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Séleucides

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Royaume séleucide

30564 av. J.-C.

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Le royaume séleucide vers 200 av. J.-C.

Informations générales
Statut Monarchie hellénistique
Capitale Séleucie du Tigre (305-240)
Séleucie de Piérie (240)
Antioche (240-64)
Langue Grec (officiel)
Langues anatoliennes
Persan
Araméen
Religion Religion grecque antique
Religion mésopotamienne
Mazdéisme
Judaïsme
Histoire et événements
305 av. J.-C. Séleucos Ier est proclamé roi de Syrie et de Babylonie
274168 av. J.-C. Guerres de Syrie contre les Ptolémées
Vers 250 av. J.-C. Création du royaume gréco-bactrien ; indépendance de la Parthie
188 av. J.-C. Paix d'Apamée : perte des territoires anatoliens
64 av. J.-C. Transformation de la Syrie en province romaine
Rois (basileus)
(1er) 305281 av. J.-C. Séleucos Ier Nikatôr
223 - 187 av. J.-C. Antiochos III
(Der) 6564 av. J.-C. Philippe II Philoromaios

Entités précédentes :

Les Séleucides (en grec ancien Σελεύκεια / Seleukeia) forment une dynastie hellénistique issue de Séleucos Ier, l'un des diadoques d'Alexandre le Grand, qui a constitué un empire formé de la majeure partie des territoires orientaux conquis par Alexandre, allant de l'Anatolie à l'Indus. Le cœur politique du royaume se situe en Syrie, d'où l'appellation courante de « rois de Syrie ». Les Séleucides règnent jusqu'au IIe siècle av. J.-C. sur la Babylonie et la Mésopotamie dans la continuité des Perses achéménides. La Perside et la Médie ont quant à elles été plus difficilement soumises. Les Séleucides ont dû faire face à la volonté sécessionniste de nombreux territoires, comme le royaume gréco-bactrien, le royaume d'Arménie, le royaume de Pergame ou la Judée. Au milieu du IIe siècle av. J.-C., la majeure partie des provinces iraniennes et mésopotamiennes tombent entre les mains des Parthes. En 64 av. J.‑C., le royaume séleucide, fortement amoindri par d'inextricables querelles de succession, passe sous la tutelle des Romains.

Le royaume, « fusion » de l'Orient et du monde grec, semble au départ fidèle au projet d'Alexandre. Il comprend une multiplicité de groupes ethniques, de langues et de religions. Dans ce contexte, plus encore que pour les autres monarchies hellénistiques, le roi est supposé être le garant de l'unité de l'empire, l'armée apparaissant comme le meilleur soutien du pouvoir. Les Séleucides ont promu par ailleurs l'hellénisation en développant l'urbanisme, comme le montrent la tétrapole de Syrie et les nombreuses fondations ou refondations de cités et de villes-garnisons. Parallèlement, ils s'appuient sur les élites religieuses en honorant les divinités indigènes, comme celles de Babylonie.

L'immensité et la diversité du royaume séleucide l'ont fragilisé face aux forces centrifuges, obligeant les souverains à reconquérir périodiquement leurs possessions. Le royaume, qui souffrirait d'une fragilité intrinsèque, a donc été souvent opposé par les historiens aux autres grands États hellénistiques : la monarchie « nationale » des Antigonides de Macédoine ; l’Égypte des Lagides, héritière des pharaons et dotée d'une administration centralisée autour d'une capitale ; la monarchie des Attalides bâtie autour de la cité-État de Pergame. Mais il s'avère que les Séleucides ont su faire fructifier l'héritage des Achéménides et d'Alexandre, en accordant une autonomie certaine aux cités et aux différentes communautés, tout en luttant contre de puissants adversaires à leurs frontières.

Historiographie des Séleucides[modifier | modifier le code]

Les sources littéraires[modifier | modifier le code]

La couverture d'une ancienne édition de Polybe traduite en latin
Frontispice des Histoires de Polybe, 1754.

Au sujet du royaume séleucide, les sources littéraires antiques, relativement peu nombreuses, insistent d'abord sur les événements politiques et militaires[1]. Polybe, contemporain des Séleucides et des guerres de Macédoine, est l'auteur le plus ancien dont l’œuvre n'a pas disparu. Ses Histoires débutent, pour le monde grec, au livre IV en 221 av. J.-C. à l'avènement d'Antiochos III, dont le long règne est exposé jusqu'au livre XXI, même si certains livres sont incomplets. Le reste de son récit, qui concerne Antiochos IV et Démétrios Ier, est encore plus fragmentaire (livres XXVI à XXXIII). Diodore de Sicile délivre dans la Bibliothèque historique quelques informations sur la fondation du royaume par Séleucos (livres XVIII à XX)[N 1]. La plupart des autres livres qui traitent des Séleucides sont fragmentaires (livres XXI à XL) ; mais ils ont le mérite d'évoquer les règnes d'Antiochos III, d'Antiochos IV, de Démétrios Ier et de Démétrios II, ainsi que les crises dynastiques qui suivent le règne d'Antiochos VII. Tite-Live s'est inspiré de Polybe pour rédiger la partie de son Histoire romaine concernant la guerre antiochique, aux livres XXXIII à XXXVIII. Le règne d'Antiochos IV et la sixième guerre de Syrie sont brièvement exposés aux livres XLI à XLV. Ses autres livres sont perdus, mais ils sont connus grâce aux Abrégés[N 2]. L'histoire des rois séleucides jusqu'à la chute de la dynastie y est évoquée à de nombreuses reprises. Plutarque n'a pas écrit de Vies parallèles sur les souverains séleucides, mais ses biographies de Démétrios Poliorcète et de Flamininus (les deux ont en commun d'avoir été des adversaires des Séleucides) donnent quelques informations éparses. Appien est l'auteur, parmi vingt-quatre autres livres, d'un Livre Syriaque (Syriaké kai Parthiké). Cette œuvre est la seule concernant uniquement les Séleucides qui soit complètement connue. Mais c'est une fois de plus Antiochos III qui est au cœur du sujet (1-44), même si Séleucos et les origines du royaume sont aussi évoquées (53-64). Les autres paragraphes énumèrent des listes de rois (45-50 et 65-70). Justin, dans son Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée (qui contient quarante-quatre livres à l'origine) est l'ultime source sur l'histoire du royaume. Il reprend des éléments déjà connus comme Séleucos, la guerre antiochique, la sixième guerre de Syrie et l'histoire des rois à partir de Démétrios Ier), mais il est le seul à évoquer en détail le règne de Séleucos II, au livre XXVII, et la question des Parthes au livre XLI, 4-5. Porphyre, mort en 310, a écrit sur l'histoire séleucide, notamment dans son ouvrage Contre les Chrétiens dont s'est inspiré Eusèbe de Césarée qui donne dans sa Chronique une liste des rois accompagnée de commentaires historiques[2].

Des sources juives racontent la domination des Séleucides en Judée. Les deux premiers livres des Maccabées, composés au début du Ier siècle av. J.-C., décrivent la révolte des Maccabées et la formation du royaume hasmonéen. Flavius Josèphe offre, lui, un récit sur les Séleucides au livre I de la Guerre des Juifs et surtout dans les livres XII et XIII des Antiquités judaïques, avec des détails au sujet des derniers rois. L'histoire séleucide est évoquée de manière allusive par d'autres auteurs « non-historiens » dont : Strabon dans la Géographie qui traite de l'Orient à partir du livre XI[N 3], Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle, VI, Pausanias dans la Description de la Grèce[N 4] ; Polyen avec Stratagèmes. Libanios (Éloge d’Antioche, discours 11) et Jean Malalas (Chronique) donnent quelques renseignements sur Antioche, leur cité natale[3].

Finalement, la période de consolidation du royaume, allant du règne d'Antiochos Ier au début du règne d'Antiochos III (281-223), est peu abordée par les sources littéraires. Phylarque a traité de cette période, mais son œuvre est perdue ; n'en subsistent que quelques fragments qui évoquent, négativement, Antiochos II, et des meurtres dynastiques. Démétrios de Byzance a écrit Sur l’expédition des Galates d'Europe en Asie et Sur Antiochos, Ptolémée, et la Libye sous leur gouvernement, mais son œuvre a elle aussi disparu[4]. Les sources littéraires abondent concernant la partie méditerranéenne du royaume, marquant le désintérêt des auteurs grecs et latins pour les régions orientales. Cette perception déséquilibrée exerce encore une influence sur la façon de concevoir le royaume séleucide[5].

Les sources épigraphiques[modifier | modifier le code]

Une stèle en pierre gravée d'inscription en grec ancien
Inscription épigraphique dans le sanctuaire d'Apollon à Didymes.

La répartition spatiale et chronologique des sources épigraphiques s'avère déséquilibrée[6],[N 5]. La très grande majorité des inscriptions ont en effet été trouvées en Anatolie[7]. Une quinzaine de dédicaces proviennent de Délos, une vingtaine des régions syro-phéniciennes et orientales, comme Chypre, la Syrie, la Babylonie, la Mésopotamie, et la Perside. Comme l'Anatolie a été perdue par les Séleucides à partir de 188 av. J.-C., la majorité d’entre elles sont datées du IIIe siècle av. J.-C. La majorité des inscriptions émanent de la communauté grecque et retranscrivent des décisions royales la concernant ; elles renseignent peu sur le pouvoir central[8].

En Babylonie, les tablettes cunéiformes écrites en akkadien délivrent quelques renseignements sur cette région qui est restée dans le giron du royaume séleucide jusqu'au milieu du IIe siècle av. J.-C. Ces documents, parfois de grandes œuvres littéraires ou scientifiques, émanent des temples qui sont à l'initiative d'un renouveau culturel à l'époque hellénistique[9]. On trouve aussi des documents établis entre des particuliers : contrats notariés, de ventes, de locations, de donations, de divisions ou d'échanges de propriété[10]. Les documents chronographiques sont les mieux connus. Il s'agit de chroniques et de calendriers astronomiques, souvent fragmentaires, qui permettent de renseigner sur l'histoire événementielle et la présence des rois à Babylone[11]. Il existe enfin des cylindres de fondation commémorant l'édification ou la restauration de temples par le pouvoir royal, le plus connu étant le « cylindre d'Antiochos », en l'honneur d'Antiochos Ier, retrouvé dans le temple de Borsippa[12]. La langue courante en Mésopotamie est l'araméen, mais elle est écrite sur des parchemins ou sur des papyrus qui n'ont pas été conservés fautes de conditions climatiques propices. La fouille de Séleucie du Tigre a permis la découverte d'environ 30 000 empreintes de sceaux qui accompagnaient des papyrus ou des parchemins dont il ne reste rien. Les effigies royales visibles sur certains sceaux constituent une précieuse documentation. D'autres sceaux renseignent sur la fiscalité séleucide[13].

Les sources numismatiques et archéologiques[modifier | modifier le code]

Les monnaies royales séleucides sont abondantes quelles que soient les régions et les époques, en partie parce que des ateliers monétaires ont été installés dans tout le royaume[14]. De nombreuses publications numismatiques sont disponibles[15].

Les vestiges archéologiques en rapport avec la royauté sont peu nombreux. On ne connaît par exemple aucun palais séleucide ou de grands monuments équivalents à ceux des Achéménides à Pasargades, à Persépolis ou à Suse ou des Lagides à Alexandrie. Par ailleurs les quatre grandes cités de la tétrapole de Syrie (Antioche, Séleucie de Piérie, Laodicée et Apamée) sont très mal connues pour l'époque hellénistique[16],[17]. Le niveau séleucide a été fouillé à Séleucie du Tigre mais de manière épisodique. Construite essentiellement en brique, matériau très érodable, la cité n’a pas laissé de vestiges à la hauteur de sa magnificence passée, jusqu'à ses murailles vantées par Strabon dont il ne reste aucune trace[18].

La politique de colonisation des Séleucides a laissé une trace plus visible sur le terrain[19],[20]. Les informations sont conséquentes sur les grandes implantations du Proche-Orient (Israël et Liban). Mais les sites de Syrie, d'Irak, d'Iran et d'Afghanistan restent inaccessibles à l'heure actuelle (2017), même si Doura Europos, Jebel Khalid et Aï Khanoum ont déjà été largement explorés. La Turquie continue d'offrir de nouvelles découvertes. Les sites de Séleucie de l'Euphrate et d'Apamée n'ont pas été explorés entièrement car ils ont été engloutis avec la construction d'un barrage en 2000. En Ouzbékistan, la fouille des sites de Termez et de Samarcande ont permis d'atteindre les niveaux séleucides.

Les fouilles archéologiques de plusieurs sites de l'époque séleucide en Syrie ont permis de mieux connaître les fondations royales, qui prennent souvent forme à partir de sites déjà occupés, tandis que les cités de la tétrapole syrienne n'ont pu être approchées que superficiellement (surtout leurs murailles et des quartiers d'habitation) car situées sur des sites toujours habités[17]. Apamée sur l'Euphrate, construite à l'époque de Séleucos Ier, est ainsi une cité murée de 40 hectares, au plan de type orthogonal, entourée par une puissante muraille, qui n'a pas empêchée sa destruction dans la seconde moitié du IIe siècle av. J.-C. sous les coups des Parthes. Située plus bas sur le fleuve, le site de Jebel Khalid (nom antique inconnu), construit au début du IIIe siècle av. J.-C., s'étend sur plus de 50 hectares, eux aussi défendus par une solide fortification ; il comprend une acropole également murée, où a été dégagé un palais, sans doute occupé par un gouverneur. Il n'a pas livré de traces importantes pour l'époque postérieure aux Séleucides, ce qui en fait un des meilleurs endroits pour étudier une fondation séleucide. C'est moins le cas de Doura Europos, certes une fondation séleucide, mais dont les ruines dégagées datent surtout des périodes postérieures. On y distingue là aussi une muraille qui signale le rôle défensif de ces fondations, ainsi que des rues à angle droit, et des bâtiments à finalité politique (palais, stratégion). La fonction de garnison du site a sans doute été renforcée après la conquête de la Mésopotamie par les Parthes et la transformation de la rive gauche de l'Euphrate en espace frontalier, l'archéologue Pierre Leriche considérant que cette période voit une re-fondation de la ville[20]. Des fondations séleucides se retrouvent également aux marges de l'empire. Aï Khanoum en Bactriane est également un site fortifié disposant d'éléments architecturaux caractéristiques des fondations grecques de l'époque hellénistique (gymnase, théâtre), mais la culture matérielle est clairement hybride, présentant de nombreuses caractéristiques iraniennes ; elle constitue surtout la meilleure source de connaissance sur le royaume gréco-bactrien. Un autre site fouillé dans la périphérie de l'empire est situé sur l'île de Failaka, au Koweït, où un sanctuaire grec auquel succède un fortin ont été mis au jour pour la période séleucide ; une inscription en grec du IIIe siècle av. J.-C. indique que l'île, alors nommée Ikaros, dispose d'un administrateur grec[21].

