Épire

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L'Épire sous colonisation romaine[1]

L'Épire (en grec : Ήπειρος / Ípiros, en albanais : Epiri , en aroumain Ipirlu) est une région historique et montagneuse des Balkans, partagée entre la Grèce et l’Albanie. Épire signifie « continent » en grec.

Ses habitants sont les Épirotes (littéralement, les « continentaux »).

Administrativement, l'Épire historique est partagée entre la Grèce (périphéries de l'Épire dans sa totalité, partie occidentale de celle de Thessalie et partie extrême-occidentale de celle de Macédoine-Occidentale) et l'Albanie (tout ou partie des préfectures de Gjirokastër, de Korçë et de Vlorë formant l'Épire du Nord).

Géographie de la périphérie grecque[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Épire (périphérie).

Sa superficie est de 9 300 km2 et sa population d'environ 365 000 habitants en 2002.

Montagneuse (2 646 m au mont Smolikas) et peu fertile, l'Épire renferme des lacs sans émissaires (on parle d'endoréisme), comme celui de Ioannina, une des villes principales. La plaine littorale est plus fertile.

Le relief et le climat neigeux en hiver coupent encore quelquefois cette région du reste du monde.

Comme la Macédoine à l'est, l'Épire marque la transition entre la Grèce égéenne et les pays balkaniques qui la bordent au nord, en empruntant à l'une sa civilisation et en développant comme ses voisins du nord un genre de vie particulier, fondé davantage sur la vie pastorale, sur les grands espaces.

L'Épire est renommée pour la beauté de ses paysages : hautes falaises calcaires du Tymphée, gorges profondes de Vikos, vastes forêts de chênes, puis de conifères, en suivant la route de Ioannina à Metsovo, vallée humide où se niche le sanctuaire de Zeus dodonéen.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

L'Épire antique.

L'Épire antique (Epīrus, -i) correspond au versant occidental de la chaîne du Pinde (en grec ancien : Πίνδος ; en latin classique : Pindus) jusqu'à la mer Ionienne, entre le golfe d'Ambracie (Ambrǎcǐa, - ae) au sud et les monts Acrocérauniens (Acrǒcěrauniǎ, -ōrum) au nord.

L’Odyssée place l'oracle des morts en Épire, au-delà du monde des vivants, dans la vallée de l'Achéron, dont le nom correspond à celui du fleuve des Enfers.

À la frontière du monde grec et presque toujours en conflit avec les Illyriens au nord, ses habitants parlaient un dialecte grec du Nord-Ouest, proche du dialecte dorien. Les côtes de l'Èpire accueillirent de nombreuses colonies grecques depuis le deuxième millénaire avant notre ère, et le célèbre oracle de Zeus à Dodone y était situé. Sur ses côtes, les Corinthiens viennent fonder des colonies à Corcyre, l'actuelle île de Corfou, et à Ambracie, l'actuelle Arta.

Trois grands éthnē grecs se partageaient le territoire épirote :

  • Les Chaones (en grec : Χάονες, en latin : Chāǒnes, -um) ou Chaonides (Chāǒnis, -ǐdis) au nord, autour de deux bassins, celui du Drinos, dominé par Antigoneia, et celui de la Bistrica, autour de Phoiniké ;
  • Les Thesprôtes (en grec : Θεσπρωτοί, en latin : Thesprōti, -ōrum), qui occupaient la zone côtière depuis la Cestriné au nord de la valée du Thyamis jusqu'à celle de l'Achéon ;
  • Les Mǒlosses (en grec : Μολοσσοί, en latin : Molossi, -ōrum), à l'intérieur, autour du bassin de Ionina, de la ville de Passaron et du sanctuaire de Dodone arraché aux Thesprôtes au Ve siècle av. J.-C.

L'Épire antique se prolongeait, au sud, par la Cassopie et les colonies éléennes de Bouchétion, Pandosie (Pandōsǐa, -ae), Élatrée et Batiai.

D'après Thucydide, les Chaones et les Thesprôtes perdirent leur royauté avant 429 av. J.-C., tandis que la dynastie éacide se maintint en Molossie jusqu'en 232 av. J.-C. Les Éacides réalisèrent l'unité de l'Épire. Dès 330 av. J.-C., les Molosses et les Thesprôtes sont réunis au sein d'un même état, sous influence macédonienne depuis 342 av. J.-C. Puis, sous le règne de Pyrrhus, les Caonoes entrèrent dans l'État épirote.

La dynastie des rois éacides du peuple des Molosses y fonda un royaume puissant au Ve siècle av. J.-C., avec les autres peuples Chaones, et Thesprôtes. Pyrrhus est un des membres de cette dynastie, ainsi qu'Olympias, la mère d'Alexandre le Grand. Le roi Pyrrhus est célèbre pour ses victoires coûteuses contre les Romains. On aurait tort de n'en retenir que les "victoires à la Pyrrhus", suivant l'expression inexacte de Tite-Live. Peu après Alexandre le Grand, il tente de sauver l'hellénisme occidental en Grande Grèce et en Sicile, en intervenant en Italie du Sud et en Sicile (280-274), et lutte victorieusement contre Rome dont les habitants tremblent de voir au loin les fumées du camp de Pyrrhos. Parallèlement, il fait campagne en Macédoine et porte la guerre jusque devant Sparte. Sa mort marque la fin de l'indépendance des cités grecques en Italie du Sud : Tarente se livre aux Romains dès 272. C'est dans cette période (deuxième moitié du IVe siècle et première moitié du IIIe siècle) que l'urbanisation s'accélère en Épire : les sites de Gitana, Kastritsa, Ammotopos et Cassopé sont particulièrement intéressants à visiter, du fait de la conservation de leurs remparts, des édifices publics – pensons notamment au théâtre de Gitana et de Cassopé –, des maisons remarquablement conservées à Ammotopos sur une grande hauteur et de l'urbanisme à Cassopé.

