Darius Ier

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Darius Ier
Darius Ier
Darius Ier
Titre
Grand Roi achéménide
521486 avant notre ère
Prédécesseur Cambyse II et Bardiya
Successeur Xerxès Ier
Pharaon d'Égypte
521486 avant notre ère
Monarque Setoutrê
Prédécesseur Cambyse II
Successeur Xerxès Ier
Biographie
Dynastie Achéménides, XXVIIe dynastie (première domination perse)
Date de naissance v. -550
Date de décès -486
Père Hystaspès
Conjoint Atossa
Artystonè
Parmys
Phaidimè
Phratagounè
une fille de Gobryas
Enfant(s) Xerxès Ier
Achéménès
Hystaspès
Masistès
Gobryas
Artazostre
Abrocomès
Hypérantès
Ariabignès
Arsamès
Ariomardos
Artobarzanès

Darius Ier (né vers 550 av. J.-C., mort en 486 av. J.-C. ; en vieux-persan Dārayawuš, en grec ancien Δαρεῖος / Dareios), dit Darius le Grand, est un grand roi de l'Empire perse ; il appartient à la dynastie des Achéménides.

Darius est le fils d'Hystaspès, et le petit-fils d'Arsamès. Dans son inscription à Behistoun, Darius se présente comme descendant en droite ligne d'Achéménès, mais il s'agit sans doute, contrairement à ce qu'il affirme, d'une branche qui n'a pas produit de rois jusqu'à lui.

Darius porte les titres auliques de « porte-carquois » de Cyrus II, puis de « porte-lance » de Cambyse II lors de la conquête de l'Égypte. Il épouse une des filles de Gobryas, l'un des sept conjurés, qui lui donne trois fils dont Artobarzanès l'aîné, et Ariabignès.

Règne[modifier | modifier le code]

L'accession au pouvoir[modifier | modifier le code]

Darius, vase grec

Le règne de Bardiya a provoqué le mécontentement de l'aristocratie perse, au point que le général Otanès décide de le renverser quelques mois seulement après son avènement en -522. Il rassemble autour de lui cinq autres conjurés, dont Gobryas qui finit par faire appel à Darius, auquel il est lié par un échange de mariages (Gobryas a épousé une sœur de Darius).

Le coup d'État est présenté par Hérodote comme l'œuvre d'un petit groupe, se glissant discrètement dans le palais et assassinant Bardiya dans son lit, mais Darius dans l'inscription de Behistoun se présente comme « chef d'une armée de Mèdes et de Perses ». Il est plus probable que le renversement de Bardiya a fait l'objet de batailles militaires, les insurgés le poursuivant et l'exécutant dans une place forte où il s'était réfugié.

Hérodote[1] écrit que les débats sur la succession de Bardiya tournent autour de trois options : l'isonomie, l'oligarchie et la monarchie, celle-ci étant proposée par Darius, mais cette discussion semble refléter des considérations du monde Grec de l'époque, et non nécessairement celles des Perses. Après qu'il a choisi de continuer la monarchie, et comme il n'y a pas d'héritier direct, toujours selon Hérodote (III, 86-87) les conjurés se rassemblent à l'aube et décident que le premier dont le cheval hennira devant le soleil levant sera roi ; le palefrenier de Darius fait sentir à son cheval l'odeur d'une jument, ce qui le fait hennir. Là encore, il est plus probable que Darius a fini par faire l'objet d'un consensus entre les conjurés, après qu'Otanès se fut retiré de la discussion. Sur sa charte gravée sur or, il promet à son peuple une civilisation de premier plan[2].

Selon la coutume qui voulait que le nouveau roi épousât les femmes de son prédécesseur, mais également pour renforcer ses liens avec la branche régnante des Achéménides, Darius épouse deux des filles de Cyrus II, Atossa, veuve de Cambyse II et de Bardiya/Smerdis, et Artystonè, une de ses petites-filles, Parmys, ainsi que Phaidimè, veuve de Bardiya/Smerdis mais également fille d'Otanès. Plus tard il épouse Phratagounè, fille de son frère Artanès.

Les révoltes des provinces[modifier | modifier le code]

La prise du pouvoir par Darius provoque immédiatement des révoltes en Élam, rapidement écrasées, et en Babylonie, plus difficilement maîtrisées. Alors qu'il se trouve à Babylone, la plupart des autres provinces se soulèvent : la Perse, l'Élam à nouveau, la Médie, l'Assyrie, l'Égypte, la Parthie, l'Arménie, la Margiane, la Sattagydie, et les Saces. Darius se vante d'avoir vaincu tous ces rebelles en l'espace d'une seule année, ce qui paraît peu crédible. Les batailles sont menées sur plusieurs fronts simultanément par les généraux de l'armée de Darius, celui-ci dirigeant les opérations depuis Babylone, puis depuis la Médie. L'ordre est finalement rétabli dans l'empire à la fin de l'année 521, à l'exception de l'Arménie ; l'Élam se révolte encore en 519 av. J.-C., puis les Saces. Les chefs rebelles et leurs suites sont systématiquement suppliciés et exécutés.

