Philippe II (roi de Macédoine)

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Philippe II
Φίλιππος
Illustration.
Médaillon de victoire à l'effigie de Philippe II, trésor de Tarse, IIIe siècle av. J.-C.
Titre
Roi de Macédoine
Prédécesseur Perdiccas III
Successeur Alexandre III
Biographie
Dynastie Argéades
Date de naissance
Lieu de naissance Pella
Royaume de Macédoine
Date de décès (environ 46 ans)
Lieu de décès Æges
Royaume de Macédoine
Nature du décès Assassinat
Père Amyntas III
Mère Eurydice
Fratrie Alexandre II
Perdiccas III
Euryone
Conjoint Phila
Audata
Philinna
Olympias
Nicesipolis
Meda (en)
Cléopâtre
Enfants avec Phila :
Caranos
avec Audata :
Cynané
avec Phillina :
Philippe III
avec Olympias :
Alexandre le Grand
Cléopâtre
avec Nicesipolis :
Thessaloniké
avec Cléopâtre :
Europa
Religion Religion grecque antique
Résidence Pella
(Royaume de Macédoine)

Philippe II (en grec ancien : Φίλιππος / Phílippos), né en , mort assassiné en , est un roi de Macédoine de la dynastie des Argéades qui règne entre et . Il est le père d'Alexandre le Grand.

Promoteur de profondes réformes politiques et militaires qui ont permis l'émergence de la Macédoine, il soumet les cités grecques, dont Athènes et Thèbes, et prépare l'expédition contre les Perses achéménides qu'Alexandre dirige après sa mort.

Règne[modifier | modifier le code]

Buste de Philippe II datant de l'époque hellénistique.

Naissance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Philippe est l'un des trois fils du roi Amyntas III et d'Eurydice. Par son ancêtre légendaire Caranos, fondateur de la dynastie argéade, il descendrait d'Héraclès. Cette tradition est notamment rapportée par Isocrate dans son Discours à Philippe, ou de façon postérieure par l'historien Plutarque dans la Vie d'Alexandre. Se prévaloir d'une ascendance divine est un élément courant de propagande chez les monarques antiques.

A la mort de son père en 370 ou 369 av. J.-C., c'est son frère aîné Alexandre II qui est proclamé roi de Macédoine. Menacé par le Illyriens, il finit par les vaincre grâce à l'aide des Athéniens. Mais il intervient ensuite dans un conflit en Thessalie, ce qui provoque une réaction hostile de la principale puissance régionale, la cité de Thèbes, qui le contraint à abandonner l'alliance athénienne à leur profit. Cette alliance est scellée par l'envoi de plusieurs otages, dont son plus jeune frère. En 369 ou 368 av. J.-C. alors qu'il est âgé de 14 ans, Philippe est donc envoyé en otage à Thèbes en Béotie. Bien traité, il y aurait appris l'art de la guerre en observant Épaminondas, le plus célèbre des généraux thébains, le vainqueur des batailles de Leuctre et de Mantinée. Il y reste pendant 3 ans ou jusqu'à la troisième année selon la traduction faite du terme "trienno" utilisé par Justin, soit jusqu'en 367, 366 ou avant J.-C.. Il rentra donc après la mort de son frère Alexandre II, assassiné par leur beau-frère Ptolémée. Perdicas III succède à Alexandre II mais ne récupére complètement la couronne qu'après la mort de Ptolémée qu'il fit vraisemblablement assassiné en 366 ou 365 av. J.-C.

Prise du pouvoir[modifier | modifier le code]

Philippe prend le pouvoir à la mort de son frère Perdiccas III en 360 ou  : il épouse la veuve de celui-ci, Phila, conformément à la coutume, puis il est désigné comme tuteur de son neveu, le fils mineur de Perdicas, Amyntas IV, qu'il écarte un peu plus tard en se faisant proclamer lui-même roi par l'assemblée du peuple macédonien, probablement en 357 avant J.-C.

