Musée de l'Ermitage

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Musée de l'Ermitage
Hermitage logo.svg
Spb 06-2012 Palace Embankment various 14.jpg
Le Palais d'Hiver, vu depuis la Néva.
Informations générales
Type
Musée de culture (d), musée d'art, attraction touristiqueVoir et modifier les données sur Wikidata
Ouverture
Dirigeant
Surface
233 000 m2 au total dont 66 000 m2 d'expositions
Visiteurs par an
4 200 000 ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web
Collections
Collections
Antiquités orientales et classiques
Objets préhistoriques
Sculptures
Objets en or
Peintures
Estampes
Nombre d'objets
60 000 en exposition
3 000 000 au total
Localisation
Pays
Région
Saint-Pétersbourg
Commune
Adresse
2, place du Palais
190000 Saint-Pétersbourg
Coordonnées

Le musée de l’Ermitage (en russe : Государственный Эрмитаж, Gossoudarstvenny Ermitaj) est un musée situé à Saint-Pétersbourg, au bord de la Neva.

Fondé en 1764, c'est le plus grand musée du monde en termes d'objets exposés (plus de soixante mille pièces dans près de mille salles tandis que près de trois millions d’objets sont conservés dans les réserves). Avec ses 230 000 m2 de surface, dont 66 000 m2 consacrés aux expositions, il s'agit de l'un des trois plus grands musées d'art du monde aux côtés du Louvre et du Metropolitan Museum. Le musée présente, à côté de nombreuses pièces de l’Antiquité, une collection d’œuvres d’art européen de la période classique qui compte parmi les plus belles au monde. Il abrite notamment la plus grande collection du monde de peintures, avec plus de seize mille toiles. Parmi les œuvres exposées, figurent des peintures de maîtres hollandais et français comme Rembrandt, Rubens, Henri Matisse et Paul Gauguin. On y trouve également deux peintures à l'huile de Léonard de Vinci ainsi que trente-et-une peintures de Pablo Picasso. Le musée emploie deux mille cinq cents personnes et utilise l'aide de nombreux stagiaires gérés par le service des volontaires du musée de l'Ermitage.

Les bâtiments abritant le musée de l’Ermitage constituent un des principaux ensembles du centre de Saint-Pétersbourg qui est classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Les bâtiments[modifier | modifier le code]

Initialement, seul le bâtiment désigné sous le nom de « Petit Ermitage » portait ce nom. Aujourd’hui, l’Ermitage regroupe un complexe de plusieurs bâtiments construits aux XVIIIe et XIXe siècles. À côté du Petit Ermitage, on trouve le « Grand Ermitage », le « Nouvel Ermitage » (et ses célèbres atlantes), et le « théâtre de l'Ermitage » ainsi que la majeure partie du « Palais d'Hiver », autrefois résidence principale des empereurs de Russie. Au cours de ces dernières années, une partie du bâtiment d’État-major situé de l’autre côté de la place du château, ainsi que le « palais Menchikov », sont venus s’ajouter au complexe de l’Ermitage.

Le complexe de l’Ermitage. De gauche à droite : le théâtre de l’Ermitage, le Vieil Ermitage, le Petit Ermitage, le Palais d'Hiver (le Nouvel Ermitage, situé derrière le Vieil Ermitage n’est pas visible).

Le Palais d'Hiver[modifier | modifier le code]

Vue du Palais d'Hiver et du bâtiment d’État-Major.
Le grand escalier de l'Ermitage, dit « escalier du Jourdain ».
Article détaillé : Palais d'Hiver.

Le premier Palais d'Hiver est construit en 1711 ; reconstruit en 1721 à la mort de Pierre le Grand, il est remplacé dans les années qui suivent par un ouvrage de l’architecte Domenico Trezzini. Élisabeth, qui estimait que le bâtiment résultant manquait de grandeur, le fait reconstruire en 1754 par Bartolomeo Rastrelli.

En décembre 1837, le palais est ravagé par un incendie (l’incendie dura trente heures), mais les oeuvres furent sauvées grâce aux pompiers qui établirent un mur d'eau sur les parois séparant la zone en feu de la partie contenant les oeuvres. L'empereur Nicolas Ier ordonna sa reconstruction à l’identique : au printemps 1839, les travaux de reconstruction étaient achevés. Le bâtiment n’a par la suite pratiquement plus été modifié. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Palais d'Hiver est endommagé durant le siège de Léningrad mais réparé par la suite. Le bâtiment est aujourd’hui confronté aux problèmes soulevés par l’afflux des visiteurs, l’instabilité du sol marécageux sur lequel il a été bâti ainsi qu’à l’humidité engendrée par la proximité de la Neva. Des travaux de restauration ont été menés en 1984 et 2005.