Ces révoltes montrent que la légitimité de Darius ne faisait pas l'unanimité, puisque même la Perse se souleva sous la conduite d'un prince se présentant comme le vrai Bardiya. Elles révèlent aussi à quel point l'empire perse n'était politiquement et administrativement pas stable, au point d'éclater à la première succession difficile. Enfin, le poids des tributs et la crainte des noblesses locales de perdre leurs prérogatives face aux dirigeants perses ont joué un rôle non négligeable. Par contre, ces soulèvements ne semblent pas avoir été populaires, ce qui conforte l'image d'une domination perse plutôt bien acceptée par les populations locales.

Réorganisation de l'Empire[modifier | modifier le code]

Darius revoit complètement le système des satrapies, établies par Cyrus. Le tribut de chaque satrapie est fixé par le pouvoir central, et non plus pas le satrape car c'était une des raisons des révoltes du début du règne. Seule la satrapie de Perse est exemptée de tribut. Dans chaque satrapie, la justice est rendue selon les traditions locales ; en Égypte, Darius commande une compilation de tous les textes de loi jusqu'à Amasis. Si chaque satrapie conserve son administration propre, le pouvoir achéménide reste très présent et intervient fréquemment. De même que les Perses n'ont pas diffusé leurs lois, ils n'imposent pas non plus leur langue : c'est l'araméen, lingua franca d'une grande partie de l'empire, qui est utilisée pour les communications entre les satrapies et le pouvoir central, les ordres étant ensuite traduits en langue locale.

Le roi bâtisseur[modifier | modifier le code]

Statue de Darius, Ve siècle avant notre ère, 2,36 m sans la tête. D'abord placée à Héliopolis, elle fut ensuite ramenée à Suse par Xerxès Ier. Conservée au musée national d'Iran.

Après l'écrasement des révoltes, Darius entreprend la construction d'un monument destiné à proclamer sa légitimité, un immense bas-relief sur la falaise de Behistoun. On y voit Darius en Grand Roi écrasant Gaumata, et les neuf rois menteurs enchaînés. Le bas-relief est encadré d'un texte traduit en trois langues, vieux-perse, élamite et babylonien, racontant le renversement de Gaumata, la répression des rois menteurs, et donnant toutes les justifications sur la légitimité de Darius, comme sa lignée et le soutien reçu d'Ahura Mazda.

Darius entreprend d'importants travaux de construction à Suse. Si la ville avait été une capitale pour ses prédécesseurs Cyrus et Cambyse, ils n'y avaient fait aucuns travaux notables et Suse avait conservé son aspect de capitale élamite. Sur l'impulsion de Darius, c'est toute la ville qui est remodelée : de nouvelles fortifications sont élevées, et on construit des terrasses, un apadana, un palais, des maisons, une porte monumentale. Il est probable que les travaux se soient poursuivis pendant tout le règne de Darius et au-delà, car on note l'emploi d'artisans ioniens et cariens déportés après la révolte de l'Ionie ; le plan d'ensemble a cependant certainement été dessiné au début du règne de Darius. Les chantiers s'étendaient sur 70 hectares, dont 12 hectares pour la seule terrasse des palais ; comme à Persépolis, d'immenses terrasses furent construites pour accueillir les palais.

Darius décide de construire une nouvelle capitale : ce sera Parsa (Persépolis en grec). Comme à Suse, les palais seront construits sur une immense terrasse fortifiée de 125 000 m2. On peut dater du règne de Darius : le Trésor, le palais de Darius, le grand escalier sud (remplacé par l'escalier ouest sous Xerxès) et possiblement le Triptylon. Mais comme à Suse, il est probable que l'ensemble du site ait été conçu sous Darius, et que ses successeurs n'aient fait généralement que poursuivre sa vision.

En Égypte, Darius fait remettre en état le canal des pharaons reliant la mer Rouge à Bubastis, dans le delta du Nil, entrepris sous Nékao II. Un temple d'Hibis est construit en son nom dans l'oasis de Kharga, et celui de Nekheb fut reconstruit. À Babylone, on note un palais construit pour Darius. À Jérusalem, alerté par le gouverneur qui s'inquiétait de la ferveur autour de la reconstruction du temple, Darius ordonne la poursuite des travaux, pour lesquels il fait un don. L'immense réseau des routes et postes royales, entrepris sous Cyrus, est poursuivi pour relier l'ensemble des satrapies.