Finalement, les sources littéraires, épigraphiques et archéologiques sont très déséquilibrées car elles renseignent essentiellement sur la partie méditerranéenne du royaume, laissant des pans entiers hors du champ de la recherche. Ceci explique la tendance actuelle des historiens à étudier le royaume sous un angle régional[22].

Sites et œuvres de l'époque séleucide
Deux colonnes ioniques reliées par une section d'architrave
Colonnes ioniques du temple d'Apollon à Didymes 
Intérieur d'un temple ionique avec des pans de mur
Adyton (cour) du temple d'Apollon à Didymes 
La porte d'une forteresse flanquée de deux tours
Forteresse de Doura Europos 
Les fondations d'une cité
Îlots de Doura Europos 
Un éphèbe nu portant un chlamyde
Stèle funéraire, nécropole d'Aï Khanoum 
Deux statues de femmes, sans leurs têtes, personnifiant des cités, au dessus d'une statue d'un homme personnifiant l'Euphrate
Vestiges des portiques d'une agora
Vestige d'un temple avec des colonnes ioniques
Temple d'Artémis de Sardes 
Vestige d'un temple avec des colonnes ioniques
Temple d'Artémis de Sardes 
Statue taillée dans la roche représentant Héraclès nu reposant sur une peau de lion, une coupe à la main, au pied d’un olivier
Relief d'Héraclès, mont Behistun, Kermanshah 

La tradition historiographique[modifier | modifier le code]

Souvent considéré comme l'« homme malade » du monde hellénistique[23], le royaume séleucide a longtemps été occulté par l'Égypte des Ptolémées du fait du prestige de la tradition pharaonique et de l'abondante documentation papyrologique et archéologique trouvée en Égypte. Le royaume souffre aussi de la comparaison avec l'Empire romain, comparaison qui trouve son origine chez Polybe pour qui le système politique des monarchies « macédoniennes » souffrirait d'une faiblesse structurelle. Les Séleucides seraient aussi considérés comme l'incarnation d'une forme de despotisme « oriental », notamment par les sources juives (livres des Maccabées), tandis que les incessantes querelles dynastiques apparues à la fin du IIe siècle av. J.-C. jettent le discrédit sur la capacité politique des souverains. Il est remarquable qu'Antiochos III soit considéré par la vulgate comme le seul roi digne de sa fonction.

L'étude des Séleucides a traditionnellement été le domaine des seuls hellénistes. Johann Gustav Droysen, le fondateur du concept d'époque hellénistique (Geschichte des Hellenismus, 1836-1843) voit, au contraire des historiens de son temps, la période qui s'ouvre après la mort d'Alexandre le Grand comme celle d'un renouveau politique, moral et artistique. Le royaume séleucide incarne alors cette formidable expansion de la culture hellénique jusqu'aux confins de l'Asie, bien que, d'après lui, les Séleucides souffriraient d'un manque d'unité à l'instar des Habsbourg de l'époque moderne[24].

Avec The House of Seleucus (1902), Edwyn Robert Bevan est le premier historien de l'époque contemporaine à proposer une monographie relative aux Séleucides, mais il se voit confronté aux lacunes dans les sources littéraires entre le règne d'Antiochos Ier et celui d'Antiochos III, tandis que les derniers rois de la dynastie s'avèrent peu étudiés. Les institutions restent encore mal connues et le système financier n'est même pas traité, faute de documentation[25].

La première monographie en langue française consacrée aux Séleucides (Histoire des Séleucides par Auguste Bouché-Leclercq, 1913) fait partie d'une « histoire de l'hellénisme »[26]. La première place revient aux rois : un seul chapitre sur les seize de l'ouvrage est consacré aux modes de gouvernement[27]. L'auteur émet un jugement défavorable à l'encontre de la politique des rois séleucides, coupables d'une « dégénérescence progressive », en reprenant à son compte les sources antiques. Par ailleurs, l'état des recherches empêche à l'époque de distinguer les différents Séleucos et Antiochos parmi les sources épigraphiques et littéraires[28].

William Woodthorpe Tarn, dans Seleucid-Parthian Studies (1930), est le premier historien à s'intéresser spécifiquement aux sorts des provinces (ou anciennes provinces) orientales du royaume séleucide. Il étudie l'administration des satrapies en tâchant d'y déceler la persistance de l'héritage achéménide[29].

Une nouvelle approche des études séleucides[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, l'étude de l'histoire du royaume séleucide s'insère dans une histoire générale de l'époque hellénistique à travers l'exploitation des sources littéraires grecques[30]. L'ouvrage d'Élias Bikerman (Institutions des Séleucides, 1938), qui fait encore autorité de nos jours, est le premier à mettre en perspective des documents provenant des différentes régions du royaume. Les Séleucides sont aussi traités dans la fondamentale Histoire économique et sociale du monde hellénistique de Michel Rostovtzeff, parue en 1941. L’œuvre majeure d'Édouard Will (Histoire politique du monde hellénistique, 1966-1967) ouvre le champ à une analyse globale, mais l'époque hellénistique reste alors considérée comme une période de déclin pour les cités grecques. Après lui, des épigraphistes ont démontré que cette conception est erronée[N 6] ; mais les recherches restent toujours centrées sur les cités grecques d'Anatolie. Dans les années 1980-1990, l'histoire du royaume séleucide profite des avancées de la recherche sur l'empire perse des Achéménides, avec de nombreux colloques rassemblées par Pierre Briant dans le tome 10 des Achaemenid Studies en 1996. Depuis, de nombreux colloques ont été organisés au Collège de France par le Réseau international d’études et de recherches achéménides. Il est depuis démontré que les Séleucides s'inscrivent dans la continuité des Grands Rois perses pour ce qui concerne le contrôle des territoires[31].

En 1993, les historiennes Susan Sherwin-White et Amélie Kuhrt publient From Samarkhand to Sardis : A New Approach to the Seleucid Empire. Cet ouvrage, parfois contesté[32], a le mérite d'analyser les structures administratives et l'idéologie royale, avec comme indiqué dans le sous-titre l'ambition de prendre en compte l'insertion de l'empire (terme employé à dessein) dans le monde oriental. En 1999, John Ma publie Antiochos III et les cités de l’Asie Mineure occidentale[N 7]. Même s'il porte uniquement sur le règne d'Antiochos le Grand, son ouvrage fait date pour son analyse des relations entre pouvoir royal et communautés civiques. Ces deux ouvrages ont servi de base de réflexion à Laurent Capdetrey dans Le Pouvoir séleucide. Territoire, administration, finances d’un royaume hellénistique, paru en 2007, où il parvient à démontrer que les Séleucides ont su créer un mode de gouvernement adaptée aux territoires et aux communautés.

D'autres publications ont permis d'amorcer ce renouveau, notamment celles recensant les inscriptions provenant des régions iraniennes qui ont été publiées par Georges Rougemont dans les « Inscriptions grecques d’Iran et d’Asie Centrale », Journal des Savants, 2002[33]. L'histoire séleucide a également profité des études régionales, dont celles principalement de Maurice Sartre, D’Alexandre à Zénobie : Histoire du Levant antique (2001) et L’Anatolie hellénistique (2003)[N 8]. Arthur Houghton et Catharine Lorber dans Seleucid Coins : A Comprehensive Catalogue (2002-2008) ont su renouveler l'étude numismatique en analysant la politique monétaire de chaque souverain. Enfin l'ouvrage coécrit par Philippe Clancier, Omar Coloru et Gilles Gorre, Les Mondes hellénistiques : du Nil à L'Indus, publié en 2017, s'appuie sur des sources non grecques, notamment babyloniennes, achevant de renouveler l'étude du royaume séleucide.

Depuis le début des années 2000, la recherche s'est donc étendue à l'étude des sources non-grecques, dont celles, relativement abondantes, de Babylonie (tablettes en akkadien), même s'il convient de noter que cette région sort du royaume vers 130 av. J.-C. Le fait que le royaume séleucide ne soit pas un ensemble homogène en termes ethniques, politiques et linguistiques ajoute à la difficulté d'une étude globale[N 9]. On remarque en effet à l'heure actuelle une spécialisation des historiens à propos d'aspects politiques, économiques, culturels ou militaires du royaume séleucide, souvent vu sous l'angle de la cité qui reste l'échelon privilégié, au détriment d'une étude plus générale qui permettrait d'envisager son unité. Ce phénomène tient aussi du fait que les sources restent déséquilibrées entre les régions ou les époques[34].

Histoire du royaume séleucide[modifier | modifier le code]

La dynastie des Séleucides[modifier | modifier le code]

À partir du milieu du IIe siècle av. J.-C., les chevauchements de règnes s'expliquent par les querelles dynastiques. Les dates sont toutes av. J.-C.

La formation du royaume séleucide[modifier | modifier le code]

Une carte du monde hellénistique avec les grands royaumes
Les royaumes des diadoques en 301 av. J.-C.

À la mort d'Alexandre le Grand en 323 av. J.-C., Séleucos reçoit le titre prestigieux d'hipparque de la cavalerie des Compagnons, ce qui fait de lui le second officier de l'armée royale après le chiliarque Perdiccas. La guerre éclate rapidement entre ce dernier et une coalition regroupant principalement Antipater et Ptolémée. Séleucos fait partie du complot des officiers qui assassinent Perdiccas en 321 lors de la campagne d'Égypte. À l'occasion des accords de Triparadisos, Séleucos reçoit la satrapie de Babylonie, une région centrale en Asie, sachant que Babylone est considérée comme la capitale de l'empire d'Alexandre[35].

Séleucos prend ensuite part aux guerres des diadoques, d'abord du côté d'Antigone le Borgne contre Eumène de Cardia. Mais par la suite, il doit faire face aux ambitions impériales d'Antigone qui occupe la Babylonie en 315. À l'issue de la guerre babylonienne remportée en 309, Séleucos en reprend le contrôle[36]. Il étend dans la foulée sa domination sur la Syrie, la future Syria Seleukis, puis la Perside, la Médie, la Susiane, la Sogdiane, etc. Il atteint l'Inde où il négocie avec Chandragupta Maurya après un long conflit : il perd le Gandhâra, les Paropamisades et la partie orientale de l'Arachosie mais conserve la Sogdiane et la Bactriane[37].

Séleucos se proclame roi (basileus) de Babylonie vers 305, après la proclamation royale d'Antigone le Borgne et de son fils Démétrios Ier Poliorcète, avec pour volonté d'intégrer l’héritage politique achéménide[38]. Les Séleucides sont d'ailleurs la seule des grandes dynasties hellénistiques à posséder une ascendance iranienne. Séleucos a en effet épousé Apama, la fille d'un noble perse, de laquelle naît son héritier Antiochos Ier.

Séleucos rejoint en 304 la coalition réunissant Ptolémée, Lysimaque et Cassandre contre Antigone qui entend établir une domination impériale sur la Grèce et la mer Égée[39]. En 301, il parvient à regrouper ses forces avec celles de Lysimaque en Phrygie. Antigone est vaincu à la bataille d'Ipsos. Devenu Nikatôr (« le Victorieux »), Séleucos reçoit la partie orientale de l'Anatolie, la majeure partie en revenant à Lysimaque, et la façade méditerranéenne de la Syrie, dont Ptolémée occupe la partie méridionale : Judée et Phénicie, soit la future Cœlé-Syrie[40]. Ce partage est à l'origine des guerres de Syrie contre les Lagides. Il s'empare des places fortes du Poliorcète en Phénicie et en Anatolie, puis il entre en guerre contre Lysimaque qu'il défait à la bataille de Couroupédion en 281, récupérant l'ensemble de ses possessions anatoliennes[41]. Il marche enfin contre la Macédoine, mais il périt assassiné, léguant à Antiochos Ier un immense empire[42].

Le fait de posséder désormais une partie de la Syrie et de l'Anatolie implique une redéfinition des moyens de contrôler le territoire. Séleucos fonde Séleucie du Tigre, sa première capitale, en Babylonie entre 311 et 306, démontrant qu'il entend faire à cette époque de la région le cœur de son royaume[43]. Puis, après Ispos, il transfère un temps sa capitale à Séleucie de Piérie, sur le littoral syrien[44]. La capitale est définitivement installée à Antioche vers 240[45],[N 10].

Le terme habituellement employé pour qualifier l'espace séleucide est « royaume » ou basileia, conformément aux usages des auteurs antiques, sachant que les rois hellénistiques portent uniquement le titre de basileus. Le terme d'« empire » (archè)[N 11] parait moins adapté[46] ; il rend néanmoins compte de l'immensité du territoire et de la pluralité des populations soumises aux Séleucides[47].

Les conflits du IIIe siècle av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres de Syrie.

Le royaume séleucide, de par ses frontières étendues et la rivalité avec les autres monarchies hellénistiques, a connu de nombreuses guerres. La Syrie-Phénicie, appelée aussi Cœlé-Syrie ou « Syrie creuse », est au centre des conflits avec les Lagides durant six guerres de Syrie (274 à 168), sachant que les Ptolémées profitent souvent des changements de règne pour passer à l'offensive.

Antiochos Ier doit faire face à Ptolémée II, mais aussi à Antigone II Gonatas, aux Galates[N 12] et à Pergame qui devient indépendante sous Eumène Ier. Vers 253, Antiochos II remporte la deuxième guerre de Syrie, dont les événements déclencheurs restent obscurs, contre Ptolémée II, obtenant la Cilicie, la Pamphylie et l'Ionie. Il rend leurs libertés civiles aux cités grecques d'Anatolie, dont Éphèse et Milet. Il intervient ensuite en Thrace et dans les détroits hellespontiques. Mais au même moment, la Bactriane et Parthie commencent à faire sécession.

La mort d'Antiochos II inaugure une crise de succession qui aboutit à la troisième guerre de Syrie ou guerre laodicienne, d'après le son épouse répudiée, Laodicé Ire). Séleucos II lutte contre Ptolémée III, qui remporte de grandes victoires en Syrie et en Anatolie, occupe brièvement Antioche et atteint même Babylone. Séleucos II réagit, mais doit abandonner Séleucie de Piérie, le port d'Antioche. En outre, il doit céder l'Anatolie à son frère Antiochos Hiérax, qui bientôt se proclame roi. Vers 240, une guerre éclate entre les deux frères dont Séleucos II sort vaincu, entraînant une sécession pendant une dizaine d'année, d'autant plus que le roi séleucide est occupé à réprimer la sécession de la Parthie. Antiochos Hiérax finit par être défait par Attale Ier, premier roi de Pergame, qui récupère l'essentiel de l'Asie Mineure aux dépens des Séleucides[48].