Le palais est aujourd’hui considéré comme un joyau de l’art baroque russe. Le Palais d'Hiver est de plan rectangulaire avec de grandes cours intérieures ; chaque façade est décorée différemment. Des statues de 3,5 m décorent la façade extérieure du Palais.

La ligne céleste de Saint-Pétersbourg

Un des tzars russes, Nicolas I, qui habitait dans le Palais d' Hiver, avait signé la loi qui interdisait la construction des bâtiments à Saint-Pétersbourg qui dépasseraient la hauteur de la résidence impériale, car personne ne devrait vivre au-dessus des tzars.

Cette loi avait créé un phénomène architectural qui est connu dans le monde entier sous le nom de la "ligne céleste de Saint-Pétersbourg"[1].

Le Petit Ermitage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Petit Ermitage.

Le Petit Ermitage construit dans un style classique par Jean-Baptiste Vallin de La Mothe servit entre 1764 et 1775 de refuge à Catherine II et est le plus petit des bâtiments du complexe de l’Ermitage. C’est dans cet immeuble que Catherine entreposa les premières peintures dont elle fit l’acquisition. Le Vieil Ermitage, appelé également Grand Ermitage, fut construit en 1787 par Georg Friedrich Veldten pour abriter une collection en rapide croissance : c’est le bâtiment le moins décoré du complexe.

Le Grand Ermitage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grand Ermitage.

Le Grand Ermitage (ou Vieil Ermitage) est construit de 1771 à 1787 par l'architecte Georg Friedrich Veldten. En 1792, Giacomo Quarenghi ajoute au Grand Ermitage un bâtiment qui abrite la Loggia Raphaël. Le premier étage du bâtiment abrite les collections de peinture italienne et son rez-de-chaussée est occupé par l'administration du musée.

Le Nouvel Ermitage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nouvel Ermitage.

Leo von Klenze dessine les plans du Nouvel Ermitage, qui est construit entre 1839 et 1852, et qui est peut-être sa seule œuvre qui échappe aux styles que lui avait imposé Louis Ier de Bavière et peut être à ses propres conceptions artistiques. C'est le seul bâtiment du complexe qui ne se trouve pas le long de la Néva, mais rue Millionnaïa qui est parallèle au fleuve. Ce bâtiment a été également bâti pour faire face à la croissance des collections ; on y trouve, entre autres, la reconstitution complète d’une loggia construite par Raphaël au Vatican. Les statues d’atlantes qui se trouvent sur sa façade, sont peut-être les œuvres de ce type les plus célèbres au monde.

Le Théâtre de l'Ermitage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théâtre de l'Ermitage.

Le théâtre de l'Ermitage fut bâti entre 1783 et 1787. Le théâtre impérial était à l’époque le premier théâtre de Saint-Pétersbourg. Des pièces y furent jouées jusqu’en 1796 et à nouveau à partir de 1989 : en hiver, le théâtre Mariinski, entre autres, y monte des spectacles. Il sert aujourd’hui essentiellement de siège pour l’administration de l’Ermitage, mais conserve une scène et une salle de spectacles. Le théâtre est le plus petit de la ville, car il était à l’origine conçu pour des représentations privées pour la famille impériale. Le théâtre de l’Ermitage n’est normalement pas ouvert au public.

Le Palais de l'État-Major[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Palais de l'État-Major.

Le palais de l'État-Major, qui se trouve de l'autre côté de la place du Palais, abrite dans sa partie orientale les collections d'art du XIXe et du XXe siècle — dont une impressionnante collection de peintres français allant de l'impressionnisme aux années 1950 (dont les fameux Gauguin et Matisse) —, ainsi que des parties destinées à l'art contemporain et aux expositions temporaires. Cette partie a été entièrement refaite en 2014.

Les collections[modifier | modifier le code]

Parmi les 250 musées de la ville, l’Ermitage est, avec ses trois à quatre millions de visiteurs annuels, le plus visité et le plus réputé. C’est un des musées d’art les plus importants du monde. Il héberge une énorme collection de peintures européennes pour la période courant jusqu’en 1917. L’accrochage particulièrement serré des peintures, qui résulte de la densité des collections présentées, a reçu le nom d’accrochage pétersbourgeois.

