Première Révolution anglaise

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Gravure allemande représentant la décapitation de Charles Ier d'Angleterre, XVIIe siècle.

La Première Révolution anglaise (appelée English Civil War par les historiens britanniques), dont les épisodes se déroulèrent entre 1642 et 1651[1], est la conséquence de multiples événements passés, de la prise de pouvoir des Stuart sur le royaume d'Angleterre, au règne de Charles Ier. Cet événement aboutira à la mise en jugement du roi Charles Ier, puis à son exécution le 30 janvier 1649 à Whitehall près de Westminster. Cette révolution a aussi pour conséquence l'établissement d'une monarchie parlementaire. Cette révolution est le conflit le plus connu des guerres des Trois Royaumes. Elle est sans doute le commencement de ce qui fera la puissance de l'Angleterre aux XVIIIe et XIXe siècles avec les colonies et la Révolution industrielle.

L'avant-Charles Ier[modifier | modifier le code]

La succession du royaume d’Élisabeth Ire[modifier | modifier le code]

L'Angleterre du XVIe siècle est connue comme le royaume de la reine Élisabeth Ire, reine d'Angleterre et d'Irlande (1558-1603). À sa mort en 1603, n’ayant pas de successeurs propres, la dynastie écossaise Stuart fait aussitôt main basse sur le royaume d'Angleterre. L’accession au pouvoir de James VI, qui deviendra Jacques Ier d'Angleterre, réalise le rêve des Tudors avec l’union des deux royaumes[2]. L’Angleterre sera un grand royaume respecté[3].

Le règne de James Ier ou Jacques Ier[modifier | modifier le code]

En 1603, Jacques VI Stuart, roi d’Écosse, fils de Marie Stuart, élevé dans la religion protestante, succède à Élisabeth Ire comme roi d'Angleterre, d'Écosse, d'Irlande et du Pays de Galles, sous le nom de Jacques Ier. Dès les premiers jours, son règne sur l’Angleterre semble être chaotique. Il est la proie de conspirations catholiques visant à le renverser : le Main Plot (en) et le Bye Plot (en). D’autre part, ceux qui espéraient que la succession s'accompagnerait d'un changement de gouvernement sont déçus lorsque, suivant un accord conclu en secret avec le comte de Salisbury, Jacques conserve les membres du Conseil privé d’Élisabeth, renforcé par quelques membres écossais[4]. De plus, il tente certaines réformes et se met à dos le parlement britannique, comme celle de développer l'union entre les couronnes d'Écosse et d'Angleterre pour créer un royaume unique, sous l'autorité d'un seul roi, avec un seul parlement et une seule loi[5]. Or le Parlement est contre cette réforme et en 1604, il refuse que Jacques prenne le titre de roi de Grande-Bretagne, ce qui n'empêchera pas le roi de s'autoproclamer en octobre 1604 malgré les recommandations des parlementaires[1]. C'est donc un enchaînement de sujet de discorde entre Jacques et les Anglais, déjà défavorables au fait qu'un Écossais dirige leur pays. En plus des problèmes politiques, Jacques Ier mène un train de vie très extravagant, et dilapide les richesses du pays dans ses loisirs[6]. L'impopularité du roi devient de plus en plus forte dans le royaume, impopularité tempérée en 1625 par sa mort et l’avènement de son fils Charles Ier[3].

Le règne de Charles Ier jusqu'en 1642 : la marche vers la guerre civile[modifier | modifier le code]

Charles 1er roi d'Angleterre.

Depuis 1603, un même roi règne sur l'Angleterre, le pays de Galles et l'Écosse. Toutefois, l'Écosse et l'Angleterre étaient toujours deux royaumes distincts, disposant chacun d'un parlement propre. Charles Ier, roi depuis 1625, désire réaliser le rêve de son père Jacques Stuart : unifier l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande dans un même royaume[7]. Ces aspirations inquiètent certains Anglais qui craignent pour leurs droits. En effet, Charles, comme son père, se réclame du droit divin, et n'accepte pas les limites que la tradition impose au roi d'Angleterre. D'autres événements contribuent à tendre la situation. En 1625, Charles épouse Henriette-Marie de Bourbon, une catholique, dans un pays à large domination anglicane.


