Antiochos III

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Antiochos III Mégas
Pièce d'argent d'Antiochos III. Au revers, Apollon assis sur un omphalos.
Pièce d'argent d'Antiochos III. Au revers, Apollon assis sur un omphalos.
Titre
Roi Séleucide
Prédécesseur Séleucos III Sôter
Successeur Séleucos IV Philopator
Biographie
Dynastie Séleucides
Date de naissance v. -242
Date de décès
Lieu de décès Elymaïs
Père Séleucos II
Conjoint Laodicé III
Enfants Séleucos IV
Antiochos IV
Laodicé IV
Cléopâtre Ire
Antiochis III

Antiochos III Mégas (le Grand), né vers 242, mort en 187 av. J.-C., est considéré comme le souverain le plus important de la dynastie séleucide de l'empire greco-iranien, après son fondateur Séleucos Ier. Son surnom de Mégas vient du titre de Mégas Basileus (« grand roi ») qu'il a adopté.

Le début de son règne[modifier | modifier le code]

Né vers 242 av. J.-C., il est le second fils de Séleucos II Callinicos et le frère de Séleucos III. À son avènement en 223, à l'âge de 19 ans, après l'assassinat de son frère par deux de ses officiers à Phrygie, le royaume est terriblement affaibli en particulier par le règne désastreux de son père. Attale Ier de Pergame s'est en effet emparé de l'Asie mineure au détriment de l'oncle d'Antiochos, Antiochos Hiérax, qui lui-même a fait sécession du royaume séleucide en 241. L'Égypte ptolémaïque exerce quant à elle une hégémonie maritime totale dans tout le bassin oriental de la Méditerranée et les satrapies orientales de l'empire deviennent indépendantes les unes après les autres.

L’armée, à la mort de Séleucos III, fait acclamer comme roi Achaios : il est l’arrière petit-fils de Séleucos Ier, branche alors cadette de la dynastie séleucide. Il était plus âgé qu’Antiochos III et paraissait semble-t-il plus apte à exercer le pouvoir. Toutefois, Achaios refuse le diadème et donc le rôle de roi : il fait alors reconnaitre les droits de son petit-cousin, Antiochos III, gouverneur des satrapies supérieures.

A l'arrivée au pouvoir d'Antiochos III, des modifications de l’administration sont effectuées : Molon, qui était alors satrape de Médie devient gouverneur général des satrapies supérieures à la place d’Antiochos III avec son frère Alexandre. Antiochos confie également l’Asie mineure à Achaios qui lui avait en effet fait preuve de loyauté et de fidélité. Enfin, il maintient à ses côtés Hermias, conseiller de Séleucos III. Il est difficile de savoir si toutes ces modifications administratives sont issues d’Antiochos ou si l’on peut y voir l’influence tant d’Hermias que d’Achaios.


La révolte de Molon[modifier | modifier le code]

Il faut préciser que très peu de sources nous sont parvenues sur cette période : nous n’avons en effet que les écrits de Polybe afin de nous informer sur ces évènements : il convient alors de les prendre avec une relative méfiance puisque l'historien n’apporte pas vraiment de rapports entre les évènements ni même d’explication complète.

Toutefois, cette période se caractérise par de forts conflits entre Hermias et d’autres membres de l’administration.

Molon ainsi que son frère Alexandre, alors gouverneur général des satrapies supérieures se révolte en 222, très peu de temps après le début du règne d’Antiochos et la nomination et la modification de son administration. Polybe mentionne alors différentes raisons pour expliquer ce soulèvement auquel doit faire face Antiochos et mettant en péril tant son empire que son rôle de roi. Les raisons évoquées seraient alors une crainte face à l’influence d’Hermias, le jeune âge du roi Antiochos et l’espoir de nouer des collaborations avec Achaios. Polybe évoque toutefois le fait que Molon semblerait plutôt se révolter contre Hermias que contre le roi Antiochos III.