Chiffres[2]

Trois millions cent deux mille objets au total dont :

  • 1 122 000 objets numismatiques (une des plus importantes collections du monde) ;
  • 749 000 objets archéologiques ;
  • 651 000 objets d'art :
    • 622 000 en arts graphiques (dont 486 000 estampes),
    • 16 900 peintures (la plus vaste collection du monde),
    • 12 800 sculptures (une des plus grandes collections du monde) ;
  • 357 700 œuvres d'arts appliqués ;
  • 13 932 armes et armures (6 000 européennes, 2 000 russes) ;
  • 148 000 autres.

Le musée conserve dans ses réserves 2,7 millions de pièces ; soixante-cinq mille pièces sont exposées dans trois cent cinquante salles et rassemblées en six collections :

  • culture préhistorique ;
  • art et culture de l’Antiquité, comme la collection égyptologique ;
  • art et culture des peuples orientaux ;
  • art de l’Europe occidentale ;
  • art russe.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Collection sibérienne.
Défense de mammouth gravée (lac Baïkal,Paléolithique supérieur).
Peigne scythe.

Le musée a été célèbre pour sa collection d'art scythe, qui a été pendant un temps la plus importante au monde. Ces pièces scythes ne sont plus à l'Ermitage, mais ont regagné leur pays, l'Ukraine, et sont à présent exposées à Kiev, capitale de l'Ukraine, dans un musée consacré à l'Or des Scythes, situé dans l'enceinte de la "Lavra de Kiev", un monastère immense aussi nommé "laure des Grottes", où les pèlerins et touristes du monde entier peuvent voir ces bijoux scythes.

Les pièces les plus remarquables sont une série d’objets particulièrement bien conservés du peuple des Huns. Le tapis Pazyryk est considéré comme le plus ancien du monde. On trouve également une collection particulièrement riche d’objets retraçant l’histoire de la Sibérie, comme les écrits des IVe et Ve siècles retrouvés dans les grottes de Mogao, en Chine. L’Ermitage expose le plus ancien témoignage d’écriture mongole – la pierre de Dchingis – ainsi qu’un grand nombre d’objets de la Russie kiévienne. Environ un tiers des pièces exposées sont des pièces de monnaie dont 220 000 pour l’Asie orientale et 300 000 pour la Russie. La chambre dite des Trésors retrace l’histoire de la bijouterie et de la fabrication des objets en or depuis le IIIe millénaire av. J.-C.

Art et culture de l'Antiquité[modifier | modifier le code]

La collection abrite cent six mille objets de la Grèce et de la Rome antiques, dont certains proviennent des fouilles entreprises aux XIXe et XXe siècles sur le littoral de la Mer Noire. Elle comprend une immense collection de pièces issues des cultures grecque, romaine et étrusque[3] : cent vingt mille monnaies antiques (dont soixante-quatre pièces grecques et quarante-six mille romaines). On y trouve quelque quinze mille vases grecs et romains, des sarcophages, gemmes, camées, et plus de deux cents bustes de marbre d'époque romaine. Parmi les chefs-d'œuvre, citons la Vénus Tauride, le célèbre Camée des Gonzague, la monumentale statue de Jupiter ou encore la copie romaine du Discobole de Myron.

La collection égyptologique du musée est plus réduite, puisqu'elle ne compte qu'un peu plus de cinq mille cinq cents œuvres.

Objets d’art[modifier | modifier le code]

Le vase Fortuny, céramique hispano-mauresque du XIVe siècle.

À côté des collections mondialement connues d’art de l’Europe de l’Ouest, l’Ermitage contient également un nombre de pièces variées. Ainsi on y trouve une collection d’icônes remontant au XIIe siècle originaires entre autres de Kiev, Moscou et Novgorod, une collection de bijoux de l’atelier de Fabergé et un grand nombre de costumes historiques. Les empereurs ont également rassemblé des objets issus de l’artisanat russe tels que des tapis et des porcelaines ; la collection d’habits russes du XVIIIe au XXe siècle est particulièrement impressionnante. Parmi les vêtements, on trouve 300 pièces de la garde-robe de Pierre le Grand.

