Histoire des deux Indes

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Histoire des deux Indes
Image illustrative de l'article Histoire des deux Indes

Auteur Guillaume-Thomas Raynal, Denis Diderot, d’Holbach, Naigeon, Pechméja, Saint-Lambert, Lagrange, Naigeon et al.
Pays Drapeau de la France France
Genre Encyclopédie
Date de parution 1770

L’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, plus communément connue sous le nom d’Histoire des deux Indes, est une encyclopédie sur le commerce européen en extrême-orient, publiée sans nom d’auteur à Amsterdam en 1770 et attribuée à l’abbé Raynal. Elle connut un succès considérable et de nombreuses éditions. La 3e édition, parue en 1780, fut condamnée par la censure.

Une œuvre des Lumières[modifier | modifier le code]

L’idée de l’abbé Raynal était de faire l’histoire des entreprises européennes dans l’Inde orientale et dans le Nouveau Monde, en montrant l’influence des grandes découvertes géographiques sur la civilisation. Après avoir parlé des Portugais et de leurs colonies en Orient, l’auteur faisait l’histoire des établissements fondés par les Anglais et les Français, puis par les Espagnols et les Hollandais, dans la même contrée. Il passait ensuite aux conquêtes des Européens dans l’Amérique en faisant ressortir les atrocités de la traite des esclaves sur les côtes de Guinée et en présentant le tableau des colonies anglaises et françaises d’Amérique du Nord. À ce tableau, Raynal faisait succéder une série d’essais sur la religion, la politique, la guerre, le commerce, la philosophie morale, les belles-lettres, etc.[1]

L’Histoire des deux Indes répondait aux besoins de connaissances du public des Lumières soulevait les questions qui préoccupaient le XVIIIe siècle, à la veille de la Révolution.

Ecriture[modifier | modifier le code]

L’Histoire des deux Indes manque de méthode et d'unité : Raynal s'est limité à joindre à son texte des articles fournis par ses amis et des morceaux empruntés à des écrits déjà imprimés, sans se mettre en peine d'intégrer ces matériaux.

Collectif d'auteurs[modifier | modifier le code]

Bien que l'ouvrage ait été publié anonymement, certains auteurs sont connus, ne fût-ce que de nom[2].

  • Selon Grimm, c'est à Diderot que sont dues les meilleures pages de l'ouvrage[3]. Il en est en tous cas un des auteurs principaux puisqu'on estime qu'il aurait écrit le tiers de l'ouvrage, en particulier les parties philosophiques.
  • Le dix-neuvième livre, qui résume les doctrines et en tire les conclusions, est de Deleyre.
  • Pour ce qui regarde le commerce, Raynal inséra des mémoires du fermier général Paulze, des comtes d’Aranda et de Souza.
  • Pour les idées philosophiques, il eut recours à Diderot, d’Holbach, à Naigeon et à Pechméja[1].
  • Il y eut encore l’abbé Martin, le médecin Dubreuil, Valadier, Saint-Lambert, Lagrange et Naigeon.

Fier de son ouvrage, Raynal avait tendance à oublier qu’il n’en était que fort partiellement l’auteur. Il se fit ainsi mettre à la porte par le Dr Sanchez, qui était l’auteur du passage sur le Portugal et sur les possessions de ce pays dans les Indes orientales et occidentales.

Un jour, Bailly, rendant visite à Diderot, lui demanda : « Que faites-vous là ? — Je fais du Raynal » lui répondit Diderot.

Pechméja trouva Chamfort qui lisait l’Histoire des deux Indes. « Comment trouvez-vous cela ? » lui demande Pechméja. « Je viens de lire un morceau excellent, mais qui se termine par une phrase pitoyable » — « Faites-moi donc voir ; vous avez raison. Je pensais bien que Raynal ferait des sottises ; il a ajouté cette phrase, le reste est de moi. » Lorsque l’abbé Raynal quitta Paris, Chamfort dit : « Il est fatigué de vivre avec son auteur. »

Réception[modifier | modifier le code]

Portrait de Guillaume-Thomas Raynal ornant la troisième édition de l’Histoire des deux Indes.