Jusqu'en 1627 : premiers sujets de discorde[modifier | modifier le code]

En 1627, le favori du roi, le duc de Buckingham échoue lors d'une expédition destinée à rompre le siège de La Rochelle ; le parlement entame alors contre lui une procédure d’« impeachment ». Le roi y répond par la dissolution du parlement[7]. Le nouveau parlement lui demande de signer la Pétition des droits en mai 1628[7]. Charles accepte, car il a besoin du soutien du parlement pour pouvoir lever de nouveaux impôts.

1627-1640 : le règne solitaire de Charles[modifier | modifier le code]

Charles, qui n’a besoin du parlement que pour lever des impôts, a besoin d'argent, mais sait qu'il ne peut compter sur un réel soutien de la part des parlementaires, s'abstient de convoquer un parlement. Il a recours à des moyens détournés pour tenter d'augmenter ses revenus. Ces procédés ne sont pas illégaux, mais sont perçus comme contraires aux libertés, et entretiennent des rancœurs.

Des réformes religieuses suscitent également des hostilités. En Angleterre, les puritains accusent sans raison Charles de vouloir rétablir le catholicisme[7] et protéger les rentes de situation par des monopoles.

En Écosse, les dissensions sont plus graves encore. La politique des plantations en Irlande déclenche la colère. Expropriés, des milliers d'Irlandais ont dû migrer dans les années 1630, comme engagés volontaires, sur la petite île antillaise de la Barbade. Il a été calculé qu'en 1641 près de 125 000 colons s'étaient installés en Irlande. Ces spoliations exacerbent les tensions avec les Écossais qui avaient émigré au début des années 1600 en Irlande. Charles Ier est accusé de favoriser les hommes de cour. Un de ses proches, Thomas Wentworth, Lord Deputy d'Irlande depuis 1632, accéléra les plantations en Irlande, déclenchant en 1639 les guerres des évêques en Écosse qui conduisent à son exécution en 1641 par le parlement[8].

Charles, voulant unifier les pratiques religieuses de ces deux royaumes, cherche à imposer en Écosse un nouveau livre de prières sur le modèle anglican[9]. L'entreprise aboutit à des émeutes qui s'enveniment ; la guerre civile éclate et les insurgés écossais connaissent des succès.

1640-1641 : nouveaux parlements, nouveaux conflits[modifier | modifier le code]

En 1640, pour faire face à la rébellion, Charles a besoin de lever de nouveaux impôts. Un nouveau parlement est convoqué. Celui-ci profite de l'occasion pour exposer ses griefs au roi, qui le dissout au bout de quelques semaines, c'est le court parlement. Charles reprend donc la guerre en Écosse sans nouveaux moyens financiers. Mais, face à une situation financière intenable, il se résigne en novembre à convoquer un nouveau parlement.

Le nouveau parlement se montre encore plus hostile envers Charles : il fait passer plusieurs lois destinées à défendre ses droits contre le pouvoir royal, notamment la Grande Remontrance. Le parlement interdit notamment au roi de le dissoudre[8]. À partir de ce moment on proposera au Roi différentes avenues possibles pour envisager une issue au conflit. Le roi s'opposera à chacune des propositions qui lui seront faites jugeant qu'elles menacent l'institution royale et c'est précisément pour ces raisons que la guerre éclatera[1].

Première guerre civile (1642-1646)[modifier | modifier le code]

Les positions royalistes sont en rouge et les parlementaires, en vert (1642-1646).
Bataille de Naseby, le 14 juin 1645, où la victoire des Parlementaires sur les Royalistes a marqué un tournant décisif dans la guerre civile anglaise.
Olivier Cromwell succède au roi Charles 1er avec le titre de Lord Protector.

La Première guerre civile a lieu de 1642 à 1646. Le long parlement contourne la volonté du roi et monte une armée dirigée par le comte d'Essex (en), afin de contrer une invasion écossaise ainsi que les actions de reprise de pouvoir du roi par les Royalists.