Le démembrement de l'Anatolie[modifier | modifier le code]

La carte de l'Anatolie particulièrement morcelée
L'Anatolie après la paix d'Apamée.

Peuplée par diverses communautés indigènes (Lydiens, Lyciens, Cariens, Lycaoniens, Isauriens, etc.) et jalonnée de cités grecques jalouses de leur indépendance, l'Anatolie est un territoire très hétérogène[49], et jamais les Séleucides (dont la puissance réside en Syrie) ne parviennent à la soumettre complètement. Les plus puissantes cités anatoliennes conservent leurs institutions propres et sont quasi autonomes. D'autres cités sont par contre placées sous tutelle séleucide et doivent payer tribut. Les cités faisant preuve de loyalisme sont récompensées, en retour elles délivrent des honneurs et des cultes aux souverains séleucides. Des sanctuaires (comme ceux de Didymes près de Milet ou de Claros près de Colophon) possèdent de vastes domaines exploitées par des communautés paysannes[50].

Déjà sous les Achéménides, une proportion importante du territoire anatolien est soumis à des dynastes, certes souvent d'ascendance perse, quasi indépendants qu'Alexandre n'a pas pris le temps de soumettre. En Bithynie, dont les souverains sont apparentés aux Thraces, Zipoétès Ier se proclame roi vers 297 et ses successeurs, dont Prusias Ier, parvenant à étendre leurs possessions. En Cappadoce (indépendante de la Paphlagonie voisine), Ariarathe III se proclame roi vers 255. Le royaume du Pont annexe la Grande Phrygie sous Mithridate II qui a épousé Laodicé, sœur de Séleucos II et d'Antiochos Hiérax. Ces trois principautés soutiennent d'ailleurs Antiochos Hiérax dans sa guerre fratricide contre Séleucos II qui provoque la sécession d'une grande partie de l'Asie Mineure jusqu'à sa reconquête partielle par Achaïos II sous Antiochos III. À Pergame, les Attalides deviennent indépendants des Séleucides sous l'autorité de Philétairos puis d'Eumène Ier qui défait Antiochos Ier en 261. Attale Ier se proclame roi après sa victoire contre les Galates vers 240. Il s'étend largement en Mysie, en Lydie, en Ionie et en Pisidie aux dépens d'Antiochos Hiérax. Quant au littoral méridional, une grande partie (Carie, Lycie, Pamphylie, Cilicie Trachée) est occupée par les Lagides à l'occasion des trois premières guerres de Syrie. La Carie est occupée par les Antigonides de 227 jusque vers 200[51]. En 188, par le traité d'Apamée conclus avec les Romains, Antiochos III est contraint d'abandonner ses possessions anatoliennes au profit de Pergame[52].

Enfin, en 162, la Commagène, carrefour entre la Cilicie, la Cappadoce et l'Arménie, devient indépendante sous l'autorité de son gouverneur Ptolémée, qui profite du règne inachevé d'Antiochos V. Mithridate Ier (qui règne de 100 à 70) épouse la fille d'Antiochos VIII, Laodicé VII, marquant un rapprochement avec les Séleucides. Au début du Ier siècle av. J.-C., la Commagène est annexée par le royaume d'Arménie avant de retrouver son indépendance au moment de la guerre de Pompée contre les Parthes.

La sécession des satrapies orientales[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Royaume gréco-bactrien et Parthes.
Une carte de l'Asie centrale avec indiqué les trois royaume séleucide, parthe et gréco-bactrien
L'Asie centrale vers 180 av. J-C.

Au début de la dynastie séleucide, les Satrapies orientales (Parthie, Margiane, Arie, Drangiane, Sogdiane, Paropamisades et Bactriane) ont été soumises par Séleucos Ier. Son œuvre est poursuivie par Antiochos Ier (né d'une princesse bactrienne, Apama), d'abord au titre de co-régent puis de roi à partir de 281 Il maintient les structures héritées des Achéménides tout en établissant des colonies et des garnisons[N 13]. Cette présence séleucide est surtout importante dans la vallée de l'Oxus. La plus grande fondation est celle d'Aï Khanoum (ou Alexandrie de l’Oxus). Plusieurs ateliers monétaires sont implantés qui battent monnaies royales : Nisa en Parthie, Antioche de Margiane, Alexandrie d'Arie, Prophtasie en Drangiane, Bactres et Aï Khanoum en Bactriane. Sous Séleucos Ier des missions d'exploration sont menées aux confins de l'empire en mer Hyrcanienne (ou mer Caspienne) et au nord du fleuve Iaxartes au pays des Scythes. Mégasthène est par ailleurs envoyé en ambassade auprès de Chandragupta Maurya fondateur de l'Empire Maurya avec lequel Séleucos a négocié un traité de paix[53].

Au milieu du IIIe siècle av. J.-C., sous le règne d'Antiochos II, la Bactriane fait sécession sous l'impulsion du satrape Diodote Ier. Pour autant, les liens restent étroits entre les colons gréco-macédoniens et les Séleucides ; des monnaies sont d'ailleurs émises au nom du roi. Diodote II prend le titre royal vers 235, mais il est renversé par Euthydème Ier en 225. Son successeur, Démétrios Ier, réalise la conquête des marges nord-occidentales de l’Inde (Paropamisades, Arachosie et Drangiane) entre 206 et environ 200, profitant de la retraite de l'armée d'Antiochos III. Il s'étend ensuite vers les bouches de l'Indus et les royaumes indiens de la côte. À sa mort, le royaume est morcelé en trois parties. Il est réunifié par Eucratide Ier autour d'une « Grande Bactriane » ; mais celui-ci est attaqué par les Parthes de Mithridate Ier et par un autre roi grec, Ménandre Ier, qui règne autour de Sagala. Ces royaumes d'au-delà l'Hindou Kouch sont à l'origine des royaumes indo-grecs qui perdurent pour certains jusqu'à la fin Ier siècle av. J.-C. Entre 150 et 130, la Bactriane subit l'avancée du peuple nomade des Yuezhi, assimilés aux Tokhariens[54].

La Parthie se sépare du royaume séleucide sous la férule du satrape Andragoras qui profite de la deuxième guerre de Syrie pour s'émanciper vers 255 ; mais celui-ci est éliminé vers 238 par Arsace Ier, chef de la tribu scythe des Parni et fondateur de l'empire Parthe[N 14]. Les relations deviennent rapidement conflictuelles avec le royaume gréco-bactrien. Séleucos II tente en vain de reprendre la Parthie vers 228, puis Antiochos III marche en 209 contre les Parthes, remportant un succès sans lendemain[55]. Au milieu du IIe siècle av. J.-C., sous le règne de Mithridate Ier, les Parthes s'étendent dans les satrapies iraniennes puis vers la Babylonie. Séleucie du Tigre tombe en 141, marquant le début du déclin séleucide[56].

Le règne d'Antiochos III le Grand[modifier | modifier le code]

Un buste romain d'Antiochos III
Buste d'Antiochos III, copie romaine, Musée du Louvre.

Le règne d'Antiochos III (222-187), le plus long de l'histoire séleucide, marque la restauration de l'autorité royale dans les provinces anatoliennes et orientales. Pourtant son règne commence dans la difficulté[57]. Il doit d'abord faire face à la révolte de Molon, gouverneur des satrapies orientales, qui a pris le titre royal comme l'atteste les monnaies frappées à son nom[58]. Il élimine son ambitieux vizir, Hermias, et lutte contre Achaïos II, gouverneur d'Anatolie qu'il a reconquise aux dépens des Attalides de Pergame. La suite de son règne montre sa volonté de restaurer l'empire originel des Séleucides. Il est défait à la bataille de Raphia par Ptolémée IV en 217 durant la quatrième guerre de Syrie, ce qui ne l'empêche pas de reprendre Séleucie de Piérie[59]. Il parvient finalement en 200 à prendre la Cœlé-Syrie lors de la cinquième guerre de Syrie[60]. Entre-temps, il a mené une véritable anabase en Orient (212-205), marchant sur les pas d'Alexandre, avec pour objectif de faire face à l'expansion des Parthes et à la sécession du royaume gréco-bactrien[61]. La reconquête des Hautes satrapies est sans lendemain mais Antiochos, devenu « Le Grand », est parvenu à établir l'influence séleucide jusqu'au Golfe persique[62]. Il marche enfin contre la Thrace, conquise en 196, s'étendant aux dépens des Attalides[63]. Il entend par ailleurs renforcer l'autorité royale en centralisant le culte royal et en réformant l'administration[62].

Mais cette politique impérialiste suscite bientôt l'hostilité des Romains qui viennent de vaincre au nom de la « liberté des Grecs » Philippe V lors de la Deuxième guerre de Macédoine[62], et alors qu'Antiochos accueille à sa cour Hannibal Barca[64]. La guerre antiochique (192-188) éclate quand la Ligue étolienne appelle à l'aide les Séleucides contre les Romains[65]. Mais les forces d'Antiochos s'avèrent trop peu nombreuses pour faire face aux expérimentées légions romaines. Après une première défaite en 191 aux Thermopyles[66], Antiochos est définitivement vaincu en 189 à Magnésie du Sipyle[67]. Il est contraint de conclure un traité très sévère en 188, la paix d'Apamée, qui remet définitivement en cause la présence séleucide en Anatolie, au profit notamment de Pergame[52].

Son fils Antiochos IV, considéré comme le dernier grand roi séleucide[68], entend restaurer la grandeur du royaume. Il défait les Lagides lors de la sixième guerre de Syrie[N 15], mais doit quitter Alexandrie face à l'ultimatum des Romains[69],[N 16]. Dans le même temps, il échoue à réprimer la révolte des Maccabées en Judée (169-165)[70]. Il meurt alors qu'il mène campagne dans les Hautes satrapies durant une nouvelle tentative d'anabase.

Le long déclin du royaume séleucide[modifier | modifier le code]

Une carte des États d'Asie Mineure et du Proche-Orient au Ier siècle av. J.-C.
Le royaume séleucide et les États voisins au début du Ier siècle av. J.-C.

Antiochos IV n'est que le huitième roi de la dynastie en près de 130 années d'existence ; après lui, dix-sept autres rois se succèdent, démontrant l'instabilité chronique de la royauté qui est l'un des facteurs de son déclin[69]. Les successeurs immédiats d'Antiochos IV s'avèrent compétents, mais ils confrontés à des querelles dynastiques entretenues par les États voisins et par les Romains qui favorisent un prétendant au gré de leurs intérêts, sachant qu'après la paix d'Apamée un membre de la dynastie est gardé en otage à Rome. Lorsque Antiochos IV meurt prématurément, son jeune fils Antiochos V lui succède, mais il est rapidement évincé par Démétrios Ier, fils de Séleucos IV avec le soutien des Romains[71]. Durant près de cinquante ans, les deux branches de la dynastie issues des fils d'Antiochos III se livrent une lutte acharnée pour le pouvoir.

Démétrios Ier, souverain énergique, rencontre l'hostilité des Attalides qui poussent sur le trône un prétendu fils d'Antiochos IV, Alexandre Ier Balas[56]. Son fils Démétrios II, réputé pour sa tyrannie, voit la sécession du stratège Diodote, commandant de la place d'Apamée, qui fait proclamer un fils de Balas, Antiochos VI. Après avoir éliminé le jeune souverain, Diodote se proclame roi sous le nom de Tryphon, avant d'être lui-même tué par Antiochos VII, fils de Démétrios Ier. Il est le dernier roi à avoir tenté de reprendre les territoires perdus aux dépens des Parthes ; après quelques succès en Babylonie et en Médie grâce à une armée considérable[N 17], il est vaincu et tué par les Parthes en 129[72]. Durant le second règne de Démétrios II, que les Parthes ont libéré de sa captivité afin de susciter le désordre dans la dynastie[56], des révoltes éclatent à Antioche et au sein de l'armée à cause de l'emprise des mercenaires crétois sur la Syrie. Il est renversé par un usurpateur soutenu par les Lagides, Alexandre II Zabinas qui finit par être évincé par Antiochos VIII en 123[73]. Le long règne de ce dernier est marqué par la perte de Doura-Europos aux dépens des Parthes, l'émancipation de Séleucie de Piérie et la sécession de la Commagène[74]. À partir de 114, il entre en conflit avec son frère Antiochos IX pendant près de quinze ans. Sa mort plonge le royaume dans d'inextricables complexités dynastiques sachant qu'il a laissé cinq fils qui tous prétendent au diadème royal[73].

L'anarchie en Syrie et la fin des Séleucides[modifier | modifier le code]

Les dernières années de la dynastie sont marquées par d'incessantes querelles entre frères, neveux et oncles ou cousins, d'autant plus complexes qu'elles impliquent souvent des princesses lagides[75]. La Syrie, dernier reliquat du royaume séleucide, sombre bientôt dans l'anarchie, chaque cité avançant son prétendant. Les Juifs, sous la direction des Hasmonéens, obtiennent par ailleurs leur indépendance vers 104[56]. Les cinq fils d'Antiochos VIII se livrent en effet une compétition pour le pouvoir. Ainsi Démétrios III règne autour de Damas, et finit par être vaincu par les Parthes en 88, tandis que Philippe Ier règne lui autour d'Antioche. Antiochos XII, installé à Damas, se rebelle bientôt contre son frère Philippe ; mais il est battu par les Nabatéens qui occupe la Syrie médiridionale[75].

En 83, les Antiochéniens, excédés par le désordre politique entretenus par la double royauté séleucide, offrent la couronne au roi Tigrane II qui intègre la Syrie au royaume d'Arménie alors en pleine expansion[75]. Les Séleucides profitent de la victoire de Lucullus sur Tigrane en 69 pour revendiquer un trône sous tutelle romaine ; mais Pompée détrône Antiochos XIII en 64, mettant fin à la dynastie. Les royaumes d'Antioche et de Damas sont alors réduits au statut de province romaine. Antiochos XIII se réfugie chez son protecteur Lucullus, lequel l'élimine pour plaire à Pompée. Quant à Philippe II, il semble qu'il ait survécu, car un prince séleucide nommé Philippe est pressenti, en 56, pour épouser la reine d'Égypte Bérénice IV. Cette union est cependant rejetée par le gouverneur de Syrie, Aulius Gabinius, qui a sans doute fait exécuter Philippe. Ainsi disparaissent les derniers représentants de la dynastie des Séleucides. Si la Syrie proprement dite devint une province de l'Empire romain, la plus grande partie du régions orientales qui a constitué le royaume séleucide à l'époque de Séleucos Ier appartient désormais à l'empire parthe.