Une ligue indépendante se forme en 234 av. J.-C. Quand la dynastie éacide s'éteint, en 232 av. J.-C., le koinon des Épirotes devint une république dirigée par un stratège annuel, assiste d'un prostates des Chaones et d'un prostatès des Molosses.

Cependant, la région passe progressivement dans l'orbite romaine : alliance de Corcyre seule en 229 av. J.-C., puis toute la région en 197 av. J.-C. Ambracie est le port de débarquement des armées de Paul Émile, en guerre contre le roi macédonien Persée (-172 à -168). Cela n'empêche pas le pillage en 189 av. J.-C. de la capitale, Ambracie, par les Romains. Cela n'empêche pas non plus le consul romain Paul Émile, de retour de la bataille de Pydna remportée sur les Macédoniens sans butin, de piller et de razzier la plus grande partie de la population épirote, vendue sur les marchés aux esclaves à Rome. Leur nombre fut si grand (les sources antiques avancent le chiffre de 150 000 personnes) qu'il fit chuter le prix de l'esclave de manière durable. La région fut la première province romaine ultramarine en 148 av. J.-C. En 146 av. J.-C., l'Épire est incorporée dans la province romaine de Macédoine.

En 31 av. J.-C., l'empereur Auguste y fonde la ville de Nicopolis d’Épire, pour célébrer sa victoire d'Actium. Cette cité avait un statut exceptionnel, autant par son territoire très vaste que par son statut de ville libre. Sous Auguste, l'Épire est partagée entre les provinces de Macédoine et d'Achaie.

Vers 108, sous Trajan, l'Épire est détachée de la Macédoine et érigée une province.

Carte de l'Épire médiévale reproduite dans l'ouvrage d'Heinrich Kiepert, 1902.

À la fin du IIIe siècle, sous Dioclétien, l'Épire est divisée en deux provinces : l'Épire Nouvelle (Epirus novus) et l'Épire Ancienne (Epirus vetus). Sous la domination romaine, marquée par la construction de la Via Egnatia, une partie de la population est romanisée : ce sont les ancêtres des Aroumains actuels, dits Valaques. À partir du VIe siècle, du nord et de l'est arrivent en outre des Albanais, fuyant les invasions des Slaves.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Intégrée à l'Empire romain d'Orient, l'Épire constitue après la Quatrième croisade un despotat indépendant, gouverné par les Comnènes de 1205 à 1318.

Article détaillé : Despotat d'Épire.

Des monastères orthodoxes s'établissent dans la ville de Ioannina, dans une île au milieu d'un lac. Leurs fresques font notamment figurer les sages de l'Antiquité Platon, Aristote, Solon ou Thucydide parmi les précurseurs du Christ.

Sur les crêtes du Pinde ont été bâtis les monastères des météores, dès le XIe siècle, au sommet de montagnes étroites et escarpées. La plus grande partie de ces 24 monastères datent du XIVe siècle. Le Grand Météore possède notamment de magnifiques fresques, celui d'Agios Stéphanos (saint Étienne) une belle iconostase sculptée. Ils sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988.

L'Épire fut conquise par les Ottomans en plusieurs étapes, à partir de 1430, mais de nombreux terroirs montagneux échappent encore longtemps à l'autorité ottomane, servant de refuge aux "klephtes", nombreux dans la région. Une grande révolte des paysans épirotes, grecs, arvanites ou valaques, souleva le pays en 1600-1601, en même temps que celle de Michel de Valachie dans les Principautés danubiennes.

Période moderne[modifier | modifier le code]

Carte de l'Épire, aujourd'hui divisée entre la Grèce et l'Albanie.
Légende:
  •      Territoire administratif grec moderne (périphérie) de l'Épire
  •      Limites approximatives de l'Épire antique
  •      Limites approximatives des régions d'Albanie à plus grandes concentrations d'hellénophones au début XXe siècle
    •       Limites de l'Épire du Nord occupé par la Grèce entre 1918 et 1923 puis cédé à l'Albanie

La majeure partie de la région est rattachée à la Grèce après les guerres balkaniques ; l'Épire du Nord est disputée entre la Grèce et l'Albanie jusqu'en 1921, puis au cours de la seconde guerre mondiale.

Populations[modifier | modifier le code]

Les Épirotes sont très majoritairement hellénophones, avec des minorités albanophones et romanophones ; quant aux Saracatsanes, confrérie de bergers grecs nomades d'Albanie, de Bulgarie et de Grèce, ils pourraient être issus de Sirakou (en aroumain Săracu), village au sud-est de Ioannina. Les minorités albanophones se divisent en "Tsámides" (Τσάμηδες, musulmans) minoritaires, et "Arvanites" (chrétiens) beaucoup plus nombreux, et d'ailleurs présents jusqu'en Attique, dans le Péloponnèse et dans certaines Cyclades. Les Arvanites sont presque tous passés au grec de nos jours ; les Valaques romanophones se maintiennent dans le Pinde notamment autour de Metsovo, tandis que les Saracatsanes ont été sédentarisés (plus ou moins de force depuis le décret n° 1223 du 4 mai 1938 émis par le général Metaxas, maître de la Grèce à l'époque).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Carte réalisée d'après l'article de M. Sève, Colonies et fondations urbaines dans la Grèce romaine, in J.-L. Huot (éd.), La Ville neuve, une idée de l'Antiquité ?, Paris, 1988, 185-201.

Liens externes[modifier | modifier le code]