Parmi les forces royalistes se distingue un neveu du roi le prince Rupert. Charles Ier disposait de près de 10 000 hommes, mercenaires pour la plupart, dont la solde posait un problème financier aigu. Parmi les forces parlementaires, il y avait un puritain représentant au Parlement, Oliver Cromwell. Ce dernier fut graduellement pressenti comme un successeur possible à Charles 1er notamment pour ses vertus militaires[1]. En effet, suite aux tournures des débuts de la Première guerre civile, la New Model Army est constituée par le Parlement grâce à l'arrivée des Écossais. C'est Cromwell qui semblait au yeux du Parlement le meilleur pour accomplir cette tâche et il mit en place l'Armée nouveau modèle (New Model Army, composée de soldats professionnels soudés par une foi intense, dont le fer de lance étaient les célèbres régiments de cavalerie des « Têtes rondes »). De ce moment débute l’ascension de Cromwell vers le pouvoir[1].

D'octobre 1642 à octobre 1643, pendant cette période d'un an, les Royalistes remportèrent plusieurs succès, s'emparant notamment de Bristol, du Yorkshire et de la Cornouaille. Toutefois, leurs victoires de Edgehill en octobre 1642 et de Newbury ne furent pas décisives, et Londres resta hors d'atteinte. La fortune changea de camp lorsque les Écossais rejoignirent le camp des Parlementaires dirigés par Olivier Cromwell[1], en échange de la promesse d'établir un système presbytérien en Angleterre. Leur aide permit à Oliver Cromwell de battre les Royalistes à Marston Moor en juillet 1644 et à la seconde bataille de Newbury en octobre 1644. Défait successivement à Naseby en juin et à Langport en juillet 1645, dans l'incapacité financière de lever d'autres troupes, Charles Ier choisit de se rendre aux Écossais en mai 1646[3].

Deuxième guerre civile (1648-1649)[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre civile, le Parlement (dont les effectifs avait diminué au point de ne compter guère plus de 150 députés) avait disposé tant de pouvoirs législatifs que de pouvoirs exécutifs. Ses décisions étaient prises sous forme d'ordonnances ayant force de loi. Après la mort de John Pym en décembre 1643, qui avait fait figure de chef virtuel de la révolution, le centre de gravité des Communes avait glissé vers les éléments les plus intransigeants qui réclamaient une totale liberté de conscience, une Église décentralisée, sans évêque ni tutelle royale. L'indépendance totale de chaque paroisse en serait le principe de base. Hostiles à tout compromis avec le roi, les indépendants voulaient arriver jusqu'à l'abolition pure et simple de la monarchie. La réforme de l'Église fut mise en œuvre petit à petit : l'exécution de William Laud en janvier 1645 fut un symbole, mais la mesure essentielle fut la suppression de l'épiscopat[8]. Alors que Charles Ier tentait de négocier, le roi rejeta en août 1647 un projet constitutionnel soumis par le gendre de Cromwell, Henry Ireton, qui lui retirait tout contrôle sur l'armée et la politique étrangère. Pour sortir de l'impasse, Charles Ier se réconcilia avec les Écossais : il envahit l'Angleterre en avril-mai 1648. Cette seconde guerre civile s'acheva dès le mois d'août par la victoire de Cromwell sur les Écossais à Preston[3].

L'exécution du roi[modifier | modifier le code]

Le Parlement décide finalement et unilatéralement de faire un procès au roi. Bien entendu, Oliver Cromwell, qui prend de plus en plus de place au pouvoir, est conduit à accepter ce procès et à y participer[1]. Le procès a lieu du 20 au 27 janvier 1649 devant un tribunal spécial, choisi par les quelque soixante députés siégeant encore aux Communes (Parlement croupion). La condamnation de « Charles Stuart » pour haute trahison est acquise d’avance. Cromwell et d'autres têtes d'affiche du pouvoir signeront la condamnation à mort du roi Charles[1]. Il est décapité à Whitehall, près de Westminster, le 30 janvier 1649, à l'âge de 48 ans.

Une semaine plus tard, le 6 février, la Chambre des lords est supprimée et, le 8, la royauté abolie[10].