Lors de son accession au pouvoir, Philippe II affronte une situation difficile, puisque la survie du royaume de Macédoine est directement menacée par les Illyriens. En outre, les Péoniens et les Odryses de Thrace, profitant de l'anéantissement de l'armée macédonienne, envahissent les régions orientales de la Macédoine. Enfin, les Athéniens soutiennent le prétendant Argaios II, qui avait déjà pris le pouvoir au cours du règne de Perdicas III débarquent à Méthone en Piérie. Usant de diplomatie, Philippe repousse la menace des Péoniens et des Thraces en leur promettant un tribut. Puis, il défait les 3 000 Hoplites athéniens qui avaient rejoint l'armée d'Argaios qui est tué pendant, ou juste après, la bataille.

Philippe doit néanmoins se résoudre à accepter la suzeraineté de Bardylis, roi des Illyriens, dont il épouse la fille, Audata. Il conclut également un traité de paix avec Athènes, à qui il restitue la ville d'Amphipolis qu'il avait conquise. Philippe décide ensuite de s'affranchir de la tutelle des Péoniens et des Illyriens. Il combat d'abord, et vainc, les Péoniens avant d'attaquer l'armée de son beau-père, le roi Bardylis, qui est battu et tué en 358 av. J.-C..

Les réformes de Philippe II[modifier | modifier le code]

Philippe II de Macédoine hérite en 359 av. J.-C. d’un royaume affaibli, du fait principalement de l’absence d’unité entre ses trois ou quatre principales composantes, le royaume historique, les territoires sur l’Axios conquis par Alexandre Ier et les anciens royaumes de Macédoine (Elimée, Lyncos, Orestide, Typhée-Paravée). La fragilité de la Madécoine s’explique aussi par les querelles dynastiques et aux velléités des cités macédoniennes de s’affranchir du pouvoir central.

Philippe II va, pendant les vingt-quatre ans de son règne, asseoir la puissance de la Macédoine grâce à un pouvoir central renforcé, soutenu par une armée réformée et à une refonte de l’administration locale. Il a, pour cela, mis en place un certain nombre de réformes clés.

Lorsque Philippe II arrive au pouvoir, ce dernier se retrouve avec une armée anéantie à la suite des affrontements avec les Illyriens. Dans l’optique de renforcer la position de la Macédoine sur l’échiquier politique de la Grèce, il entreprend de vastes réformes militaires. Inspiré par le modèle thébain d’Epaminondas, il va commencer par professionnaliser l’armée macédonienne. En effet. l’idée d’avoir une armée permanente s’inspire du bataillon sacré thébain, seule unité véritablement professionnelle de l’armée civique de Thèbes qui démontre sa supériorité lors de la bataille de Leuctres en face aux Spartiates.

Les réformes concernant l’infanterie se situent dans la composition de l'équipement mais également dans les tactiques de combats utilisées. Le soldat macédonien se voit doter d'un armement défensif plus léger que l'hoplite. Ces changements se traduisent par un abandon de la cuirasse en bronze (dorénavant réservée aux officiers) au profit d’un linothorax (cuirasse en lin). Le bouclier rétrécit, passant de 90 cm de diamètre à 60 cm permettant de rendre les formations plus compactes. On constate également un abandon du casque corinthien pour un modèle plus léger basé sur le casque phrygien, seules subsistent les jambières (cnémides). Pour ce qui est de l’armement offensif, véritable enjeu de la réforme, les phalanges macédoniennes se voient dotées d’une sarisse, une lance dont la longueur varie à l'époque entre 4,50 m et 5,50 m. La phalange macédonienne, par la légèreté de son équipement en comparaison des phalanges hoplitiques (dont la panoplie pèse 35 kg) peut se déplacer plus rapidement et avec plus de fluidité, ce qui apportait un avantage tactique décisif lors des affrontements. D’après Polybe[A 1], la phalange macédonienne se forme sur 16 rangs contre 8 pour les phalanges hoplitiques, sur les 16 rangs seuls les 5 premiers abaissent leurs sarisses. Enfin Philippe II s’inspire encore des Thébains en reprenant l'ordre oblique mise au point par Épaminondas. Les effectifs de l’infanterie de l’armée de Philippe II augmentent grandement au cours de son règne, passant de 10 000 hommes en 359 à presque 30 000 lors de la bataille de Chéronée en 338.

