Renaissance culturelle grecque

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Hermès le savant, magazine littéraire grec des XVIIIe et XIXe siècles.

Les Lumières néohelléniques (grec moderne : Διαφωτισμός, Diafotismos, « lumière, instruction ») fut un mouvement idéologique, philologique, linguistique et philosophique du XVIIIe siècle. Les lettrés Grecs introduisirent les idées et les valeurs des Lumières européennes dans le monde grec, notion qui à l'époque dépassait le strict cadre de la Grèce actuelle, mais s'appliquait à l'ensemble des populations hellénisées ou sous influence grecque, en Russie, dans les principautés roumaines, à Constantinople et en Anatolie.

Origines[modifier | modifier le code]

La Renaissance culturelle grecque prit son élan grâce à la prédominance commerciale et pédagogique grecque au sein de l’Empire ottoman. Les riches marchands grecs financèrent les études de nombreux jeunes Grecs dans les universités de l’Italie de la Renaissance et des États du Saint-empire romain germanique. Les hospodars grecs phanariotes de Moldavie et Valachie en faisaient autant pour les jeunes boyards roumains, tous hellénophones. Là, ces jeunes se sont familiarisés avec les idées des Lumières d'Europe et de la Révolution française[1] Ce fut la richesse de la classe des marchands grecs et des aristocrates phanariotes qui fournit la base matérielle nécessaire au renouveau intellectuel, qui fut l’élément principal de la vie grecque, de la seconde moitié du XVIIIe siècle à 1821.

Il n’est pas anodin de constater, qu’à la veille de la guerre d’indépendance grecque, les centres d’éducation grecs les plus importants, écoles et universités, étaient situés à Ioannina, Chios, Smyrne (Izmir) et Kydonies (Ayvalik), tous des centres commerciaux grecs prépondérants[2].

Rôle des Phanariotes[modifier | modifier le code]

Les Phanariotes étaient une caste d’une soixantaine de familles grecques ou hellénisées, pour certaines issues de l’aristocratie byzantine (Cantacuzènes, Paléologues), qui prirent leur nom du quartier grec du Phanar, à Constantinople, où elles habitaient et où le Patriarcat œcuménique de Constantinople est toujours situé. Ils occupaient divers postes administratifs, parfois importants, au sein de l’Empire Ottoman, et étaient membres de droit de la noblesse roumaine des principautés danubiennes, étant à ce titre hospodars, c’est à dire princes élus par l’aristocratie, de ces états chrétiens, vassaux du Sultan. La plupart des hospodars agissaient en mécènes de la culture, de l’éducation et de l’imprimerie grecque et roumaine de ces pays. Les académies princières de Jassy et Bucarest attiraient les enseignants et les élèves des territoires de l’Empire ottoman, mais appartenant à la communauté confessionnelle des chrétiens orthodoxes. Elles avaient des contacts avec les universités d’Europe Centrale et Occidentale. Pour la plupart, les hospodars ne remirent pas en question le gouvernement ottoman, et ne jouèrent donc pas un rôle politique dans l’émergence du mouvement national grec ou roumain ; cependant, leur soutien financier représente un rôle économique important[3].

Cet environnement représentait pour les jeunes Grecs ambitieux et instruits de l’Empire ottoman, une chance de réaliser leurs idéaux. On remarquera que les auteurs de la Géographie Moderne, un des travaux les plus fameux sur cette époque, Daniel Philippidès[4] et Grigorios Konstantas, furent tous deux éduqués dans cet environnement[5],[6].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Un des effets de cette renaissance culturelle grecque fut la création d’un grec attique, une forme purifiée du grec par des linguistes, qui fut adoptée comme langue d’enseignement supérieur par les académies princières roumaines, puis comme langue officielle de l’État grec à son indépendance. Ce grec attique appelé Katharevousa (langue puriste ou purifiée - sous-entendu, surtout de son lexique turc) créa une diglossie dans la sphère linguistique grecque, dans laquelle la Katharevousa ou grec savant et l’idiome vernaculaire connu comme grec démotique entrèrent en conflit jusqu’à la fin du XXe siècle[1].

