ovide Decroly a été inspirée par ses études en psychologie. Lev Vigotski discute dans Histoire du développement des fonctions psychiques supérieures (1928-1931) et Pensée & Langage du syncrétisme chez l'enfant qui est en rapport avec le concept d' « Égocentrisme » de Piaget. Henri Wallon met aussi en avant les « confusions syncrétiques » chez l'enfant dans ses études (1941, 1945, 1949).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • W. A. Visser't Hooft, L'Église face au syncrétisme, Labor et Fides, 1964.
  • Michel Tardieu, Définitions et théories du syncrétisme, Annuaire du Collège de France, 1990-1991, p. 493-496.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. verset 33.
  2. [1].
  3. (en) (en) « Religious Organizations, Clergymen and Adherents in Japan (1980-2005) », sur Bureau des statistiques du Ministère japonais des Affaires intérieures et des Communications, Agence pour les affaires culturelles du Ministère de l'éducation, la culture, des sports, des sciences et des technologies, (consulté le 13 juillet 2009).
  4. Régis Dericquebourg, Religions de guérison, Paris, Le Cerf, (ISBN 978-2-2040-2984-1), « L'antoinisme », p. 40.
  5. « L'appréhension du fait religieux par le droit. — À propos des minorités religieuses », Revue trimestrielle des droits de l'homme,‎ , p. 276 (lire en ligne [PDF]).
  6. E. Claparède, « Exemple de perception syncrétique chez un enfant », Archives de psychologie, Genève, t. 7,‎ , p. 198

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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