Arts de l’Europe occidentale et orientale[modifier | modifier le code]

La constitution des collections a depuis le début été centrée sur les œuvres d’art de l’Europe de l’Ouest et de l’Europe orientale, mais les acquisitions sur ce thème ont été particulièrement importantes au XVIIIe siècle. Il existait à l’époque dans toute l’Europe un grand nombre de collections d’œuvres majeures et l'impératrice Catherine II avait la réputation d’être un grand acheteur de collections de valeur. En 1772, la plus grande collection de l’époque, celle du baron Joseph-Antoine Crozat fut achetée sur le conseil de Diderot. Parmi les œuvres achetées à cette occasion figuraient la Danaë du Titien, la Sainte Famille de Raphaël, le portrait d’une femme de chambre de Rubens, des œuvres de Louis Le Nain, de Jean Siméon Chardinetc.

Comme la plus grande partie de l’art russe a été depuis transféré au musée Russe, le cœur des collections est aujourd’hui de nouveau les arts et la culture de l’Europe occidentale et orientale. Les peintures constituent le gros des œuvres rassemblées, mais l’Ermitage expose également des dessins (40 000), plus de 500 000 gravures (estampes, lithographies, eaux-fortes) de plusieurs types et périodes et de nombreuses collections d’objets d’art. En font partie des objets du culte datés du XIe au XVe siècle, des émaux et des sculptures sur ivoire datés du XVe au XVIIIe siècle. On trouve également à l’Ermitage un grand nombre de collections de verreries vénitiennes, allemandes et espagnoles du XVe au XXe siècle ainsi que des faïences. Le musée abrite quatorze mille pièces de porcelaine provenant de toutes les grandes manufactures, en particulier de Meissen et de Sèvres. Parmi les collections d’art figurent d’importantes collections de tapis, trois cents tapisseries et près de mille meubles. La collection d’art plastique compte deux mille pièces, ce qui en fait une des plus importantes du monde ; elle comporte entre autres des œuvres de Michel-Ange et d'Auguste Rodin. Enfin, la collection de six mille camées et quatre mille cinq cents intailles est l'une des toutes premières au monde.

Les collections de peinture[modifier | modifier le code]

Le musée abrite la plus vaste collection de peintures au monde avec plus de seize mille toiles. On trouve dans cent vingt salles des œuvres essentiellement de peintres italiens, français, hollandais et flamands ; il existe également des collections d’œuvres anglaises et allemandes. Une liste est en cours d'enrichissement dans la page Collection de peintures du musée de l'Ermitage.

Sculptures occidentales[modifier | modifier le code]

Comptant 2100 œuvres, il s'agit d'une des collections les plus importantes d'Europe. Elle compte des œuvres de sculpteurs italiens, tels Canova (15 œuvres) et Bartolini, et la seule sculpture de Michel Ange sur le territoire russe, le célèbre Garçon accroupi. La sculpture française est bien représentée, avec Houdon, Girardon, Falconet, et 5 œuvres de Rodin. De nombreuses sculptures de la Renaissance allemande y figurent également.

Œuvres

Michel-Ange (1475-1564) : Garçon accroupi

Jean-Antoine Houdon (1741-1828) : Voltaire assis

Antonio Canova (1757-1822) : Hébé - Pâris - Psyché ranimée par le baiser de l'Amour - Les Trois Grâces

Auguste Rodin (1840-1917) : Amour et Psyché - Roméo et Juliette

Art oriental[modifier | modifier le code]

Le musée abrite plus de 190 000 objets en provenance d'Orient, d'Égypte, de Mésopotamie, Chine, Iran, Inde ou Turquie. La collection comprend notamment 120 000 objets de l'Empire Byzantin, ce qui en fait la seconde collection au monde. On trouve également mille œuvres de l’Empire sassanide d'Iran, dont la plus grande collection d'argenterie sassanide du monde, ainsi que de nombreuses œuvres islamiques, venant d'Égypte, Syrie, Turquie ou Iran. L'Art indien est représenté par des sculptures, objets, joyaux. Les objets provenant de Chine comptent quelque 5000 pièces, et le Japon est présent avec 8000 œuvres.

Armes et armures[modifier | modifier le code]

La collection comprend près de quatorze mille armes et armures, dont six mille d'Europe occidentale et deux mille de Russie, du Moyen Âge au XXe siècle. La collection d'armes et d'armures russes provient de la collection personnelle de l'empereur Nicolas Ier de Russie. Les pièces occidentales proviennent de France, d'Angleterre, d'Allemagne ou d'Espagne. Les armes orientales sont issues d'Iran, de Turquie ou d'Inde.