Institutions et administration du royaume[modifier | modifier le code]

Un territoire immense aux frontières changeantes[modifier | modifier le code]

Une carte du royaume séleucide vers 250 av. J.-C. avec l'emplacement des villes
Le royaume séleucide vers 250 av. J.-C.

Si l'immensité du royaume séleucide, à ses débuts, fait sa force, c'est aussi une source d'instabilité constante. À sa mort en 281 av. J.-C., Séleucos Ier lègue un vaste empire dont la gestion s'avère difficile pour son fils et successeur Antiochos Ier ; celui-ci doit en effet faire face à des rébellions et des velléités d'indépendance notamment en Anatolie. Dans ces mêmes régions, les Séleucides se heurtent plusieurs fois à la puissance lagide au cours du IIIe siècle av. J.-C.. L'Anatolie, région hétérogène occupés par des cités grecques, des peuples indigènes et disputés avec les Lagides, n'a jamais été totalement sous contrôle séleucide, surtout après l'indépendance acquise par Pergame en 263[51].

Dans la partie la plus orientale du royaume, ou Hautes satrapies (Arie, Drangiane, Sogdiane, Bactriane, etc.), la domination séleucide ne s'exerce véritablement que jusqu'aux années 250. Antiochos II subit en effet la sécession du royaume gréco-bactrien et l'expansion des Parthes[55]. Face au déclin de la puissance séleucide au milieu du IIIe siècle av. J.-C., Ptolémée III déclenche la troisième guerre de Syrie (ou guerre laodicienne) et conquiert l'ensemble de la Syrie, occupant même Séleucie de Piérie en 241. Même si les Lagides se retirent assez rapidement, cette occupation illustre la faiblesse nouvelle du royaume.

La situation change au début du règne d'Antiochos III qui restaure l'autorité séleucide sur les Hautes satrapies par son anabase, avant de se concentrer sur la partie occidentale du royaume. Il mène une série de campagnes victorieuses en Syrie et en Anatolie. En 192, les Romains et leurs alliés pergamiens, inquiets de cette réussite, déclarent la guerre antiochique et, après leur victoire, imposent la paix d'Apamée aux sévères conditions financières et territoriales[62]. Malgré la perte définitive de l'Anatolie, les Séleucides dominent encore un immense territoire. Mais les Parthes occupent définitivement les satrapies iraniennes (Perside, Médie, Susiane, etc.) à partir de 148 puis la Mésopotamie à partir de 141. Tigrane II d'Arménie soumet enfin la Cilicie, la Phénicie et la Syrie en obtenant qui plus est la couronne séleucide en 83[56].

La nature de l'institution royale[modifier | modifier le code]

Contrairement à l'Égypte lagide et à la Macédoine antigonide qui possèdent une logique culturelle et territoriale bien déterminée, le royaume séleucide se distingue par un territoire immense et fragmenté, dont les frontières ne sont pas clairement définies, tandis que les modes de contrôle des territoires varient fortement d'une région à l'autre. La figure royale est dès lors cruciale pour assurer la cohérence au sein de l'empire[76]. Le culte royal, héritage du culte héroïque d'Alexandre le Grand, y participe en imposant la figure du roi « libérateur » et « bienfaiteur » auprès des cités et des différentes communautés.

Le roi séleucide est souvent appelé « roi de Syrie » aussi bien par les sources anciennes[A 1] que les historiens modernes[77], même si à l'origine Séleucos Ier Nicator est roi de Babylonie[A 2]. Cette dénomination serait apparue après la perte de la Babylonie et de la Mésopotamie au milieu du IIe siècle av. J.-C. Pourtant, il est probable qu'en tant que successeurs des Achéménides et d'Alexandre, les Séleucides se considèrent plutôt comme « roi d'Asie », titre que leur donne d'ailleurs les sources juives[77]. Ces considérations faites, il convient de noter que le royaume ne porte aucune dénomination officielle. Dans les actes écrits en grec, les Séleucides sont seulement connus sous le titre de « roi Séleucos » ou de « roi Antiochos » ; quant au royaume, il est le « royaume de Séleucos », le « royaume d'Antiochos ». En Babylonie, néanmoins, le souverain est nommé « roi de Babylone » dans les tablettes en akkadien[77]. À titre de comparaison, les Lagides sont pharaons d'Égypte[N 18], les Antigonides rois des Macédoniens, les Attalides rois de Pergame. Enfin, contrairement au royaume de Macédoine et à son assemblée des Macédoniens, l'armée ne possède officiellement aucun pouvoir pour désigner, ou destituer, un roi, même si elle joue un rôle important dans les périodes de vacances du pouvoir. Les rébellions contre la royauté restent marginales[78]. Tout au plus, peut-on citer la révolte contre Alexandre Balas ou celle contre Démétrios II.

La royauté séleucide n'est donc ni nationale, ni territoriale ; elle est personnelle, sachant que le roi est l'incarnation vivante de la « Loi »[78]. La royauté repose finalement sur deux principes du droit grec : le pouvoir et le droit de propriété délivrés par la victoire et leur transmission héréditaire[79]. Polybe fait dire à Antiochos IV à propos de la conquête de la Cœlé-Syrie[A 3] : « L’acquisition par la guerre c'est le titre de propriété le plus juste et le plus fort ». Le roi possède son royaume « par la lance » en vertu du droit de conquête inspiré du geste d'Alexandre à son arrivée en Asie[80],[N 19]. Il utilise donc la guerre comme source de son autorité[78] car la victoire est génératrice de prestige et de butin. Il commande personnellement l'armée et doit montrer du courage physique : sur les quatorze rois que la dynastie a donnés entre Séleucos Ier et Antiochos VII, dix sont morts à la bataille ou en campagne[78].

Héritier des Argéades, mais aussi des Achéménides, le roi (ou basileus) incarne le pouvoir autocratique. Mais à certaines périodes, les Séleucides ont confié à des princes ou à leurs fils une forme de corégence, en les plaçant à la tête d'une partie du royaume[81]. Ainsi Antiochos Ier gouverne à partir de 294 av. J.-C. les satrapies orientales depuis Babylone ; Antiochos Hiérax obtient la tutelle sur les possessions anatoliennes ; Antiochos III gouverne les Hautes satrapies ; Zeuxis est stratège d'Anatolie sous Antiochos III ; enfin Séleucos IV se voit confier les territoires occidentaux avec pour capitale Lysimacheia en Thrace.

Les rois pratiquent la monogamie conformément aux Grecs, et contrairement aux Argéades. Les mariages entre frères et sœurs sont, à une seule exception, inexistants. Le seul cas d'union consanguine est celui des enfants d'Antiochos III : sa fille Laodicé IV épouse successivement trois de ses frères. Après le règne d'Alexandre Balas au milieu du IIe siècle av. J.-C., les Séleucides épousent des princesses lagides, manière de garantir le contrôle sur la Cœlé-Syrie par une alliance matrimoniale[82]. Les reines séleucides n'ont pas joué un grand rôle sur la scène politique, exception faite de Laodicé III à qui Antiochos III confie la régence des régions occidentales durant son anabase[83], contrairement aux reines lagides, il est vrai souvent sœur et épouse à la fois. Seules quatre d'entre elles figurent sur les monnaies, soit en qualité de régentes de manière légale ou abusive, soit en qualité de tutrice de leurs enfants[84] : Laodicé IV, Laodicé V, Cléopâtre Théa et Cléopâtre Séléné. Les autres membres de la famille royale ne portent aucun titre officiel, même l'héritier au trône qui n'est que « fils ainé »[85]. On note tout de même qu'Antiochos le Jeune, alors âgé de 11 ans, reçoit le titre de vice-roi des provinces occidentales en 210 de la part d'Antiochos III, et qu'en 196 il est officiellement désigné comme héritier du trône et doit épouser sa sœur, Laodicé IV.

Un territoire sous domination du roi[modifier | modifier le code]

Une carte du réseau urbain en Syrie avec la tétrapole
Le réseau urbain en Syrie séleucide.

Le royaume séleucide, immense à l'origine, n’existe qu'à travers les relations que l'administration royale noue avec les différentes communautés qui le composent. La terre royale (ou gê basilikê) s’étend partout où le roi est reconnu, ce qui exclut les vastes territoires désertiques à l'intérieur de l'espace séleucide.

Séleucos Ier a fondé la tétrapole de Syrie, un ensemble planifié de quatre cités (Antioche, Séleucie de Piérie, Laodicée et Apamée) avec pour volonté de s'établir durablement en Syrie et de faire concurrence à l'Égypte lagide en Méditerranée orientale[44]. Ces cités sont toutes bâties selon un plan hippodamien[86]. Séleucos fait aussi bâtir à travers son empire une quinzaine d'autres Antioche, du nom de son père Antiochos), suivi en cela par Antiochos Ier qui poursuit l'œuvre de son père. Les fondations urbaines se multiplient et portent des noms relatifs à la dynastie : il y a des dizaines de Séleucie, Antioche, Laodicée, Apamée[87]. La création de ces villes nouvelles a été facilitée par le fait que la Grèce continentale soit alors surpeuplée. Une première vague d'immigration grecque se déroule en effet du temps des diadoques. Les premiers habitants d'Antioche sont par exemple des colons athéniens, au nombre de 5 300, qu'Antigone le Borgne a préalablement installés à Antigonie ; 6 000 colons macédoniens peuplent Séleucie de Piérie sous Séleucos. On trouve aussi des colons thraces installés dans les provinces iraniennes. Une seconde vague de colonisation débute sous Antiochos IV qui fait construire 15 nouvelles cités. Ces cités sont étroitement liées au pouvoir central[88]. Les cités grecques d'Anatolie, à l'histoire séculaire, bénéficient quant à elles d'une autonomie institutionnelle et parfois d'exemptions fiscales.

Pour asseoir leur domination, les Séleucides s'appuient également sur des garnisons militaires, avec leur tête un phrourarque, surtout dans les régions densément peuplées du littoral d'Anatolie, de Syrie et de Mésopotamie. Séleucos établit également des cités-forteresses dans des régions plus reculées, comme celle de Doura Europos colonisée par des vétérans gréco-macédoniens[86]. Des colonies militaires (les katoikiai) sont aussi fondées, un peu sur le modèle des clérouquies d'Égypte : des colons reçoivent un lot de terre contre un service militaire ; ils ne disposent pas du statut de cité et dépendent directement de l'autorité royale[89]. Ces colons ne sont pas forcément gréco-macédoniens : Antiochos III, par exemple, fait installer 3 000 Juifs dans des colonies de Phrygie et de Lydie après que ces satrapies se soient révoltées ; il confie le transfert de population au gouverneur d'Anatolie, Zeuxis[89],. Il existe par ailleurs des colonies strictement agricoles[90].

Étant donné l'immensité de l'empire, la cour royale est itinérante, sans qu'une capitale n'apparaisse vraiment, du moins au IIIe siècle av. J.-C. Le roi voyage ainsi au gré des événements et des ambassades entre Sardes, Éphèse et la tétrapole syrienne[88]. Au fil du temps, le pouvoir a eu tendance à se centraliser autour d'Antioche, devenue capitale royale probablement vers 240 av. J.-C. Le roi a besoin de s'appuyer sur un maillage administratif qui peut lui servir de relais dans les territoires lointains[91] : satrapie, stratégie, cités, communautés indigènes ou ethnè. Le terme ethnos, traduit en « nation » ou « peuple »[N 20], s'applique à certains peuples dirigés par des dynastes et dont le territoire n'est pas structuré par des cités : Pisidiens, Lycaoniens, Élyméens, Cassites et nomades scythes, etc.[92]. Le cas de l'ethnos des Juifs de Judée est particulier en cela qu'il est dirigé par une ethnarque à partir de Simon Maccabée en 140. Les ethnè bénéficient d'une forme d'autonomie, aussi de par leur situation géographique périphérique[N 21].

Le roi séleucide possède son royaume « par la lance » en vertu du droit de conquête et fonde son autorité sur le prestige de la victoire. Certains souverains ont donc cherché à affirmer leur autorité en réalisant des anabases vers les Hautes satrapies d'Asie. C'est le cas pour Antiochos III, devenu « le Grand », et dans une moindre mesure pour Antiochos IV. Le roi devient dès lors un chef de guerre avec pour mission de soumettre à son pouvoir les communautés récalcitrantes. Mais ces manifestations de puissance internes restent rares.

Le royaume est donc constitué d'un ensemble de communautés liées à la royauté par des administrateurs. Cette royauté parait lointaine pour les individus, les rois n'ayant pas à proprement parler de « sujets ». Finalement, le royaume séleucide peut être comparé à une structure coloniale mais l'influence d'une métropole[93].

L'entourage du roi[modifier | modifier le code]

Si le roi possède un pouvoir quasi absolu, son entourage exerce une influence directe, plus ou moins importante, sur ses décisions. En effet, à l'image d'Alexandre le Grand et de tous les souverains hellénistiques, le roi s'entoure d'un cercle de proches, les Amis (philoi), composés de l'élite gréco-macédonienne[91]. La présence d'indigènes dans ce cercle semble marginale contrairement au dessein oriental d'Alexandre[94]. Il s'agit souvent d'ambassadeurs, d'officiers, de diplomates ou de conseillers. Certains occupent des fonctions régionales de gouverneurs ou de stratèges. Les Amis forment le Conseil (synédrion), documenté grâce à Polybe pour le règne d'Antiochos III. Il semble particulièrement consulté concernant les affaires militaires[91]. Une hiérarchie aulique (« de cour ») se créé bientôt entre les Parents, les Premiers Amis et les Amis honorés. Ils sont récompensés par des dons (dôrea) ou la concession de domaines[95].

Parmi les principaux dignitaires entourant le roi, dont les fonctions sont connues, on distingue[96] :

  • L'épistolographe : attesté pour le règne d'Antiochos IV, il dirige la chancellerie royale comme l'archigrammate des Argéades) ; il est donc en charge des relations épistolaires entre la royauté et les différentes communautés. Vu l'immensité du royaume et le nombre très important de communautés y vivant, ce poste s'avère stratégique.
  • Le préposé aux affaires (epi tôn pragmatôn) : traduite parfois en « vizir » ou « ministre », cette fonction, attestée à partir de Séleucos III, confère à son titulaire la gouvernance de la Syrie-Mésopotamie en l'absence du roi et la gestion des finances. Le cas le mieux documenté est celui d'Hermias sous Antiochos III qu'il finit par faire assassiner. La fonction est aussi connue au IIe siècle av. J.-C. avec Héliodore[N 22], Lysias et Bacchidès qui ont été successivement chargés de réprimer la révolte des Maccabées, prouvant que le « ministre » peut aussi bénéficier de prérogatives militaires ou diplomatiques[97].