Les conquêtes[modifier | modifier le code]

Les conquêtes de Darius vont se porter vers l'ouest de l'empire; elles apparaissent comme un effort de consolidation et de sécurisation des frontières héritées de Cyrus et Cambyse, plutôt que comme une volonté d'expansion.

Le premier territoire conquis, vers 519 av. J.-C., est Samos qui n'intègre cependant pas l'empire, mais est confiée au tyran Syloson, obligé de Darius. C'est la première incursion des Perses dans la mer Égée.

En 513 av. J.-C., à la suite de la guerre civile de Cyrène, la plus grande partie de la Libye est soumise.

L'expédition en Scythie[modifier | modifier le code]

Également en 513, Darius prend en personne la tête d'une expédition vers la Scythie, dont l'objectif final reste incertain. Selon Hérodote (IV, 87), elle rassemblait 700 000 hommes, accompagnés de 600 navires, les effectifs étant principalement fournis par les cités de l'Hellespont[3]. Darius fait construire un pont de bateaux sur le Bosphore pour faire passer son armée de l'Asie vers l'Europe[4]. Darius soumet alors une partie de la Thrace et les Gètes tandis que sa flotte se dirige vers le Danube. Rejoignant la flotte à l'embouchure du Danube, l'armée s'enfonce en territoire scythe, mais les populations locales, très diverses, résistent tout en refusant l'affrontement ouvert. Darius est finalement obligé de battre en retraite, le Danube marquant ainsi une frontière définitive de l'empire perse. Sur le chemin du retour, la conquête de la Thrace est achevée. Devant la menace, la Macédoine se soumet sans combat et devient un protectorat.

La révolte de l'Ionie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolte de l'Ionie.

En 500 av. J.-C., à la suite de l'appel à l'aide de tyrans de Naxos chassés par leur peuple, le tyran de Milet, Aristagoras, propose au satrape Artaphernès de prendre Naxos, et de là, les Cyclades et l'Eubée. L'expédition est approuvée par Darius, mais des dissensions dans le commandement la font échouer, et pour éviter le châtiment du Grand Roi, Aristagoras se rebelle, déclare l'Ionie indépendante et impose l'isonomie. Il obtient le soutien d'Athènes, qui envoie vingt-cinq navires. La première attaque a lieu en 499 contre Sardes, qui est incendiée mais l'acropole reste imprenable ; les rebelles subissent une lourde défaite près d'Éphèse, et Athènes retire son soutien. Cependant, le soulèvement se propage dans toute la région, de Byzance à la Carie et à Chypre. Après quelques premiers succès contre l'armée perse, le rapport de force s'inverse et les cités retombent aux mains des Perses l'une après l'autre. Aristagoras meurt dans un combat contre les Thraces. La flotte ionienne est finalement vaincue à Ladè en 494, et Milet tombe. Les Perses se montrent impitoyables envers les vaincus.

En 493 av. J.-C., Darius envoie son gendre Mardonios en Asie Mineure, d'où il intègre la Macédoine à l'empire, ainsi que les Bryges et Thasos.

La mer Égée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres médiques.

La conquête de la Grèce se prépare dès 491, pour laquelle toutes les cités d'Asie Mineure sont mises à contribution ; le premier objectif semble être la capture des îles de la mer Égée : Naxos tombe en 490 av. J.-C., puis Délos, Carystos, et l'Eubée. La domination perse sur la mer Égée est ainsi complète. La deuxième partie sera rapidement interrompue : les Perses débarquent dans la plaine de Marathon, où ils sont écrasés par les Grecs coalisés menés par les Athéniens, et doivent battre en retraite. Le peu d'insistance des Perses montre que l'objectif principal de cette expédition était bien la mer Égée et non la Grèce continentale.

L'empire perse a alors atteint son extension maximale.

La mort de Darius[modifier | modifier le code]

La tombe royale de Naqsh-e Rostam.

Hérodote (VII, 1,4) raconte que Darius se met aussitôt à préparer une nouvelle expédition contre la Grèce, qu'il mènerait personnellement, mais il est interrompu par une insurrection en Égypte en 486. Alors qu'il s'apprête à intervenir, Darius meurt de maladie, en novembre 486 av. J.-C.. Il est inhumé dans un tombeau rupestre qu'il avait fait construire de son vivant, à Naqsh-e Rostam.

Son fils Xerxès lui succède à la tête de l'Empire.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Hérodote, III, 80-83
  2. Civilisations disparues : l'empire perse, série documentaire réalisée par Daniel Gerlach, 2010
  3. Hérodote, L'Enquête, IV, 87, passage consultable ici
  4. Hérodote, L'Enquête, IV, 83-89 et 118, passage consultable ici

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]