Cependant les réformes militaires ne concernent pas seulement la phalange. En effet, la cavalerie macédonienne se retrouve elle aussi fortement remaniée. On constate au cours du règne de Philippe II que les effectifs de la cavalerie augmentent fortement passant de 300 lorsqu’il prend la tête du royaume en 359, à près de 3 000 lors de la bataille de Chéronée en 338. Le cavalier macédonien, le Compagnon ou (hétaire), généralement de l'aristocratie, est plus lourdement équipé que ses homologues grecs. La formation en pointe présente également l'avantage de garder une cohésion d'ensemble lors des manœuvres. Philippe II a également augmenté le potentiel de sa cavalerie en répartissant cette dernière au sein d'unités tactiques (ilai) comptant 300 cavaliers environ. Un dernier élément est introduit dans l’art de la guerre par la mise en place d’une réserve. La réserve consiste à ne pas déployer d’entrée l’ensemble des troupes disponibles mais à en économiser une partie pour qu'elle soit utilisée pour l’attaque décisive.

Il a également pu augmenter la vitesse de déplacement de son armée à 35 miles par jour, en s’affranchissant du transport du ravitaillement et en excluant les serviteurs. Il a entretenu une armée dont les effectifs ont pu atteindre jusqu'à 30 000 hommes sur le terrain. L'armée macédonienne comptait ainsi plus de soldats que n'importe lequel de ses adversaires en Grèce. Ce noyau macédonien était soutenu par une cavalerie légère de Thessalie, des frondeurs professionnels, de l'infanterie légère, des archers et des lanceurs de javelot. Philippe disposait également d'un impressionnant train de siège et était capable de capturer un certain nombre de villes beaucoup plus rapidement que cela n'avait été le cas plus tôt dans l'histoire grecque. Cette réforme militaire, qui se fait progressivement au cours du règne de Philippe II, est en partie responsable des succès de l'armée macédonienne durant l'expédition d'Alexandre le Grand[1].

Cette réforme militaire eut des retombées politiques majeures avec l'élargissement d'une forme d'aristocratie, plus directement dépendante de Philippe II. Il augmenta notamment le nombre d'hétairos, les compagnons, ce qui lui permit de réduire l'influence, et les ambitions des vieilles familles aristocratiques. Pour se prémunir de la menace que pourrait représenter ce corps élargi, il permit au peuple de participer à la vile militaire et politique du royaume. Il mit en place une assemblée du peuple, qui se réunissait au moins deux fois par an et offrait ainsi un contrepoids aux Compagnons et autres conseillers qui auraient la tentation d'outrepasser leur rôle. Cette évolution des organes politiques centraux s'est appuyée sur des réformes à l'échelon locales, nécessaires pour créer un état homogène. Il concentra son action sur un territoire susceptible d'atteindre cette homogénéité et maintient à l'état de colonies les possessions macédoniennes qui dépassaient ces frontières. Justin décrit la méthode retenue par Philippe II pour créer cette homogénéité. Il utilisa les déplacements de population, aucun n'étant finalement attaché à une terre, et tous étant mélangés. Les différentes populations peuplant les cités du royaume de Macédoine bénéficiaient des mêmes droits civiques. Philippe II divisa le Royaume de Macédoine en quatre régions : la Haute-Macédoine, la Bottie, la l'Amphaxitide et la vallée du Strymon. Chaque région, appelée ethnos, fonctionnait sur le même modèle que le royaume avec un chef et une assemblée. Toutes ses mesures visaient à renforcer le pouvoir du roi. Celui-ci bénéficia également des richesses obtenues lors de conquêtes en augmentant la puissance économique de Philippe II dont les rentrées d'argent étaient limitées aux droits de douane et l'exploitation des terres royales. L'exploitation de nouvelles mines d'or lui permirent de frapper de nouvelles monnaies, dont le philippeion ou l'étalon-attique.