Les structures administratives[modifier | modifier le code]

Contrairement au royaume lagide pour lequel il existe une documentation qui atteste d'une administration très développée dont le cœur se trouve à Alexandrie, le royaume séleucide n'est pas doté d'une véritable administration centralisée en dehors du synédrion (Conseil). La royauté séleucide a délégué, comme avant eux les Achéménides, de grandes responsabilités aux satrapes. Ils sont souvent désignés sous le nom de stratèges par les sources, même si ces derniers peuvent aussi occuper des fonctions militaires ou alors diriger des regroupements de plusieurs satrapies comme en Anatolie[98]. Il est probable qu'Antiochos III ait institué une séparation entre pouvoir administratif des satrapes et pouvoir militaire des stratèges au sein d'un même territoire[99].

Il est difficile d'avoir une idée exacte du nombre précis de satrapies. Appien estime à soixante-douze le nombre de satrapies sous Séleucos[A 4] ; mais ce chiffre parait exagéré, l'auteur ayant pu confondre les satrapies et leurs subdivisions[98]. Chaque satrapie est en effet subdivisée en circonscriptions dont l’appellation et la nature varient selon les traditions locales : hyparchies, chiliarchies, toparchies, etc.[95],[N 23]. Les satrapes (ou stratèges) sont les représentants du roi dans leur provinces au titre de gouverneur civil et parfois militaire. Les cités et les communautés locales doivent lui rendre des comptes. Les structures achéménides semblent avoir été réformées (déjà par Alexandre et Antigone le Borgne) avec le renforcement de l'autonomie accordée aux cités (poleis) qui sont dotées de leurs propres institutions[100]. Les territoires isolés de Haute Asie sont gouvernés de manière plus personnelle par les gouverneurs locaux, la domination séleucide étant alors consentie grâce à des exonérations fiscales ou à la concession d'une relative autonomie.

Ceci explique en partie la difficulté à maintenir une autorité continue sur tous les territoires, puisque certaines régions possèdent une large autonomie, accentuée par les velléités d'indépendance des gouverneurs mis en place par le roi, comme c'est le cas en Bactriane ou à Pergame[95]. D'une manière générale, les satrapies sont plus vastes en Asie centrale et dans les régions iraniennes qu'en Anatolie, région très fragmentée. Certains souverains ont confié à des officiers des commandements supra-régionaux. Déjà sous Séleucos Ier, un gouvernement général des satrapies orientales est confié à son fils Antiochos, qu'il nomme vice-roi. Ce partage du pouvoir est attesté par des inscriptions de Didymes, des documents cunéiformes et des émissions monétaires[101]. C'est aussi le cas pour l'Anatolie sous Antiochos III qui est sous la tutelle d'Achaïos II puis de Zeuxis au titre de stratège.

Le processus de poliadisation[modifier | modifier le code]

Les vestiges d'un temple d'ordre ionique
Le temple d'Artémis de Sardes reconstruit sous Antiochos III.

La poliadisation désigne la transformation d'une ville préexistante en cité (polis) ou la fondation d'une colonie selon le modèle grec ; c'est-à-dire un système politique reposant sur des assemblées (boulè, ecclésia, conseil des Anciens ou péliganès) et des magistrats (archontes, épistates) issus des citoyens[102]. Ce phénomène, qui participe à l’hellénisation, a été marqué en Anatolie ainsi qu'en Mésopotamie et en Babylonie. Il convient donc ici d'exclure les cités grecques d'Ionie, à la longue tradition civique avec souvent un régime démocratique, ou les cités des rives du Pont-Euxin restées indépendantes.

En Syrie, les cités nouvellement fondées de la tétrapole de Syria Séleukis possède des institutions propres tout en étant placée sous la tutelle royale par l’intermédiaire d'un épistate, choisi par le roi parmi les citoyens[103]. Cette région, déjà fortement urbanisée, connait aussi un phénomène de poliadisation avec l'implantation de colons et l'instauration d'institutions civiques dans des villes préexistantes, comme c'est le cas de Béroia (l'antique Alep)[104]. Plus à l'Est vers l'Euphrate, la colonie de Doura-Europos, peuplée de colons macédoniens, bénéficie du statut de cité[104].

En Anatolie, la poliadisation s'effectue par la fondation, ou la refondation, de colonies et la réunion par synœcisme de communautés préexistantes[49]. De nombreuses cités sont fondées à l'intérieur des terres, comme en Phrygie ou en Pisidie[51] ; beaucoup portent le nom d'Antioche, Séleucie, Apamée ou Laodicée. En Carie, les élites sont déjà fortement hellénisées, ce qui accélère le processus. Sardes, capitale de la Lydie, devenue le siège des provinces anatoliennes au IIIe siècle av. J.-C.[105], bénéficie de constructions monumentales qui en font une cité de type grec[49] : théâtre, stade, gymnase, temple d'ordre ionique dédié à Artémis. Le grec devient par ailleurs la langue de l'administration de la cité au détriment du lydien. Un décret d'Hanisa en Cappadoce[N 24], datant probablement du début du IIe siècle av. J.-C., démontre que la ville qui n'est pas une colonie possède, de manière spontanée, des institutions civiques grecques et utilise le calendrier macédonien[106]. Cette héritage est repris par les Attalides lorsqu'ils récupèrent l'Anatolie après la paix d'Apamée en 188 av. J.-C., s'efforçant de fonder aussi leurs propres colonies bâties sur le modèle grec[107].

En Babylonie, Babylone, qui au début des Séleucides a conservé ses institutions traditionnelles, est élevée au rang de cité soit sous Antiochos III, soit sous Antiochos IV[108]. C'est peut-être aussi le cas d'Uruk). Les nombreuses colonies nouvellement fondées en Mésopotamie reçoivent le statut de cité, la plupart sous le nom de Séleucie, Antioche, Laodicée, etc. La plus importante de ces fondations est Séleucie du Tigre[109]. Les cités mésopotamiennes conservent un lien avec l'administration royale avec la désignation d'un épistate, comme dans la plupart des fondations de Syrie[103]. À Babylone, transformée en cité, comprend désormais un théâtre, qui a été mis au jour, et un gymnase. La cité est dirigée par une assemblée des Anciens (ou péliganès).

En Judée, le cas de Jérusalem est particulier. Ce sont les élites hellénisées qui demandent en effet à Antiochos IV de transformer la ville en polis (renommée en Jérusalem Antioche), suscitant des tensions avec les juifs traditionalistes, les hassidim ou « pieux », à l'origine de la révolte des Maccabées[110]. La cité comprend alors un gymnase et un éphébéion qui forme les éphèbes à devenir citoyens[111].

Sous Tigrane d'Arménie, au début du Ier siècle av. J.-C., des cités de Syrie (région) et de Phénicie proclament leur autonomie par rapport au pouvoir royal ; il s'agit d'Apamée, de Laodicée et de Bérytos[112].

La place de la Babylonie[modifier | modifier le code]

Une carte du réseau urbain en Basse Mésopotamie à l'époque hellénistique
Le réseau urbain en Basse Mésopotamie à l'époque hellénistique.
Article détaillé : Babylonie tardive.

Les historiens modernes ont longtemps sous-estimé l'importance de la Babylonie au sein du royaume séleucide en consultant davantage les sources grecques que les documents écrits en araméen. La chancellerie royale, selon la tradition achéménide, rédige en effet des documents en araméen et pas seulement en grec. Les chroniques babyloniennes intitulées Chronique des diadoques, écrites en akkadien[N 25], font par ailleurs démarrer l'ère séleucide à la date de 311 av. J.-C. au moment de la guerre babylonienne entre Séleucos Ier et Antigone le Borgne[A 5], même si Séleucos n'est alors mentionné qu'au titre de stratège du souverain légitime, et hypothétique, Alexandre IV[113]. L'ère royale prend fin dans les années 140 av. J.-C. avec l'invasion parthe. De nombreuses sources en akkadien (chroniques, journaux astronomiques, Cylindre d'Antiochos trouvé dans le temple de Nabû à Borsippa) attestent de contacts directs entre les élites babyloniennes et Antiochos Ier, qui a d'ailleurs été chargé de gouverner la Babylonie à partir de 294 au titre de vice-roi[114].

Avec la Syrie, la Babylonie, région riche et densément peuplée depuis des millénaires, est l'une des bases du pouvoir séleucide qui reçoit le soutien des élites politiques et sacerdotales avec lesquelles les correspondances se font en grec[115]. Les souverains séleucides assument des fonctions religieuses comme le montrent les calendriers astronomiques et se font les protecteurs des sanctuaires[88]. Enfin, Séleucos a fondé Séleucie du Tigre vers 310-305 a un carrefour de communication entre la Mésopotamie, le Golfe Persique et le Plateau Iranien afin de supplanter une Babylone sur le déclin. Elle devient rapidement un grand centre de commerce et l'un des premiers ateliers monétaires du royaume en produisant notamment des monnaies de bronze. Uruk connait un renouveau en devenant le lieu de perpétuation de la culture babylonienne[88].

La région n'est pas exempte de crise sociale. Ainsi en 273[N 26], Antiochos Ier a eu recourt à une forte pression fiscale afin de financer la première guerre de Syrie ; cette politique a engendré des famines (et son cortège d'épidémies), renforcées par l'usage d'une monnaie de bronze dont la valeur est surévaluée par rapport aux anciennes monnaies pesées[116].

L'armée séleucide[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Armée séleucide.
Une fresque représentant un soldat équipé d'une cotte de maille et d'une lance
Fresque de Sidon du IIe siècle av. J.-C. représentant un thorakitès portant une cotte de mailles et un bouclier (thuréos), Musée archéologique d'Istanbul.

Comme toutes les armées des grands royaumes hellénistiques, l'armée séleucide est fondée sur le modèle de l'armée macédonienne forgé par Philippe II et amplifié par Alexandre le Grand. La force principale réside dans la phalange de sarissophores qui est divisée en argyraspides ou « boucliers d'argent», chalcaspides ou « boucliers de bronze » et en chrysaspides ou « boucliers d'or »[117],[N 27]. Les argyraspides, qui forment la Garde royale, sont des troupes permanentes[N 28], au contraire des autres contingents de la phalange, levés le temps d'une campagne. Les Séleucides ont eu tendance, comme les Antigonides durant les Guerres de Macédoine, à alourdir l'équipement des phalangites, au détriment de la mobilité chère à Alexandre. Ainsi les légions romaines, bien plus flexibles, ont fini par prendre le dessus en attaquant leurs flancs ou leurs arrières. Aux Thermopyles (191 av. J.-C.) puis à Magnésie (190)[A 6], les phalanges séleucides sont ainsi restées immobiles derrière leur palissade de pointes dans un rôle purement défensif.

L'armée compte aussi, à partir du milieu du IIIe siècle av. J.-C., des troupes d'infanterie moyenne appelées les thuréophores. Ils portent un bouclier ovale, le thuréos d'origine celte, et sont armés d'une lance, de javelots et d'une épée. Ils peuvent être organisés en phalanges ou combattre comme des tirailleurs. Au cours du IIe siècle av. J.-C., leur équipement s'alourdit avec l'emploi d'une cotte de mailles, voire d'un linothorax ; ils deviennent des thorakitai (ou « porteurs d'armure»)[A 7]. Ces derniers sont attestés durant l'anabase d'Antiochos III dans la région du mont Elbrouz[118].

La cavalerie lourde, équipée à l'origine comme les Compagnons macédoniens, joue aussi un grand rôle sur le champ de bataille sans pour autant toujours donner la victoire, comme le montrent les défaites de Raphia et de Magnésie : par deux fois Antiochos III l'emporte sur son aile à la tête de sa cavalerie mais se voit entraîner dans une longue poursuite qui l'empêche de se rabattre sur l'infanterie adverse. Un escadron de cavaliers forme la Garde royale ou agèma. Il existe aussi des cataphractaires, à partir d'Antiochos III, et des archers montés, tous deux inspirés par les cavaliers scythes et parthes. L'armée compte enfin des contingents d'éléphants de guerre asiatiques et des chars scythes au moins jusqu'au milieu du IIe siècle av. J.-C. siècle.

L'armée est formée de colons (katoikoi), majoritairement gréco-macédoniens bien qu'on trouve aussi des Thraces ou des Agrianes, qui forment la réserve opérationnelle. Ils accomplissent un service militaire en échange de la cession d'une terre[119]. Comme en témoignent les effectifs alignés à Raphia[A 8] et à Magnésie[A 9], l'armée compte aussi de nombreux mercenaires, recrutés de manière permanente ou le temps d'une campagne. Mais il convient de distinguer les mercenaires indigènes (Lydiens, Phrygiens, Ciliciens, Perses, Mèdes, Carmaniens, etc.) et ceux originaires d'autres pays (archers crétois, thuréophores grecs, Galates, Scythes, etc.). Certains États alliés peuvent également fournir des troupes. On peut en effet trouver des Cappadociens, des Arméniens, des Pontiques et des Arabes.

L'intendance de l'armée est dirigée par le logistérion stratiôtikon qui siège à Apamée[N 29]. Institution essentielle de l’administration militaire, elle s'occupe des aspects matériels et techniques : approvisionnement, remonte, fourniture d’armes, logement des soldats, etc.[120]. Enfin des haras royaux (hippotropheia) sont attestés, les plus renommés étant celui d'Apamée[A 10]. et de Médie.

Contrairement à la thalassocratie lagide, les Séleucides ne disposent pas d'une flotte de guerre conséquente. D'une part l'empire est d'abord continental, d'autre part la construction de forces navales s'avère très coûteuse. Ainsi, dans les grandes cités portuaires des rives orientales de la Méditerranée, Séleucie de Piérie et Laodicée, sont stationnés seulement quelques navires de guerre. Il existe également une flottille dans le golfe Persique, où des bases séleucides ont été retrouvées et dont le port principal est Antioche en Susiane[121]. Durant la guerre antiochique contre les Romains, Antiochos III peut compter sur une grande flotte d'environ 100 navires, dont certains lourdement armés, étant donné que ce conflit a eu lieu dans la région égéenne. Pour autant il a dû se replier face aux flottes de Pergame et de Rhodes, l'espace maritime séleucide se limitant de nouveau aux eaux syriennes et phéniciennes. La dernière grande flotte a été formée sous Antiochos IV quand il a occupé Chypre en 168 au cours de la sixième guerre syrienne.