Art et culture russes[modifier | modifier le code]

La collection de pièces de culture russe comprend plus de 350 000 objets de tous genres, du Xe au XXe siècle.

Numismatique[modifier | modifier le code]

Il s'agit de la collection la plus nombreuse du musée (1 100 000 objets, soit un tiers du total) et de l'une des plus importantes au monde. Elle couvre toutes les époques, de l'Antiquité au XXe siècle, et toutes les zones géographiques. Elle comprend 120 000 pièces antiques (dont 64 000 grecques et 46 000 romaines), 360 000 pièces d'Europe occidentale, 220 000 du Moyen-Orient et d'Extrème-Orient, et 300 000 de Russie. S'y ajoutent une collection d'insignes et de médailles de 80 000 objets.

Histoire des collections[modifier | modifier le code]

Intérieur du musée
Bâtiment d’État-Major

Catherine II : amorce des collections et premières constructions[modifier | modifier le code]

L’Ermitage, tant comme complexe architectural que comme collection d’art, est l’œuvre de l’impératrice Catherine la Grande. En 1764, elle fit acheter 225 tableaux au marchand d’art berlinois Johann Ernst Gotzkowsky (en)[4] ; celui-ci l’avait à l’origine acquise pour le roi de Prusse Frédéric le Grand qui avait dû y renoncer car les caisses de l’État avaient été vidées par la guerre de Sept Ans. En 1765, Catherine acheta pour la somme de 80 000 thalers (environ un million de francs de l'époque) près d'un millier de tableaux, soit la totalité de la collection du comte von Brühl (mort en 1763) dont la valeur avait été estimée à 105 329 thalers.

Ces tableaux furent dans un premier temps entreposés dans le Palais d'Hiver. Catherine acquit par la suite un grand nombre de peintures, parfois des collections entières, en partie pour satisfaire sa passion de collectionneuse, en partie pour prouver à l’Europe occidentale le caractère éclairé et cultivé de la Russie et de Saint-Pétersbourg. Parmi les conseillers qui la guidèrent dans ses acquisitions figuraient entre autres les encyclopédistes Melchior Grimm et Denis Diderot et des diplomates russes comme Dimitri Galitzine et le comte Stroganov. En 1771, elle acquiert ainsi la collection Crozat.

En 1775, Catherine se fit construire près du Palais d'Hiver dans le style qui était à la mode à l’époque, le Petit Ermitage par l’architecte français Jean-Baptiste Vallin de La Mothe afin de pouvoir s’y retirer à titre privé ou avec de petits groupes de personnes. Bientôt un deuxième bâtiment fut construit pour pouvoir entreposer les nouvelles acquisitions ; ce bâtiment, le Vieil Ermitage, fut conçu par l’architecte allemand Georg Friedrich Veldten en 1784. À l’époque, des pièces de théâtre étaient données dans le Petit Ermitage ; en 1783, Catherine fit construire un bâtiment destiné à cet usage : le théâtre de l'Ermitage. Presque à la même époque fut édifiée la loggia de Raphaël dans l’aile située le long du quai du canal de l’Hiver, une réplique de l’originale du palais du Vatican à Rome. En 1797, la collection avait crû au point de contenir 3 996 peintures.

D’Alexandre Ier à Nicolas II : construction et ouverture du musée au public[modifier | modifier le code]

Durant la première moitié du XIXe siècle, les différentes collections furent réorganisées et agrandies avec des œuvres d'art orientales et des objets archéologiques. La présentation des tableaux par école nationale, adoptée alors, était une nouveauté ; en 1825 pour la première fois furent ouvertes des salles présentant l'art russe du XVIIIe siècle.

La collection de peintures n'était accessible jusque-là qu'au cercle restreint des membres de la cour impériale. L'empereur décida donc en 1852 de séparer la résidence impériale des salles d'exposition de la collection de l'Ermitage. Ainsi la collection put être, pour la première fois, accessible au public bien qu'avec d'importantes restrictions. Nicolas Ier fit construire le Nouvel Ermitage qui communiquait avec le reste de l'Ermitage, mais disposait d'une entrée séparée permettant d'accéder directement au musée. Le bâtiment fut édifié entre 1839 et 1851 sous la direction de l'architecte Vassili Stassov et de Nikolaï Efimov, d'après les plans de Leo von Klenze.