Renforcement de la Macédoine[modifier | modifier le code]

Philippe estime que la Macédoine doit lutter contre la menace des peuples voisins, Péoniens et Illyriens notamment. Fort d’une armée qu'il a reformée, Philippe affronte et vainc d'abord les Péoniens qui menacent le Nord de la Macédoine. Au printemps , il remporte une grande victoire sur les Illyriens. Bardylis, le roi illyrien des Dardaniens, est tué et ses troupes sont massacrées dans la vallée de l’Érigon. La frontière avec l’Illyrie est repoussée au-delà du lac Lychnidos (lac d'Ohrid)[2]. En Haute-Macédoine, Philippe impose son autorité en éliminant les dynastes et en les obligeant à s’installer à Pella[3]. À l’automne, il intervient en Thessalie à l’appel de la cité de Larissa, ennemie de Phères. Il épouse en troisième noces la thessalienne Philinna, probablement membre de l'aristocratie de Larissa, afin de réconcilier les deux cités[4].

Philippe souhaite également doter son royaume d'une grande façade maritime, la Macédoine n'ayant alors qu'un accès limité à la mer Égée. Il se tourne alors vers l'est et occupe la Chalcidique. Il s'empare au passage de cités qui sont des colonies ou des alliées d'Athènes, comme Amphipolis qu'il assiège en , Pydna ou Potidée. Il semble probable qu'un traité secret ait lié Philippe à Athènes, comme l'affirme Théopompe, Philippe devant prendre la ville d'Amphipolis pour le compte des Athéniens ; il y a là un renversement de rapport de force net par rapport à la situation de , et ce d'autant plus que Philippe ne tient pas sa promesse, et conserve la cité pour son compte.

En , Philippe s'empare de la cité de Crénidès, sur l'île de Thassos, et surtout de ses mines d'or, ce qui n'est pas négligeable pour le financement du conflit. Il arrache également aux Athéniens la cité de Méthone sur le golfe Thermaïque, malgré l'envoi d'une flotte par Athènes. Philippe perd un œil au cours de la bataille. Enfin, il prend Abdère, près de l'embouchure du Nestos, et Maronée sur la côte thrace.

Intervention dans les affaires de Thessalie et de Phocide[modifier | modifier le code]

Philippe intervient ensuite dans la troisième guerre sacrée, à l'appel de Thèbes et de la Ligue thessalienne. Il est battu à deux reprises par Onomarchos, stratège des Phocidiens, et doit battre en retraite, bien décidé cependant à revenir. En , il investit la Thessalie et vainc Onomarchos à la bataille du Champ de Crocus. Il fait crucifier le cadavre du stratège vaincu et fait jeter à la mer plus de 3 000 prisonniers phocidiens, châtiment réservé aux sacrilèges. Dans la foulée, il s'empare de Phères et se fait élire à la tête de la Ligue thessalienne. Alors qu'il poursuit les Phocidiens, il est arrêté dans le défilé des Thermopyles par une coalition athénienne et spartiate alliée à la Ligue achéenne. Malgré cet échec, Philippe a marqué les cités grecques par sa puissance et les menace désormais directement.