La question du culte royal[modifier | modifier le code]

Relief de Doura-Europos accompagné d’une inscription en palmyrénien du IIe siècle av. J.-C. siècle après J.-C. : Séleucos Ier couronne le Gad (divinité de la Fortune), accosté de deux aigles et tenant le sceptre
Relief du IIe siècle av. J.-C. siècle après J.-C. accompagné d’une inscription en palmyrénien : Séleucos Ier Nicator, en costume militaire, est représenté à droite couronnant le Gad (divinité de la Fortune), assis accosté de deux aigles et tenant le sceptre.

Le culte royal séleucide est un héritage d'Alexandre le Grand qui, en plus de son statut d'héritier de Zeus Ammon, bénéficie après sa mort d'un culte héroïque entretenus par les diadoques. Il est à différencier de celui des Lagides qui bénéficient d'un culte pharaonique de la part des égyptiens autochtones[122]. Une distinction est traditionnellement opérée entre les cultes rendus par les cités et le culte organisé par la royauté elle-même[123], même s'ils existent des interactions subtiles entre ces deux formes de « religions » comme en témoignent des découvertes épigraphiques[124].

Le culte civique, bien renseigné, est rendu au roi et parfois à son épouse à l'initiative des cités grecques qui recherchent les faveurs royales ou veulent les récompenser de leurs bienfaits, tout en restant maîtresses des rites publiques. Ces honneurs ne sont pas adressés forcément à tous les rois divinisés. Ainsi à Sardes en 213 av. J.-C., un téménos (un espace sacré) est consacré à Laodicé III, épouse d'Antiochos III, sans pour autant qu'elle ne soit divinisée[125]. Téos, « libéré » des Attalides en 203, confère au souverain les titres d'« Évergète » et de « Sauveur » et consacre un autel au couple royal dont les statuts sont érigées dans le temple de Dionysos[N 30] Le décret d'Iasos montre que les stratèges doivent sacrifier sur l'autel consacré à Antiochos III lorsqu’ils se transmettent les clefs de la ville[126]. Les colonies (katoikiai) peuplées de gréco-macédoniens peuvent aussi rendre un culte au souverain. En Lydie, des dédicaces du IIIe siècle av. J.-C. attestent d'un culte envers Zeus Séleukeios (ou Zeus Séleukios), associé à des divinités indigènes (les Nymphes, la Mère du Dieu), démontrant la pérennité de ce culte au sein de communautés villageoises dont il n'est pas certain qu'elles soient « macédoniennes »[127]. À Doura Europos, un culte de type militaire est rendu à Séleucos Nicator encore au IIe siècle av. J.-C. alors qu'à cette époque la région est depuis longemps sous tutelle parthe ; il est attesté par un relief accompagné d'une inscription en palmyrénien[128].

Le culte d'État est lui beaucoup moins documenté. On note en effet l'absence de sources sur ce culte organisé à l’échelle du royaume. Ce culte émane du roi seul et n'implique que la chôra royale et les cités sujettes. Antiochos Ier a fondé à la cour et dans certaines cités de Syria Séleukis un culte divin en l'honneur de son père, Séleucos Ier : un temple doté d'un téménos est par exemple érigé à Séleucie de Piérie[A 11]. Sous Antiochos Ier, une inscription d'Ilion conseille aux prêtres de sacrifier à Apollon, ancêtre des Séleucides selon la légende familiale[A 12]. Ce culte est aussi attesté par les symboles frappés sur les monnaies : l'ancre ou la figure d'Apollon.

Le culte royal, initialement rendu à Séleucos et aux souverains défunts, est réorganisé, et renforcé, par Antiochos III à partir de 209 qui l'étend aux rois de leur vivant et à leur famille. Ce culte d’État, qui assimile le roi à une divinité protectrice, est dès lors célébré dans tout le royaume par des grands-prêtres[62], probablement à l'échelon d'une ou plusieurs satrapie(s)[129]. Seules deux grandes prêtresses, qui appartiennent à la haute aristocratie, sont connues : Bérénice, fille de Ptolémée de Telmessos et une Laodicé, probablement Laodicé IV, fille d'Antiochos III[130]. Les grands-prêtres n'auraient pas exercé de contrôle sur les prêtres civiques du culte royal. Par ailleurs, Antiochos III a instauré en 193 un culte à son épouse Laodicé III, culte provisoire car elle est bientôt répudiée[130]. Il existe trois inscriptions qui attestent que ce culte est établi à travers tout le royaume[N 31].

Enfin, certains souverains portent des épithètes d'essence divine. Ainsi Antiochos II reçoit l'épithète de Théos (« Dieu ») après avoir libéré Milet de son tyran et rendu leur liberté aux cités grecques d'Anatolie. Antiochos IV porte l'épithète d’Épiphane (« Manifestation divine »), habituellement réservé aux dieux[N 32]. Cet épithète a été transmis par la tradition littéraire, par les monnaies ainsi que par des dédicaces extérieures au royaume, comme à Délos et à Milet. Il est le premier roi séleucide à utiliser des épithètes divines sur des pièces de monnaie, peut-être inspiré par les rois grecs de Bactriane ou par le culte royal que son père a codifié. Cette titulature aurait pu servir à renforcer l'autorité royale au sein d'un empire disparate[131].

Économie du royaume[modifier | modifier le code]

L'administration économique[modifier | modifier le code]

Il convient de noter l'absence d'une administration centrale qui organiserait et planifierait une politique économique globale, comme c'est le cas dans une certaine mesure pour le royaume lagide. La fiscalité n'est pas homogène, s'exerçant différemment en fonction de la nature de la domination. Par exemple en Anatolie, l'exploitation des terres agricoles, surveillée par des garnisons, requiert un tribut ou phoros. Les cités sont prélevées annuellement et paient des taxes (syntaxis) sur leurs productions et leurs activités[132]. Dans les satrapies de Haute Asie, les prélèvements sont ponctuels et variables : il peut s'agir du prélèvement en nature comme à l'époque des Achéménides (éléphants, chevaux, céréales, etc.) ou en argent. Mais dans ces régions il s'avère que l'on connait davantage les modalités du prélèvement en temps de guerre qu'en temps de paix[133].

Les satrapes se trouvent à la tête d'une armée de fonctionnaires chargés des affaires fiscales et financières. Les impôts, une fois prélevés, sont placés dans des trésoreries (gazophylaquies) pour éviter les longs et périlleux trajets. Les finances des cités soumises à la royauté sont placées sous le contrôle d'un épistate. Les finances de certains sanctuaires, quand ils ne sont pas autonomes, sont elles aussi étroitement surveillées par le pouvoir royal[134].

L'essentiel de la terre royale (ou chôra basiliké) est répartie en grands domaines fonciers. Héritages des Achéménides, ces domaines sont exploités par des paysans, les laoi, sous la direction d'intendants. Mais certaines communautés peuvent jouir de leur propre territoire en l'exploitant tout en restant sujets aux impôts royaux. Quelques cités grecques d'Anatolie obtiennent par ailleurs des exemptions fiscales afin que leur loyauté soit assurée[88].

La fondation de cités en Syria Séleukis, en Anatolie intérieure, en Mésopotamie ou en Bactriane a un impact économique important, car elle permet la mise en valeur de ces territoires et de modifier les modes de production. Les souverains politiques ont certainement eu une véritable politique fiscale, certes héritée des Achéménides mais qui montre aussi une adaptation aux modèles civiques[135]. Finalement, l'organisation économique suit donc davantage une logique territoriale qu'une logique centralisée.

Le rôle du trésor royal[modifier | modifier le code]

Le territoire royal est soumis à une taxation sur la richesse produite qui pèse en premier lieu sur les cités[136]. Comme sous les Achéménides puis Alexandre, les cités, principalement celles d'Anatolie, sont soumises à des prélèvements fiscaux. Selon une distinction opérée par le conquérant macédonien, la terre royale (ou gê basiliké) est soumise au tribut (ou phoros) tandis que les cités paient une taxe (ou syntaxis) [137],[N 33]. Les syntaxeis, terme euphémique, évoqueraient l'idée d'une taxe payée « volontairement » dans le cadre d'une alliance[138].

Le trésor royal (ou basilikon) intervient donc pour la taxation des cités mais aussi pour les exemptions fiscales ou la redistribution des fonds à ces mêmes cités[139]. Les exemptions totales de tribut (ou aphorologesia) restent rarement évoquées par les sources. On connait celle qu'Antiochos III a accordé en 203 av. J.-C. à la cité de Téos en Ionie après qu'elle ait été prise aux Attalides. Les exemptions partielles sont connues à travers le cas d'Héraclée du Latmos qui reçoit des privilèges de la part d'Antiochos III et son stratège Zeuxis[140]. Ces exemptions peuvent être motivées par les difficultés économiques qui découlent de la guerre. C'est le cas à Sardes lorsque la cité est reprise à Achaïos II en 213. Elles peuvent également être accordées à des ethnè comme celui des Juifs de Judée.

Par ailleurs le trésor royal peut participer directement au financement de constructions monumentales ou d'aménagements urbains, manière pour les souverains de montrer leur évergétisme envers les cités[141]. Il peut s'agir de dons en argent, c'est par exemple le cas à Héraclée du Latmos, dans une région disputée aux Attalides, où Antiochos III, par l'intermédiaire de Zeuxis, s'engage à financer la construction d'un aqueduc[142]. Il peut aussi s'agir de dons en nature, du blé ou de l'huile d'olive, comme c'est aussi le cas pour Héraclée. Le blé provient des greniers royaux et permet de mettre fin à un crise alimentaire. Le don de blé opéré à la même époque par Laodicé III à Iasos répond à une autre volonté : celle de transformer le blé en valeur monétaire[143]. Quant au don d'huile, il répond à une difficulté commune à nombre de cités en termes d’approvisionnement. Sardes se voit aussi par exemple fournir de l'huile en 213.

Finalement cette redistribution du basilikon permet de renforcer la loyauté des cités en s'inscrivant dans la durée, à la différence d'actes d'évergétisme plus ponctuels. Les cités deviennent dès lors dépendantes de la royauté en cela qu'elles se voient garantir leur statut même de polis grâce à ces dons[144].

Le système monétaire[modifier | modifier le code]

Monnaie d'argent à l'effigie d'Antiochos III
Monnaie à l'effigie d'Antiochos IV Épiphane.

La politique monétaires des premiers Séleucides s'inscrit dans la continuité de celle initiée par Alexandre qui a ouvert des ateliers monétaires dans tout l'empire. La grande nouveauté apportée en Orient par la conquête macédonienne est l'adoption d'une monnaie « comptée » ou « numéraire », c'est-à-dire d'une monnaie constituée de pièce de métal dont la valeur n'est pas parfaitement équivalente à la quantité de métal (or, argent, bronze), au contraire des monnaies pesées, et se voit garantir par une autorité politique[145]. Il existe en outre une monnaie « fiduciaire » en bronze ou en alliage cuivré, apparue en Grèce au IVe siècle av. J.-C., utilisée pour les usages du quotidien, dont la valeur nominale est largement supérieure à la valeur métallique. Son usage rencontre certaines résistances comme en Babylonie[146].

La monnaie numéraire n'est pas utilisée en Mésopotamie et dans les provinces iraniennes avant la période hellénistique. Alexandre fonde ainsi deux ateliers monétaires à Babylone, l'un servant au niveau de la satrapie à la production du numéraire pour les dépenses de la royauté, l'autre servant à produire des monnaies d'argent d'étalon attique pour payer les soldats[147]. Les premiers Séleucides mettent en place une politique monétaire cohérente en établissant des ateliers à Séleucie du Tigre, à Ecbatane et à Bactres, l'atelier de Babylone et les émissions mixtes étant bientôt abandonnés[148]. Le système est basé sur l'étalon attique, permettant à toutes les monnaies de même étalon produites en dehors du royaume d'avoir cours. L'usage de cet étalon semble répondre à l'expansion séleucide en Anatolie où il a déjà cours[116]. Ce système dit « ouvert » se différencie fondamentalement de celui des Lagides qui auraient interdit l'usage de toutes autres monnaies que celles émises par les ateliers royaux[149]. Enfin, les Séleucides imposent l'usage d'une monnaie fiduciaire en bronze produite dans les ateliers du Séleucie du Tigre. Elle sert pour les petits achats du quotidien et se répand dans les garnisons et les cités ; mais son usage rencontre au départ des résistances en Babylonie d'autant plus que la région connait une grave crise sociale sous Antiochos Ier[116]. Le cas de la Babylonie montre en tout cas une poursuite de l'utilisation de métal pesé comme instrument et étalon des échanges, suivant les traditions de la région.

Société et culture[modifier | modifier le code]

La question de l'hellénisation[modifier | modifier le code]

Une tablette en argile avec une face en grec ancien
Tablette du Graeco-Babyloniaca avec une face en grec ancien, Semitic museum d'Harvard.

L'immensité géographique du royaume séleucide a créé un agrégat de peuples divers, tels que les Grecs, les Lydiens, les Arméniens, les Juifs, les Phéniciens, les Babyloniens, les Perses, les Mèdes, etc. La nature impériale de ces territoires a encouragé les souverains séleucides à mettre en œuvre une politique d'unité linguistique, déjà initiée par Alexandre, même si le grec est d'abord une langue administrative[150]. L'hellénisation a été rendue possible par la fondation de cités bâties sur le modèle grec, ou la refondation de cités désignées par des noms grecs plus appropriés : Antioche, Séleucie, Apamée, Laodicée. La synthèse des idées culturelles, religieuses et philosophiques entre Gréco-Macédoniens et indigènes a rencontré divers degrés de succès, ce qui s'est traduit par des périodes de paix mais aussi des rébellions dans les différents territoires de l'empire.

La colonisation permet de favoriser l'hellénisation tout en facilitant l'assimilation des communautés autochtones. Socialement, cela a conduit à l'adoption des pratiques et des coutumes grecques par les classes indigènes instruites désireuses de faire carrière dans la vie publique[151]. Dans le même temps, la classe gréco-macédonienne dominante a progressivement adopté certaines traditions locales. Beaucoup de villes existantes ont commencé, parfois par obligation, à adopter la culture, la religion et le fonctionnement politique hellénique, même si les souverains séleucides ont par exemple incorporé les principes de la religion mésopotamienne afin d'obtenir le soutien des populations locales.

