Bataille de Gaugamèles

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Bataille de Gaugamèles
Description de cette image, également commentée ci-après
Jan Brueghel l'Ancien, La Bataille de Gaugamèles, 1602.
Informations générales
Date
Lieu Plaine de Gaugamèles
Issue Victoire décisive d'Alexandre
Belligérants
Royaume de Macédoine
Ligue de Corinthe
Empire perse achéménide
Commandants
Alexandre le GrandDarius III, Bessos, Mazaios
Forces en présence
40 000 hommes
(35 000 fantassins et 5 000 cavaliers)
Environ 52 000[1]-100 000[2] (estimation moderne) environ 250 000 hommes[3]
(230 000 fantassins ?, 15 000 cavaliers, 200 chars à faux et 15 éléphants de guerre) (sources anciennes)
Pertes
500 tués et 3 000 blessés[4]50 000 tués ou blessés[4]

Guerres d'Alexandre le Grand

Batailles

Campagne d'Alexandre dans les Balkans

Campagnes perses d'Alexandre

Campagne indienne d'Alexandre
Coordonnées 36° 21′ 36″ nord, 43° 15′ 00″ est

Géolocalisation sur la carte : Irak

(Voir situation sur carte : Irak)
Bataille de Gaugamèles

Géolocalisation sur la carte : Moyen-Orient

(Voir situation sur carte : Moyen-Orient)
Bataille de Gaugamèles

La bataille de Gaugamèles s'est déroulée le Elle est l'affrontement décisif entre l'armée d'Alexandre le Grand et celle de Darius III. Lors de cette bataille, considérée comme l'une des plus importantes de l'Antiquité par les forces impliquées, le royaume de Macédoine vainc définitivement l'empire achéménide. Cette bataille est parfois, quelque peu abusivement, appelée bataille d'Arbèles en référence à la cité d'Arbèles / Adiabène (Erbil dans le Kurdistan actuel), située à 100 km environ du champ de bataille.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

L'armée macédonienne débarque en Asie Mineure en mai 334 et défait les satrapes sur les rives du Granique. En novembre 333, l'armée perse, commandée par Darius en personne, est vaincue à la bataille d'Issos dans la Cilicie antique. Alexandre entame alors la conquête de la Phénicie et de l'Égypte. Puis au printemps 331, l'armée macédonienne marche vers l'Euphrate qui est traversé, sans réelle opposition, fin juillet.

Darius décide de former une armée afin de remporter la bataille décisive. Aussi Alexandre, au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial, remonte vers le nord et franchit le Tigre en septembre 331. Après plusieurs jours de marche, Alexandre apprend que l'armée perse, bien supérieure en nombre, l'attend dans la plaine de Gaugamèles à une centaine de kilomètres d'Arbèles.

Ses plus anciens officiers, en particulier Parménion, inquiets de la difficulté qu'il y aurait à repousser en plein jour une armée si nombreuse, conseillent Alexandre d'attaquer les ennemis pendant la nuit mais Alexandre leur répond qu'il ne souhaite pas « dérober la victoire »[5]. Certains n'approuvent pas ce choix et sont encore plus préoccupés lorsque Alexandre, contre sa coutume, dort d'un sommeil profond la veille du combat, comme s'il avait déjà vaincu[5]. Lors de la bataille, les soldats observent une éclipse lunaire.

Déroulement de la bataille[modifier | modifier le code]

Ordre de bataille[modifier | modifier le code]

La bataille a lieu dans la plaine de Gaugamèles[6], dans le Nord de l'Irak actuel, même si la localisation exacte de la bataille n'est pas clairement établie, on situe généralement le site à l'est de la ville de Mossoul[7].

Darius, ayant intégré les causes de sa défaite à la bataille d'Issos, a choisi un terrain plus favorable : une grande plaine régulière, dont il a fait nettoyer les cailloux afin que la cavalerie et les chars à faux puissent manœuvrer plus facilement. Il a fait également planter des piques de fer dans le sol afin de blesser les chevaux adverses[8][réf. non conforme].

Avec près de 277 000 fantassins, 23 000 cavaliers, 200 chars et 15 éléphants de guerre[9], Darius compte profiter d'une large supériorité numérique, six fois plus grande que les forces opposées, malgré l'hétérogénéité de son armée ; car contrairement à Issos où il n'avait aligné que des Perses (mis à part les mercenaires grecs), à Gaugamèles il oppose à Alexandre des soldats venus de tout l'Empire[10]. Alexandre aligne 40 000 soldats, dont 31 000 phalangites, et 7 000 cavaliers, certes moins nombreux que les Perses mais parfaitement entraînés et équipés.