Nicolas Ier travailla par ailleurs à agrandir les collections : il acheta, entre autres, la collection rassemblée durant les guerres napoléoniennes par Joséphine de Beauharnais, la veuve de Napoléon, à ses héritiers Hortense et Eugène.

La révolution d'Octobre[modifier | modifier le code]

L’Enfant et le chien, Murillo
Le Sacrifice d’Abraham, Rembrandt

Durant la Première Guerre mondiale, une partie du Palais d'Hiver servit d'hôpital. Un événement décisif de la révolution d'Octobre eut lieu dans ces murs lorsque les bolcheviques arrêtèrent dans le Palais d'Hiver les membres du gouvernement Kerenski. Durant la révolution d'Octobre, un grand nombre de collections privées d'aristocrates russes comme celles des familles Stroganov, Chérémétiev, Youssoupov et Chouvalov furent confisquées au profit de l'Ermitage.

Peu après la prise de pouvoir des bolcheviques, le musée impérial fut renommé en musée d'État et les bâtiments du Palais d'Hiver ouverts au public comme salles d'exposition. Les premières années de la Révolution furent, en particulier à Pétrograd (ex Saint-Pétersbourg, bientôt rebaptisée Léningrad), marquées par la volonté de sensibiliser le public à la culture de l'Europe de l'Ouest. Le premier ministère de l’Éducation formé après la Révolution d'Octobre reçut ainsi l'appellation de commissariat public aux Lumières ; cet état d'esprit régna également sur l'Ermitage durant les premières années. Peu après la révolution, le Palais d'Hiver fut consacré à des conférences publiques, des exposés et des projections de film. La première exposition permanente d'antiquités égyptiennes ouvrit ses portes en 1920 ; en 1922, l'Ermitage était entièrement ouvert au public, l'entrée restant gratuite durant les cinq premières années. Jusqu'au milieu des années 1930, un musée de la Révolution d'Octobre était installé dans le Palais d'Hiver, à côté du musée de l'Ermitage.

Démantèlement des collections[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920, de longues négociations furent menées avec ce qui est devenu depuis le musée Pouchkine de Moscou pour la cession de certaines pièces des collections de l'Ermitage. Un accord fut trouvé en 1927 et sept cents peintures conservées en dépôt furent transférées au musée moscovite. Plus tard, soixante-dix œuvres majeures exposées à l'Ermitage furent également transférées, parmi lesquelles la Minerve de Véronèse et Le Combat de Joseph contre les Amorites de Nicolas Poussin.

Dans le cadre de la mise en place du premier plan quinquennal de l’URSS (1929-1933), le ministre du Commerce extérieur décida de vendre une partie des collections d’art des musées d’État, en passant par l'organisation Antikvariat. Entre 1928 et 1933, Calouste Gulbenkian, puis les marchands d'art Francis Matthiesen (de) (Berlin), Colnaghi (Londres) et Knoedler (New York) achetèrent près de trois mille objets d'art et peintures provenant de l’Ermitage. Parmi celles-ci, figuraient deux cent cinquante œuvres majeures d'une grande valeur artistique et patrimoniale[5].

Le siège de Léningrad[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Ermitage fut une des cibles de l'armée allemande au cours du siège de Léningrad. Celle-ci avait reçu des ordres explicites de ne pas épargner la ville et Léningrad fut soumise pendant plusieurs années à des bombardements aériens et terrestres intensifs qui l'endommagèrent fortement. Les bâtiments de l’Ermitage furent sévèrement touchés par dix-sept obus d'artillerie et deux bombes lancées d'avion. Les collections avaient été mises à l'abri en partie dans les caves du musée ; plus d’un million de pièces avaient été envoyées à Ekaterinbourg. À l'époque, douze mille personnes vivaient à l’Ermitage pour préserver les collections et, dans la mesure du possible, limiter les dégâts produits par les bombes et par le froid. La première exposition des collections restées dans le musée fut ouverte peu après la levée du siège, le 7 novembre 1944 ; la réouverture officielle du musée avec toutes ses collections eut lieu le 5 novembre 1945. La réparation des dégâts causés par le siège s’étala sur plusieurs années.

De l’après-guerre jusqu’en 1990[modifier | modifier le code]

Van Gogh, Le Matin, le départ au travail (d'après Millet, janvier 1890), huile sur toile, 73 x 92 cm, musée de l'Ermitage, provenant de la collection Otto Krebs.