Lors de cette révolte, le roi Antiochos se trouve à Zugma, près de l’Euphrate, où il accueille alors sa fiancée, la princesse Laodice du Pont. Des tensions apparaissent au sein des conseillers du roi, Epigénès lui conseillant alors de réagir assez vite avec l’envoi d’une armée, tandis qu’Hermias tend plutôt à faire prendre la décision à Antiochos de reconquérir la Coelé-Syrie face à Ptolémée III, région très convoitée et disputée, notamment au cours des différentes guerres de Syrie. Antiochos III regagne la Syrie mais Molon avait contraint « les stratèges royaux à la retraite en occupant le pays à l'Est du Tigre. (note : Edouard Will, Histoire politique du monde hellénistique). Antiochos décide de se diriger contre Molon mais Hermias le convainc d’y envoyer seulement un stratège mercenaire du nom de Xénoitas qui se fait battre. Molon s’empare de Séleucis, étendant un peu plus sa domination. Antiochos se trouvait , en 221, dans une situation extrêmement complexe, devant alors faire face à ce soulèvement tout en tentant de reconquérir la Coele-Syrie, région très convoitée. L’influence d’Hermias sur le roi diminue notamment lorsque celui-ci décide de se rendre lui-même en Orient sur les conseils d’Epigénès. La campagne fut menée de manière relativement efficace puisque Molon se suicide. Toutefois, le roi Antiochos III fait preuve de clémence auprès de l’armée et procède à un nouveau réagencement de l’administration tout en réorganisant les satrapies qui avaient relevé de Molon.


Il restaure la souveraineté séleucide, après un premier échec vers 222, sur les satrapies orientales en réprimant le soulèvement de Molon et de son frère Alexandre en Perse et en soumettant la Médie en 221. Il invite des poètes de Grèce à sa cour, dont Euphorion de Chalcis qui devient bibliothécaire royal jusqu'à sa mort. Antiochos se heurte en Asie mineure à la rébellion d'Achaios II qui reçoit le soutien des Lagides. Vers 220 il fait assassiner Herméias.

La guerre contre Ptolémée IV, Antiochos III et la quatrième guerre de Syrie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Guerres de Syrie.

Antiochos III cherche à mettre à exécution les conseils d’Hermias de se concentrer sur la Cœlé-Syrie. Il peut alors concentrer toutes ses troupes sur cette campagne, étant en effet débarrasser de Molon mais il profite surtout de la faiblesse lagide lors du changement de règne et de souverain.

Le règne de Ptolémée IV, en Egypte, commence vers 221 mais c’est aussi une période de déclin de la dynastie ptolémaïque. Son père, Ptolémée III Evergète avait amélioré les positions extérieures de l’Egypte, stratégie de défense lagide. L’Egypte commence toutefois à connaitre des difficultés internes. Ptolémée IV est, tout comme Antiochos III, un roi assez jeune, âgé alors seulement d’environ 17 ans.

Première phase de la guerre 219 : Antiochos cherche à récupérer Séleucie de Piérie, en Syrie. Antiochos profite de la trahison de Théodote du côté lagide, créant ainsi un effet de surprise. Antiochos entame des négociations avec deux lagides, Sôsibios et Agathocle, négociations qu’il espère favorables, menant à un armistice.

Le tournant de la bataille de Raphia, 217 :