À partir de 352, Philippe reprend la politique d'expansion de son royaume vers le nord-est et se tourne vers la Thrace, divisée en trois royaumes depuis la mort de Cotys, roi des Odryses. À l'appel de l'un des rois, il assiège la forteresse d'Héraion Teichos, au bord de la Propontide. Ce mouvement menace directement les intérêts athéniens, à la fois à cause de leurs clérouquies de Chersonèse, mais aussi à cause de leur approvisionnement en blé. Athènes vote d'abord l'envoi d'un contingent massif, mais la nouvelle exagérée d'une maladie de Philippe les dissuade de l'envoyer effectivement, à tort : Philippe prend Héraion Teichos et livre la forteresse à la cité de Périnthe, qui avait également fait appel à lui.

Alors que les cités grecques l'ont tenu pour quantité négligeable, elles le craignent désormais. C'est à ce moment que Démosthène compose la première de ses Philippiques. Dans ces discours, Démosthène présente Philippe comme un barbare et un ivrogne. Cette image de propagande est, jusqu'au XIXe siècle, prise pour une réalité, et présente la Grèce du Nord comme un pays sans culture digne de ce nom[5].

Affrontement avec Athènes[modifier | modifier le code]

La domination macédonienne en Chalcidique n'est pas assurée alors que la puissante Ligue chalcidienne, dominée par Olynthe, s'oppose à lui et s'allie à Athènes. À l'été , Démosthène prononce la première de ses Olynthiennes afin d'encourager les Athéniens à soutenir militairement la Ligue. Philippe encourage l'Eubée à se révolter contre Athènes avec pour objectif d'empêcher les Athéniens d'aider Olynthe. Dès lors, il peut s'en emparer facilement en  : Olynthe et Stagire (cité natale d'Aristote) sont entièrement rasées et leurs habitants vendus comme esclaves. La Chalcidique devient définitivement macédonienne.

Jusque-là, que ce soit par l'intermédiaire d'Olynthe ou de l'Eubée, on voit que l'affrontement entre Athènes et la Macédoine a surtout eu lieu par « alliés » interposés. En , Eubule, dirigeant athénien pro-macédonien, envoie à Pella une ambassade (composée entre autres de Philocrate, d'Eschine et de Démosthène) afin de négocier une trêve : ce traité, dit « paix de Philocrate » est un statu quo territorial, à travers lequel Athènes reconnaît la domination macédonienne en Chalcidique et abandonne la Phocide. La même année, à Athènes, le rhéteur Isocrate accueille favorablement cette paix en écrivant son discours politique Philippe, dans lequel il s'adresse directement au roi de Macédoine, l'invitant à réaliser l'union des cités grecques et à faire la guerre à la Perse achéménide, concrétisant ainsi l'idéal panhellénique. Eubule et Isocrate incarnent donc l'existence d'un courant pro-macédonien actif au sein de l'élite athénienne.

En , Philippe fait de la Thrace une province de la Macédoine et y fonde plusieurs cités. Cette volonté d'implantation macédonienne en Grèce du Nord-Est provoque des révoltes, notamment celle de Byzance, soutenue par Athènes. En , Démosthène prononce sa troisimèe Philippique pour convaincre les Athéniens de la nécessité d'entrer en guerre contre lui. Dès lors, l'affrontement direct entre la Macédoine et Athènes apparaît inévitable.

Hégémonie macédonienne et la Ligue de Corinthe[modifier | modifier le code]

Le royaume de Macédoine à la mort de Philippe II.

En , le Conseil amphictyonique, à l'initiative d'Eschine, décide une quatrième guerre sacrée contre une cité de Locride, Amphissa, accusée d'avoir cultivé une terre sacrée. Philippe y voit l'occasion de pousser son influence en Grèce-Centrale de façon définitive. Il se fait accorder la tête de l'expédition, détruit Amphissa et progresse en Phocide et en Béotie jusqu'aux portes de l'Attique. Face à cette menace, les cités rivales de Thèbes et d'Athènes finissent par s'allier. En , les armées de Philippe et de son fils Alexandre (à la tête de la cavalerie) battent les troupes grecques coalisées à la bataille de Chéronée. Cette victoire lui assure l'hégémonie en Grèce.