En 1948, une grande partie de la collection du musée de Moscou consacré aux arts de l’Occident fut transférée à l'Ermitage. Parmi ces peintures, figuraient les collections de deux mécènes de la période impériale : Sergueï Chtchoukine et Ivan Morozov[6]. La plupart des œuvres du XXe siècle de l'Ermitage, en particulier les tableaux de Pablo Picasso, proviennent de cette collection. Ces peintures, taxées de formalisme durant une partie de l'ère soviétique, ne purent être exposées qu'après la mort de Staline. Par ailleurs, des tableaux qui avaient été volés durant la Seconde Guerre mondiale par la Wehrmacht dans les territoires occupés, puis récupérés par l'Armée rouge, furent également confiés à l'Ermitage. Depuis 1990, certains de ces tableaux ont été restitués à leurs propriétaires légitimes, et d'autres, comme Le Jas de Bouffan de Paul Cézanne, ou Piti Teina de Paul Gauguin, sont exposés dans des salles dédiées[7].

Depuis le démantèlement de l’Union soviétique[modifier | modifier le code]

Sous l’ère soviétique, bien que le musée de l’Ermitage passât alors pour l’une des vitrines de l’Union soviétique, il était connu dans les pays occidentaux surtout par un public cultivé et peu par le grand public occidental. La direction du musée et les principales décisions étaient en pratique prises par le Politburo. Depuis 1996, l’Ermitage est placé directement sous le patronage du président de la Fédération de Russie.

Toutefois, depuis 1990, le musée dispose d'une plus grande autonomie, bien que souffrant toujours de problèmes financiers : ainsi, en 1996, le musée, qui demandait l'équivalent de soixante millions de dollars à l’État, se vit promettre quarante millions, mais en reçut finalement dix-huit. Les chiffres respectivement pour 1997 (90 millions / 30 / 12) et 1998 (7,4 / 5,4 / 2,7) furent encore inférieurs. L’Ermitage fait partie avec le théâtre Bolchoï et la bibliothèque Lénine[Laquelle ?] des principaux projets placés sous la protection de l'UNESCO en Russie. Le budget du musée, qui, comparativement, représentait dans les années 1990 seulement 1 % du budget du Metropolitan Museum of Art, s'est relevé par la suite pour atteindre environ 10 %. Sur ce, 60 % des frais de fonctionnement de l'Ermitage sont pris en charge par l’État. Les 2 500 employés du musée doivent souvent occuper un second emploi le soir ou la nuit pour compenser la faiblesse des salaires versés[réf. nécessaire].

Depuis l'ouverture de la Russie, l’Ermitage est devenu pour les touristes étrangers l'attraction principale du pays. Une coopération à long terme s'est mise en place avec la Fondation Solomon R. Guggenheim. Les Pays-Bas soutiennent également financièrement et techniquement le musée depuis l'éclatement de l'Union soviétique. En 2004, l’Ermitage a ouvert une annexe à Amsterdam ainsi qu'un musée Guggenheim Ermitage à Las Vegas en collaboration avec la Fondation Guggenheim. Un projet similaire à Londres a débouché sur la création de salles d'exposition Ermitage à l’Institut Courtauld. Le musée travaille ces derniers temps sur la numérisation de ses collections. Contrairement à beaucoup de musées, les prises de photos à des fins privées non lucratives ou pédagogiques sont autorisées.

En juillet 2006, deux cents pièces (essentiellement des bijoux et des émaux) ont été dérobées, sans doute avec la complicité d'employés du musée. Ce vol est estimé à quatre millions d'euros[8].

En 2014, le musée de l'Ermitage a lancé deux applications pour smartphone en russe et en anglais. Les applications « Le musée de l'Ermitage » et « Audioguide pour 1h » permettent de visiter l'Ermitage sans guide[9].

Le Service des Volontaires du Musée de l’Ermitage[modifier | modifier le code]

Le Service des Volontaires du Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg propose à toute personne intéressée de s’impliquer dans le fonctionnement de cet immense musée. Ce service aide non seulement l’Ermitage dans ses activités internes et externes mais il est aussi une sorte de lien informel entre les professionnels et le public. Il vulgarise les connaissances très spécifiques des scientifiques afin qu'un plus grand nombre puisse profiter de leur riche savoir. Mais les volontaires développent aussi leur propres projets en accord avec la mission qu’ils se sont donnée.