Troisième guerre civile (1649-1651)[modifier | modifier le code]

La troisième guerre civile a lieu de 1649 à 1651. Tandis que la conquête cromwellienne de l'Irlande continue, une partie de la New Model Army est rappelée en Écosse afin de lutter contre les Covenanters, au début de la troisième guerre civile. Charles II est en exil et a été couronné en Écosse[1]. Il s'efforce de prendre le commandement des armées écossaises.

Le nouveau pouvoir et le premier Protectorat[modifier | modifier le code]

En marge de la 3e guerre civile la mort du roi doit fixer de nouvelles balises géo-politiques pour le Royaume d'Angleterre et Cromwell qui, tout au long des premières années de la révolution, a gravi les marches du pouvoir semble naturellement désigné pour occuper la tête du nouveau gouvernement anglais.

Le roi Charles II exilé et couronné en Écosse sous le Lord Protecteur. Roi d'Angleterre sous la Restauration.

Par contre le titre que doit prendre Cromwell semble ambigu. Il opte pour celui de Lord Protector qui avait existé sous la monarchie. Une fois les bases du gouvernement et son chef établit Cromwell définit avec le Parlement le premier Protectorat qui régnera presque jusqu'à la fin de la révolution en faisant définitivement de l'Angleterre une République tout comme Venise en Europe continentale. Un texte officiel fixera les lois fondamentales de la République un peu à la manière des actuelles constitutions[11],[1].

La fin de la révolution, la mort de Cromwell et la Restauration[modifier | modifier le code]

À la fin de la révolution, il semble que les parlementaires aient suggéré que Cromwell deviennent roi afin de remplacerait le Protectorat par une nouvelle forme de monarchie[12]. Il refuse et meurt presque aussitôt après des troubles rénaux en 1658. Son fils prendra la relève jusqu’en 1661, année où la solution aux problèmes idéologiques de la révolution sera la restauration de la monarchie, des Stuarts et de Charles II[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Bernard Cottret, Cromwell, Paris, Fayard, , 542 p. (ISBN 978-2-21302-951-1).
  2. Gérard Hocmard, La Grande-Bretagne, Paris, Presses Universitaires de France, 2013, 396 p., (ISBN 978-2-13062-532-2).
  3. a, b, c et d Philippe Chassaigne, Histoire de l’Angleterre, Paris, Flammarion, , 608 p. (ISBN 978-2-08121-132-2)
  4. Lucien Bély, L’Art de la paix en Europe : naissance de la diplomatie moderne, XVIe ‑ XVIIIe siècle, Paris, Presses Universitaires de France, 2015, 752 p., (ISBN 978-2-13073-896-1).
  5. Histoire du Royaume-Uni : une anthologie du XVIe au XXe siècle, Paris, Bréal, 2001, 407 p., (ISBN 978-2-84291-750-0).
  6. (en) Lacey Baldwin Smith, English History Made Brief, Irreverent, and Pleasurable, Chicago, Chicago Review Press, 2006, 275 p., (ISBN 978-0-89733-630-7)
  7. a, b, c et d Histoire politique de l’Europe, Éditions OPHRYS, 2007, (ISBN 978-2-20800-824-8), p. 115.
  8. a, b et c (en) David C. Wallace, Twenty-Two Turbulent Years 1639-1661, Fast-Print Publishing, 2013, (ISBN 978-1-78035-660-0), 201 p., p. 9.
  9. Thomas Hobbes, Œuvres, vol. 12, no 1, Franck Lessay éd., Paris, Vrin, 1993, (ISBN 978-2-71162-125-5), 236 p., p. 53.
  10. Quentin Skinner, La Liberté avant le libéralisme, Paris, Seuil, 2000, note 43, 131 p., (ISBN 978-2-02036-751-6).
  11. (en) « Gardiner : Constitutional Documents of the Puritan Revolution », sur www.constitution.org (consulté le 15 janvier 2016)
  12. (en) Barry Coward, The Cromwellian Protectorate, Manchester University Press, 2002, (ISBN 978-0-71904-317-8), 248 p., p. 101.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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