Ne pouvant contourner l'immense formation perse en utilisant sa tactique habituelle du marteau et de l'enclume[11], Alexandre doit déployer son armée différemment de la stratégie habituelle. Il décide d'utiliser un placement en échelon, exceptionnel à l'époque, qui doit lui permettre d'occuper le maximum de terrain et de prendre à revers les flancs adverses : les troupes sont donc positionnées décalées les unes par rapport aux autres. Les phalanges sont organisées en carré de 256 hommes (16 hommes sur 16 lignes) avec les combattants les plus aguerris aux premières lignes.

Comme de coutume, Alexandre place au centre de son dispositif la phalange, protégée sur son flanc gauche par les hoplites et les peltastes, et sur son flanc droit par les hypaspistes. Alexandre répartit la cavalerie sur les flancs. Il mène le flanc droit à la tête de la cavalerie lourde des Compagnons et de frondeurs d'élite cachés par ceux-ci. Quant au flanc gauche, formé des cavaliers thessaliens et thraces, il est lui commandé par Parménion[12].

Alexandre participe donc directement aux combats sur son cheval Bucéphale comme pour toutes ses batailles, alors que Darius, lui, commande son armée depuis l'arrière juché sur un char.

Engagement[modifier | modifier le code]

Étirement du front.

Darius est le premier à faire avancer ses troupes[13]; il envoie sa cavalerie sur le flanc macédonien le plus replié, là où elle peut manœuvrer au mieux. Cette tactique a été prévue par Alexandre qui en profite pour partir sur sa droite tout en restant à distance. Le front s'étend alors en largeur et nécessite qu'une partie des troupes perses suive le déplacement de la cavalerie d'Alexandre.

Darius envoie ses chars à faux dans le but de vaincre rapidement le centre adverse. La phalange macédonienne repousse la charge en s'écartant à l'arrivée des chars, créant de petites « souricières » dans la formation du front[8]. Les chevaux, par instinct, se précipitent vers ces ouvertures plutôt que d'entrer de plein fouet sur les phalangites qui pointent leurs sarisses. Les conducteurs de chars sont rapidement mis hors de combat. Le roi perse, voyant ses unités montées en difficulté, lance une grande partie de son infanterie légère dans la mêlée.

Mouvement décisif[modifier | modifier le code]

Percée décisive.

Pendant ce temps, Alexandre à la tête des Compagnons a tellement étendu le front perse qu'il n'est plus solidaire. Darius remarque ce mouvement mais fait poursuivre le jeune roi. Alors que les deux colonnes de cavalerie allaient se rencontrer, Alexandre change soudain de direction, découvrant les peltastes d'élite (les Agrianes) qui attaquent et bloquent aussitôt la cavalerie perse, et fonce sur le centre dégarni de l'armée perse où se trouve Darius. En effet, compte tenu des effectifs, Alexandre avait prévu de se lancer dans un combat entre lui et Darius afin qu'une fois le roi perse mort, son armée se rende.

Aide à Parménion[modifier | modifier le code]

Aide à Parménion.

Néanmoins sur le flanc gauche macédonien, pendant que la percée est un succès, les combats tournent à l'avantage des Perses, sous l'action du satrape Mazaios[8] qui parviennent à créer une brèche jusqu'à l’arrière-garde de Parménion. Au centre, Alexandre, sa cavalerie et une partie de l'infanterie légère, qui a réussi à repousser les charges de l'armée perse, foncent sur Darius. Le roi perse prend la fuite et quitte le champ de bataille suivi par sa garde.

Alexandre doit choisir entre la poursuite de Darius ou aider ses troupes. Faisant le choix de la raison, il abandonne la poursuite pour venir en aide à son flanc gauche malmené.

Les ordres de repli ont du mal à parvenir à toute l'armée perse et les combats se poursuivent donc durant plusieurs heures, s'achevant sur la victoire complète de l'armée macédonienne.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Darius parvient à s'enfuir vers Arbèles avec son bataillon d'Immortels et des cavaliers de Bactriane mais abandonne son trésor, estimé à 4 000 talents (entre 75 et 100 tonnes d'argent) et ses armes personnelles[8]. Alexandre se lance à sa poursuite, frustré de ne pas avoir réussi à tuer le Grand Roi. Mais entendant l'appel de Parménion qui continue de se battre contre les cavaliers de Darius, il décide d'abandonner la poursuite pour se porter à son secours.