Antiochos cherche, au printemps 218, à conquérir en totalité la Cœlé-Syrie contre Nikolaos. Il est alors aidé par de nombreuses trahisons, notamment de chefs mercenaires et il s’installa de ce fait à Ptolémaïs. En 218, Antiochos envahit cette région limitrophe entre les deux empires. Lors de son périple le long de la côte, Antiochos enrôle de nombreux mercenaires, dont des Arabes qui lui fournissent un important contingent d'infanterie légère. Les négociations entamées par les ministres de Ptolémée IV, laissent le temps aux Lagides de préparer une armée considérable. Les deux armées se livrent bataille en 217 à Raphia. Toutefois, la rencontre avec l’armée lagide a lieu le 23 juin 217 à Raphia. , à l’extrême sud de la Palestine, très proche de l’Egypte. L’armée séleucide menée par Antiochos III semblait en relative infériorité numérique. De plus, la bataille semblait gagnée par Antiochos, notamment grâce à la déroute des éléphants de Ptolémée, mais il poursuit en plein combat la cavalerie lagide, l’empêchant ainsi de soutenir sa phalange, menant alors à une importante défaite de l’armée séleucide. Il échoua ainsi à la domination de la Coele-Syrie mais s’empêcha également l’accès à l’Egypte ptolémaïque. Il se retira ensuite à Antioche suite à la bataille, qui ne finit toutefois pas la guerre. Un armistice est alors conclu suite à des négociations entre Sôsibios et Antiochos III. : Ptolémée conservait la Cœlé-Syrie mais renonçait à Séleucie du Piérie.


Antiochos entre alors une première fois en lutte contre l'Égypte pour la domination de la Cœlé-Syrie[1](quatrième guerre de Syrie entre 221 et 217 av. J-C.). Il s'empare en 219 de Séleucie de Piérie, port stratégique sur l'Oronte.


L’Anabase d'Antiochos[modifier | modifier le code]

Antiochos III cherchait à rétablir l’autorité séleucide sur différents territoires, en Médie par exemple à partir de 212. Antiochos parvient à surmonter son échec contre les Lagides. Il forme une armée considérable estimée à 100 000 fantassins et environ 20 000 cavaliers dans le but de soumettre les territoires orientaux de son empire. Il mène en effet une série de campagnes victorieuses, entre 210 et 204 av. J.-C.. Antiochos III commença par une campagne en Arménie : Xerxès, jeune roi, régnait alors sur un espace tributaire des séleucides mais ne payant plus son tribut. Antiochos le fit épouser une de ses sœurs, Antiochis. Enfin, Antiochos y plaça deux stratèges. A la fin de 211, il se dirigea vers la Médie contre les Parthes et les Bactriens. Lors cette campagne, il associa son fils, alors jeune, à la royauté, préparant de ce fait sa succession. En 209, il mena une opération contre les parthes. Il ne rencontra que peu de résistances jusqu’à Hécatompylos : la progression, d’après l’historien Edouard Will, fut beaucoup plus difficile à partir des montagnes d’Hyrcanie. Suite à la prise de la ville de Sirynx, les Parthes, sous Arsace II ont été contraints de rentrer dans l’alliance d’Antiochos. On ne connait que peu les conditions de cette alliance contrainte. Antiochos contre Euthydème de Bactriane 208-206 On ne connait cette partie que par des fragments de Polybe dans ses Histoires. L’armée bactrienne a alors une puissante cavalerie d’environ 10 000 hommes, recrutée alors majoritairement dans la population iranienne. Antiochos, grâce à un effet de surprise, put alors mettre son adversaire en déroute. Euthydème se refugia alors à Zariaspa, où Antiochos l’assiégea. Les deux rois cherchèrent à établir un accord. Euthydème conserva alors son royaume en reconnaissant sa royauté et cette alliance se conclut par une promesse de mariage. Ainsi, Euthydème passa alors de statut d’usurpateur à un souverain légitime et reconnu. L’indépendance de la Bactriane n’a plus été remise en cause par les séleucides.

Enfin, Antiochos se rendit en Inde (régions iraniennes comme Paropamisades, Arachosie) et rencontra le roi Sophagasénos. Toutefois, Polybe ne relate aucune opération militaire : il « renouvela l’amitié qui le liait à Sophagasénos » (POL. XI, 34, 11-12). Il lui offrit alors des éléphants et ravitailla l’armée. Il signa de plus un accord avec divers princes indiens de la région du Pendjab

Le chemin de retour se fit par l’Iran méridional, faisant notamment acte de présence à Gerrha. Grâce à cette anabase, voyage alors de plus de 4 ans, Antiochos III réussit alors à affirmer son autorité et à consolider son empire.