Le site d'Uruk en Babylonie, constitue un cas intéressant d'étude des relations entre élites grecques et élites indigènes. Le site connaît dans la seconde moitié du IIIe siècle av. J.-C. une importante activité de construction, avec l'érection de nouveaux sanctuaires dans la plus pure tradition mésopotamienne[152]. Certains notables locaux adoptent un nom grec à côté de leur nom babylonien, à l'image d'Anu-uballit qui reçoit le nom grec de Nikarchos, apparemment octroyé par Antiochos III, et d'un autre Anu-uballit légèrement plus tardif, qui reçoit aussi le nom grec de Kephalon[153]. Deux tombes riches exhumées au voisinage de la ville indiquent là encore que les élites locales ont adopté des éléments grecs, puisqu'on y a trouvé notamment une amphore à vin grecque, des strigiles, ou encore une couronne composée de feuilles d'olivier en or[154]. Les savants de Babylonie, issu des élites religieuses, sont cependant surtout connus par leurs activités intellectuelles reprenant (en les renouvelant parfois, comme dans le cas de l'astronomie) les traditions babyloniennes et couchées sur des tablettes d'argile inscrites de signes cunéiformes[155]. Une pénétration de la langue hellénique est attestée dans la région, au moins à partir du IIe siècle av. J.-C. Un corpus composé d'une vingtaine de tablettes, le Graeco-Babyloniaca, avec une face en grec ancien et une autre en sumérien, pourrait en effet signifier, en autres interprétations, que les scribes babyloniens apprennent le sumérien[N 34] en utilisant l'alphabet grec plutôt que l'araméen[156]. L'usage du grec par les élites dirigeantes de Babylonie n'a pas altéré le dynamisme de l'araméen, la langue de la chancellerie achéménide[150]. La majorité de la population de Mésopotamie, et même déjà de Judée, parle alors l'araméen. Il convient d'y ajouter l'élyméen et les diverses langues anatoliennes (lydien, carien, lycien, etc.)[151].

Les pratiques religieuses[modifier | modifier le code]

Statue d'Héraklès du mont Behistun, province de Kermanshah, Iran.

De nombreuses religions sont pratiquées dans le royaume séleucide : polythéisme grec, Religion mésopotamienne, mazdéisme, judaïsme, etc. Apollon étant considéré comme l'ancêtre légendaire de la dynastie, ses sanctuaires ont été soutenus financièrement, comme ceux de Delphes, Délos, Claros (près de Colophon) et surtout Didymes (près de Milet), dont le temple qui a été détruit est refondé à partir de Séleucos Ier, probablement sous l'influence de Déodamas de Milet[157]. À Daphné, le « faubourg » d'Antioche, Séleucos Ier fait ériger un sanctuaire dédié à Apollon particulièrement important[A 13]. Ces sanctuaires possèdent de vastes domaines exploités par des communautés paysannes et sont soumis à des taxes royales[50].

Un syncrétisme religieux s'opère entre les divinités grecques et le mazdéisme pratiqué dans le monde iranien. Zeus est ainsi assimilé à Ahuramazda, Artémis à Anahita et Héraclès à Verethragna. Le culte d'Héraclès se répand particulièrement en Iran grâce à l'image de puissance associée au héros et à la parenté spirituelle avec la déification des roi-héros[158]. Ce culte est attesté par un relief rupestre situé dans un lieu déjà hautement symbolique sous les Achéménides. Le relief, typiquement grecque, est sculpté au pied d'une falaise du mont Behistun dans la province de Kermanshah. Il représente Héraclès nu reposant sur une peau de lion, une coupe à la main, au pied d'un olivier. Les armes du héros sont à proximité immédiate : arc et carquois suspendus à l'arbre, massue posée à ses pieds. Une inscription en grec révèle que la statue a été achevée en 153 av. J.-C. en l'honneur du gouverneur séleucide de la satrapie[159].

La Religion mésopotamienne reste très vivace et connait une forme de syncrétisme avec le panthéon grec : Marduk (Baal-Marduk) est ainsi assimilé à Zeus, Nabû à Apollon[160]. Les nouveaux sanctuaires d'Uruk érigés à cette époque[152] ainsi que celui de Babylone, l'Esagil dédié à Marduk, sont d'importants lieux sacrés et des centres de savoirs, proches en cela du Mouseîon d'Alexandrie. Ils ont livré de nombreuses tablettes en akkadien. Il est attesté que les rois séleucides ont honoré le culte babylonien. Ainsi Antiochos III, durant son séjour à Babylone en 187 alors qu'il est en route vers l'Élymaïde (où il perd la vie), effectue des rituels et sacrifices notamment dans le temple de l'Ésagil[161],[N 35]. Dans la Susiane voisine, un corpus d'inscriptions indique que les membres de l'importante communauté grecque locale affranchissent des esclaves en les vouant à la déesse Nanaya, autre figure de la tradition religieuse mésopotamienne[162].

Le judaïsme connait lui une profonde querelle entre tenants de la tradition et tenants de l’hellénisation qui aboutit à la révolte des Maccabées au IIe siècle av. J.-C., débutée sous le règne d'Antiochos IV[163]. Le Temple de Jérusalem est désormais consacré à Baalshamin, une divinité phénicienne, et placé sous l'autorité mixte de Juifs, de Grecs et d'Orientaux hellénisés. Les Juifs « modernistes » continuent de vénérer Yahweh dont un autel subsiste dans le temple[164]. Cette politique religieuse fait dire qu'Antiochos IV a conduit une hellénisation « forcée » de la Judée, au contraire des Lagides plus tolérants. Il est vrai que cette transformation du temple répond à une volonté syncrétiste adaptée aux besoins des colons militaires de la citadelle de Jérusalem, alors majoritairement syro-phéniciens. Mais elle suscite une forte agitation, exacerbée par le poids de la fiscalité et la résistance aux mœurs grecques[164]. C'est dans ce contexte qu'Antioche promulgue un édit en 167, appelé édit de persécution, qui ordonne d'abolir la Torah ou la Loi dans le sens le plus large : foi, traditions, mœurs[164]. Cette persécution ne semble pas avoir été motivée par un fanatisme anti-judaïque, fanatisme qu’exclurait son épicurisme ou par la volonté d'imposer les cultes grecs. Il agit d'abord pour mettre fin à une révolte locale ; cet édit ne concerne en effet ni la Samarie, ni les Juifs de la diaspora[164]. Là où Antiochos commet une grave maladresse, c’est qu'il n'a pas compris qu’abolir la Torah ne revient pas seulement à priver les Juifs de leurs lois civiles, mais conduit à l’abolition du judaïsme. La révolte des Maccabées aboutit à la quasi indépendance de la Judée sous la tutelle des Hasmonéens, fondateurs d'un nouvel État juif fortement hellénisé. En 140, Simon Maccabée est proclamé « Grand Prêtre, stratège et ethnarque » à titre héréditaire. En 104, Aristobule Ier Philhellène est proclamé roi de Judée.

L'art et la science au service de la royauté[modifier | modifier le code]

Une statue d'une femme personnifiant la Fortune et surmontant le fleuve Oronte
La Tyché d'Antioche, copie romaine du Ier siècle av. J.-C. d'un original grec en bronze.

L'œuvre artistique la plus célèbre du royaume séleucide est la statue en bronze de Tyché sculptée par Eutychidès, un élève de Lysippe, sous le règne de Séleucos Ier. La statue, aujourd'hui disparue mais il reste des répliques, se tient à Antioche comme symbole de la cité. Tyché, divinité tutélaire de la Fortune, évoque aussi les conditions qui ont permis à Séleucos de bâtir un immense empire dans les temps troublés des diadoques. La statue représente la déesse assise sur une pierre et portant une couronne surmontée de tours. La déesse est donc à la fois une représentation de Tyché et l'allégorie de la cité d'Antioche ; à ses pieds est couché un personnage masculin qui est la personnification du fleuve Oronte[165]. La statue a ensuite été imitée par plusieurs cités du royaume pour leurs représentations de Tyché.

Contrairement à l'Égypte lagide dont la capitale, Alexandrie, fait figure de « nouvelle Athènes », le royaume séleucide ne dispose pas d'un centre culturel unique. Cela est dû en partie au fait que la cour royale est itinérante en raison de l'immensité de l'empire. Il manque donc une grande institution du savoir, comme l'a été la Bibliothèque d'Alexandrie, même s'il existe une bibliothèque royale à Antioche à partir d'Antiochos III. Cette bibliothèque a été formée sous la responsabilité du poète Euphorion de Chalcis, invité à la cour séleucide autour de 221[166]. D'autres sages et penseurs séjournent à la cour séleucide. Les rois gardent notamment auprès d'eux de grands médecins, comme Érasistrate, médecin personnel de Séleucos Ier, et ses disciples dont Apollophane, médecin d'Antiochos III. Le prêtre et astrologue chaldéen Bérose a écrit au nom d'Antiochos Ier une Histoire de Babylone en grec. Cette œuvre, à la chronologie fantaisiste, mentionne l'existence des Jardins suspendus de Babylone dont la description détaillée est notamment connue grâce à Flavius Josèphe. L'historicité de cette merveille du monde antique reste en débat[167]. Enfin les Séleucides ont ordonné des missions d'exploration géographique en mer Hyrcanienne, au-delà du Syr-Daria, dans le golfe Persique et sur le Gange.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les historiens restent confrontés à la perte de l’œuvre de Hiéronymos de Cardia, contemporain des diadoques, auteur d'une Histoire des successeurs d'Alexandre, dont s'inspire ici Diodore.
  2. Sortes de tables des matières plus ou moins détaillées, les Abrégés ou Periochae sont à distinguer d'éventuels résumés ou epitomae qui ont peut-être existé.
  3. Exemples : instabilité séleucide et piraterie (XIV, 5, 2), tétrapole de Syrie (XVI, 2, 4-10).
  4. Sur Séleucos : Pausanias, I, 10, 2-5 ; 16.
  5. Les OGIS, 211-263, compilent les inscriptions relatives aux Séleucides trouvées au XIXe siècle.
  6. Dont Philippe Gauthier, biographie en ligne.
  7. Traduit en 2004 en langue française.
  8. Ne sont mentionnés à ce sujet que les ouvrages publiés en langue française.
  9. Il existe a contrario de telles études récentes sur les Lagides.
  10. La chronologie des capitales séleucides reste sujette à caution.
  11. Archè est seulement employé chez Appien, Livre Syriaque, 48) mais plutôt pour traduire la domination militaire des Séleucides.
  12. Vainqueur des barbares, Antiochos se présente dès lors comme le Sauveur (Sôter) des Grecs.
  13. Certaines de ses implantations ont été fondées par Alexandre mais dépeuplées entre-temps.
  14. La datation du règne d'Arsace reste sujette à caution.
  15. Une tradition veut qu'il se soit même fait couronner pharaon : Will 2003, tome 2, p. 322.
  16. Le légat Popillius Laenas trace à cette occasion le fameux « cercle » autour d'Antiochos IV.
  17. Trogue Pompée évoque 80 000 soldats richement équipés.
  18. Pour les Gréco-Macédoniens, les lagides sont connus sous le nom de « roi Ptolémée ».
  19. L'expression exacte est dôriktétos chôra ou « terre conquise par la lance ».
  20. À distinguer de l'ethnos macédonien qui correspond lui à une communauté organisée en villages.
  21. Il existe aussi au sein des ethnè une distinction entre peuple des plaines et peuples des montagnes.
  22. Celui-ci est connu par la stèle d'Héliodore qui rapporte des correspondances avec Séleucos IV.
  23. Polybe évoque des éparchies mais leur existence n'est pas attestée par ailleurs.
  24. Il est remarquable que ce décret publié sur une tablette de bronze ait été retrouvé dans un temple dédié à la déesse orientale Astarté.
  25. Ces chroniques en cunéiformes sont visibles au British Museum.
  26. Date précisément connue grâce au journal astronomique babylonien.
  27. Ces troupes sont présentes à la parade de Daphné sous Antiochos IV en 166
  28. Les argyraspides sont mentionnés sous le règne d'Antiochos III par Tite-Live (XXXVII, 40, 7
  29. Plusieurs traductions ont été proposées : « ministère de la guerre », « bureau de vérifications des comptes de l’armée » ou « intendance générale de l’armée », dernière traduction qui semble la plus satisfaisante.
  30. À noter qu'entre 175 et 168, les Téiens émettent un décret pour la reine attalide Apollonis dans des termes quasi-identiques à celui de Laodicé, montrant une forme de sujétion des cités aux royaumes.
  31. La plus complète est celle d'« Ériza » trouvée à Dodurga en Anatolie, à l'époque peut-être en Phrygie. Les autres ont été trouvées en Médie et en Kermanshah (Iran actuel).
  32. L'épithète complet inclue : Théos Épiphanès ou « Dieu Révélé » (Θεὸς Ἐπιφανής).
  33. Polybe (XXI, 46, 2) confond les deux termes lorsqu'il évoque la paix d'Apamée, comme de nombreuses autres sources dont le I Macc.
  34. Langue morte à l'origine de l'akkadien, le sumérien est alors utilisé comme langue de savoir dans les sanctuaires babyloniens.
  35. Rituels attestés par un journal astronomique (AD, 187 A).

Références antiques[modifier | modifier le code]

  1. Polybe, II, 71, 4 ; IV, 2, 7 ; IV, 48, 5 ; V, 34 , 6 ; XXVIII, 20, 6.
  2. Diodore, XXI, 1, 43 ; Photios, 244.
  3. Polybe, XXVIII, 1, 4.
  4. Appien, Livre Syriaque, 62.
  5. Babylonian Chronicles of the Hellenistisc Period, ABC 10, IV, 3-4 : Lire en ligne.
  6. Tite-Live, XXXVII, 37-44.
  7. Polybe, X, 29, 6.
  8. Polybe, LXXV.
  9. Appien, Livre Syriaque, 30-36 ; Tite-Live, XXXVII, 37-44.
  10. Strabon, XVI, 2,10.
  11. Appien, Livre Syriaque, 153.
  12. OGIS 212, I. Ilion, 1975, p. 81-82.
  13. Strabon, XVI, 2, 6.