Athènes subit la perte d'un millier d'hommes et compte plus de 2 000 prisonniers. Elle est contrainte de signer la paix de Démade, d'intégrer la coalition macédonienne et d'accorder à Philippe la citoyenneté athénienne. Elle peut néanmoins conserver sa flotte. Il est probable que Philippe songe à utiliser cette dernière contre les Perses. Thèbes est plus sévèrement punie : la cité est occupée par une garnison macédonienne, la Ligue de Béotie est dissoute. En , Philippe réunit les cités grecques lors du congrès de Corinthe et fonde la Ligue de Corinthe ou Ligue des Hellènes. Il est fait interdiction aux cités grecques de se battre entre elles mais elles conservent leur autonomie et leurs institutions propres. Ayant mis fin aux différends qui opposaient les cités grecques entre elles, Philippe aurait déclaré : « J'ai fait le bornage de la terre de Pélops »[Note 1]. Sparte, la Crète et les cités de Grande-Grèce, restées neutres, n'entrent pas dans cette ligue.

Expédition contre les Perses[modifier | modifier le code]

La ligue de Corinthe, fondée en , devient rapidement une alliance militaire (symmachie) ayant pour finalité l'invasion de l'Asie Mineure alors sous la tutelle des Perses achéménides, le prétexte étant de venger la profanation des sanctuaires grecs lors des guerres médiques et de « libérer » les cités grecques d'Ionie et de Lydie notamment. Au-delà de ce prétexte, cette guerre de conquête a l'avantage de mobiliser de nombreux soldats grecs dans l'armée macédonienne et donc de réduire le risque de révoltes dans cités grecques que Philippe II avait vassalisées. Par ailleurs, cette guerre voulue par Philippe répondait à un besoin quasi structurel du royaume macédonien de poursuivre son expansion sous peine d'imploser littéralement. Le moment était propice car outre son avènement très récent, Artaxerxès IV dut faire face à une guerre civile contre le prince rebelle Artasata. Philippe fait donc appel au début de l’année à ses deux généraux de confiance, Parménion et Attale, pour diriger un corps expéditionnaire, profitant de l'affaiblissement de l'Empire perse à la suite de la mort d'Artaxerxès III. À la tête de 10 000 hommes et aidé par les cités d'Éphèse et Cyzique, Parménion remporte plusieurs victoires, comme à Magnésie du Méandre. Il s’empare de Grynéion (en), près de Pergame, pour ensuite se diriger vers PitanéMemnon de Rhodes, alors à Cyzique pour réprimer la cité, revient pour en assurer la défense. Mais le siège de Pitané échoue, malgré l’arrivée de renforts et il doit se replier en Troade, puis à Abydos. Cette première campagne n’est pas couronnée de succès, et rares sont les cités grecques qui se déclarent en faveur des Macédoniens.

La mort de Philippe II[modifier | modifier le code]

En 337 av. J.-C., Philippe épouse, Cléopâtre, sa septième épouse, grâce à l'entremise d'un de ses principaux conseillers et oncle de la jeune femme, Attale. Philippe II, père de deux garçons, Arridhée, souffrant d'une déficience mentale et Alexandre, souhaite probablement avoir un autre fils pour sécuriser sa succession. Attale affirme publiquement que les enfants de Philippe et Cléopâtre seront les seules légitimes. Plutarque écrit : "... aux noces de Cléopâtre, dont Philippe était devenu passionnément amoureux, et qu'il épousa toute jeune, malgré la disproportion de l'âge. Attale, oncle de cette princesse, ayant bu, dans le festin, avec excès, exhorta les Macédoniens à demander aux dieux qu'il naquît de Philippe et de Cléopâtre un héritier légitime du trône de Macédoine." Alexandre, qui s'était indigné de cette idée, et sa mère, Olympias, furent temporairement exilés, elle à Épire et lui en Illyrie.