À la suite de cette victoire, Alexandre est couronné roi d'Asie lors d'une cérémonie fastueuse célébrée à Arbèles, puis il entre en vainqueur dans Babylone en octobre 331. Darius meurt quelque temps après dans les montagnes de Médie, assassiné par ses satrapes en juillet 330.

Le satrape Mazaios, bien qu'ayant eu de hautes fonctions sous Darius, se met par la suite au service d'Alexandre, provoquant une certaine incompréhension pour les proches d'Alexandre. À la suite de l'échec stratégique des chars à faux, cette arme ne joue plus de rôle déterminant sur un champ de bataille.

Dans l'art et la culture[modifier | modifier le code]

Détail de la La Bataille d'Arbèles, Charles Le Brun, 1669, musée du Louvre.
Détail de la Bataille de Gaugamèles, XVIIIe siècle, musée archéologique de Madrid.

La bataille de Gaugamèles a été peinte par Jan Brueghel l'Ancien (La Bataille de Gaugamèles) en 1602. Elle a également été peinte par Charles Le Brun en 1669 : La Bataille d'Arbélès est une commande de Louis XIV parmi d'autres ayant pour thème les grandes batailles d'Alexandre[14]. Ce tableau a inspiré d'autres œuvres dont un bas-relief en ivoire du XVIIIe siècle, exposé au musée archéologique national de Madrid.

La bataille est représentée assez fidèlement dans le film Alexandre réalisé par Oliver Stone en 2004. Elle constitue toutefois la synthèse des trois principales batailles livrées par Alexandre contre les Perses (Granique, Issos et Gaugamèles).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'après Delbrück[réf. non conforme]
  2. http://www.eyewitnesstohistory.com/alexander.htm
  3. Le montant des effectifs de l'armée perse, sujet à débat, est basé sur un consensus entre les historiens modernes ; les auteurs antiques mentionnent par exemple que l'armée perse compte entre 800 000 et 1 000 000 hommes, sachant qu'ils ont tendance à largement exagérer le montant des troupes perses afin d'embellir la victoire macédonienne. Certains historiens avancent un effectif de 300 000 perses. Ce montant paraît être un maximum étant donné les problèmes logistiques posés par l'approvisionnement des troupes.
  4. a et b (en) Nick Welman, Batailles principales et Armée. Fontys Hogescholen.
  5. a et b Plutarque, Vie d’Alexandre le Grand.
  6. Selon Plutarque, Vie d’Alexandre le Grand, le nom de Gaugamèles signifie en langue persane la « maison du chameau ».
  7. 36° 21′ 36″ N, 43° 15′ 00″ E.
  8. a b c et d Pierre Briant, Alexandre le Grand, de la Grèce à l'Inde, Gallimard, 1987.
  9. Il convient de rappeler que ces chiffres sont à prendre avec précaution.
  10. L'Empire perse étant très étendu, les soldats de l'armée sont de culture, de langue et d'ethnie différentes. Leur armement et leurs techniques de combats sont également différentes.
  11. La formation d'Alexandre s'étale sur 2 km et la formation de Darius sur 4 km.
  12. Pour l'ordre de bataille des troupes macédoniennes voir Diodore, XVII, 57 ; Arrien, III, 5.
  13. Pour l'imposant dispositif de Darius voir Arrien, III, 5 ; récit d'après Aristobule qui cite des documents perses saisis après la victoire.
  14. Chantal Grell, « Pour Louis XIV, modèle ou repoussoir ? », Alexandre le Grand : 15 ans qui ont bouleversé le monde, Éditions de la République, 2018, p. 138.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Briant, Alexandre le Grand, de la Grèce à l'Inde, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 27), 2005. (Nouvelle édition de l'ouvrage paru en 1987 sous le titre De la Grèce à l'Orient : Alexandre le Grand) ;
  • Antonis et Pavlo Georgakis, Arbèles, Socomer, coll. « Les grandes batailles de l'histoire », 1989 ;
  • Paul Goukowsky, Alexandre et la conquête de l'Orient dans Le Monde grec et l'Orient, II, PUF, 1975 ;
  • (en) Peter Green, Alexander to Actium: The Historical Evolution of the Hellenistic Age, 1990 ;
  • (en) N. Sekunda et J. Warry, Alexander the Great: His Armies and Campaigns 334-323 BC, Londres, 1998.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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