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. Martinez-Sève 2003, paragraphe 2.
  2. Martinez-Sève 2003, paragraphes 2-7.
  3. Martinez-Sève 2003, paragraphes 8-9.
  4. Martinez-Sève 2003, paragraphe 11.
  5. Martinez-Sève 2003, paragraphe 12.
  6. Martinez-Sève 2003, paragraphe 13.
  7. F. Bérard, Guide de l’épigraphiste, , p. 55-74.
  8. Martinez-Sève 2003, paragraphe 14.
  9. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 206-217.
  10. Martinez-Sève 2003, paragraphe 16.
  11. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 209-211.
  12. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 215-217.
  13. Martinez-Sève 2003, paragraphe 17.
  14. Martinez-Sève 2003, paragraphe 18.
  15. Arthur Houghton, Coins of the Seleucid Empire from the Collection of Arthur Houghton,  ; Arthur Houghton et Catharine Lorber, Seleucid Coins : A Comprehensive Catalogue, The American Numismatic Society, 2002-2008.
  16. Martinez-Sève 2003, paragraphe 19.
  17. a et b Hannestad 2012, p. 987-989.
  18. Hannestad 2012, p. 993.
  19. Martinez-Sève 2003, paragraphe 20.
  20. a et b Hannestad 2012, p. 989-993.
  21. Hannestad 2012, p. 994-996.
  22. Martinez-Sève 2003, paragraphe 21.
  23. Capdetrey 2007, p. 11.
  24. Chryssanthi Avlami et Mirella Romero Recio, Historiographie de l'Antiquité et transferts culturels : Les histoires anciennes dans l'Europe des XVIIIe et XIXe siècles, Rodopi, (lire en ligne), p. 147.
  25. Théodore Reinach, « Edwyn Robert Bevan, The House of Seleucus », Revue des Études Anciennes, vol. 16, no 70,‎ , p. 282-283 (lire en ligne).
  26. Victor Chapot, « Auguste Bouché-Leclercq, Histoire des Séleucides », Revue des Études Anciennes, vol. 16, no 1,‎ , p. 111 (lire en ligne).
  27. Bouché-Leclercq 1913, p. 2.
  28. Victor Chapot, « Auguste Bouché-Leclercq, Histoire des Séleucides », Revue des Études Anciennes, vol. 16, no 1,‎ , p. 112 (lire en ligne).
  29. Paul Cloché, « William Woodthorpe Tarn, Seleucid-Parthian Studies », Revue des Études Anciennes, vol. 45, no 212,‎ , p. 332 (lire en ligne).
  30. Au sujet du renouveau historiographique voir : Martinez-Sève 2011.
  31. Capdetrey 2007, p. 13.
  32. « Les Séleucides, à propos de S. Sherwin-White et A. Kuhrt, From Samarkhand to Sardis. A new approach of the Seleucid Empire, London, 1993 », Topoi,‎ , p. 431-610.
  33. Georges Rougemont, « Les inscriptions grecques d’Iran et d’Asie centrale : Bilinguismes, interférences culturelles, colonisation », Journal des savants, vol. 1, no 1,‎ , p. 3-27 (lire en ligne).
  34. Martinez-Sève 2003, p. 281.
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  46. Bikerman 1938, p. 5.
  47. Laurent Capdetrey, « Le royaume séleucide : un empire impossible ? », Les Empires. Antiquité et Moyen Âge, analyse comparée,‎ , p. 57-80.
  48. Martinez-Sève 2014, p. 38-39.
  49. a, b et c Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 241.
  50. a et b Martinez-Sève 2014, p. 40.
  51. a, b et c Martinez-Sève 2014, p. 41.
  52. a et b Will 2003, p. 221-223.
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  54. Martinez-Sève 2014, p. 53 ; Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 71.
  55. a et b Martinez-Sève 2014, p. 43.
  56. a, b, c, d et e Martinez-Sève 2014, p. 51.
  57. Will 2003, tome 2, p. 17-21.
  58. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 46.
  59. Will 2003, tome 2, p. 37-38.
  60. Will 2003, tome 2, p. 118.
  61. Sur l'expédition asiatique voir : Will 2003, tome 2, p. 54-67.
  62. a, b, c, d et e Martinez-Sève 2014, p. 45.
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  70. Will 2003, tome 2, p. 341-342.
  71. Will 2003, tome 2, p. 303-304.
  72. Au sujet de cette campagne : Charlotte Lerouge-Cohen, « Les guerres parthiques de Démétrios II et Antiochos VII dans les sources gréco-romaines, de Posidonios à Trogue/Justin », Journal des savants,‎ , p. 217-252 (DOI 10.3406/jds.2005.1694, lire en ligne).
  73. a et b Will 2003, tome 2, p. 446.
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  89. a et b Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 98.
  90. Capdetrey 2007, chapitre 4.
  91. a, b et c Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 114.
  92. Capdetrey 2007, chapitre 3.
  93. Martinez-Sève 2003, paragraphe 36..
  94. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 115.
  95. a, b et c Martinez-Sève 2014, p. 46.
  96. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 116.
  97. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 117.
  98. a et b Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 93.
  99. Édouard Will, « Les premières années du règne d'Antiochos III (223-219 av. J.-C.) », Revue des Études Grecques, vol. 75, no 351,‎ , p. 104 (lire en ligne).
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  110. Will 2003, tome 2, p. 334-335.
  111. Clancier, Coloru et Gorre 2017.
  112. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 95.
  113. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 27.
  114. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 213,217.
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  116. a, b et c Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 139.
  117. Éric Foulon, « La garde à pied, corps d'élite de la phalange hellénistique », Bulletin de l'Association Guillaume Budé, vol. 1, no 1,‎ , p. 26-30 (lire en ligne)..
  118. Bar-Kochva 1976, p. 142-145.
  119. Baker 2003, paragraphe 17-18.
  120. Pierre-Emmanuel Barral, L'organisation militaire de la monarchie séleucide, Institut de stratégie comparée. [ http://www.institut-strategie.fr/RIHM_82_BARRAL.html Lire en ligne].
  121. (en) Jean-François Salles, The Arab-Persian Gulf under the Seleucids in Hellenism in the East. The interaction of Greek and non-Greek civilizations from Syria to Central Asia after Alexander, Londres, .
  122. Will 2003, tome1, p. 201.
  123. Bikerman 1938, p. 247-248.
  124. Debord 2003, paragraphe 2.
  125. Debord 2003, paragraphe 8.
  126. Debord 2003, paragraphe 10.
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  128. Debord 2003, paragraphe 4.
  129. Debord 2003, paragraphe 18.
  130. a et b Debord 2003, paragraphe 15.
  131. Will 2003, tome 2, p. 308.
  132. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 128.
  133. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 131.
  134. Martinez-Sève 2014, p. 46-47, Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 150-152.
  135. Capdetrey 2004, chapitre 10.
  136. Capdetrey 2004, p. 107.
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  138. Capdetrey 2004, p. 111.
  139. Capdetrey 2004, p. 106.
  140. Capdetrey 2004, p. 112-113.
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  146. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 135.
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  148. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 138-139.
  149. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 136 ; Will 2003, tome 1, p. 178-179.
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  151. a et b Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 193.
  152. a et b Hannestad 2012, p. 996-998.
  153. Clancier, Coloru et Gorre 2017, p. 233-234.
  154. Hannestad 2012, p. 998-999.
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Annexes[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux

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  • Pierre Cabanes, Le Monde Hellénistique de la mort d'Alexandre à la paix d'Apamée (323-188 av. J.-C.), Seuil, coll. « Point Histoire », (ISBN 2020131307)
  • Philippe Clancier, Omar Coloru et Gilles Gorre, Les mondes hellénistiques : du Nil à l'Indus, Paris, Hachette Supérieur, coll. « Carré Histoire », , 304 p. (ISBN 978-2-01-700986-3) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Catherine Grandjean et al., Le Monde hellénistique, Paris, Armand Colin, coll. « U / Histoire », (ISBN 978-2-200-35516-6)
  • Laurianne Martinez-Sève, Atlas du monde hellénistique (336-31 av. J.-C.) : pouvoir et territoires après Alexandre le Grand, Paris, Autrement, coll. « Atlas-mémoires », , 96 p. (ISBN 978-2-7467-3616-0) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Claire Préaux, Le Monde hellénistique : la Grèce et l'Orient (323-146 av. J.-C.), Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio », (ISBN 2-13-035263-4)
  • Claude Vial, Les Grecs de la paix d'Apamée à la bataille d'Actium (188-31 av. J.-C.), Seuil, coll. « Point / Histoire », (ISBN 2020131315)
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », (ISBN 202060387X) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) John Grainger, Seleukos Nikator : Constructing an Hellenistic Kingdom, Routledge, , 268 p. (ISBN 978-0415047012)
  • (en) John Grainger, The Rise of the Seleukid Empire (323-223 BC), Pen and Sword, , 236 p. (ISBN 978-1-78-303-053-8)
  • (en) John Grainger, The Fall of the Seleukid Empire, Pen and Sword, , 240 p. (ISBN 978-1-78303-030-9)
  • (en) John Grainger, The Seleukid Empire of Antiochus III : 223-187 BC, Barnsley Praetorian, , 240 p. (ISBN 978-1-78303-050-7)

Institutions

  • Élias Bikerman, Institutions des Séleucides, Paris, Paul Geuthner, , 268 p. (ISBN 9782351595350, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
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  • John Ma, Antiochos III et les cités de l'Asie Mineure occidentale, Les Belles Lettres, coll. « Histoire », , 476 p. (ISBN 9782251380674)
  • (en) Susan Sherwin-White et Amélie Kuhrt, From Samarkhand to Sardis : A New Approach to the Seleucid Empire, University of California Press, , 261 p. (ISBN 9780520081833, lire en ligne)

Territoires

  • Paul Bernard, « L'Asie Centrale et l’empire séleucide », Topoi, no 4,‎ , p. 473-511.
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  • John Ma, « Dans les pas d’Antiochos III : l’Asie mineure entre pouvoir et discours », dans L’Orient méditerranéen de la mort d’Alexandre aux campagnes de Pompée : Cités et royaumes à l'époque hellénistique. Actes du colloque de la SOPHAU, Pallas, (lire en ligne), chap. 62, p. 243-259.
  • Laurianne Martinez-Sève, « Peuple d'Antioche et dynastie séleucide », Topoi, vol. 5,‎ , p. 21-41
  • Maurice Sartre, L'Asie Mineure et l’Anatolie d’Alexandre à Dioclétien (IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle, Armand Colin, coll. « U », , 279 p.
  • Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie : Histoire du Levant antique, IVe siècle avant Jésus-Christ - IIIe siècle après Jésus-Christ, Fayard,
  • Maurice Sartre, L'Anatolie hellénistique de l'Égée au Caucase (334-31 av. J.-C.), Armand Colin,

Culte royal

  • Pierre Debord, « Le culte royal chez les Séleucides », dans L’Orient méditerranéen de la mort d’Alexandre aux campagnes de Pompée : Cités et royaumes à l'époque hellénistique. Actes du colloque de la SOPHAU, Pallas, (lire en ligne), chap. 62, p. 281-308. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • P. Van Nufelen, « Le culte royal de l'Empire des Séleucides : une réinterprétation », Historia, no 52,‎ , p. 278-301.

Guerre et armée

  • « La guerre à l’époque hellénistique », dans L’Orient méditerranéen de la mort d’Alexandre aux campagnes de Pompée : Cités et royaumes à l'époque hellénistique. Actes du colloque de la SOPHAU, Pallas, (lire en ligne), chap. 62, p. 381-401 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Lévêque, « La guerre à l'époque hellénistique », dans Jean-Pierre Vernant, Problèmes de la guerre en Grèce ancienne, Seuil, , 448 p.
  • (en) Bezalel Bar-Kochva, The seleucid army : Organization and Tactics in the Great Campaigns, Cambridge Classical Studies, (ISBN 0521-20667-7, lire en ligne)
  • (en) Nicholas Sekunda, Seleucid and Ptolemaic Reformed Armies 168-145 BC, vol. 1 : The Seleucid Army, Montvert, , 80 p. (ISBN 9781874101024)
  • (en) Nicholas Sekunda, Hellenistic Infantry Reform in the 160's BC, Oficyna Naukowa, , 189 p.

Économie et numismatique

  • Laurent Capdetrey, « Le basilikon et les cités grecques dans le royaume séleucide : Modalités de redistribution de la richesse royale et formes de dépendance des cités », Topoi, vol. 4,‎ , p. 105-129 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Frédérique Duyrat, « La circulation monétaire dans l’Orient séleucide », Topoi, vol. 6,‎ , p. 381-424 (lire en ligne)
  • Georges Le Rider, Les Séleucides et les Ptolémées. L'héritage monétaire et financier d'Alexandre le Grand, Éditions du Rocher, , 297 p. (ISBN 2268058506).
  • Julien Monerie, L’économie de la Babylonie à l’époque hellénistique, De Gruyter, , 720 p. (ISBN 978-1501510670)
  • (en) Georges G. Aperghis, The Seleukid Royal Economy : The Finances and Financial Administration of the Seleukid Empire, Cambridge University Press, 378 p. (ISBN 9780521837071)
  • (en) Arthur Houghton et Catharine Lorber, Seleucid Coins. A Comprehensive Catalogue, vol. 1 et 2, The American Numismatic Society et Classical Numismatic Group, 2002-2008 (ISBN 978-0-970926-852).

Archéologie

  • Laurianne Martinez-Sève, « L'occupation grecque à Samarcande et en Sogdiane : nouvelles découvertes », Revue Archéologique,‎ , p. 202-205
  • Pierre Leriche et al-Mahmoud, « Doura-Europos, bilan des recherches récentes », dans Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, , p. 395-420.
  • (en) Lise Hannestad, « The Seleucid Kingdom », dans Daniel T. Potts, A Companion to the Archaeology of the Ancient Near East, Malden et Oxford, Blackwell Publishers, coll. « Blackwell companions to the ancient world », , p. 984-1000. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Historiographie

  • Laurianne Martinez-Sève, « Quoi de neuf sur le royaume séleucide ? », dans L’Orient méditerranéen de la mort d’Alexandre aux campagnes de Pompée : Cités et royaumes à l'époque hellénistique. Actes du colloque de la SOPHAU, Pallas, (lire en ligne), chap. 62, p. 221-242. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Laurianne Martinez-Sève, « Le renouveau des études séleucides », Dialogues d'histoire ancienne, Presses Universitaires de Franche-Comté, vol. 5,‎ , p. 89-106 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • « Les Séleucides, à propos de S. Sherwin-White et A. Kuhrt, From Samarkhand to Sardis. A new approach of the Seleucid Empire, London, 1993 », Topoi,‎ , p. 431-610.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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  • L’Orient méditerranéen de la mort d’Alexandre aux campagnes de Pompée : Cités et royaumes à l'époque hellénistique. Actes du colloque de la SOPHAU (2003), lire en ligne
  • Les Séleucides sur antikforever.com, lire en ligne
  • (en) The Seleukid Empire, An Online Sourcebook for the History, Numismatics, Epigraphy, Art and Archaeology of the Seleukid Empire, Lire en ligne