En 336 av. J.-C., un ancien ami et amant de Philippe, Pausanias d'Orestide, se mit en colère contre Philippe pour une affaire personnelle et le tua d'un coup de couteau. Alexandre fut rapidement couronné roi. Plutarque écrit : "... Peu de temps après, Pausanias, ayant reçu, à l'instigation d'Attalus et de Cléopâtre, le plus sanglant outrage, sans avoir pu en obtenir justice de Philippe, assassina ce prince. Olympias fut soupçonnée d'avoir eu la plus grande part à ce meurtre et d'y avoir excité ce jeune homme, déjà si irrité contre le roi ...". Cet assassinat eu lieu dans le théâtre d'Aigeai où il célèbre le mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi d'Épire, Alexandre le Molosse, frère d’Olympias. Nul se sut vraiment quel rôle jouèrent Olympias et Alexandre dans le meurtre de Philippe II. La nouvelle femme et l'enfant de Philippe furent cependant rapidement mis à mort par Olympias elle-même, éliminant ainsi tout prétendant important au trône.

Cet assassinat a peut-être été commis à l’instigation des Perses. Aucune preuve ne vient corroborer ces suspicions, Pausanias étant en effet immédiatement tué par Perdiccas. Il est tout de même fait mention d'une lettre adressée par Alexandre à Darius III dans laquelle il blâme le grand roi pour le meurtre de son père[A 2]. La mort de Philippe ne change rien aux plans d'invasion : Parménion fait allégeance à Alexandre qui rejoint le corps expéditionnaire à Abydos en .

Bilan du règne[modifier | modifier le code]

Tétradrachme à l'effigie de Zeus.

Philippe est le véritable fondateur du royaume de Macédoine, qu'il a unifié et agrandi. Il a imposé une forme d'hégémonie sur le monde grec.

Par sa politique d'expansion, Philippe est parvenu à tripler la surface du royaume de Macédoine en annexant la Haute-Macédoine (dont la Lyncestide et Orestide), les territoires situés à l'est de l'Axios (dont la Thrace) et la Chalcidique. Il entreprend dans ce contexte de profondes réformes administratives en mêlant les institutions traditionnelles macédoniennes et celles de la Ligue chalcidienne : la Macédoine est ainsi divisée en quatre districts régionaux (ou mérides) autour de communautés civiques (cités ou ethné). L'équipement et la tactique de l'armée macédonienne connaissent par ailleurs des améliorations décisives qui servent la domination militaire mais aussi de levier social pour les couches « moyennes ». Les arts connaissent enfin un formidable essor comme en témoignent les tombes royales d'Aigai (actuelle Vergina) ; il montre aussi son attachement à la « sagesse grecque » en accueillant Aristote à la cour de Pella[6].

Finalement, Philippe a forgé l'outil politique et militaire qui permet à Alexandre le Grand de conquérir l'immense Empire perse et de faire de la Macédoine une puissance hégémonique durant l'époque hellénistique. Il est considéré par le philosophe péripatéticien Théophraste comme le plus grand des rois de Macédoine, non seulement par sa fortune, mais encore par sa sagesse et sa modération. Démosthène ne fut pas aussi flatteur et s'opposa constamment au roi de Macédoine, notamment à travers Les Philippiques.

Nécropole[modifier | modifier le code]

Les historiens et archéologues estiment que le corps de Philippe a été placé dans la nécropole royale de Vergina, site grec correspondant à celui de l'antique Aigai, première capitale du royaume de Macédoine, la tombe exacte faisant encore l'objet de discussions entre spécialistes[7]. La nécropole contient 11 tombes. La tombe II a longtemps été considérée comme étant celle de Philippe II après analyse des ossements. Une équipe de chercheurs espagnols a cependant conclu à la suite d'une nouvelle étude que la tombe de Philippe II était la tombe I. Elle se base surtout sur les lésions osseuses du genou gauche caractéristique d'une blessure reçue par Philippe trois ans avant sa mort et qui l'a laissé estropié.