Entre 205 et 204, il mène une expédition dans la région du golfe Persique contre divers peuples arabes.

La cinquième guerre de Syrie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Guerres de Syrie.

Antiochos cherche à prendre sa revanche sur l'Égypte lagide. Aussi profite-t-il de la mort prématuré de Ptolémée IV et de la montée sur le trône d'un enfant de cinq ans, jouet de ses ministres, Ptolémée V, pour déclencher la cinquième guerre de Syrie (201/195 av. J.-C.). La grande victoire de Panion lui permet de reconquérir la Palestine, la Cœlé-Syrie, puis de faire main basse sur l'empire maritime lagide ou sur ses alliés avec la prise d'Éphèse en 197 puis des rivages de l'Hellespont en 196. Il commence alors à se heurter aux Romains, qui viennent de battre Philippe V de Macédoine, et dont il commet l'imprudence de soulever la méfiance, en accueillant en 196 le Carthaginois Hannibal Barca à sa cour.

La guerre contre Rome[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre antiochique.

En octobre 192 av. J.-C., Antiochos débarque en Thessalie à Démétrias, mais ne reçoit guère de soutien, si ce n'est celui de la Ligue étolienne. Vaincu en avril-mai 191 aux Thermopyles par les légions romaines du consul Manius Acilius Glabrio et du tribun Marcus Porcius Cato, il repasse en Asie, où il est écrasé en 189 à Magnésie par Scipion l'Asiatique (frère de Scipion l'Africain), là encore après avoir lancé une vaine poursuite de cavalerie. Il est contraint de signer la paix d'Apamée (188), très avantageuse pour Rome.

Il perd donc toute l'Asie à l'Ouest de la ligne Halys-Taurus au profit surtout des rois attalides de Pergame, indéfectibles alliés des Romains, livre ses éléphants et sa flotte (sauf dix navires) et paye une énorme indemnité de guerre de 12 000 talents, à verser en douze annuités, dont une partie finit probablement dans les caisses de la famille des Scipions à en croire Tite-Live[2]. Il tente alors, prenant prétexte de l'indemnité à payer, de s'emparer du trésor du temple de la ville d'Élymaïs, mais la population de la ville se révolte et il est tué le 3 ou . Son fils Séleucos IV lui succède.

Unions et postérité[modifier | modifier le code]

Antiochos a épousé sa cousine la princesse pontique Laodicé III qui lui donne une grande postérité :

Antiochos, après avoir répudié Laodice, épouse en secondes noces en 191 une jeune grecque, Euboia, fille de Cléoptolème de Chalcis.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Will 1993, p. 392.
  2. Tite-Live, (XXXVIII, 53-60) rapporte le procès fait à Lucius Scipion, accusé de n'avoir pas versé au trésor public tout le butin d'Asie.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claire Préaux, Le Monde hellénistique : La Grèce et l'Orient de la mort d'Alexandre à la conquête romaine de la Grèce (323-146 avant J.-C.), t. 1, Presses Universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio. L'histoire et ses problèmes », (1re éd. 1978), 398 p. (ISBN 2-13-042619-0)
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », (ISBN 202060387X) ; Le monde grec et l'Orient : Le monde hellénistique, t. 2, PUF, coll. « Peuples et Civilisations », (1re éd. 1975) (ISBN 2-13-045482-8)
  • Catherine Grandjean, Geneviève Hoffmann, Laurent Capdetrey, Jean-Yves Carrez-Maratray, Le monde hellénistique, Armand Colin, 2008. (ISBN 9782200355166)
  • Peter Green, D'Alexandre à Actium, Robert Laffont, 1997. (ISBN 2-221-08471-3)
  • Edouard Will, Historica graeco-hellenistica, De Boccard, 1998. (IBSN : 2-7018-0113-3)

Liens externes[modifier | modifier le code]