La transmission des idées des Lumières en langue grecque influença aussi le développement d’une conscience nationale grecque, basée désormais sur la langue commune et l’histoire grecque redécouverte à travers les Lumières (notion d’« héllènes » / Έλληνες), et non plus, comme auparavant, sur la communauté religieuse orthodoxe, héritage de l’Empire byzantin (notion de « romées » / Ρωμαίοι). La publication de la revue Hermès le savant, (Hermes o Logios) encouragea cette métamorphose. L’objectif de la revue était d’exposer au peuple grec les sciences, la culture et la philosophie européenne, mais aussi grecques antiques. Deux figures principales de la Renaissance culturelle grecque, Rigas Feraios et Adamantios Korais, encouragèrent les nationalistes grecs à poursuivre l’étude de la pensée européenne contemporaine[7].

La Renaissance culturelle grecque ne concerna pas seulement la langue et les Humanités mais aussi les sciences. Certains élèves tels que Methodios Anthrakites, Evghénios Voulgaris, Athanasios Psalidas, Balanos Vasilopoulos and Nikolaos Darbaris furent diplômés en mathématiques et en physique, ils publièrent et traduisirent des ouvrages scientifiques de l’Europe moderne en grec pour l’apprentissage dans les écoles grecques.

Sur le plan toponymique, a Renaissance culturelle grecque remit en usage les noms antiques en lieu et place de ceux hérités du Moyen Âge, comme dans les exemples du Semavatevi Dagh redevenu l'Olympe, de l'île et de la cité de Negroponte ou Egrippe (΄Εγριπος) redevenues respectivement l'Eubée et Chalcis, ou encore du Pirée où les ports de Turcolimani et de Pachalimani retrouvent leurs noms antiques de Munichie et de Zéa.

Personnes et sociétés remarquables[modifier | modifier le code]

Adamantios Koraïs (1748-1833).

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Modern Greek Enlightenment » (voir la liste des auteurs).

  1. a et b Encyclopædia Britannica, Greek history, Intellectual Revival, 2008 ed.
  2. Encyclopædia Britannica, Greek history, The mercantile middle class, 2008 ed.
  3. Encyclopædia Britannica, Greek history, Transformation toward emancipation, The Phanariotes, 2008 ed.
  4. {{ro:Dimitrie Daniil Philippide}}
  5. (en) Michal Kopeček, Discourses of collective identity in Central and Southeast Europe (1770-1945) : texts and commentaries, Central European University Press,‎ 2006, 73–79 p. (ISBN 978-963-7326-52-3, lire en ligne)
  6. Roland Sussex et Eade John Christopher, Culture and nationalism in nineteenth-century Eastern Europe, Slavica Publishers,‎ 1985 (ISBN 978-0-89357-146-7, lire en ligne), p. 8
  7. Paschalis M. Kitromilides, The Dialectic of Intolerance : Ideological Dimensions of Ethnic Conflict, Journal of the Hellenic Diaspora,‎ 1979 (lire en ligne), p. 4

Dimitris Michalopoulos, "Aristotle vs Plato. The Balkans' Paradoxical Enlightenment", Bulgarian Journal of Science and Education Policy (BJSEP), 1 (2007), pp. 7–15. (ISSN 1313-1958) .

  • Anna Tabaki, "Enlightenment", Encyclopedia of Greece and the Hellenic Tradition, Editor Graham Speake, Volume vol.1 A-K, Fitzroy Dearborn Publishers, London-Chicago, 2000, pp. 547-551.
  • Anna Tabaki, "Greece", Encyclopedia of the Enlightenment, Alan Charles Kors Editor in Chief, Volume 2, Oxford University Press, 2003, pp. 157-160.
  • Anna Tabaki,[1]
  • Anna Tabaki, "Les Lumières néo-helléniques. Un essai de définition et de périodisation", The Enlightenment in Europe, Les Lumières en Europe, Aufklärung in Europa. Unity and Diversity, Unité et Diversité, Einheit und Vielfalt. Edited by /édité par / hrsg. von Werner Schneiders avec l’introduction générale de Roland Mortier, [European Science Foundation] Concepts et Symboles du Dix-huitième Siècle Européen, Concepts and Symbols of the Eighteenth Century in Europe, BWV • Berliner Wissenschafts - Verlag, 2003, pp. 45-56.

Voir aussi[modifier | modifier le code]