Après la bataille de Chéronée, il fait ériger à Olympie, le Philippeion en l'honneur de son père Amyntas III, de sa mère Eurydice, de son épouse Olympias et de son fils Alexandre.

Épouses et descendance[modifier | modifier le code]

Roi polygame, comme telle est la coutume en Macédoine, Philippe aurait eu pas moins de sept épouses d'après un fragment de son biographe Satyros de Callatis préservé par Athénée[A 3]. Il s'agit dans l'ordre chronologique de :

Certaines sources, comme Pausanias[A 4], le considèrent comme le père de Ptolémée Ier, fondateur de la dynastie lagide.

Évocation artistique[modifier | modifier le code]

Philippe a été incarné au cinéma par les acteurs suivants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En grec ancien : ὥρισα γῆν Πἐλοπος. Ce mot est rapporté par la Vita Marciana, voir Jean Aubonnet, Introduction à la Politique d’Aristote, édition des Belles Lettres, 1968, p. LXI.

Références antiques[modifier | modifier le code]

  1. Polybe, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], XVIII, 30.
  2. Arrien, Anabase [lire en ligne] II, 6.
  3. Athénée, Banquet des Deipnosophistes, XIII, 5.
  4. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], I, 6, 2.

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. Paul Goukowsky, Le monde grec et l'Orient : Alexandre et la conquête de l'Orient, t. 2, PUF, coll. « Peuples et Civilisations », (1re éd. 1975), p. 326.
  2. (en) James R. Ashley, The Macedonian Empire : The Era of Warfare Under Philip II and Alexander the Great, 359-323 B.C., McFarland, , 496 p. (ISBN 978-0-7864-1918-0, présentation en ligne).
  3. Pierre Carlier, Le IVe siècle grec jusqu’à la mort d’Alexandre, Paris, Seuil.
  4. (en) Joseph Roisman et Ian Worthington, A Companion to Ancient Macedonia, John Wiley & Sons, , 696 p. (ISBN 978-1-4443-5163-7, présentation en ligne).
  5. Grande Galerie - Le Journal du Louvre, no 17, sept./oct./nov. 2011.
  6. Sur le bilan de son règne voir Jean Leclant (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, PUF, coll. « Quadrige », , 2464 p. (ISBN 2-13-055018-5), p. 1 718.
  7. « A-t-on retrouvé les restes de Philippe II de Macédoine, le père d'Alexandre le Grand ? » « Copie archivée » (version du 8 septembre 2016 sur l'Internet Archive), sciencesetavenir.fr, 21 juillet 2015.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Aymard, Le monde Grec au temps de Philippe II de Macédoine et d'Alexandre le Grand, Centre de Documentation Universitaire, 1976.
  • Pierre Carlier, Le IVe siècle grec jusqu’à la mort d’Alexandre, Seuil, coll. « Points Histoire / Nouvelle histoire de l'Antiquité », 1996, (ISBN 2-02-013129-3).
  • Victor Davis Hanson, Les Guerres grecques 1400-146 av. J.-C., Autrement, 1999.
  • Victor Chapot, Philippe II de Macédoine, Desclée de Brouwer, 1936.
  • Paul Cloché, Un fondateur d'Empire : Philippe II de Macédoine 383-, Dumas, 1955.
  • Paul Cloché, Histoire de la Macédoine, jusqu'à l'avènement d'Alexandre le Grand, , Payot, 1960.
  • Catherine Grandjean, Geneviève Hoffmann, Laurent Capdetrey, Jean-Yves Carrez-Maratray, Le Monde Hellénistique, Armand Colin, Collection U, 2017, 396 pages
  • Jean-Nicolas Corvisier, Philippe II de Macédoine, Fayard, 2002.
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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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