L’Histoire des deux Indes eut un immense succès. En France, elle compta trente éditions différentes entre 1770 et 1787 et plus de cinquante contrefaçons à l’étranger. On en donna des abrégés : on publia un Esprit de Raynal et un Raynal de la jeunesse. Napoléon Bonaparte va se proclamer le « zélé disciple de Raynal » et emporter l’Histoire des deux Indes avec lui dans sa mission en Égypte. Horace Walpole a écrit à Marie Du Deffand : « il attaque tous les gouvernements et toutes les religions ! » Turgot a sévèrement jugé l’ouvrage dans une lettre adressée à Morellet : « Il est tantôt rigoriste comme Richardson, tantôt immoral comme Helvétius, tantôt enthousiaste des vertus douces et tendres, tantôt de la débauche, tantôt du courage féroce ; traitant l’esclavage d’abominable et voulant des esclaves ; déraisonnant en physique, déraisonnant en métaphysique et souvent en politique. Il ne résulte rien de son livre, sinon que l’auteur est un homme de beaucoup d’esprit, très instruit, mais qui n’a aucune idée arrêtée, et qui se laisse emporter par l’enthousiasme d’un jeune rhéteur. Il semble avoir pris à tâche de soutenir tous les paradoxes qui se sont présentés à lui dans ses lectures et dans ses rêves. » L’Histoire des deux Indes est cependant considérée à l’heure actuelle comme l’encyclopédie du monde colonial et la bible de l’anticolonialisme à l’âge des Lumières. On la cite parmi les ouvrages qu’a pu lire Toussaint Louverture.

En 1780, Raynal donna une troisième édition de son Histoire philosophique des deux Indes qui se distinguait par des traits plus hardis et des tirades plus violentes que les deux précédentes et où il mit son nom avec son portrait au bas cette inscription : « Au défenseur de l’humanité, de la vérité, de la liberté » !

Louis XVI déféra l’ouvrage au Parlement qui le censura, ainsi que l’Église. Par suite de l’arrêt prononcé, il fut brûlé en place publique par la main du bourreau le 29 mai 1781. Décrété de prise de corps, l’auteur se vit forcé de quitter la France pour la Prusse, où il passa plus grande partie de son exil. Il obtint la permission de rentrer en France, en 1787, à la condition de ne pas venir à Paris.

Sources de Raynal[modifier | modifier le code]

Raynal a également puisé dans divers ouvrages de son temps tels, entre autres :

  • Les Recherches Philosophiques sur les Américains de de Pauw ;
  • L’Homme moral ou, L’homme considéré tant dans l’état de pure nature, que dans la société de Levesque ;
  • le Sens commun de Paine ;
  • L’Histoire générale des Voyages de Faria.

Éditions[modifier | modifier le code]

  • 2006 : Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, 5 vol., Paris, Bibliothèque des introuvables, 2006 (ISBN 978-2-84575-194-1).

On a relevé une vingtaine d'éditions de l'ouvrage entre 1781 et 1787, une quarantaine de contrefaçons et l'édition de chapitres isolés, autant de témoins de l'immense succès de l'ouvrage[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thomas Paine (trad. de l'anglais), Remarques sur les erreurs de l'Histoire philosophique et politique de Mr Guillaume Thomas Raynal, par rapport aux affaires de l'Amérique septentrionale, etc..., Bruxelles et Amsterdam, F. A. Crafenshot et B. Le Francq, (OCLC 66296965, notice BnF no FRBNF31051027)Voir et modifier les données sur Wikidata
  • Gabriel Esquer, L'Anticolonialisme au XVIIIe siècle : Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, Paris, Presses universitaires de France, 1951.
  • Hans Wolpe, Raynal et sa machine de guerre ; l'Histoire des deux Indes et ses perfectionnements, Stanford, Stanford University Press, 1957.
  • Michèle Duchet, Diderot et l'Histoire des deux Indes : ou, L'écriture fragmentaire, Paris, A.-G. Nizet, 1978.
  • Hans-Jürgen Lüsebrink, Anthony Strugnell, L'Histoire des deux Indes : réécriture et polygraphie, Oxford, Voltaire Foundation, 1995.
  • Bibliographie des éditions de l’Histoire des deux Indes

Sources[modifier | modifier le code]

  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, p. 496.
  • Revue historique, mai-août, t. 77, Paris, Alcan, 1898, p. 329.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Une histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les Indes orientales et occidentales », sur World Digital Library,‎ (consulté le 30 août 2013).
  2. Sur la question des collaborateurs, voir : « L'art d'utiliser les hommes : Raynal et ses collaborateurs », Anatole Feugère et al., Un précurseur de la Révolution : l'abbé Raynal, Angoulême, 1922, chap. V (p. 176-200).
  3. Voir néanmoins la Lettre apologétique de l’abbé Raynal à monsieur Grimm (1781).
  4. Yves Benot, Diderot, VI. Textes politiques, éditions sociales, 1960, p. 47.