Divers[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chats de l'Ermitage.

Depuis plus de deux siècles, des dizaines des chats gardent les terrasses du toit du musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et certains recoins des bâtiments. Aujourd’hui ils sont autour de soixante-dix à garder ainsi les caves et recoins du musée et quatre personnes s’occupent d’eux. Mais ils n'ont pas accès aux salles d'exposition ouvertes au public. Ces chats sont assez populaires auprès du personnel du musée et des visiteurs, si bien qu’il y a au printemps une « fête des gardiens chats ». Il y a pour l’occasion une exposition d’œuvres représentant des chats, des visites des quartiers des chats, des jeux pour les enfants et les adultes, un concours de portraits de chats, etc. La fête permet aussi de récolter de l’argent pour l’entretien des chats qui ne figure pas au budget général du fonctionnement du musée et qui provient donc de dons des employés, des visiteurs ainsi que « des dons d’origine étrangère[10] ».

Œuvres exposées au musée de l’Ermitage[modifier | modifier le code]

Succursales en Europe et en Russie[modifier | modifier le code]

À partir de 2019 au mieux, le musée de l'Ermitage aura une autre antenne, à Barcelone, en Espagne, après avoir déjà ouvert d'autres musées frères à Vyborg, Amsterdam, Venise et Kazan[11]. D'autres projets doivent naître par la suite, à Omsk, Moscou, Ekaterinbourg et Vladivostok.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « L'Ermitage: visite guidée avec un guide francophone [MISE À JOUR 2019] », sur AIDA - guide touristique, (consulté le 6 février 2019)
  2. Faits et nombres, page en anglais sur le site officiel hermitagemuseum.org
  3. Jean-Marc Irollo, Histoire des Étrusques, p. 65.
  4. Vladimir Dobrovolski 2013, p. 18.
  5. [PDF] Elena A. Osokina, « De l'or pour l'industrialisation. La vente d'objets d'art par l'URSS en France pendant la période des plans quinquennaux de Staline — La naissance de l'Antikvariat », in: Cahiers du Monde russe, 41/1, janvier-mars 2000, pp. 5-40, traduit du russe par Yvette Lambert – sur OpenEdition.
  6. http://www.collectionchtchoukine.com/emplacement/musee-de-lermitage
  7. (ru) Albert Kostenevitch, Catalogue de l'exposition de la peinture française des XIXe et XXe siècles issue des collections privées d'Allemagne, musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg, 1995.
  8. « Deux cent vingt pièces de collections volées à l'Ermitage », dans Le Nouvel Obs du 1er août 2006, [lire en ligne]
  9. Les musées russes en ligne, Russia Beyond The Headlines.
  10. http://enrussie.fr/les-chats-du-musee-de-lermitage/
  11. Florence Prunier, « Le Musée de l'Ermitage s'exporte à Barcelone », Toutelaculture,‎ (lire en ligne, consulté le 25 décembre 2016)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sergeï Androsov, Ludmila Kagané, Militsa Korchounova, Irina Solokova et Valery Chevtchenko, préfaces de Marc Restellini et Mikhaïl Piotrovsky, L'Ermitage - La Naissance du musée impérial - Les Romanov, Tsars collectionneurs, catalogue de l'exposition de la Pinacothèque de Paris, 2011, 468 p. (ISBN 978-2-3586-7014-2)
  • Vladimir Dobrovolski (trad. Seraphima Vassilievna, préf. Mikhaïl Piotrovski, photogr. Sergueï Bgomiako et autres), L'Ermitage : Histoire. Collections. Intérieurs, Plan [« Эрмитаж. Путеводитель на французском языке »] (Guide illustré), Saint-Pétersbourg, Éditions d'art Alfa Colour,‎ (1re éd. 2009), 352 p. (ISBN 978-5-9778-0056-3)
  • Hubert Robert et Saint-Pétersbourg, Réunion des Musées Nationaux. Ville de Valence, le musée de Valence. (ISBN 2 7118 3796 3) pour le relevé de titres d'œuvres conservées au Musée de l'Ermitage
  • Victoria Charles et Irina Shuvalova. Ivan Chichkine. Parkstone international. Ce livre a été utilisé pour trouver des références d'œuvres de Chichkine se trouvant au Musée de l'Ermitage. Mais tous les renseignements que l'on peut trouver dans les sites ne confirment pas les informations de cet ouvrage.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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